20 avril 2008

17 avril 2008 [Soirée]



Bosquet expansif,
oasis isolé,
où un elfe
tanné à en finir
s'est pendu
l'Immortalité.
En vain.


17 avril 2008

Dilemme [quatrième partie]

[Ici, quelques autres aspects qui doivent être mentionnés, mais que je n'ai pas réussi à inclure dans mes réflexions précédentes.]

- La fatigue. L'épuisement. Le manque d'énergie face à tout. Découragé d'avance juste à penser à tout ce que je devrais me taper si jamais on devait vendre la maison, trouver un nouveau logis, me trouver un nouvel emploi, se déménager, toutes les démarches bureaucratiques que ça implique… découragé. Je m'endors à tout moment. Même devant un film ou un livre qui m'intéresse. Même dans les moments les plus sacrés, comme quand je lis une histoire à mes enfants. Il m'arrive même, des fois, de cogner des clous en mangeant mon souper. Il me semble que je resterais au lit pendant un mois au complet, à ne rien faire d'autre que dormir, lire, dormir, rêver, dormir.

- À toutes fins pratiques, on peut dire que je n'ai plus d'amis. La fin de semaine on sort rarement, et quand ça arrive c'est surtout pour aller voir des amis de ma Compagne, pas les miens. Je me suis détaché de tout et de tous. Même de ma famille. Je ne vois plus mon père, ma mère, et ma sœur, qu'à l'occasion.

- Ma Compagne a passée son enfance en Colombie-Britannique, et se sent donc plus à l'aise en anglais qu'en français. Par conséquent, à la maison quand je ne suis pas là, elle parle en anglais avec les enfants. À ce jour, bien qu'ils comprennent parfaitement les deux langages, ils ne parlent pas vraiment en français, au-delà de quelques mots. Si on déménageait là-bas, ça faciliterait donc leurs échanges.

- Nous faisons l'école à la maison, et ici, au Québec en général mais particulièrement dans notre région, c'est assez mal vu. Il faut presque le faire en cachette, risquant de se faire dénoncer à la DPJ par la commission scolaire. Tandis qu'en Colombie-Britannique, c'est non seulement assez courant, mais c'est reconnu par le gouvernement. Il y a même des encouragements fiscaux pour les parents qui décident de le faire.

- J'ai beau occuper un poste de "programmeur-analyste", ça ne veut pas dire que je pourrais le faire dans n'importe quelle compagnie. Je ne suis pas si compétent que ça. La programmation ne me passionne pas (au contraire), et je ne maintiens pas mes connaissances à jour. Si j'arrive à programmer, c'est principalement parce que je suis un bon lecteur (je "lis" un programme, en saisi la logique, et puis ça me permet de le modifier sans avoir à comprendre le moindre petit mécanisme). J'ai donc peur de me retrouver dans un emploi où je serais entouré de cracks de l'informatique, un amateur parmi les pros, ce qui me ferait vivre des anxiétés supplémentaires, etc.

- Le monde me dégoûte, et je me dégoûte moi-même depuis l'âge où j'ai commencé à y participer. Je ne me sens le moindrement bien qu'en retrait, en observateur, dans mon petit monde. Mon idéal? Ne plus travailler. Utiliser ce que j'ai accumulé de chômage (9 ans de travail à temps plein), puis devenir un assisté social. Je ne sais pas si c'est possible, combien ça me donnerait, si j'arriverais à nourrir mes trois enfants. Ce que je sais, c'est que ça me conviendrait parfaitement, et que je n'aurais pas du tout honte (parce que ne plus contribuer, c'est aussi ne pas contribuer à l'infamie; voir les propos cités ici). Passer des journaux et des circulaires pour nous faire un peu plus d'argent. Faire des jobines occasionnelles de pelletage ou de tonte de gazon ou de je-sais-pas-quoi d'autre, en autant que ça ne soit pas plus que quelques heures par semaine. Devenir le fou du village que nous nous choisirons (des flashs de la série Northern Exposure, série télé que j'aimais beaucoup, qui se déroulait dans un petit village en Alaska… je serais comme un espèce de Ed, le cinéphile/shaman).

- ...

13 avril 2008

Dilemme [troisième partie, là où lentement je perds le fil de ma réflexion]

Quand ma Compagne m'arrive avec ce projet, donc, de déménager, de drastiquement tout changer, il y a comme une étincelle qui se produit en moi, là où je ne vois que du noir depuis des années.

Le fantasme s'installe, dans lequel nous partons, nous installons loin, dans un milieu plus libre et libéré. Je me vois moins accaparé par le travail, voire sans emploi, passant mes journées à tripper avec mes enfants, faisant partie d'un foyer familial pauvre mais uni et sain d'esprit, pouvant me baigner plus souvent dans mes envolées imaginaires, retrouvant le plaisir de me laisser aller à l'écriture. Retrouvant le goût et la texture de qui je suis, ai toujours été.

Et puis le pendule revient, et je me dis que non, ça ne marcherait pas, ou du moins pas pour longtemps. Je devrai occuper un emploi stable et relativement payant, si je veux être capable de nous supporter.

Un autre emploi en informatique? L'idée me donne envie de vomir mes organes vitaux.

Un autre genre d'emploi? Je ne vois pas en quoi ça serait mieux. "Trade in your hours for a handful of dimes," dans les mots de Jim.

On essaie alors de m'enchanter en me disant que je pourrais me dénicher quelque chose de mieux, travailler dans une librairie, être facteur, mais je n'y crois pas. Je n'y crois pas.

Je suis donc devant la réalité suivante: ma Compagne veut partir, et c'est moi qui a le rôle de salarié dans cette famille, alors je dois me faire à l'idée de transporter ma Mélancolie ailleurs, tout en prétendant (sinon à moi-même disons pour le reste du monde) que de changer quatre vingt-cinq sous pour un dollar me convient parfaitement.

Et le dialogue interne se poursuit:

- À moins que… avec un peu d'audace et un peu d'efforts…
- Non, tu rêves.
- Oui mais si…
- Si, si, si… on n'a pas le luxe de tout miser sur des possibilités et des "peut-être".
- Oui, mais…
- Non. Il est trop tard. Tu as fait tes choix, il faut vivre avec. Tu as des bouches à nourrir.
- Oui mais…
- Non. À quoi bon tout chambouler?

Etcetera.

Au final, je me retrouve avec ces constats, et ils me semblent indéniables:

1) Un changement s'impose pour ma Compagne
2) Nous n'avons pas les moyens de réduire de beaucoup notre rentrée d'argent
3) Il faut donc que je garde le cap dans mon orientation actuelle, soit l'informatique

Découragé par le cul-de-sac mental dans laquelle ça me laisse, je dois donc me résigner à:

1) Fournir avec ma Compagne les efforts de réflexions menant au changement dont elle a besoin
2) Trouver un emploi qui serait à peu près aussi payant que celui que j'occupe actuellement (ce qui, implicitement, viendra orienter la nature du changement)
3) Aller poursuivre ma désintégration solitaire ailleurs

Encore et encore, j'essaie de reprendre l'équation du début, question d'en arriver à une autre issue, mais invariablement j'arrive au même résultat.

Et la pression augmente. Et je suis de moins en moins capable de communiquer avec ceux qui m'entourent. Et la pression augmente. Et de plus en plus ma géographie intérieure est secrète et cloisonnée. Et la pression augmente. Et on le remarque, et on me demande si je suis heureux, et même si ce n'est pas "Oui" que je réponds on interprète mes réponses ambivalentes comme tel, on est soulagé que je ne dise pas que j'ai envie de me tuer, et rapidement on passe à autre chose.

8 avril 2008

Dilemme [deuxième partie]

Pour expliquer mon dilemme, il faut en quelques sortes que je m'explique, moi.

Je suis parfaitement conscient d'avoir un intellect inhabituel (pour employer un terme assez neutre). Je maintiens que je suis à la limite de l'autisme, et même si ça ne veut rien dire, les tests disponibles sur le Net (comme celui-ci) semblent le confirmer, ou du moins mettre en évidence une déviation significative de la norme. Ce qu'il importe de mentionner, c'est que les confrontations, les changements, me rendent anxieux, au plus haut point.

Enfant, le début de l'école primaire m'a plongé dans de profondes (et secrètes) angoisses, mais je m'y suis fait. Le passage au secondaire a été (tout aussi secrètement) traumatique, mais éventuellement je m'y suis fait aussi, malheureux mais trouvant le moyen d'endurer la chose en intensifiant mes doses d'Imaginaire. Puis, ça a été le Cégep. Angoisse. Double angoisse, parce que le Réel lentement me rattrapait, et avec lui l'obligation imminente de me choisir une branche, de m'enligner vers un "métier". À défaut d'autre chose, je me suis dirigé vers la littérature. Pourquoi? Parce que j'écrivais, et que j'ai toujours aimé les livres. Je ne voyais pas vers quoi d'autre je pouvais me diriger, entrant lentement dans cette Déprime qui me suit depuis, commençant à avoir envie de mourir, et me sentant si irrémédiablement attiré vers l'Écriture et les dévouements qu'elle rend possible.

Après quelques années difficiles mais où je n'avais pas eu à me poser de questions quant à mon avenir, je me suis retrouvé avec un diplôme symbolique mais des dettes étudiantes bien réelles (mes parents --- pauvres d'avance --- ne pouvant pas m'aider, étant maintenant séparés, ma mère étant sur le BS et mon père guère mieux, et moi ne m'étant pas trouvé d'emploi, préférant passer du temps avec ma jeune sœur, l'aidant avec ses devoirs, me disant que ma présence ne pouvait que lui être bénéfique).

"Ah, what the fuck, je vais jouer le jeu et continuer. La suite logique. Suivons la meute, et allons à l'Université."

L'angoisse de la nouveauté, encore une fois, à la différence que je me sentais dorénavant protégé par l'Écriture, celle que j'avais derrière moi, et celle que je sentais, puissamment, devant moi. Quoi qu'en disent mes proches, mes profs, mes poches. L'appel sacré de l'Art, et les convictions que cela alimente.

La conviction de m'opposer à ce qu'on voulait m'enseigner. La conviction de mettre un terme à mes études, après une seule session. La conviction de rentrer chez moi, au propre et au figuré, et de passer quelques mois à ne rien faire d'autre qu'écrire, lire, penser, rêver, dans un appartement avec ma mère et ma sœur. La conviction de prendre ce qu'il me restait de prêts étudiants, et de m'en aller passer deux mois en France. La conviction, à mon retour, de m'enligner vers le Travail la tête la première, me disant que peu importe où je me retrouverais, peu importe ce que je me trouverais à faire, j'aurais l'Écriture.

Utilisant la logique (l'outil le plus pratique des gros bêtas comme moi), je me suis dit: "Pour continuer à écrire, je dois me supporter. Pour me supporter convenablement, je dois trouver faire appel à mes 'habiletés', peu importe ce qu'elles sont. En quoi est-ce que je suis bon, pour utiliser la formulation sempiternelle? En informatique, j'imagine."

Me lancer dans des cours de rattrapage en mathématiques, donc, et puis me lancer dans des études intensives me donnant un autre diplôme, plus que symbolique celui-là. Me retrouver, à peine quelques semaines après l'obtention de mon diplôme, avec la possibilité de travailler pour ce qui est finalement une des plus grosses shop informatique du Québec, un emploi stable, avec de bonnes conditions.

Je me suis alors dis, naïvement, paresseusement: "Je peux enfin respirer, j'ai mon emploi, je peux maintenant arrêter de penser à tout ça (l'aspect terre-à-terre de ma vie), et me concentrer sur ma Vie, ma Compagne, et l'Écriture."

Ce fut sans doute ma première grande erreur (à moins que ça ne soit la deuxième, la première étant de m'être dirigé en informatique).

Depuis ce temps, je m'enfonce. Oui, je suis comblé par ma Compagne et les trois enfants que j'ai eus, mais faut croire que ce n'est pas assez puisqu'intérieurement, je sens que je dépéris, que je me désagrège.

Dans le moment, je n'écris presque plus. Je lis à rythme de tortue. Je vois un film de temps à autre. Je ne suis plus rien qu'un Esprit qui pense. Je déteste mon emploi, ai l'impression de gaspiller ma vie, mais ne peux pas arrêter, parce que nous avons trop d'obligations financières. Je suis important pour ma Compagne et mes Enfants, mais je me dis parfois que si je mourrais, ça serait peut-être mieux pour eux (car un mari/père aussi déprimé que moi, ça ne peut pas être bon, à long terme, pour eux).

Mais j'endure et je persiste, dans le silence. Et quand je traverse un pont, à 3h30 du matin, je prends une grande respiration et je regarde vers l'avant, parce que l'envie de sauter est grande.

2 avril 2008

Dilemme [première partie]

[Ruminations exigées à moi-même, pour aider ma réflexion et la forcer à aller plus loin, confiées à ce blog parce que la notion de "partage" astreint à une certaine rigueur quant à la clarté du propos, quant à la précision du parcours.]

Dans une entrée récente appelée
Sur le vif, je faisais état d'une certaine rêverie qui m'habite depuis quelques temps, suites aux discussions de plus en plus fréquentes (et de plus en plus sérieuses) que j'ai avec ma Compagne au sujet d'un potentiel changement à notre vie.

Ce projet de transformation de tous les paramètres de notre quotidien, il commence avec elle, mais il est clair qu'il vient aussi me chercher.

Elle n'est pas heureuse. Elle aimerait déménager. Soit se rapprocher de Montréal, question de faciliter ses démarches de mère faisant l'école à la maison (dans l'optique "
unschooling", plus précisément) avec ses trois enfants, soit retourner en Colombie Britannique, endroit où elle a passée son enfance, et où elle croit que la vie serait à la fois plus simple et plus remplie. Elle s'y sentirait moins seule, moins marginalisée, se rapprochant de toute une "famille" avec laquelle elle a encore des liens forts, malgré la distance et les années.

Elle n'aime pas la mentalité fermée de l'endroit où nous vivons actuellement. Elle n'a pas vraiment personne autour d'elle sur qui elle peut compter (elle n'est pas proche de sa famille, et elle ne s'entend pas vraiment avec la mienne). Et elle sent aussi que je ne suis pas heureux. Elle ressent le besoin de changer sa vie.

Si ça n'était de moi, elle aurait déjà fait quelque chose, je pense. Elle serait peut-être déjà à l'autre bout du pays.

Ça ne dépend donc que de moi.

Moi. Je ne continue à vivre cette vie, à occuper cet emploi, que pour elle et mes trois garçons. Si, disons, ils disparaissaient du jour au lendemain, je pense que je deviendrais soit vagabond, soit suicidé, soit complètement à l'écart du marché du travail (peu importe les différentes formes que ça peut prendre). Je n'ai aucuns espoirs, aucunes ambitions, aucuns projets. Je suis dans La Citadelle, je ferme ma gueule et je fais ce qu'on me dit de faire, juste pour être capable de permettre à mes Amours de vivre en paix.

Mais si ça ne convient plus à ma Compagne, si mes enfants ne sont pas aussi heureux qu'ils pourraient l'être, alors à quoi bon m'entêter dans cette voie qui ne me convient pas?

27 mars 2008

Sátántangó

Sátántangó. Un film de Béla Tarr. 7h30. Presque tous les films que j'ai vus depuis me semblent ternes et bâclés. Un constat terrifiant, recelant à mon sens plus de violence dans sa portée spirituelle que n'importe quel film essayant de façon puérile de "briser les tabous" (les tabous, je m'en câlisse, je n'ai plus 11 ans).

Un film à revoir, encore et encore. Il me semble parfois que je pourrais ne plus regarder que ce film là, et ne jamais avoir faim pour une autre nourriture ciné-visuelle. Mon rêve: le voir en une seule séance, idéalement sur grand écran.

[Irimiás, le Faux Messie, interprété par Mihály Vig]

Sátántangó: C'est en utilisant la Vérité que le Fourbe peut faire le plus de mal.

OU

C'est avec la Vérité que l'on peut façonner le plus gros Mensonge.

OU

Utiliser la Vérité pour Manipuler et Détruire.

20 mars 2008

Salutations

Bonjour. Je m'appelle Simon, j'ai souvent envie de ne plus vivre, mais je continue.

Après des années
à ressentir l'Horreur
--- bâillonné par mon envie de vomir ---
ne reste finalement plus
que presque plus rien.




Feeling yourself disintegrate, The Flaming Lips

Mes blogs (et mes écrits) ne m'intéressent plus beaucoup, mais les vôtres (et --- par extension --- vous) oui. Ces petits messages, c'est ma manière à moi de vous rendre hommage, et de vous saluer, discrètement.

* * *

Darnziak: Bonjour à toi. Je tenais à te dire que je continue d'aller voir (et d'apprécier) tes dessins, et tes textes quand tu en partages. Une mention particulière pour l'entête de ton site, que je trouve épique, foisonnantes de détails. On aurait envie de la regarder à la loupe, cette image, d'y plonger (et j'avais cette même envie il y a un bon bout de ça, quand tu avais fais ta carte de la blogosphère).

* * *

L. des Fenêtres Ouvertes: Tu le sais, je suis ton blog tous les jours, et je trouve la variété de tes différentes notes à la fois rafraîchissante et déconcertante. Je ne vois pas toujours où tu veux en venir, ce qui motive telle ou telle entrée, à qui tu t'adresses (ou même si tu t'adresses à quelqu'un), mais qu'importe, ça fait partie du voyage que tu rends possible, et pour ça je te remercie.

* * *

Meth: Ah, que dire... tes souffrances récentes (et plus lointaines) sont palpables. Honnêtement, je ne sais pas ce que je deviendrais si je ne pouvais pas voir mes trois garçons…

Je souhaite (comme je le souhaite à tous et toutes) que ces souffrances s'estompent, s'éloignent, et restent loin. Pour le bien de tous. Ça me fait penser à ce que disait récemment Efrim Menuck (de Godspeed, Silver Mount Zion): "going through this really difficult time and feeling like there is a cumulative stress that adds up and adds up and adds up the older you get and at a certain point people around you just start buckling under the pressure." C'est l'effet domino, une personne qui Chute en entraîne inévitablement d'autres, et c'est en partie dans cette optique là que je me sens profondément interpellé par tes souffrances, ainsi que celles des autres.

We're all in this together, whether we know it or not, whether we want to or not.

* * *

Bonjour Evlyn.

Dernièrement, tu disais:

"J'aimerais cela travailler activement sur un projet avec quelqu'un de motivant, il me semble que je fonctionne mieux lorsque je travail avec des amis, mine de rien je suis une personne très sociale.

Mais bon personne n'a de temps ou d'énergie pour me renvoyer la balle activement et intensément, ah si un jour je rencontre quelqu'un avec une imagination combinatoire aussi fertile que la mienne je l'épouse sur le champ! Je suis en manque de retour d'imagination!
"

Comme beaucoup de monde sûrement, en lisant ça je me sens interpellé, c'est comme une belle invitation à tous les créateurs… en quelques secondes, je pense aux histoires que je pourrais t'envoyer, et qui grâce à ta vision deviendraient autre chose. Au haut de ma liste de projets potentiels, il y a deux trucs: mon histoire de Mortifer (un espèce de personnage fantômatique qui déambule le soir de l'Halloween), et mon roman, celui sur lequel je bûche depuis 1995, Marla & Philippe (les voyages de deux personnages qui fuient leur milieu, se rencontrent, et puis s'établissent ensemble).

Ça me fait rêver; ça ne m'arrive plus beaucoup, et de moins en moins. Bravo pour ton énergie, ton ouverture, et ta générosité.

* * *

Hellrider: Je veux juste te dire que j'admire beaucoup ton énergie et ta détermination, et que si je n'étais pas si solitaire, si profondément ermite dans l'âme, et si abattu aussi, je me démènerais pour essayer de me joindre à toi dans tes entreprises. Je ne peux pas m'empêcher de faire un constat d'échec face à mon incapacité à me lier --- amicalement ou artistiquement --- à des gens comme toi. Mais ça ne m'empêche pas d'applaudir tes efforts et tes réussites.

* * *

À vous, mes sincères salutations, et mes pensées les plus encourageantes.

Père, père…

[J'écris ceci après l'avoir vu la semaine dernière, après avoir jasé quelques heures avec lui, alors qu'il me rendait visite pour mon anniversaire. Je résume ici ce que je savais, ce que j'ai appris, et ce avec quoi je me retrouve maintenant comme pensées.]

Mon père est déprimé. Suicidaire, même. Je ne l'aurais pas crû. Il a toujours été si maître de lui-même, si terre à terre et si profondément hippie en même temps, si stable dans ses entêtements, ses convictions et ses angles morts. Le voilà fragilisé, désemparé, en proie à une détresse déconcertante qu'il est incapable de réprimer, y étant si peu habitué.

Ça fait plusieurs années que ça ne va pas bien. Complètement terrassé par une maladie rare, il s'est lentement remis, affaibli mais toujours déterminé. Il ne s'est pas laissé abattre par ce rappel indéniable de son vieillissement et de son éventuelle mortalité.

Il y a quelques mois, il s'est mis à prendre un médicament pour arrêter de fumer. Lentement, il a vu ses énergies diminuer encore davantage, au point de ne plus avoir envie de se lever le matin, lui toujours si matinal, passant une bonne partie de la journée au lit. Il s'est mis à broyer du noir (chose qui lui arrivait à l'occasion, de par le passé, mais --- à ma connaissance --- c'était toujours déclenché par un événement externe). Il a éventuellement été pris de crises d'anxiété, sans raison.

Un jour, en prenant son café, il s'est demandé: "Si je me suicidais, comment je m'y prendrais?"

Allant à la pharmacie, la dame au comptoir lui a demandé comment ça allait, avec ses médicaments. Spontanément, il a répondu: "Comment ça va? Vous voulez vraiment l'savoir comment ça va? J'me sens comme d'la marde, pis j'ai envie de m'flusher."

Il y a quelques semaines, n'en ayant pas envie mais ne voyant pas d'autre avenue, il a donc consulté, et s'est fait prescrire des antidépresseurs. Ça ne fait pas encore effet. Il n'a toujours pas d'énergie, a toujours le moral à terre, n'est plus capable de se concentrer.

"C'est comme si je me voyais dépérir, conscient d'être en train de perdre mes forces, physiques autant que mentales," m'a-t-il dit, dans ses mots. Je sens qu'il sent que la fin est proche, et que ça soit vrai ou pas, ça n'a pas d'importance: il souffre, sa paix d'esprit s'est volatilisée, et moi je souffre de le voir ainsi.

"33 ans... t'es chanceux, mon gars... c'est un bel âge..." m'a-t-il dit; je me suis retenu pour ne pas lui dire que moi aussi je me sens dépérir, moi aussi je sens que je suis fragile et vulnérable et sur une pente descendante. Une fois de plus, je me suis retenu.


[22 mars 2008, 12:15 am]
P.S.: Le soir où il est venu chez moi, il nous a prêté une copie du film Across the Universe, nous le recommandant avec enthousiasme. Nous venons de le regarder, et ça me laisse perplexe. De toute évidence, quoique j’aie apprécié plusieurs aspects du film, j'ai le cerveau trop surchauffé pour être capable de me laisser aller à ce genre de conte de fée. Et c’est ce qui me frappe: que l’enthousiasme de mon père, que j’ai toujours connu comme quelqu’un de pragmatique et de vaguement réfractaire au sentimentalisme, soit dirigé si sincèrement vers ce qui, de par son essence même, est un conte, une romance. Je ne sais pas trop ce que je dis, je suis confus, mais il fallait que j'essaie de l’articuler.

12 mars 2008

Optique du jour

"when I wake up
in the morning
I pour the coffee
read the paper
then I slowly
and so softly
do the dishes
feed the fishes

sing me Happy Birthday
sing it like it's going to be your last day
like its hallelujah
don't just let it pass on through ya
it's a giant among cliches
and that's why I want you to sing it anyway
sing me Happy Birthday
'cause hell what's it all about
anyway

sing me Happy Birthday
Happy Birthday
like it's gonna be your last day
here on earth"
--- The Happy Birthday Song,
Andrew Bird

3 mars 2008

[Sur le vif]

De l'abstraction plein la tête, marcher dans les rues d'une petite ville, avec ou sans musique… vivre au rythme des nuages, de la luminosité… aller marcher en montagne avec mes garçons… par la fenêtre de ma maison, voir des arbres… une promenade après le souper, les rues vides… une lenteur généralisée, souvent pleine de mélancolie, pour faciliter la respiration… me concentrer sur mes textes, que ça soit ma raison d'être sans qu'on le prenne mal… que l'infini puisse cohabiter avec la minutie des agissements quotidiens… passer beaucoup plus de temps avec ma Compagne et mes enfants, ne plus me sentir toujours pressé, toujours limité… je ne rêve qu'à ça… et voici qu'on me l'offre, vaguement… mais je n'y crois pas.

Mais j'y pense.

6 février 2008

Films [Retenance]

Monologue tiré du film Nostalghia d'Andrei Tarkovsky, écrit par ce dernier en collaboration avec Tonino Guerra:

"What ancestor speaks in me? I can't live simultaneously in my head and in my body, that's why I can't be just one person. I can feel myself countless things at once.

There are no great masters left, that's the real evil of our time. Our heart's path is covered in shadow. We must listen to the voices that seem useless. Into brains full of long sewage pipes, of school walls, tarmac and welfare papers, the buzzing of insects must enter. We must fill our eyes and ears with things that are the beginning of a great dream. Someone must shout that we'll build the pyramids, it doesn't matter if we don't. We must fuel that wish. We must stretch the corners of the soul like an endless sheet.

If you want the world to go forward, we must hold hands. We must mix the so-called 'healthy' with the so-called 'sick.' You healthy ones! What does your health mean? The eyes of all mankind are looking at the pit into which we are all plunging. Freedom is useless if you don't have the courage to look us in the eye, to eat, drink, and sleep with us! It's the so-called 'healthy' who have brought the world to the verge of ruin!

Listen, Man! In you: Water, Fire, and then Ashes. The bones, and then ashes!

Where am I when I'm not in the real world, or in my imagination?

Here's my new pact with the world. It must be sunny at night and snowy in August. Great things end, small things endure. Society must become united again instead of being fragmented. Just look at Nature and you'll see that life is simple, that we must go back to where we were, to the point where you took the wrong turning. We must go back to the main foundations of life, without dirtying the water.

What kind of world is this, if a madman has to tell you to be ashamed of yourselves?

O Mother, O Mother! The air is that light thing that moves around your head and becomes clearer when you laugh.
"

5 février 2008

Lectures [Retenances]

"Gracious reader, may I venture to ask you a question? Have you ever had hours, perhaps even days or weeks, in which all your customary activities did nothing but cause you vexation and dis-satisfaction; when everything that you usually consider worthy and important seemed trivial and worthless? At such a time you did not know what to do or where to turn. A dim feeling pervaded your breast that you had higher desires that must be fulfilled, desires that transcended the pleasures of this world, yet desires which your spirit, like a cowed child, did not even dare to utter. In this longing for an unknown Something, which longing hovered above you no matter where you were, like an airy dream with thin transparent forms that melted away each time you tried to examine them, you had no voice for the world about you. You passed to and fro with troubled look, like a hopeless lover, and no matter what you saw being attempted or attained in the bustle of varied existence, it awakened no sorrow or joy in you. It was as if you had no share in this sublunary world."
--- Tiré de The Golden Flower Pot (1819), de E.T.A. Hoffmann

"Every year more and more flowers drop away withered, their buds eternally sealed; there is no spring sun that can bring the warmth of new life into old dried-out branches. I know this well enough, but the Enemy never stops maliciously rubbing it in as the year draws to an end. I hear a mocking whisper: "Look what you have lost this year; so many worthwhile things that you'll never see again. But all this makes you wiser, less tied to trivial pleasures, more serious and solid-even though you don't enjoy yourself very much."
--- Tiré de A New Year's Eve Adventure (1814), de E.T.A. Hoffmann

24 janvier 2008

Scribouille du 19 janvier 2008

[23:56]

Je suis toxique;
une partie de moi
ne s'est jamais
ouverte;
mais maintenant
le fait
comme les pétales
d'une fleur
qui découvrent
le cœur séché
d'une plante coupée.

I now believe my life is at an end; it's only a matter of time before Reality catches up with the facts, in the parlance of our times.

I'm dead, it just hasn't happened yet.

21 janvier 2008

18 janvier 2008: Pensées & Jongleries

Je ne suis pas à l'aise avec l'insulte; ne l'ai jamais été. Autant que possible, je l'évite. Par écrit, dans une conversation, même dans ma propre tête. Indépendamment des confrontations qu'elle peut provoquer, je la considère comme une pollution mentale, verbale, qui entraîne une dépendance croissante, menant éventuellement à un mépris généralisé. Mimon veut pas ça.

"Nous ne comprenons pas tout, mais nous n'insultons rien."
--- Victor Hugo, dans Les Misérables

Ça sous-entend aussi de ne pas manquer de respect envers ce que j'ai déjà été. Ne pas cracher sur mon passé; le voir comme une autre facette, un univers parallèle de mon existence (le temps étant la quatrième dimension, tout ça), un état intermédiaire qui a peut-être été invalidé par le déroulement du Hasard, mais qui aurait très bien pu demeurer, s'intensifier, aller plus loin dans sa propre pertinence.

"La sagesse, ce n’est pas de trouver sotte la conduite que l’on a déjà eue, mais de la comprendre."
--- Quelqu'un, le 1er mars 1998

* * *

Il me semble évident que si tellement de gens s'emportent quand ils sont confrontés à des visions diamétralement opposées à la leur, c'est parce qu'ils sont incertains quant à leurs propres convictions, et que la possibilité d'une Subjectivité Totale remet en question le bien-fondé de leur position.

"On ne révèle jamais ses faiblesses comme quand on accuse…"
--- Quelqu'un, le 1er juillet 2005

"Je dénonce cette attitude qu'ont les gens, de s'en prendre à des individus, et de leur décharger leur colère, alors que c'est contre un symbole ou un concept qu'ils en ont."
--- Lui-même, le 5 décembre 2001

* * *

Pour bien du monde, que les hiérarchies intellectuelles ou morales soient des fabrications humaines (ainsi que la supériorité des uns sur les autres que ça implique), c'est --- à une échelle plus petite --- un concept aussi horrifiant que le Néant.

"Je refuse les hiérarchies; de race, de langage, de statut social."
--- Encore quelqu'un, le 7 mars 2002

* * *

Je suis un esprit simple, pour ne pas dire un simple d'esprit. Pour moi, la Totalité de ma Philosophie se résume à: ne fais pas souffrir. Le Mal, pour moi, c'est ça: provoquer la souffrance, à dessein. C'est pour moi le seul "péché", la seule chose que je n'accepte pas. En dehors de ça, comme ils disent: Do as you will.

* * *

C'est donc logique que j'aie du mal à me sentir à l'aise dans des échanges où on dénigre quelqu'un, soit directement soit en s'en prenant à ses Émanations (créations artistiques, propos, actions). On ne comprend pas l'autre, alors comment peut-on oser le juger?

En art, par exemple. On peut dire que ça ne nous plait pas, que ça ne répond pas à nos besoins, que c'est contraire à notre opinion, que c'est mal articulé ou basé sur des connaissances incomplètes, que ça ne nous parle pas, que ça ne nous fait pas vibrer, etcetera, mais à quoi ça peut bien servir que de vouloir anéantir l'autre, de détruire sa pensée? Pour moi, il n'y pas autre chose là-dedans que de l'instinct de guerre, de conquête, de dominance, appliqué à une autre échelle, un autre niveau.

"Comment peut-on se permettre de juger l'œuvre de quelqu'un? Le plus que l'on puisse avancer, c'est que ce n'est pas pour nous. De dire que telle ou telle œuvre nous déçoit, revient à dire que l'artiste qui a produit cette œuvre n'existe que pour nous plaire et nous faire plaisir, alors qu'en fait cet artiste fait ce qu'il a envie de faire, en espérant que cette exploration psychique particulière parle à quelqu'un ou --- au mieux --- à quelques uns."
--- Toujours quelqu'un, le 28 janvier 2004

"Nous sommes tous du même bord, nous qui écrivons, qui dessinons, qui faisons de la musique, qui créons… il y a de la place pour nous tous, à quoi bon s'entre-critiquer, se bombarder de dérision, à quoi bon faire autre chose que Chanter et Rire?"
--- Le même, le 5 avril 2005

* * *

Ne pas ajouter à la Souffrance qui nous précède et nous entoure; essayer de respecter l'autre; se demander à quoi peut servir notre Parole.

"à quoi bon, à quoi bon se fâcher, je le regrette toujours, même quand j'ai raison (et comment savoir si j'ai raison?), et pis de toute façon on est tous tristes et ça serait mal d'en rajouter, me sacrifier, après tout, est-ce que c'est vraiment un sacrifice, et pis si on se l'avoue, si on est honnête avec ce que l'on est et ce que l'on sent et ce que l'on n'aime pas, si on est honnête tout court, toujours, la culpabilité finit par disparaître, on est moins plaisant, moins populaire, moins impressionnant, mais je pense que c'est le seul moyen que j'ai de pouvoir vivre avec moi même sans souffrir, toujours souffrir, sans toujours avoir le cœur comprimé comme une roche, sans toujours avoir les intestins remplis de sable et de vitre, sans toujours être en colère... je ne peux plus me permettre d'être Enragé, je ne peux plus, il faut que je tire mon élan d'un autre État, d'une autre Énergie, il faut que la frénésie, le désespoir, soit derrière --- et non devant --- mes yeux... à quoi bon se fâcher contre nos proches, à quoi bon agir comme tous ceux que je trouve ridicules et imbéciles?"
--- Une dernière fois quelqu'un, le 9 avril 2005

15 janvier 2008

Sans titre

Offrir à quelqu'un la distillation partielle de ma pensée, fournir des efforts alors que je pourrais tout simplement articuler n'importe quoi n'importe comment, et puis --- éventuellement --- constater que mes efforts ne sont pas appréciés, ou qu'on ne les voit pas.

Oser la contribution, sachant d'avance que l'accueil sera froid et méfiant, mais le faisant quand même, pour dire non à la résignation, et puis --- après --- le regretter.

Accepter de parler de moi, faire des efforts pour dépasser mes névroses personnelles, m'exposant ainsi à l'imprévu (le bon et/ou le mauvais), et aller même jusqu'à partager mes textes (quand on manifeste de l'intérêt), et puis constater que ce partage vient mettre un terme aux potentiels développements d'un lien entre moi et cette personne. S'efforcer de ne pas interpréter cette finalité.

Raconter ou me confier à quelqu'un, par amitié, m'imaginant que mes petites péripéties personnelles peuvent intéresser ou amuser, m'imaginant qu'elles seront reçues dans un esprit d'ouverture et de respect, et puis me faire répondre par une vague dénonciation, me voir être amalgamé à un groupe comme si l'amitié et son unicité n'existaient pas, comme si tout ce qui a précédé ne valait rien.

Lutter contre la lassitude qui m'entraîne vers le Retrait et le Silence, me dérouiller la mâchoire et puis constater avec satisfaction que les mots viennent, malgré tout, et me surprennent moi-même, pour ensuite me faire administrer le traitement de la Morale, du jugement de valeurs, condescendante généralisation qui nie l'individualité et abandonne la chaleur humaine au profit d'une Prétentieuse Proclamation bonne à inscrire sur des tablettes de glaise.

Être traité comme n'importe qui (et pourquoi pas?), avec la méfiance et les soupçons que ça implique, car je suis peut-être un autre de ces wannabes opportunistes à langue de vipère.

Je m'efforce de perpétuer ma réflexion, de fuir l'inertie de la résignation, ne voulant pas m'embourber dans des conclusions rigides, durables et encombrantes, mais c'est de plus en plus difficile pour moi de répondre à la question: "À quoi bon?"

28 décembre 2007

Constat de fin d'année

Il y a quelques années, il s'est passé quelque chose en moi. Je ne sais pas si c'est d'ordre psychologique ou physiologique, mais c'est bien réel. Lentement, j'ai commencé à réaliser que mes sensations étaient moins intenses. "Plus rien ne me fait rien," je disais. Ou encore: "Je ne prends plus plaisir à rien."

Plus tard, j'ai appelé ça La Perte des Sens, et c'est un peu ce texte qui a donné le coup d'envoie à La Citadelle.

Aujourd'hui, fin 2007, ça persiste toujours. Ce qui était un malaise est devenu une maladie, un cancer qui se répand. Aujourd'hui, j'en suis là: je n'ai même plus envie de voir les gens.

Sans aller jusqu'à dire que je pourrais très bien ne plus voir ma famille, mes parents, ma sœur, ce qu'il me reste d'amis, j'affirme cependant que je pourrais passer de très longs moments sans que l'on se voit, sans que l'on s'appelle, et ça me conviendrait parfaitement.

Je ne m'en réjouis pas, je le constate. Et je m'en désole, aussi. Je n'aime plus voir les gens. Les conversations me semblent insignifiantes et répétitives, les incompréhensions ne font que s'accentuer, les conflits ne font que s'envenimer, et je suis toujours mal à l'aise, avec tout le monde, alors je ne sais plus quoi dire, le silence devient embarassant, et mon malaise empire. Il ne reste finalement que ma Compagne, mes trois enfants, et F. (collègue de travail devenu ami) avec qui je peux être moi-même, avec qui j'ai plaisir à échanger, et avec qui j'ai l'impression qu'il y a une progression dans notre relation.

Et le cerveau comprend vite. Sociabilité = angoisse. Solitude = relative paix d'esprit. Et le cerveau se décourage, et se fatigue d'avance à l'idée d'une rencontre prévue.

27 décembre 2007

24 décembre 2007

À vous qui
d’une certaine façon
m’accompagnez
dans tous mes Vertiges
je tiens à prononcer
des paroles:
fermez les yeux
et pensez à ceci:
de deux points en : : :
on multiplie les points
dans un ciel de Noir
pour atteindre
aux Étoiles Miroir.

Pensez à ceci:
ces jours-ci
la Nuit est Impériale
elle nous rappelle que
ce n’est qu’un Hasard
si nous subsistons;
un rien et l’Hiver
serait Éternel.

Alors réjouissons nous
non pas de la naissance
d’un être devenu fiction
mais de notre propre
Existence,
Jadis et Maintenant et
— peut-être —
Demain.

Non pas Joyeux Noël,
donc,
mais Joyeuse Vie.

Seule la nature de mon Errance reste à préciser

Ces merveilles, eux,
ces enfants sont
la poutre-maîtresse
de ma Maison;
plus tard,
eux partis,
je redeviendrai
Vagabond.

19 décembre 2007

24 décembre 2000

Soirs de Noël
ou Soirées Athées,
dans la cire d’une chandelle
le résultat d’une soirée.

Domovoïs et elfes,
ils fouillent nos meubles.
Ils mettent de petites étoiles incroyables
entre nos vêtements,
et repartent avec les poches
pleines de nos rêves.

15 décembre 2005

Je quitte l'édifice (édifié à qui, à quoi?). Il fait froid mais ça s'endure très bien, le vent est doux, et je vois pas de quoi tout le monde se plaint… c'est l'hiver, ça arrive à chaque année, et il y aura bien pire d'ici à ce que l'hiver s'achève. J'ai faim, trop faim, ça m'abat et induit toutes mes réflexions en erreur (et je ne peux m'empêcher de penser que dans "erreur" il y a le début de "errance", et il y a aussi le verbe anglais to err, qui signifie se perdre, se tromper, échouer). Je m'en vais juste à côté, manger une bonne assiette de shish taouk. En mangeant je lis le Voir, chose que je ne fais pas souvent, et ça me démoralise encore plus… toute cette soit disante "vie culturelle" me dégoûte. Dire que j'ai déjà voulu me faire une place dans le Monde par mon Écriture… alors que je n'avais qu'à me faire une place dans l'Écriture, tout simplement. Je ne suis bien que loin du monde; minimalement, loin par la pensée; préférablement, loin par la géographie. L'abandon avec lequel vous embrassez la vacuité… me désole. La facilité avec laquelle vous vous glissez partout, dans toutes les circonstances, me stupéfie. ("Vous" étant des interlocuteurs imaginaires.)

Vingt minutes après avoir fini de manger, je marche dans les avenues surpeuplées du Centre Ville, sous terre et sur terre, et mon attitude est toute autre. Vous êtes si beaux, dans ce froid inhospitalier et hostile vos vies me semblent improbables et miraculeuses… la parfaite élégance de vos accoutrements… la splendeur de vos visages innocentés… l'insouciance des rires qui roucoulent vers le haut dans vos gorges enfoulardées… votre énergie festive… votre empressement vivace… tout ça m'enchante, je suis au Centre de la Ville mais aussi dans l'élément Central de ma Province, tout converge vers ici… je vous observe, cette observation m'arrache à vous… et je suis bien.

[On a ici un exemple de l'arbitraire de mes états d'âmes… tout peut venir les aggraver ou les élever… le simple fait de manger m'enivre au plus haut point, et me fait momentanément oublier une amertume pourtant toute récente. J'ai appris à me servir de cette fragilité… ça m'aide à profiter de tous mes instants quand ils sont plaisants, et à relativiser ma douleur quand ils ne le sont pas… ne pas trop me prendre au sérieux, me regarder aller avec un peu de recul, sans pour autant tomber dans le détachement émotionnel total.]

Chansonnette

Ô, le beau petit Cauchemar que j'ai. Fertile et vaste, plein d'arcs-en-ciel et de rebondissements. Ô, le beau petit Cauchemar, qui me suit partout et jamais ne me lâchera.

18 décembre 2007

Soir d'Hiver [21 décembre 2005]

Je reviens de dehors
(sortir les ordures,
bouger de la neige),
et moi
--- l’attardé ---
je me suis attardé,
le nez
vers les étoiles.



Le froid ne m’atteignait pas
les puits épuisant
ne m’attiraient plus
et seul au monde
je voyais ma respiration
me quitter à jamais.

Mes yeux avaient la preuve de leur vie.

Je
souris.




(Illustrations d'Arthur Rackham réalisées en 1931 pour le poème The Night Before Christmas de Clement Clarke Moore, publié pour la première fois en 1823)

Émietteur sur le carreau

Vendredi dernier, comme les quatre humains avec qui je vis, je me suis trouvé malade. Lentement, au travail, j'ai commencé à me sentir mal. Après le dîner mon repas ne descendait pas bien, alors j'ai décidé de partir plus tôt.

Dans l'autobus du retour, je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, j'étais tout en sueurs, je grelottais, et je sentais que j'allais être malade. Je me suis fermé les yeux, j'ai pris de grandes respirations, me suis concentré pour essayer de maîtriser mon malaise, mais rien n'y faisait.

Enfin c'est arrivé. J'ai fait ça discrètement, personne n'a vu, entendu ou senti quoi que ce soit. Et grâce à un des Ziplocs du Projet Miettes, je n'ai pas laissé de dégât dans l'autobus.


But I feel much better now!

13 décembre 2007

Burroughs

J'ai face à Jack Kerouac une compréhension instinctive qui va bien au-delà de l'admiration. Ce qu'il a été, ce qu'il a écrit, l'ensemble de sa vie et de son travail, me permettent de voir, de sentir et de comprendre une foule de phénomènes et de réalités, sur son époque, sur le 20ème Siècle, sur l'art, l'écriture, moi-même…

Ginsberg et Burroughs, pour moi, sont donc des figures importantes, mais envers qui je n'ai pas la même connexion, et donc que je connais moins, n'ayant pas de grands enthousiasmes m'incitant à plonger dans leurs œuvres. Ils sont en quelques sortes importants parce qu'extensions de Kerouac.

Mais dernièrement j'ai lu Word Virus, une anthologie des textes de Burroughs, car je n'avais lu qu'un seul livre de lui (Junky) et voulait le connaître davantage.

Au bout du compte, je suis plus intéressé par l'homme que par son œuvre. C'était un grand esprit, cultivé et expérimenté, et il y a dans les textes que j'ai lu des passages d'une grande colère, d'une grande tristesse aussi, avec une très grande virtuosité pour la description, mais en général sa fiction me laisse froid. Je m'explique mal pourquoi, mais c'est comme ça.

Voici certains passages que j'ai retenus de Word Virus.

D'abord, tiré de l'introduction, "punching a hole in the big lie": the achievement of William S. Burroughs, écrite par Ann Douglas:

“How did this happen? How did Western civilization become a conspiracy against its members? In his second trilogy, Cities of the Red Night (1981), The Place of Dead Roads (1984), and The Western Lands (1987), which taken as a whole forms his greatest work, Burroughs fantasized the past which produced the present and excavated its aborted alternatives, the last, lost sites of human possibility. The first is the United States that disappeared in his boyhood, the pre- and just post-WWI years when individual identity had not yet been fixed and regulated by passports and income taxes; when there was no CIA or FBI; before bureaucracies and bombs suffocated the American landscape --- “sometimes paths last longer than roads,” Burroughs wrote in Cities of the Red Night. In the heyday of the gunman, or single combat, and of the fraternal alliances of frontier culture, the promises of the American Revolution were not yet synonymous with exclusionary elite self-interest. Now, however, Burroughs wrote, there are “so many factors and so little action”; little room is left for the independent cooperative social units he favored, for the dreams he saw as the magical source of renewal for whole peoples as well as individuals.



Globally, Burroughs located a brief utopian moment a century or two earlier, a time when one’s native “country” had not yet hardened into the “nation-state” and the family did not police its members in the interests of “national security”; before the discovery by Western buccaneers and entrepreneurs of what was later known as the third World had solidified into colonial and neo-colonial empire, effecting a permanent and inequitable redistribution of the world’s wealth; before the industrial revolution had produced an epidemic of overdevelopment and overpopulation and capitalism had become an instrument of global standardization.


Burroughs had no sympathy for the regimented, Marxist-based Communist regimes of Eastern Europe. He saw the Cold War administrations of the U.S. and U.S.S.R. not as enemies but as peers and rivals vying to see who could reach the goal of total control first. Yet both Burroughs and Karl Marx had an acute understanding of just how revolutionary the impact of plain common sense could be in a world contorted by crime and self-justification, and in a number of areas their interests ran along parallel lines. […] He, too, saw the colonizing impulse that rewrote the world map between the sixteenth and the nineteenth century as a tactic to “keep the underdog under,” an indispensable part of capitalism’s quest for new markets and fresh supplies of labor.”

Et puis ici, un extrait de Cities of the Red Night:

“The chance was there. The chance was missed. The principles of the French and American revolutions became windy lies in the mouths of politicians. The liberal revolutions of 1848 created the so-called republics of Central and South America, with a dreary history of dictatorship, oppression, graft, and bureaucracy, thus closing this vast, underpopulated continent to any possibility of communes along the lines set forth by Captain Mission. In any case South America will soon be crisscrossed by highways and motels. In England, Western Europe, and America, the overpopulation made possible by the Industrial Revolution leaves scant room for communes, which are commonly subject to state and federal law and frequently harassed by the local inhabitants. There is simply no room left for “freedom from the tyranny of government” since city dwellers depend on government for food, power, water, transportation, protection, and welfare. Your right to live where you want, with companions of your choosing, under laws to which you agree, died in the eighteenth century with Captain Mission. Only a miracle or a disaster could restore it.”

Ero

Souvent, me réveillant dans l'autobus, un peu confus quant à l'heure qu'il destination, il m'arrive de voir une fille, à côté de moi ou sur le banc voisin, et d'avoir un subit et puissant désir pour elle. C'est rattaché à l'espèce de chaude sensualité du sommeil, cette proximité avec son propre corps qui prend quelques instants à se dissiper après le réveil.

De façon similaire, parfois quand je marche, je me perds dans mes pensées, et puis tout à coup, disons à une lumière rouge, je m'arrête et vois une Beauté Rare à côté de moi, et j'ai envie de lui dire: "Excuses-moi, est-ce que je peux t'embrasser?"

À ce moment précis, c'est la pulsion qui prime et c'est complètement naturel, mon esprit n'y voit absolument rien de répréhensible, et j'ai du mal à comprendre pourquoi on ne pourrait pas se laisser aller à ce geste inoffensif… pourquoi, disons, je ne pourrais pas l'embrasser, lui souhaiter une bonne vie, et puis continuer mon chemin.

Puis la raison s'active, et la logique du désir ne tient plus.

* * *

Si je te voyais, Julie… si après toutes ses années je te revoyais enfin… le Désir serait Tout. Grâce à toi j'ai appris l'amour, le désir, l'obsession, la passion… investi de ton Existence toute la résonance de ma Géographie en était altérée… partout où j'allais je te cherchais, et ta Présence me suivait dans mes plus lointains déplacements… j'étais marqué au fer rouge… et c'est parce que j'étais atteint d'un amour incurable pour toi que je n'étais intéressé par aucune autre fille… je ne pouvais pas concevoir qu'un jour nous ne serions pas Ensemble.

Et pourtant c'est ce qui est arrivé.

Je ne t'ai pas vu depuis plus de dix ans, mais pourtant je n'ai rien oublié de toi. Si je te voyais aujourd'hui, maintenant dans la jeune trentaine tout comme moi, je suis certain que je serais conquis par la splendide maturité de ta Beauté. Et --- pourtant complètement éveillé --- je ressentirais indubitablement le désir (le besoin) quasi irrésistible d'embrasser ce succulent petit sourire moqueur qui contracte ta bouche…

Ma belle Lionne, il est préférable que l'on ne se revoit plus jamais.

12 décembre 2007

Coup de fouet

Hier, je lisais une entrevue récente avec Peter Ackroyd, un écrivain que j'aime beaucoup, autant pour ses romans que pour ses biographies.

Voici à quoi ressemble son horaire quotidien:

"[...] he organises his days with the ritual and rigour of Catholic mass. At the moment, he starts off with 500 words about Venice ("
Thames was quite a visceral book; I needed to do something alien to me"), translating 17 lines of The Canterbury Tales, 120 words on a new novel, then a spot of journalism or a play followed by a bit of work on a book of English ghost stories, rounded off by reading for his biggest project yet - a six-volume history of England."

Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a "eau-glacée-dans-le-visage".

11 décembre 2007

Enchaînement

Le hasard ayant fait que ma Compagne s'est hier trouvée malade, je suis resté à la maison pour m'occuper de mes trois enfants. Un rythme lent, pour un lundi, me rappelant mon congé parental de l'an passé.

Le soir, les trois enfants se sont endormis rapidement, la mère aussi, alors je me suis retrouvé seul à quelque chose comme 20h15. J'ai rangé un peu, ai lancé un backup sur l'ordinateur (chose que je me promettais de faire depuis deux semaines) puis j'ai profité de l'occasion et je me suis couché, moi aussi.

Aujourd'hui, j'étais donc en forme. Pas en grande forme, mais tout de même, j'avais l'Esprit fluide, j’arrivais à jongler avec des idées, avant même d’avoir fini mon café. En route vers le travail, j’ai terminé The Anti-Christ de Nietzsche, puis j’ai entamé un recueil des meilleurs contes d’Hoffmann (étant puissamment stimulé à la seule introduction!).

Puis le travail. Puis l’heure du dîner, me promenant dans le Centre Ville avec mon ami F., jasant. À la fin, parlant du Temps des Fêtes, il me dit à quel point il déteste cette période de l’année, il ne le cache pas chez lui. Il dit que pour moi c’est peut-être différent, de par l’âge de mes enfants, de la manière que l’on célèbre ça. Je dis quelque chose comme: « Bien, de la même façon que je vois dans cette période là tout ce que j’haïs à l’année longue, mais exagéré de façon presque caricaturale, et bien de la même façon je dois me battre mais encore plus fort, pour que chez moi ça ait un sens, que ça ait une valeur. » Et il a dit que c’est dur de vivre en dehors de son époque, à quoi j’ai répondu par l’affirmative.

Puis le travail, encore. Puis je quitte le bureau, prends le métro, écoutant un MP3 d’une nouvelle de Neil Gaiman, A Study in Emerald. Une histoire brillante qui se déroule dans un univers parallèle où un détective à la Sherlock Holmes (mais complètement différent) doit élucider un meurtre qui implique des créatures de l’univers de Lovecraft. Je n’en dis pas plus, mais c’est très bien mené, amusant, et — si on y pense un peu — très critique de la Royauté.

Puis une autre séance de lecture, continuant l’introduction des contes d’Hoffmann. Et puis… c’est l’étincelle. L’angle qu’il me fallait pour mener mon roman jusqu’à la fin, pour savoir comment ré-aborder un de mes deux personnages principal. C’était là, devant moi, j’avais même pris les premiers pas, sans le savoir, et depuis quelques temps, un peu sous l'influence de ma lecture du Black Dossier d'Alan Moore, je songeais au moyen d’élever la teneur de mon imaginaire à un autre niveau, à un potentiel que je sais que je peux atteindre, si seulement je m’en donne la permission, si seulement je peux m’en convaincre. Et voilà, tout ça s’est mis en place.

Demain, fatigué, peut-être que ça ne voudra plus rien dire, ou justement que je ne m’en sentirai pas capable. Mais aujourd’hui c’est clair, la proximité de cette radiation créatrice irrigue mon histoire d’un élixir qui — avec un peu de temps — pourrait en faire un beau mutant inespéré.

7 décembre 2007

Vendredi soir

Ne suis plus qu'un mort-vivant vivant-mort. Ai envie, comme un imbécile, de rappeler aux gens que l'on va mourir. Il y a des jours où c'est tout ce que j'ai à dire.

Qu'est-ce que je fais ici déjà?

Tarkovsky

Récemment, j'ai été ébranlé par le Andrei Rublev (1969) de Andrei Tarkovsky.

Dans son livre, Sculpting in Time, Tarkovsky a écrit:

"The beautiful is hidden from the eyes of those who are not searching for the truth, for whom it is contra-indicated. But the profound lack of spirituality of those people who see art and condemn it, the fact that they are neither willing for ready to consider the meaning and aim of their existence in any higher sense, is often masked by the vulgarly simplistic cry, 'I don't like it!' 'It's boring!' It is not a point that one can argue; but it is like the utterance of a man born blind who is being told about a rainbow. He simply remains deaf to the pain undergone by the artist in order to share with others the truth he has reached.

But what is the truth?

I think that one of the saddest aspects of our time is the total destruction in people's awareness of all that goes with a conscious sense of the beautiful. Modern mass culture, aimed at the 'consumer', the civilisation of prosthetics, is crippling people's souls, setting up barriers between man and the crucial questions of his existence, his consciousness of himself as a spiritual being. But the artist cannot be deaf to the call of the truth, it alone defines his creative will, organises it, thus enabling him to pass on his faith to others. An artist who has no faith is like a painter who was born blind.

It is a mistake to talk about the artist 'looking for' his subject. In fact the subject grows within him like a fruit, and begins to demand expression. It is like childbirth… The poet has nothing to be proud of: he is not master of the situation, but a servant. Creative work is his only possible form of existence, and his every work is like a deed he has no power to annul.
"

revolution

Le film Duck, You Sucker (Giù la testa, AKA A Fistful of Dynamite AKA Once Upon a Time... the Revolution), de Sergio Leone, commence par cette citation de Mao (tirée d'un texte de 1927):

"[A] revolution is not a dinner party, or writing an essay, or painting a picture, or doing embroidery; it cannot be so refined, so leisurely and gentle, so temperate, kind, courteous, restrained and magnanimous. A revolution is an insurrection, an act of violence by which one class overthrows another."

5 décembre 2007

Humbug? Bah...

Éric McComber s'est récemment attardé à Noël sur son blog.

Il y dit entre autre: "Le moment clé de la soirée, même chez les croyants les plus fervents, n'a rien à voir avec la Christ-messe. Le clou du spectacle est la longue session d'adoration en demi-cercle autour des produits, rassemblés, décorés, emballés, miroitants, rutilants, disposés, étalés au pied de l'arbre moribond. Enfin, moment suprême, la fin du mystère, la révélation du secret, le déballage et ses promesses d'accession à la connaissance. On enseigne dès le berceau à nos petits amours à espérer la jouissance dans le déballage d'un produit."

C'est une vision lucide, mature, mordante, grinçante. On ne peut pas contester ces observations. Mais c'est comme dire à quelqu'un: "L'étoile que tu trouves si belle, que tu contemples pendant des heures, et bien elle s'est éteinte il y a 3,000 ans, tu es en train de te recueillir devant la lumière d'un astre qui n'existe plus…"

C'est vrai, mais c'est loin d'être toute la vérité (et une vérité partielle est souvent aussi trompeuse qu'un mensonge), et ça passe complètement à côté d'un aspect que j'appellerais "spirituel" (Ô le mauvais mot, Ô qu'il est vilain le môssieur!). Je maintiens qu'il est possible de tirer du bon de la pire des situations, et je refuse de me sentir coupable (rétroactivement ou présentement) pour tirer plaisir d'une Fête. J'arrive encore à retrouver un "esprit de Noël", année après année, et ça n'a rien à voir avec la consommation. C'est une ambiance, c'est l'Hiver, c'est la Mort Saisonnière et c'est la Vie et la Chaleur qui persistent malgré tout. (C'est mon Mortifer qui défait les laisses de tous les chiens attachés dehors, le 24 décembre.) C'est païen. La Fête Hivernale existe depuis des siècles, sous une forme ou une autre. (Je vous réfère à un texte appelé Le Père Noël Supplicié, de Claude Lévi-Strauss, pour un survol éclairant.)

J'ai des enfants, et à Noël, oui, je leur fais des cadeaux. Ce n'est pas conditionnel à leur comportement, ce n'est pas une récompense, et ce n'est pas le seul de temps de l'année où je leur manifeste mon amour, et je le manifeste de toutes sortes de façons, pas juste matériellement. On n'essaie pas de leur faire croire au Père Noël, on s'y attarde comme on le ferait avec une autre histoire (le Cavalier Sans Tête, Bugs Bunny, Tintin ou Lord of the Rings). Nous sommes athées, alors il n'y a pas de blabla et de Messe de Minuit. Nous faisons l'école à la maison, alors il n'y a pas de brainwashing externe. On ne dépense pas des fortunes, et autant que possible on essaie de faire en sorte que ce qu'ils reçoivent soit des "canalisateur d'imaginaire", et j'essaie de faire en sorte que la période soit propice aux jeux dans la neige, aux chocolats chauds, et aux lectures sous les couvertures. Chaleur. Avec ma famille, mon père, ma mère, ma sœur, et bien j'essaie de minimiser les névroses, je ne veux pas qu'ils se cassent la tête pour des cadeaux, et j'essaie d'éliminer la culpabilité (si on peut se voir, tant mieux, sinon, tant pis... j'ai moi aussi déjà eu l'impression qu'on me forçait à être joyeux, alors maintenant je ne veux forcer personne, et laisser les gens s'amuser comme ils le veulent, à commencer par mes propres enfants).

Fuck, la vie est tellement plate et pénible et angoissante, il n'y a tellement rien dans l'avenir, il y a tellement d'horreurs partout, en dedans comme en dehors, est-ce que c'est si méchant que de profiter d'une occasion pour avoir du fun? Rejeter complètement une fête juste parce qu'elle a été métamorphosée en quelque chose de répréhensible, c'est comme vouloir quitter son pays à cause de son passé historique horrifiant. C'est comme décliner l'amour de quelqu'un parce que sa famille est détestable. C'est comme se suicider parce que Dieu n'existe pas. C'est comme refuser de manger parce qu'ailleurs il y a la famine. Ça ne sert à rien. Autant faire ce que l'on peut avec ce que l'on a, me semble, en ne se racontant pas de mensonges et en étant conscient de ce que l'on fait, et pourquoi.

À tous ceux qui prétendent (ou accusent, ou insinuent, ou sous-entendent, ou laissent entendre) que de fêter c'est devenir un Collaborateur à l'Infamie, je lance donc une grosse boule de neige.
(Et puis en passant: The Christmas Carol a été écrit par Charles Dickens, non pas par Oscar Wilde, et si vous trouvez ça "mièvre", c'est parce que vous ne l'avez jamais lu, mais vous êtes contentés d'une des adaptations télévisuelles qu'ont a extirpée de l'histoire originale...)

4 décembre 2007

Vince Tinguely

Depuis quelques temps, je me retrouve souvent sur les différents blogs de Vince Tinguely, et j'aime beaucoup ce qu'il écrit. Que ce soit ses opinions politiques (http://mylifeasanabortion.blogspot.com/), ses créations (http://confessionsofawelfareartist.blogspot.com/) ou ses rubriques culturelles (http://funkymonkeyaintnojunkie.blogspot.com/), c'est politique et cultivé, engagé et sensible, complètement désillusionné mais néanmoins vif et tranchant.

Je vous recommande de commencer par ici: http://mylifeasanabortion.blogspot.com/2007/09/words-of-advice-to-old-farts-with-fall.html. Comme avec un poème, il s'agit ici non pas précisément de ce qui est dit, mais plutôt du sentiment qu'il y a derrière.

Extrait:

"Anyway, as a public service I think I should offer a list of things you can do to help save the environment and make the world a better place. I mean, everyone else is offering 100 platitudes, so I can offer a few (it’s my blog and I’ll pander if I want to).

1. Quit your job. Whatever it is, it’s wrecking the planet. Stop working now. Go on welfare, and become a drag on the economy. The economy is wrecking the planet, so the more people who go on the dole, the slower the economy will go, and that’ll be good for the health of the environment.
2. Don’t sell your SUV or trade it in for a hybrid. Instead, destroy your SUV by driving it into the nearest fast-food restaurant or strip mall. (Strip malls are especially fun because the walls between stores are so flimsy you can just drive on through all of them.) By using your SUV to wreck Corporate Amerikkka, you have helped to shrink their ‘carbon footprint’ (ie. closed fast food store = fewer cows being eaten = less land being devoted to cattle = less greenhouse gases in their feeding, slaughter and transport, never mind the methane they produce anyway) rather than letting them get away with anything as lame as ‘carbon trading’ as an excuse to continue producing carbon dioxide until some of our favourite seaside cities are under water.
3. Instead of taking a jet to get to where you want to go, try walking the same distance. Or, if that’s inconvenient, try doing the same thing you were going to do wherever it was you were planning on going without leaving town. Imagine how much less boring anytown would be if everybody would just stop leaving it. While you're at it, visualize ‘massive globalization’ without the use of jets or cars.
4. Cancel all space exploration. Stop firing shit into space. No more satellites no matter how much we want them. Fuck HBO and all the rest. Use all that money we save from the space industry to come up with an alternative to the oil industry.
5. Turn all the vast green lawns around people’s ostentatious monster homes in the suburbs into ‘enviro-victory gardens’. If anyone objects, tear down their house, plow it under, and use that land for gardening as well. Once all the lawns are used up, start tearing up all the freeways in order to convert the underlying real estate into more gardens. By planting lots of urban vegetable gardens, we can cut down on the amount of fuel that’s used in getting veggies to market. Why, when it is summer and Quebec is producing tonnes of delicious food, am I still finding shitty-tasting, bedraggled veggies grown in Mexico and California at the greengrocers?
6. Ban eighteen-wheelers – ship everything by rail. Or, if this is too draconian, just make shipping companies pay the actual cost of the use of highways, rather than letting the taxpayer pick up the tab on all the road repairs. In which case, hey, shipping by rail really is cheaper, after all!
7. Make motor scooters the only legal personal inter-city transportation.
8. Make driving infinitely boring. Lower the speed limit to 45, say, and install governors in the cars so no-one can speed. Meanwhile, build hi-speed rail lines. See who wins then.
9. Windmills, solar panels, conservation – good. Nukes – bad. The people who are telling us nuclear power is still a good idea, are the same people who sold a ‘peaceful’ Candu reactor to India, which India then used to build bombs. No nukes are good nukes.
10. Encourage endless Montreal construction to proliferate – it might just force some drivers to leave the car at home.
"

Et ceci: http://mylifeasanabortion.blogspot.com/2007/07/unfinished-revolutions-it-isnt-so-much.html.

Extrait:

"Given the intensely programmatic nature of our current reality, where everywhere there’s some leader leading us somewhere – whether or not we want to go there – I propose a sort of anti-revolution, wherein, in order to be part of the movement, one must willfully stop doing stuff. We’re wrecking the planet with all our frantic activity, so let’s stop. Let’s stop war, but let’s also stop everything else. Stop oil exploration. Stop all mining of new resources – the only mining allowed would be the mining of dumpsites and other such unrecycled sources. Stop working – stop any work that isn’t directly involved with growing food to keep us alive. And stop all such food production that is based on profit, rather than on subsistence. Stop every industry – stop building cars, stop building houses, stop building anything. Put the whole of society into stasis, into a kind of a holding pattern. If people want to keep busy, they can fucking well figure out how to busy themselves. Keep old houses and buildings up to snuff. Clean up your local canal, creek or lake. Grow organic food instead of soaking your yard with chemical pesticides. Rather than being a tourist, go walk around your own neighbourhood for a change. No more films being filmed or books being published? Start a storytelling circle, or just lie in an open field watching the clouds and daydreaming. But just stop. Stop. And maybe if we all stop long enough, we just might be able to see the future opening up again, for all of us."

N'est-ce pas que c'est rafraîchissant de lire les propos de quelqu'un qui va plus loin que la dénonciation, qui fait l'effort d'imaginer des alternatives?

3 décembre 2007

Germe

J'ai eu l'idée de ce blog, un endroit où déposer n'importe quoi, de façon irréfléchie, vendredi soir en donnant le bain à mon fils. Le samedi je l'ai créé. Peut-être à peu près en même temps que Patrick Brisebois a supprimé le sien.

Résolution

Si j'avais le guts, ou si je n'avais pas de conscience, en 2008 je m'ouvrirais la gorge pour enfin pouvoir chanter. Parce que je n'ai plus de raisons de vivre, seulement des raisons de ne pas mourir.

"I knew this girl when I was young
She took her spikes from everyone
One night she swallowed up the lake
That's how you sing amazing grace
Amazing grace
Amazing grace
It sounds like razors in my ears
That bell's been ringing now for years
Someday I'll give it all away
That's how you sing amazing grace
Oh, can you hear that sweet sweet sound
Yeah, I was lost but now I'm found
Sometimes there's nothing left to save
That's how you sing amazing grace
Amazing grace
That's how you sing amazing grace"

--- (That's How You Sing) Amazing Grace de Low, sur l'album Trust (2002)

Sylvain

"Elle n'était que bonté; je suis son ange déchu. La noirceur m'emporte et je ne m'y oppose pas. C'est la seule pente que j'ai trouvée. À chaque degré de ma chute, un livre m'échappe et je le signe de mon nom usuel, mais seule ma grand-mère connaissait mon nom secret."

Ces mots de Sylvain Trudel ont été lus par Brigitte Bouchard (son éditrice aux Allusifs), lors de la remise du prix de la Gouverneure Générale, la semaine dernière.

J'ai eu envie de pleurer, en lisant ces mots. Pour ce que ça montre de Sylvain, oui, mais aussi par ce que ça a fait remonter en moi, à propos de ma grand-mère Stella, morte en 2000, avec qui j'ai toujours eu une relation privilégiée. Au début des années '80, elle et mon oncle ont vécus avec moi et mes parents après qu'elle ait subit une sérieuse opération au cerveau.

Le matin, c'était le silence dans la maison, je sortais de mon lit et je descendais au sous-sol, là où elle était installée, et le plus silencieusement possible je m'approchais pour voir si elle était encore endormie. Souvent elle se tournait vers moi et me souriait, réveillée mais encore couchée, et elle m'invitait à aller sous les couvertures avec elle. On jasait, et éventuellement on montait pour déjeuner ensemble.

Je n'avais pas de nom secret, mais entre elle et moi les regards étaient purs et les paroles étaient directes. Elle était pieuse et douce, moi timide et effacé, tout était paisible quand nous étions seuls, et quand le cercueil s'est refermé sur elle j'ai pleuré. C'est la dernière fois que j'ai pleuré.



(Merci à L. de m'avoir dirigé vers cet article: http://www.cyberpresse.ca/article/20071128/CPARTS02/711280746/1017/CPARTS.)
http://morneglebe.blogspot.com/

J'attends la suite.

1 décembre 2007

Ok ok... [Défoulage]

... we get it! Les blogs c'est d'la marde, l'Internet c'est l'anti-christ, l'ordinateur n'est pas notre ami, il faut en avoir peur et pas juste un petit peu. WE GET IT.

Vous n'aimez pas ça avoir un blog? Supprimez-le et arrêtez de perdre votre (et notre) temps. Le contenu des blogs vous irrite ou vous décourage? Arrêtez de les lire, bordel! Me semble que c'est simple, bâtard! Et puis arrêtez de nous dire que vous êtes "accroc" ou "addict". Ça ne passe plus. Either get in or get out.

Et puis arrêtez de camoufler votre mépris, je vous en prie. Soyez assez brave pour nous cracher dans la face autrement que par un périscope.

Comme l'a dit l'autre zouïf: "'Stie qu'j'sus con de perdre mon temps à te dire que t'es con..."

Non?

Est-ce qu'on peut passer à autre chose maintenant? Prêcher par l'exemple, genre, pour s'élever un peu, style?
Tant qu'à être dans le décor autant faire partie du décor non? Un type dans les buissons, ça inspire pas confiance.