14 juin 2012

Fear and Loathing in Whatever

Être étrange que je suis, à mes yeux du moins, je suis poussé, par-là, par ici, au gré d'événements aux apparences mystiques, sinon dans leur nature du moins dans les effets qu'ils ont sur moi.

D'abord, suite à une transe artificielle dans ses origines mais bien réelle dans ses ramifications, je me trouve à penser aux remous qui secouent actuellement mon petit coin de la planète, et j'y vois l'énergie du désespoir, rien de plus rien de moins, explosant momentanément dans un cul-de-sac civilisationnel beaucoup trop avancé pour être réglé.  À ce stade-ci, c'est tabula rasa ou la Fin des Temps pour l'humanité.

Quelques jours plus tard, un rêve dans lequel je suis chez moi avec ma Compagne, mes enfants, quand tout à coup nous entendons le vacarme sinistre de plusieurs hélicoptères nous survolant.  Moi et Elle on se regarde, et on comprend que quelque chose de grave vient de se produire.  Nous descendons nous réfugier au sous-sol, puis je regarde par la fenêtre et je vois les couleurs radieuses du soleil qui est près de l'horizon (coucher ou lever, je ne sais pas trop), me disant que c'est peut-être la dernière fois que je vois cela.  Je remonte, vais sur Internet, et là sur le site des nouvelles je lis quelque chose qui ressemble à: "Tragédie!  Aujourd'hui le Canada a un nouvel ennemi, l'Alberta et le Nord de l'Ontario ayant été dévastées par des bombes nucléaires."

Ces deux petits événements internes m'habitent et me hantent indûment, et quand au fil de la routine quotidienne je suis mis devant les mots ou les actions de ces humains qui nous gouvernent, ou quand je prends connaissances des commentaires de la majorité de mes concitoyens face à l'actualité, je suis rempli de rage, de dégoût, et j'ai chaque fois le réflexe instinctif de me retirer, de quelque façon que ce soit.

25 mai 2012

Je suis perdu, un perdu, chez qui le déracinement est arrivé trop tôt, trop fort, cataclysme s'étant produit suite à ce qui n'aurait finalement dû être qu'un dépaysement.  Je suis isolé dans ma tête, incapable de me sentir à l'aise ou "chez moi" nulle part, ou avec qui que ce soit.  Ma famille n'est plus ma famille, mes amis ne sont plus mes amis, je ne souhaite pas retourner dans ma terre natale, je ne souhaite que m'isoler encore plus, ne pouvant pas me sentir plus aliéné que je le suis déjà.

Tel un damné dans un récit de Lovecraft qui a vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir, un Grand Ancien qui lui aurait révélé l'Absurdité Cosmique de l'Univers, je déambule, sans joie, sans ambition, à jamais en exil dans mon propre intellect.

21 mai 2012

Pleurer de rage,
alors que jour après jour
rien ne me fait rien...
un miracle,
ou une calamité.

Souhaiter qu'étincelles
deviennent Feu.
Que ça soit le Début
de la Fin
du Début
du Début
de la Fin.

Les appels à la Solidarité
me donnent envie de partir.
Je suis un Déraciné,
un Fini.


2 février 2012

Vox Nihili [Latineries]

Alors qu'actuellement ma vie extérieure est entraînée dans des remous qui devraient mener ma Famille dans une situation plus confortable (tabula rasa, pour mieux recommencer), intérieurement je continue de me détériorer.

L'image la plus appropriée que j'ai trouvé pour exprimer cette sensation de désintégration que je ressens depuis des années, c'est celle d'un moteur qui manque d'huile, et donc qui surchauffe et lentement s'use à force de friction sèche et pénible.

Je ne vois que la Mort, partout.  Sur ma tête est perchée une créature, une Idée Noire — sombre et funeste — qui répète, sans cesse: Memento Mori.  Ça va et ça vient, l'intensité est variable, mais le résultat c'est que plus rien n'a de sens, tout me semble futile. 

Je suis bien au-delà d'être un "nihiliste", car même le "nihilisme", l'affirmation de déni implicite de cette philosophie, n'a pas de sens pour moi.  Continuer et vivre, abandonner et se tuer, rien ne m'attire, rien n'a de sens.

Le cliché, évidemment, est de répondre: Carpe Diem.

Mais voilà, qu'est-ce qu'on fait quand on a perdu (et depuis longtemps) la pleine capacité d'apprécier quoi que ce soit?

Je suis vide, dénué de passions.  Une passion est un peu comme une obsession dont on ne peut pas se débarrasser, quelque chose qui s'apparente à une pulsion qu'on ne contrôle pas.  Or, moi, je maîtrise parfaitement mes intérêts… ce sont des obsessions que j'encourage et que je nourris, volontairement, pour ne pas qu'elles meurent (et moi avec).  Car elles me gardent en vie, elles me droguent, me permettent d'oublier.

J'ai une Compagne, des enfants, alors je reste droit et je fais ce que je dois faire.  Je participe aux entreprises d'améliorations (mutatis mutandis) dont ma Compagne a besoin, me range avec elle car elle est du côté de la Vie, et qui peut se ranger contre la Vie?  Mais je ne désire rien, ni changement ni statu quo, et donc il est inévitable que tout ça finisse par manquer d'élan, et périodiquement j'en arrive à cet État de Vide Total qui présentement m'occupe.

Ubi nihil vales, ibi nihil velis.

Et puis depuis quelques jours, une recrudescence de ces brèves douleurs vives que je ressens parfois, depuis des années, en quelque part dans le côté gauche de mon cerveau… quelques fois par jour, pour une ou deux seconde… comme une brûlure du noyau central.  Des accès hypocondriaques où je m'imagine une tumeur au cerveau, un anévrisme qui me terrasse et me laisse légume… tout ça accentue le poids de cette Idée Noire.

Et une impatience géante face à tout, les nouvelles, la radio, les publicités, les "réseaux" "sociaux", mon travail.  Tout est futile, tout est de trop.  Mors Omnibus.

Inlassables refrains, que je dépose ici parce que ça semble être un réflexe quand j'ai l'impression de toucher le fond.

Cacoethes scribendi.