26 juin 2008

Ranting Against the All-Father

I did what you wanted. I'm living this fucking 21st Century North American Responsible Adult Working Every Day thing, OK? I did it! So get off my case.

You wanted me to enter the Race, so I did. For you, all of you who wanted what's best for me. But I knew that I wouldn't enjoy it, and I said it then, and I was right, so please don't act so surprised, so scandalized, if I'm not overjoyed at the prospect of feeling like an empty shell for the rest of my life. Can you, in all honesty, tell me that I should love this existence? That I should go with the flow and turn a blind eye to all the shit that's festering under our paved-up Civilization? That I should relax and just "chill", with the help of pills if need be? Are you telling me that you don't understand why I'm so unhappy, so beaten, so empty?

You taught me the Joys & the Importance of Knowledge, and I listened to you. One way or the other, all I ever did was try to know, to see, to feel, to understand. Having fun was one way of doing it, way back when. Reading. Role-playing. Losing myself in all kinds of imaginary worlds and settings. Writing, eventually, was also a way to further this quest. Getting drunk, getting high.

All of this led me to the State of Mind that I am in now, where this Gift that you gave me has morphed into a nightmarish cursed Looking-Glass, in which everything everywhere is either damaged, corrupted, irretrievably lost, degenerated or just plain bad. I've opened up the "doors of perception", and I now have the power to be properly horrified by what's around me.

To have some Knowledge, and to have it be useless (a hindrance, even) in my day to day existence, and to have seen it become an ever-persisting self-torturing tool of increasing insanity… I can't even begin to describe how it makes me feel.

"Are you happy?" you all ask me. And I say no, or --- confused --- I mumble something to that effect, not being one to boldly declare what I feel or what I think, but you don't listen, you don't hear, you only want to get your worries of your chest. Nobody can help anybody anyway, so why pretend? Why bother? Why insult me with your condescending "I'm not unhappy therefore I must be doing something right and not you" attitude.

À défaut de publier, quoi?

[Voici ce que je propose, bien humblement, pour le plaisir de jouer avec les idées, le tout étant pitché un peu n'importe comment, espérant qu'il n'y a pas trop de redites suite aux commentaires échangés avec Al.]

Multiplier les exemplaires de ses textes au besoin, à la pièce. En faire des artefacts uniques & travaillés, comme le faisait William Blake. Cracher au visage de la révolution industrielle et de ses "innovations". Si la pollénisation virale vous plait, alors au moins faites le sur Internet.

Passer outre les éditeurs (et leur "travail", et les échéances arbitraires) que sous-entend une publication officielle, cataloguée, et enregistrée. Nous sommes tous névrosés, bénificions tous d'un imaginaire merveilleusement craqué, alors --- dites-le moi --- quels avantages peut-on bien tirer de voir cet esprit créateur passer sous le scalpel d'un autre, dont la soit-disante "expérience" ne fait que rapprocher le texte des idéaux efficaces de la marchandisation?

Qu'il y ait des longueurs, des inconsistances, des redondances, des plagiats même, dans le fond, quelle importance? Et qui de mieux pour en juger que l'auteur lui-même? Vous tenez à plus de rigueur? D'accord. Mettez le manuscrit dans un tiroir, patientez, et revenez-y dans quelques années. Apportez alors vous-même les corrections qui s'imposent. Que ça soit votre œuvre à vous, avec ses verrues, ses asymmétries, ses imperfections. À vous. Sinon, à quoi bon se démener? À quoi bon prendre la peine de s'articuler?

(Ça fait autour de 14 ans que je travaille sur mon roman. La patience, je connais.)

De même pour la musique (privilégier la permormance musicale plutôt que l'impression de CDs, ça pourrait n'être disponible qu'en petites quantités, en vente lors de spectacles), le cinéma (le Hummer du domaine des Arts). Prenons la peinture: une œuvre, se trouvant à un endroit à la fois. Le théâtre: une œuvre, présentée pour une durée de temps limitée, par un groupe mobilisé.

Oui, je sais, c'est plus compliqué que ça, bla bla bla. Moi je dis: si c'est si compliqué, et bien il est peut-être temps de prendre la hache, et de simplifier.

Piler sur notre égo, et refuser de jouer le jeu. Se demander pourquoi on tient tant à publier, ce qu'on espère obtenir, et s'il n'y aurait pas un autre moyen d'y arriver.

(Ceci étant dit, il est clair que si je pense ainsi, c'est précisément parce que mes quelques essais de publications ne sont aboutis à rien. On se forge les opinions qui aident à justifier qui nous sommes. C'est en chacun de nous la démonstration irréfutable de nos imaginaires infinis, que nous sommes tous capables d'en arriver à se créer des idées, des arguments, qui appuient nos positions, quelles qu'elles soient. On est tous convaincus d'avoir raison, et de comprendre quelque chose que personne (ou peu de gens) sont en mesure de comprendre.)

Ralentir la cadense. Arrêter de penser en termes de qualité ou de quantité. Créer davantage. Quitte à ce qu'on lise plus de trucs artisanaux, en constante évolution, brochés à la main, mal foutus, avec des fôtes, sans belle maquette de couverture, sans jamais en avoir lu une critique préallablement dans Nuit Blanche ou dans Lettres Québécoises (des "Protégez-Vous" dont le consommateur averti doit prendre connaissance pour ensuite faire un choix informé).

Blah.

12 juin 2008

Sujet tabou

OK, j'hésite à en parler parce que j'ai l'impression que ça touche à une corde sensible, comme si le seul fait de poser la question était presque une insulte, une attaque personnelle, alors disons que c'est un "ami" dont toutes les pensées sont empoisonnées qui m'aurait posé la question, que ça fait un bout de temps que ça le préoccupe, et que moi ça m'intrigue aussi assez pour que j'en parle ici.

La question, donc:

"Pourquoi publier?"

Juste ça. Mais il faut être sévère et aller jusqu'au bout de sa réponse, car les racines du questionnement sont profondes.

2 juin 2008

Mon parcours m'ayant amené à être enfoncé dans une aliénation certaine, j'en viens à ressentir la vacuité de ma position, mais aussi de toutes celles qui m'entourent… de même ce que j'aurais voulu être, si le Hasard ou une plus grande Volonté personnelle m'y avait aidé: écrivain. Un travailleur comme un autre, contraint comme un autre, dont les effets réels se limitent à un cercle concentrique plus ou moins limité, plus ou moins corrompu, et plus ou moins égocentrique. Le monde des idées est mort, il ne vit que dans les consciences individuelles, alors que celui qui griffonne dans un café se détrompe, que celui qui est train de parader son prochain manuscrit se rende à l'évidence: votre travail ne sert à rien, et vos prétention au contraire sont mensonges, et donc nuisibles.

How strange it is to be anything at all, disait Mangum. How sweet it would be not to be anything at all, je variationne. Et je ne parle pas de mort, seulement de n'être rien d'autre que soi, en retrait, observateur.

Mots Dépressionnistes #2

Un texte à lire. Quelques extraits:

"L’idée fonctionnaliste et marchande, concrétisée dans le réel, dont les signes sont, entre autres, la pléthore d’automobiles, d’édifices hideux, de complets gris, de fast-foods ou de publicités, influence la pensée dans ses ultimes retranchements, jusqu’à ce qu’elle l’accepte d’emblée, ne lui reprochant plus que les détails de sa concrétude. […] La disparition de la critique radicale – celle qui prend, étymologiquement, le mal à la racine – correspond au moment où l’intériorisation de la contrainte de l’étant est complète : il n’y a non seulement aucun autre monde possible, mais surtout aucune faculté qui permette de l’imaginer. Cette absence de discours, de possibilité de celui-ci, consacre le règne du fait : il n’y a pas de choix, c’est comme ça. On attribue à Alain Minc, l’idiot du village global, cette assertion qui devait réfuter toute velléité critique : « Ce n’est pas la pensée qui est unique, c’est la réalité. » De fait, la liberté de choisir ou non de vivre dans ce système est la liberté fondamentale qui est refusée à tous, à moins de vouloir être libre comme un assisté social ou un punk, c’est-à-dire carrément paralysé et impuissant. Nous faisons tous le choix, un certain moment, de nous accommoder d’une certaine forme de coercition – le travail salarié, son costume, ses exigences – en échange de la possibilité de la réalisation d’un projet de vie qui dépasse la trivialité et la violence pas toujours soft du travail et de l’existence dans un monde qui se meut par l’échange marchand. Mais justement, ce choix, nous le faisons tous, nous y sommes contraints. Autrement dit, il est inexistant. […] À vrai dire, il est admirablement structuré ce monde, elle est parfaitement balisée cette vie : les rêves sont tous les mêmes ici, avoir une bonne job, gagner 35000$ à 26 ans (twenty years of schoolin’ and they put you on the day shift), avoir une voiture, une maison pour mettre les enfants (Little boxes littles boxes littles boxes made of ticky-tacky), qui auront une vie meilleure, qui iront plus longtemps à l’université, qui habiteront d’autres petites boîtes vertes et bleues et roses. Des urbanistes décident de la forme des villes en fonction de ce bonheur universel, quitte à passer des autoroutes à travers elles; des conseillers en orientation s’assurent de la main-d’œuvre nécessaire au marché, si jamais les écoles ne suffisaient à leur mission répartitrice; les médias s’assurent du conditionnement : la découverte d’un gisement de pétrole dans le fleuve Saint- Laurent est une bonne nouvelle, la chute de la bourse une mauvaise. L’économie est un moloch caché derrière une porte aveugle qu’il faut nourrir sans cesse. La bourse ne souffre pas la mauvaise humeur. Les mois sont balisés par la récurrence des comptes à payer, les années par quelques fêtes bien policées dans tous les sens du terme; la jeunesse se termine lors de l’entrée au travail, l’âge adulte lors de sa sortie; après on meurt, non sans avoir fait auparavant quelques économies pour la retraite et les enfants, ce qui justifie le travail aliéné. Et ce monde, dont la télévision fait la promotion chaque jour, tourne ainsi dans une belle unanimité. La part de créativité, celle des affects, celle des rires et des espoirs, celle de la réalisation de soi, cette part est reléguée aux temps dits libres… deux jours par semaine. C’est le vrai conformisme de notre époque : non pas celui d’un individu qui alignerait ses idées sur celles qui ont cours de manière générale, veillant à ne pas trop choquer les différents pouvoirs en place, et espérant peut-être tirer quelque bénéfice de cette absence de personnalité trop prononcée, mais simplement celui de tous ceux dont les réactions et les rêves furent balisés par les télévisions et les automobiles, les lave-vaisselle, les comptes d’électricité et les belles carrières, par tout ce monde qui se donne à la fois comme si naturel et si souhaitable, comme s’il devait encore ce faire aimer après la tautologie qu’est son existence et l’image de celle-ci. Ce n’est plus la conscience qui réprime les mauvaises pensées, mais le monde lui-même, et finit même par les empêcher d’apparaître. Le décor génère ses codes, ses exécutants une force d’inertie. […] Ces cruelles vérités, qui ne se disent ni quand on parle à ses parents, ni quand on drague, ni à un professeur, ni à un employeur, et encore moins à la radio ou dans les journaux, pensez-vous, ces cruelles vérités, donc, et finalement, ne se disent pas. Elles forment l’assise ontologique de notre belle société post-moderne – même si on aimerait parfois dire qu’elle ressemble atrocement à celle du XIXe siècle, celle de la foi au progrès et du développement économique. On n’est pas sorti de l’usine. Quiconque n’a jamais éprouvé la dureté de telles contraintes morales, sociales et économiques, ne peut être qu’un imbécile ou un collaborateur. Que ce soit dit. Il est extrêmement pénible d’être en désaccord avec ce monde, puisqu’il est à peu près impossible d’y échapper. De ne pas se laisser faire, ne pas être réifié en créature économique fonctionnelle; plus difficile encore de vivre sans emploi, ou volontairement désargenté. Signaler l’opprobre général dont sont victimes les assistés sociaux n’est pas tout à fait hors sujet. Il faut payer pour manger et travailler pour payer, cela va de soi."