18 août 2004

Jérémiades

Frénésie, inexplicable frénésie; au mieux, je peux expliquer pourquoi elle persiste. Fatigué, affamé, caféiné, dans toutes les situations (sociales ou autres), toujours j'ai le cœur qui bat trop vite et l'Esprit qui fuit la Concentration. Je n'ai de répit que quand je dors ou écoute de la musique. A-t-on déjà vu aussi névrosé? Oui, on a vu bien pire. Néanmoins, c'est alarmant quand ça se présente chez un individu sur qui reposent tellement d'attentes et de responsabilités (époux, bientôt père de deux enfants, seul du foyer familial à gagner un salaire, ayant à payer pour l'hypothèque de la maison et les dettes d'études des deux adultes, occupant un emploi exigeant d'autant plus qu'il ne s'y sent pas à sa place, entretenant des ambitions d'écriture presque comme on s'engage dans l'adultère, ne pouvant pas accorder beaucoup de temps à sa famille et ses amis). Et puis dans tout ça, transporter avec soi cette Folie, ce Trouble, qui ne fait qu'exacerber une Solitude déjà bien établie.

Ce midi j'ai regardé une photo aérienne des villes de McMasterville / Beloeil / St-Hilaire / Otterburn Park (prise par mon père lors de son récent tour d'avion), et j'ai repéré les différents lieux mémorables de mon ancienne existence (21 ans d'une vie qui en compte 29, ce n'est pas rien), entre autre mon ancienne maison ainsi que celle de mon ami H., et puis la pointe entre nos deux demeures où le pont des trains enjambe le Richelieu entre Beloeil et Otterburn Park, et où on allait souvent moi et lui… et les larmes ont remplies le bas de mes yeux.

Trop sensible, aujourd'hui.

6 août 2004

Poème conçu & mémorisé pendant une longue… réunion… plate.

Une vie alchimique
saturée de sensations transfigurantes
où les lierres
de l'imaginaire
poussent
en terre
fertile.

Voilà ce qu'était mon enfance,
voilà ce qu'est mon idéal.

--- 9 juin 2004

Annonce Déclassée

Vous écrivez mais le faites dans l'ombre, ou avez en votre possession les écrits d'une personne disparue (parent ou conjoint) pour qui l'écriture occupait dans son existence une grande place? Je suis à la recherche de ces textes d'Écrivains Inconnus (qui ne sont pas moins écrivains parce qu'ils sont inconnus), textes d'autant plus sacrés qu'ils avaient comme but premier non pas la publication et la reconnaissance artistique, mais la création primordiale.

Poèmes, récits courts ou longs, lettres, cartes, tout et n'importe quoi ayant été écrit avec Cœur et avec sensibilité artistique. Si la réponse est bonne, je projette de rassembler tous ces textes et d'essayer ensuite de les publier, prouvant ainsi qu'il est possible de Créer en dehors des cercles universitaires hermétiques et des réseaux serrés d'artistes déjà établis.

2 août 2004

The Ghost of Love Past

Un rêve l'autre soir. Je suis un étudiant à la polyvalente. Un climat un peu sinistre, dans lequel je découvre un sombre complot de vampirisation globale de la population étudiante. Évidemment, je tente de contrer ces méchants vampires, tout en continuant d'aller à mes cours et de fouiller dans mon casier. Or, Julie, ma Julie, le premier grand amour de ma vie, et bien elle est d'une manière ou d'une autre impliquée dans ce complot, et je me promets de l'en tirer.

Et voilà que je me réveille. Il est trois ou quatre heures du matin, je suis couché près de ma Compagne et de mon Fils. Il fait chaud, je vais aux toilettes en écoutant la Nuit, pensant à Julie, aussi amoureux d'elle que je l'étais quand je l'ai vu la première fois, il y a de ça quelque chose comme 19 ans, aussi amoureux que la dernière fois que je l'ai vu, il y a de ça quelque chose comme 10 ans. Et je suis émerveillé par la ténacité de cet amour. Et je comprends simultanément que je l'aimerai toujours, elle et toutes les autres que j'ai aimées.

Perroquet

Voici quelque chose que j'ai posté il y a quelques temps sur le Forum de Christian Mistral. Personne ne m'a rien répondu à ce sujet (sauf LouiseL, sympathique et chaleureuse, qui m'a dit qu'elle y voyait du bon), alors je me permets de me répéter pour voir si ça va trouver ici un terrain plus fertile.

Appel à tous -- Un projet, de la projection, une question

J'aimerais sonder l'opinion des gens de ce Forum. Je songe depuis quelques temps à fonder une maison d'édition. C'est un projet qui ne me ressemble pas (ça exigerait de moi d'être terre-à-terre et perspicace, ce que je ne suis pas) mais que j'envisage néanmoins. À ce stade-ci je ne sais pas ce que ça sous-entend comme démarches bureaucratiques et administratives; je ne sais même pas si ça serait concrètement faisable pour moi. J'en suis encore à établir dans ma tête les balises et le créneau de cette Maison. Je ne veux pas rentrer dans les détails pour l'instant mais disons que ça serait une Maison qui s'adresserait à des écrivains qui n'ont peut-être pas leur place ailleurs. Moi par exemple. Ceci étant dit, voici ma question (et je m'adresse à tout le monde, même ceux qui n'écrivent pas ou qui ne connaissent rien au monde de l'édition): est-ce une bonne idée pour un écrivain d'utiliser sa Maison d'édition pour se publier lui-même? Y voyez-vous quelque chose de moralement incestueux?

Mumble-jumble

De retour au travail aujourd'hui. Inconcevable que je me relance tête la première dans cet univers fade et corrosif à la fois, ce milieu qui me tue à petit feu parce qu'il ne connaît que ce qui est Petit. Je travaille, écoute aujourd'hui les White Stripes (continuant de noter les chansons que je vais inclure dans cette grande compilation que je suis en train de constituer, et que j'appelle "Jukebox Universel d'un Mélomane Hybridé"), n'arrive pas à faire grand-chose. Trois semaines de vacances, c'est aussi cruel que masochiste de s'infliger ça. Ça a fait du bien à Mélissa qui est à 6 semaines de l'accouchement et qui a bien besoin d'un break, mais à moi, est-ce que ça a fait du bien? Pas vraiment. Je reviens ici, dans ce centre de la grande ville de Mourial, et je suis aussi en colère-révolté-écœuré-fronceur qu'avant mon départ. Il faut que je fasse quelque chose. Il faut vraiment que je regarde ailleurs. L'évasion que me fournissent mes divers projets… n'est plus suffisante pour me sauver du naufrage. Il faut que je fasse quelque chose. Je vais devenir facteur, voilà ce que je vais faire.

De retour au travail aujourd'hui. Et le réflexe de penser au suicide qui refait surface. "Tu parles d'une histoires," comme dirait Passe-Montagne.

The world is moving on...

Je ne sais pas comment ça s'est passé, au juste. J'ai toujours eu des amis, et puis un jour je n'en ai plus eu. À ce jour, il ne me reste que des amis lointains (sincères et d'une grande valeur, mais distants).

H., mon cher H., celui qui il y a plus de dix ans m'a redonné goût à la vie, et bien il a d'autres chats à fouetter et il a besoin de gens qui sont "high", énergiques et pleins de vitalité (ce qui n'est pas mon cas, du moins pas de façon visible). Il habite maintenant Ottawa, n'a même plus envie d'échanger des messages avec moi. M., mon amie d'enfance, mon amie de toujours, est quelque part en France, avec son mari et son enfant, et ne me donne plus de nouvelles. Y., je ne sais pas quoi en dire… il ne va pas bien, il a déménagé, ne m'a pas appelé depuis le début de juillet, et je n'ai pas son nouveau numéro; je crains le pire, mais en même temps je me dis que je dramatise toujours trop. P., actuellement en train de planter des arbres dans l'Ouest du Canada, ne fait plus vraiment partie de ma vie depuis plusieurs années; c'est dommage, je l'aime comme un frère. Un jour, peut-être, on se retrouvera, et on en aura long à se dire. P., et bien il a lui aussi sa famille, et à part ça nous n'avons plus grand-chose en commun. Il ne doit rien comprendre à mon attitude et à mes ambitions. M., ma chère M., il ne me reste finalement qu'elle. Je suis son confident, et --- jusqu'à un certain point --- elle est ma confidente. Mais l'éloignement géographique nous a toujours séparé, et --- faisant présentement du bénévolat en Équateur --- c'est encore plus le cas ces temps-ci.

Il y a M., mon Épouse, ma Compagne, que j'adore mais avec qui je partage un quotidien qui nous sépare et nous éloigne souvent l'un de l'autre. Pas facile, la proximité, surtout pour un solitaire-sauvage-ermite comme moi. J'ai parfois l'impression que --- dans l'espoir de bâtir le futur qu'elle désir --- elle ignore mon passé et elle se désintéresse de ma passion (i.e. l'écriture), ne réalisant pas que sans ces deux choses je ne suis rien d'autre qu'une loque moderne.

Et puis mon X., mon fils, avec qui je suis souvent plus proche qu'avec n'importe qui d'autre (malgré les 27 ans qui nous séparent).

Ma famille, père mère et sœur, que j'aime et qui m'aiment, mais qui ne savent pas trop par quel bout me prendre, et qui prennent mes silences et mes absences pour du désintérêt, alors que c'est tout simplement la vie qui fait érosion sur mes temps libres et mes énergies.

Quelques autres amis d'occasion, collègues de travail avec qui j'ai des affinités, mais c'est tout. Je ne peux pas mieux l'exprimer que je l'ai fait dans ce passage de mon roman (passage écrit quelque part en 1995, je crois), venant de la bouche de mon personnage, Philippe:

Le Discours de Philippe

Je crois pas être quelqu'un envers qui on peut avoir de l'affection ou de l'admiration. J'impressionne rarement par la force de mes convictions. Après tout, j'ai pas beaucoup d'assurance et --- c'est normal --- on s'intéresse pas longtemps aux faibles.

On peut avoir de l'amitié pour moi, sans plus. On s'attriste souvent de mon sort, on a pitié de l'échec inévitable de mon existence, parce que je suis un hybride: il y a en moi le désespoir agaçant d'un adulte et les manies maniaques d'un enfant.

Les rebelles révolutionnaires ont en commun avec moi un refus radical. Mais moi je n’ai pas comme profonde ambition de "changer le monde". Je trouve que c'est le pire cliché possible. Je ne crois pas en mes possibilités et en mes capacités à ce point là. Mon dégoût et mon mépris sont dirigés contre tout, contre moi, contre le Monde lui-même. Je suis capable de ressentir un étrange bonheur ou un désespoir fiévreux, face à pas mal n'importe quoi. Ça dépend des jours. La vie est à la fois ma malédiction et ma bénédiction. Je suis con. Je suis un ontolo-mako.

Malgré tout certaines personnes aiment me parler. Même que certains me trouvent drôle. Ça peut être agréable de me raconter quelque chose ou de partager du vécu avec moi, parce que j'écoute bien j'imagine, ou (comme mon ami Antoine me l'a déjà dit) parce que je sais lire entre les lignes. Mais je suis rarement celui avec qui on agit, celui avec qui on fait des choses.

C'est que je suis réservé, retiré, solitaire. Les autres m'affectent beaucoup. Aussitôt que je parle devant plus qu'une personne, je me sens devenir ridicule et je bafouille, bégaye et barouette. Quand quelqu'un m'adresse la parole je suis aux aguets, en état de surprise perpétuel. Souvent, le seul fait d'entendre quelqu'un prononcer mon nom, me consterne et m'inquiète. Pourtant, sans personne avec qui coexister, sans amis, je ne suis qu'un microbe, une plante, un vivant. Et j'ai souvent peur que ça soit ça, vieillir: voir les choses de plus en plus organiquement, et vivre dans une continuelle amorphité déchirante… un stade d'existence où la moindre action, rencontre, ou idée devient aide-mémoire, te disant: "Penses-y, et tu verras que ça ne donne rien de bon."

On pourrait appeler ça de l’insécurité. On pourrait.

Je suis égocentrique (pas bein le choix), mais je crois pas être égoïste. Ou peut-être que c'est le contraire. Ou les deux. Je sais pas.

Par l'observation, j'ai pu voir que les gens qui me côtoient sont d'abord intrigués, ensuite se sentent confortables avec moi, puis mal à l'aise, et puis finalement ils se distancient et choisissent de rester loin de moi. Ça peut varier selon les individus mais en gros c'est ça. Moi, face à moi-même, je suis quelque part entre la troisième et la dernière étape, entre le malaise et la rupture.

Depuis que je sens mon isolement, depuis la Conscience quoi, c'est difficile pour moi de me faire des amis, de connaître ou de me faire connaître, de me faire valoir aux yeux d'un autre.

Alors j'ai décidé de partir des endroits qui m'étaient familiers, je me suis résigné à être seul, et faire ça c'est accepter d'être seulement et uniquement dans sa propre tête, en tout temps, en toute occasion, pour toujours peut-être.

(Du moins c'est ça pour moi. C'est ce qu'il faut garder en tête: tout ce que j'affirme c'est par rapport à moi. Je n'essaie pas de faire passer mes dires pour des vérités universelles.)

J'aimerais être pieux et serein mais je pressens que ça va toujours faire mal, n'est-ce pas? Et qu'il n'y aura pas de répit, et qu'il ne me reste qu'à m'y habituer.