14 juin 2011

X'Ed Out (2010), by Charles Burn

[Texte écrit pour un site qui sollicitait des critiques de graphic novels, mais qui finalement ne veulent pas s'embarquer là-dedans.  Je le partage donc ici.]

If you've read Burns' Black Hole (which came out from 1995 to 2004, before being collected in 2005), you have an idea of what to expect here: a devastatingly disturbing tale rendered in stark, precise, razor-like strokes.  Whereas Black Hole dealt with teenagers (and the shattering transformations ― or should we say 'mutations'? ― they go through), here the protagonist is a young man, Doug, who is going through the aftermath of some kind of accident or trauma.

In a seemingly random fashion, his story his relayed to us, whether through drug-induced dreams or through flashbacks, the two modes (dream / memory) being distinguished by a subtle visual shift.

In his dreams, Doug is like Tintin's dark-haired non-identical twin, wandering through a shifty dream-world reminiscent of William Burroughs' Interzone; there, he wanders in a city reminiscent of archetypal Morocco peopled by various exotic people (from warehouse reptile-men to mute cycloptic cooks to midget-sumo guides), alternating (as in a nightmare) between fear and disgust.

In the memories, he and his surroundings are more realistic, and we see him at various points of his life: recovering from some unidentified head-wound, strung out on pain-pills; having breakfast with his father; going to a party with his soon-to-be ex-girlfriend, giving a poetry performance and then falling in love with another girl; dating this new girl, with whom he shares a passion for photography.

The referential echoes to Hergé's boy-reporter are plenty, from the strange eggs featured on the cover and in a gross restaurant sequence (see: the mushroom from L'Étoile Mystérieuse) to his occasional animal companion (Inky the Cat, Snowy the Dog's negative image) to the character's stage-name (Nitnit).  But mostly, it is through the comic's color palette and "ligne claire" style of drawing that this homage to Hergé is most manifest.

All in all, it is a most worthwhile effort on Burns' part, demonstrating a mastery of style, content and execution, and the semantic hyperlinks to Burroughs, Hergé (or even his own work) are not detrimental to the book's overall merit, on the contrary.  They elevate it to something more than just a "weird for weird's sake" narrative.  What that "more" is, well, it remains to be seen.

If I had one negative thing to say about it: it's over too quickly.  Just as we're starting to get fully immersed into this universe, it cuts off.  The final image is impressive and awe-inspiring, but still, I can't help but wish there was more.  It's an unfair criticism, for sure, and one that will become irrelevant in the future, when the other two planned volumes (or albums, in the French and Belgian "bande dessinée" meaning of the word) are out.  But seeing as we can expect months and even years before the tale is complete, it's unavoidable.  Still, maybe the wait is good.  Maybe that expectant anticipation is all part of what makes comics such an engaging passion.  And in the meantime, we can read this first volume again, and float in its rich, interwoven layers.

9 juin 2011

Liens & Citations

Par hasard, je suis tombé il y a quelques temps sur cette entrevue avec Lucien Francoeur. Évidemment, ses propos sont alarmants, et dans un premier temps je les réfléchissais dans l'optique de notre choix, à moi et à ma Compagne, de ne pas envoyer nos enfants à l'école. Mais un petit quelque chose me troublait dans tout ça, un "Oui mais…" agaçant que je ne n'arrivais pas à préciser, zombie endormi et nigaud que je suis.

Il y a quelques jours, j'ai appris (via le blog de Christian Mistral) que Maxime Catellier avait ouvert un nouveau blog. Lisant une de ses notes, je suis tombé sur la phrase suivante:

"Comment reprocher aux jeunes élèves des collèges de n'en avoir que pour l'argent et la technologie, quand c'est cela même qui phagocyte les écrans et les ondes où nous sommes censés nourrir notre rapport au monde?"

Et c'est là que j'ai enfin compris ce qui me troublait à ma lecture de l'entrevue avec Francoeur. À travers les impressions de cet homme, on semble nous dire que "avant c'était bein mieux", "la jeunesse c'est d'la marde", "c'est à cause de la méchante technologie", "les gens du ministère sont incompétents", sans toutefois prendre un quelconque semblant de recul pour mettre ça en contexte ou tenter de comprendre le pourquoi de tout ça.

On accuse, constamment, et on juge, et on se place au-dessus de tout, sans jamais dire que le monde moderne, ici, en Amérique du Nord, en 2011, est une abomination complète, concrète et irréductible.

Donc, comme le dit Catellier bien mieux que moi, de quel droit se permet-on de juger nos enfants?  Comme je le disais dans une lettre à mon père citée ici dernièrement, "Car peux-tu affirmer savoir ce que c'est, que de naître et d'être enfant dans les années 2000, dans un Monde Occidental noir et pourri et corrompu et où la beauté a été à peu près évacuée de toutes les sphères de l'existence?"

* * *

Pour finir, deux citations qui — me semble-t-il — ont un lien de parenté avec le sujet présent:
1. "They want you dead... or in their lie. Only one thing a man can do. Find something that's his. Make an island for himself."
-- tiré de The Thin Red Line, film de Terrence Malick



2. "Know
that today there are millions of Americans
seeking America... know that even with all
those eye-expanding chemicals — only more of
what is not there do they see"
-- tiré de Elegiac Feelings American, un poème de Gregory Corso écrit en mémoire de Jean-Louis

Une Bénédiction

[Traduction rapide, à peine compétente, du poème A Blessing de James Wright, faite à la demande de L.]

En sortant de l'autoroute allant vers Rochester, au Minnesota,
le crépuscule bondit doucement sur l'herbe.
Et les yeux de ces deux jeunes chevaux Indiens
s'assombrissent de bonté.
Ils sont venus volontiers des saules
pour nous accueillir mes amis et moi.
Nous franchissons les barbelés jusqu'au pré
où ils ont brouté toute la journée, seuls.
Ils se remuent nerveusement, peuvent à peine contenir le bonheur
de nous voir venir à eux.
Ils se prosternent timidement comme des cygnes mouillés. Ils s'aiment.
Il n'y a pas de solitude comme la leur.
À nouveau chez eux, ils commencent à grignoter les jeunes pousses du printemps dans l'obscurité.
J'aimerais tenir la plus petite des deux dans mes bras,
car elle a marché jusqu'à moi
et a touché ma main gauche de son museau.
Elle est noire et blanche,
sa crinière tombe rebelle sur son front,
et la brise légère m'incite à caresser son oreille allongée
délicate comme la peau du poignet d'une fille.
Soudainement je réalise
que si je sortais de mon corps je deviendrais
bourgeon.