6 février 2008

Films [Retenance]

Monologue tiré du film Nostalghia d'Andrei Tarkovsky, écrit par ce dernier en collaboration avec Tonino Guerra:

"What ancestor speaks in me? I can't live simultaneously in my head and in my body, that's why I can't be just one person. I can feel myself countless things at once.

There are no great masters left, that's the real evil of our time. Our heart's path is covered in shadow. We must listen to the voices that seem useless. Into brains full of long sewage pipes, of school walls, tarmac and welfare papers, the buzzing of insects must enter. We must fill our eyes and ears with things that are the beginning of a great dream. Someone must shout that we'll build the pyramids, it doesn't matter if we don't. We must fuel that wish. We must stretch the corners of the soul like an endless sheet.

If you want the world to go forward, we must hold hands. We must mix the so-called 'healthy' with the so-called 'sick.' You healthy ones! What does your health mean? The eyes of all mankind are looking at the pit into which we are all plunging. Freedom is useless if you don't have the courage to look us in the eye, to eat, drink, and sleep with us! It's the so-called 'healthy' who have brought the world to the verge of ruin!

Listen, Man! In you: Water, Fire, and then Ashes. The bones, and then ashes!

Where am I when I'm not in the real world, or in my imagination?

Here's my new pact with the world. It must be sunny at night and snowy in August. Great things end, small things endure. Society must become united again instead of being fragmented. Just look at Nature and you'll see that life is simple, that we must go back to where we were, to the point where you took the wrong turning. We must go back to the main foundations of life, without dirtying the water.

What kind of world is this, if a madman has to tell you to be ashamed of yourselves?

O Mother, O Mother! The air is that light thing that moves around your head and becomes clearer when you laugh.
"

5 février 2008

Lectures [Retenances]

"Gracious reader, may I venture to ask you a question? Have you ever had hours, perhaps even days or weeks, in which all your customary activities did nothing but cause you vexation and dis-satisfaction; when everything that you usually consider worthy and important seemed trivial and worthless? At such a time you did not know what to do or where to turn. A dim feeling pervaded your breast that you had higher desires that must be fulfilled, desires that transcended the pleasures of this world, yet desires which your spirit, like a cowed child, did not even dare to utter. In this longing for an unknown Something, which longing hovered above you no matter where you were, like an airy dream with thin transparent forms that melted away each time you tried to examine them, you had no voice for the world about you. You passed to and fro with troubled look, like a hopeless lover, and no matter what you saw being attempted or attained in the bustle of varied existence, it awakened no sorrow or joy in you. It was as if you had no share in this sublunary world."
--- Tiré de The Golden Flower Pot (1819), de E.T.A. Hoffmann

"Every year more and more flowers drop away withered, their buds eternally sealed; there is no spring sun that can bring the warmth of new life into old dried-out branches. I know this well enough, but the Enemy never stops maliciously rubbing it in as the year draws to an end. I hear a mocking whisper: "Look what you have lost this year; so many worthwhile things that you'll never see again. But all this makes you wiser, less tied to trivial pleasures, more serious and solid-even though you don't enjoy yourself very much."
--- Tiré de A New Year's Eve Adventure (1814), de E.T.A. Hoffmann

24 janvier 2008

Scribouille du 19 janvier 2008

[23:56]

Je suis toxique;
une partie de moi
ne s'est jamais
ouverte;
mais maintenant
le fait
comme les pétales
d'une fleur
qui découvrent
le cœur séché
d'une plante coupée.

I now believe my life is at an end; it's only a matter of time before Reality catches up with the facts, in the parlance of our times.

I'm dead, it just hasn't happened yet.

21 janvier 2008

18 janvier 2008: Pensées & Jongleries

Je ne suis pas à l'aise avec l'insulte; ne l'ai jamais été. Autant que possible, je l'évite. Par écrit, dans une conversation, même dans ma propre tête. Indépendamment des confrontations qu'elle peut provoquer, je la considère comme une pollution mentale, verbale, qui entraîne une dépendance croissante, menant éventuellement à un mépris généralisé. Mimon veut pas ça.

"Nous ne comprenons pas tout, mais nous n'insultons rien."
--- Victor Hugo, dans Les Misérables

Ça sous-entend aussi de ne pas manquer de respect envers ce que j'ai déjà été. Ne pas cracher sur mon passé; le voir comme une autre facette, un univers parallèle de mon existence (le temps étant la quatrième dimension, tout ça), un état intermédiaire qui a peut-être été invalidé par le déroulement du Hasard, mais qui aurait très bien pu demeurer, s'intensifier, aller plus loin dans sa propre pertinence.

"La sagesse, ce n’est pas de trouver sotte la conduite que l’on a déjà eue, mais de la comprendre."
--- Quelqu'un, le 1er mars 1998

* * *

Il me semble évident que si tellement de gens s'emportent quand ils sont confrontés à des visions diamétralement opposées à la leur, c'est parce qu'ils sont incertains quant à leurs propres convictions, et que la possibilité d'une Subjectivité Totale remet en question le bien-fondé de leur position.

"On ne révèle jamais ses faiblesses comme quand on accuse…"
--- Quelqu'un, le 1er juillet 2005

"Je dénonce cette attitude qu'ont les gens, de s'en prendre à des individus, et de leur décharger leur colère, alors que c'est contre un symbole ou un concept qu'ils en ont."
--- Lui-même, le 5 décembre 2001

* * *

Pour bien du monde, que les hiérarchies intellectuelles ou morales soient des fabrications humaines (ainsi que la supériorité des uns sur les autres que ça implique), c'est --- à une échelle plus petite --- un concept aussi horrifiant que le Néant.

"Je refuse les hiérarchies; de race, de langage, de statut social."
--- Encore quelqu'un, le 7 mars 2002

* * *

Je suis un esprit simple, pour ne pas dire un simple d'esprit. Pour moi, la Totalité de ma Philosophie se résume à: ne fais pas souffrir. Le Mal, pour moi, c'est ça: provoquer la souffrance, à dessein. C'est pour moi le seul "péché", la seule chose que je n'accepte pas. En dehors de ça, comme ils disent: Do as you will.

* * *

C'est donc logique que j'aie du mal à me sentir à l'aise dans des échanges où on dénigre quelqu'un, soit directement soit en s'en prenant à ses Émanations (créations artistiques, propos, actions). On ne comprend pas l'autre, alors comment peut-on oser le juger?

En art, par exemple. On peut dire que ça ne nous plait pas, que ça ne répond pas à nos besoins, que c'est contraire à notre opinion, que c'est mal articulé ou basé sur des connaissances incomplètes, que ça ne nous parle pas, que ça ne nous fait pas vibrer, etcetera, mais à quoi ça peut bien servir que de vouloir anéantir l'autre, de détruire sa pensée? Pour moi, il n'y pas autre chose là-dedans que de l'instinct de guerre, de conquête, de dominance, appliqué à une autre échelle, un autre niveau.

"Comment peut-on se permettre de juger l'œuvre de quelqu'un? Le plus que l'on puisse avancer, c'est que ce n'est pas pour nous. De dire que telle ou telle œuvre nous déçoit, revient à dire que l'artiste qui a produit cette œuvre n'existe que pour nous plaire et nous faire plaisir, alors qu'en fait cet artiste fait ce qu'il a envie de faire, en espérant que cette exploration psychique particulière parle à quelqu'un ou --- au mieux --- à quelques uns."
--- Toujours quelqu'un, le 28 janvier 2004

"Nous sommes tous du même bord, nous qui écrivons, qui dessinons, qui faisons de la musique, qui créons… il y a de la place pour nous tous, à quoi bon s'entre-critiquer, se bombarder de dérision, à quoi bon faire autre chose que Chanter et Rire?"
--- Le même, le 5 avril 2005

* * *

Ne pas ajouter à la Souffrance qui nous précède et nous entoure; essayer de respecter l'autre; se demander à quoi peut servir notre Parole.

"à quoi bon, à quoi bon se fâcher, je le regrette toujours, même quand j'ai raison (et comment savoir si j'ai raison?), et pis de toute façon on est tous tristes et ça serait mal d'en rajouter, me sacrifier, après tout, est-ce que c'est vraiment un sacrifice, et pis si on se l'avoue, si on est honnête avec ce que l'on est et ce que l'on sent et ce que l'on n'aime pas, si on est honnête tout court, toujours, la culpabilité finit par disparaître, on est moins plaisant, moins populaire, moins impressionnant, mais je pense que c'est le seul moyen que j'ai de pouvoir vivre avec moi même sans souffrir, toujours souffrir, sans toujours avoir le cœur comprimé comme une roche, sans toujours avoir les intestins remplis de sable et de vitre, sans toujours être en colère... je ne peux plus me permettre d'être Enragé, je ne peux plus, il faut que je tire mon élan d'un autre État, d'une autre Énergie, il faut que la frénésie, le désespoir, soit derrière --- et non devant --- mes yeux... à quoi bon se fâcher contre nos proches, à quoi bon agir comme tous ceux que je trouve ridicules et imbéciles?"
--- Une dernière fois quelqu'un, le 9 avril 2005

15 janvier 2008

Sans titre

Offrir à quelqu'un la distillation partielle de ma pensée, fournir des efforts alors que je pourrais tout simplement articuler n'importe quoi n'importe comment, et puis --- éventuellement --- constater que mes efforts ne sont pas appréciés, ou qu'on ne les voit pas.

Oser la contribution, sachant d'avance que l'accueil sera froid et méfiant, mais le faisant quand même, pour dire non à la résignation, et puis --- après --- le regretter.

Accepter de parler de moi, faire des efforts pour dépasser mes névroses personnelles, m'exposant ainsi à l'imprévu (le bon et/ou le mauvais), et aller même jusqu'à partager mes textes (quand on manifeste de l'intérêt), et puis constater que ce partage vient mettre un terme aux potentiels développements d'un lien entre moi et cette personne. S'efforcer de ne pas interpréter cette finalité.

Raconter ou me confier à quelqu'un, par amitié, m'imaginant que mes petites péripéties personnelles peuvent intéresser ou amuser, m'imaginant qu'elles seront reçues dans un esprit d'ouverture et de respect, et puis me faire répondre par une vague dénonciation, me voir être amalgamé à un groupe comme si l'amitié et son unicité n'existaient pas, comme si tout ce qui a précédé ne valait rien.

Lutter contre la lassitude qui m'entraîne vers le Retrait et le Silence, me dérouiller la mâchoire et puis constater avec satisfaction que les mots viennent, malgré tout, et me surprennent moi-même, pour ensuite me faire administrer le traitement de la Morale, du jugement de valeurs, condescendante généralisation qui nie l'individualité et abandonne la chaleur humaine au profit d'une Prétentieuse Proclamation bonne à inscrire sur des tablettes de glaise.

Être traité comme n'importe qui (et pourquoi pas?), avec la méfiance et les soupçons que ça implique, car je suis peut-être un autre de ces wannabes opportunistes à langue de vipère.

Je m'efforce de perpétuer ma réflexion, de fuir l'inertie de la résignation, ne voulant pas m'embourber dans des conclusions rigides, durables et encombrantes, mais c'est de plus en plus difficile pour moi de répondre à la question: "À quoi bon?"

28 décembre 2007

Constat de fin d'année

Il y a quelques années, il s'est passé quelque chose en moi. Je ne sais pas si c'est d'ordre psychologique ou physiologique, mais c'est bien réel. Lentement, j'ai commencé à réaliser que mes sensations étaient moins intenses. "Plus rien ne me fait rien," je disais. Ou encore: "Je ne prends plus plaisir à rien."

Plus tard, j'ai appelé ça La Perte des Sens, et c'est un peu ce texte qui a donné le coup d'envoie à La Citadelle.

Aujourd'hui, fin 2007, ça persiste toujours. Ce qui était un malaise est devenu une maladie, un cancer qui se répand. Aujourd'hui, j'en suis là: je n'ai même plus envie de voir les gens.

Sans aller jusqu'à dire que je pourrais très bien ne plus voir ma famille, mes parents, ma sœur, ce qu'il me reste d'amis, j'affirme cependant que je pourrais passer de très longs moments sans que l'on se voit, sans que l'on s'appelle, et ça me conviendrait parfaitement.

Je ne m'en réjouis pas, je le constate. Et je m'en désole, aussi. Je n'aime plus voir les gens. Les conversations me semblent insignifiantes et répétitives, les incompréhensions ne font que s'accentuer, les conflits ne font que s'envenimer, et je suis toujours mal à l'aise, avec tout le monde, alors je ne sais plus quoi dire, le silence devient embarassant, et mon malaise empire. Il ne reste finalement que ma Compagne, mes trois enfants, et F. (collègue de travail devenu ami) avec qui je peux être moi-même, avec qui j'ai plaisir à échanger, et avec qui j'ai l'impression qu'il y a une progression dans notre relation.

Et le cerveau comprend vite. Sociabilité = angoisse. Solitude = relative paix d'esprit. Et le cerveau se décourage, et se fatigue d'avance à l'idée d'une rencontre prévue.

27 décembre 2007

24 décembre 2007

À vous qui
d’une certaine façon
m’accompagnez
dans tous mes Vertiges
je tiens à prononcer
des paroles:
fermez les yeux
et pensez à ceci:
de deux points en : : :
on multiplie les points
dans un ciel de Noir
pour atteindre
aux Étoiles Miroir.

Pensez à ceci:
ces jours-ci
la Nuit est Impériale
elle nous rappelle que
ce n’est qu’un Hasard
si nous subsistons;
un rien et l’Hiver
serait Éternel.

Alors réjouissons nous
non pas de la naissance
d’un être devenu fiction
mais de notre propre
Existence,
Jadis et Maintenant et
— peut-être —
Demain.

Non pas Joyeux Noël,
donc,
mais Joyeuse Vie.

Seule la nature de mon Errance reste à préciser

Ces merveilles, eux,
ces enfants sont
la poutre-maîtresse
de ma Maison;
plus tard,
eux partis,
je redeviendrai
Vagabond.

19 décembre 2007

24 décembre 2000

Soirs de Noël
ou Soirées Athées,
dans la cire d’une chandelle
le résultat d’une soirée.

Domovoïs et elfes,
ils fouillent nos meubles.
Ils mettent de petites étoiles incroyables
entre nos vêtements,
et repartent avec les poches
pleines de nos rêves.

15 décembre 2005

Je quitte l'édifice (édifié à qui, à quoi?). Il fait froid mais ça s'endure très bien, le vent est doux, et je vois pas de quoi tout le monde se plaint… c'est l'hiver, ça arrive à chaque année, et il y aura bien pire d'ici à ce que l'hiver s'achève. J'ai faim, trop faim, ça m'abat et induit toutes mes réflexions en erreur (et je ne peux m'empêcher de penser que dans "erreur" il y a le début de "errance", et il y a aussi le verbe anglais to err, qui signifie se perdre, se tromper, échouer). Je m'en vais juste à côté, manger une bonne assiette de shish taouk. En mangeant je lis le Voir, chose que je ne fais pas souvent, et ça me démoralise encore plus… toute cette soit disante "vie culturelle" me dégoûte. Dire que j'ai déjà voulu me faire une place dans le Monde par mon Écriture… alors que je n'avais qu'à me faire une place dans l'Écriture, tout simplement. Je ne suis bien que loin du monde; minimalement, loin par la pensée; préférablement, loin par la géographie. L'abandon avec lequel vous embrassez la vacuité… me désole. La facilité avec laquelle vous vous glissez partout, dans toutes les circonstances, me stupéfie. ("Vous" étant des interlocuteurs imaginaires.)

Vingt minutes après avoir fini de manger, je marche dans les avenues surpeuplées du Centre Ville, sous terre et sur terre, et mon attitude est toute autre. Vous êtes si beaux, dans ce froid inhospitalier et hostile vos vies me semblent improbables et miraculeuses… la parfaite élégance de vos accoutrements… la splendeur de vos visages innocentés… l'insouciance des rires qui roucoulent vers le haut dans vos gorges enfoulardées… votre énergie festive… votre empressement vivace… tout ça m'enchante, je suis au Centre de la Ville mais aussi dans l'élément Central de ma Province, tout converge vers ici… je vous observe, cette observation m'arrache à vous… et je suis bien.

[On a ici un exemple de l'arbitraire de mes états d'âmes… tout peut venir les aggraver ou les élever… le simple fait de manger m'enivre au plus haut point, et me fait momentanément oublier une amertume pourtant toute récente. J'ai appris à me servir de cette fragilité… ça m'aide à profiter de tous mes instants quand ils sont plaisants, et à relativiser ma douleur quand ils ne le sont pas… ne pas trop me prendre au sérieux, me regarder aller avec un peu de recul, sans pour autant tomber dans le détachement émotionnel total.]

Chansonnette

Ô, le beau petit Cauchemar que j'ai. Fertile et vaste, plein d'arcs-en-ciel et de rebondissements. Ô, le beau petit Cauchemar, qui me suit partout et jamais ne me lâchera.

18 décembre 2007

Soir d'Hiver [21 décembre 2005]

Je reviens de dehors
(sortir les ordures,
bouger de la neige),
et moi
--- l’attardé ---
je me suis attardé,
le nez
vers les étoiles.



Le froid ne m’atteignait pas
les puits épuisant
ne m’attiraient plus
et seul au monde
je voyais ma respiration
me quitter à jamais.

Mes yeux avaient la preuve de leur vie.

Je
souris.




(Illustrations d'Arthur Rackham réalisées en 1931 pour le poème The Night Before Christmas de Clement Clarke Moore, publié pour la première fois en 1823)

Émietteur sur le carreau

Vendredi dernier, comme les quatre humains avec qui je vis, je me suis trouvé malade. Lentement, au travail, j'ai commencé à me sentir mal. Après le dîner mon repas ne descendait pas bien, alors j'ai décidé de partir plus tôt.

Dans l'autobus du retour, je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, j'étais tout en sueurs, je grelottais, et je sentais que j'allais être malade. Je me suis fermé les yeux, j'ai pris de grandes respirations, me suis concentré pour essayer de maîtriser mon malaise, mais rien n'y faisait.

Enfin c'est arrivé. J'ai fait ça discrètement, personne n'a vu, entendu ou senti quoi que ce soit. Et grâce à un des Ziplocs du Projet Miettes, je n'ai pas laissé de dégât dans l'autobus.


But I feel much better now!

13 décembre 2007

Burroughs

J'ai face à Jack Kerouac une compréhension instinctive qui va bien au-delà de l'admiration. Ce qu'il a été, ce qu'il a écrit, l'ensemble de sa vie et de son travail, me permettent de voir, de sentir et de comprendre une foule de phénomènes et de réalités, sur son époque, sur le 20ème Siècle, sur l'art, l'écriture, moi-même…

Ginsberg et Burroughs, pour moi, sont donc des figures importantes, mais envers qui je n'ai pas la même connexion, et donc que je connais moins, n'ayant pas de grands enthousiasmes m'incitant à plonger dans leurs œuvres. Ils sont en quelques sortes importants parce qu'extensions de Kerouac.

Mais dernièrement j'ai lu Word Virus, une anthologie des textes de Burroughs, car je n'avais lu qu'un seul livre de lui (Junky) et voulait le connaître davantage.

Au bout du compte, je suis plus intéressé par l'homme que par son œuvre. C'était un grand esprit, cultivé et expérimenté, et il y a dans les textes que j'ai lu des passages d'une grande colère, d'une grande tristesse aussi, avec une très grande virtuosité pour la description, mais en général sa fiction me laisse froid. Je m'explique mal pourquoi, mais c'est comme ça.

Voici certains passages que j'ai retenus de Word Virus.

D'abord, tiré de l'introduction, "punching a hole in the big lie": the achievement of William S. Burroughs, écrite par Ann Douglas:

“How did this happen? How did Western civilization become a conspiracy against its members? In his second trilogy, Cities of the Red Night (1981), The Place of Dead Roads (1984), and The Western Lands (1987), which taken as a whole forms his greatest work, Burroughs fantasized the past which produced the present and excavated its aborted alternatives, the last, lost sites of human possibility. The first is the United States that disappeared in his boyhood, the pre- and just post-WWI years when individual identity had not yet been fixed and regulated by passports and income taxes; when there was no CIA or FBI; before bureaucracies and bombs suffocated the American landscape --- “sometimes paths last longer than roads,” Burroughs wrote in Cities of the Red Night. In the heyday of the gunman, or single combat, and of the fraternal alliances of frontier culture, the promises of the American Revolution were not yet synonymous with exclusionary elite self-interest. Now, however, Burroughs wrote, there are “so many factors and so little action”; little room is left for the independent cooperative social units he favored, for the dreams he saw as the magical source of renewal for whole peoples as well as individuals.



Globally, Burroughs located a brief utopian moment a century or two earlier, a time when one’s native “country” had not yet hardened into the “nation-state” and the family did not police its members in the interests of “national security”; before the discovery by Western buccaneers and entrepreneurs of what was later known as the third World had solidified into colonial and neo-colonial empire, effecting a permanent and inequitable redistribution of the world’s wealth; before the industrial revolution had produced an epidemic of overdevelopment and overpopulation and capitalism had become an instrument of global standardization.


Burroughs had no sympathy for the regimented, Marxist-based Communist regimes of Eastern Europe. He saw the Cold War administrations of the U.S. and U.S.S.R. not as enemies but as peers and rivals vying to see who could reach the goal of total control first. Yet both Burroughs and Karl Marx had an acute understanding of just how revolutionary the impact of plain common sense could be in a world contorted by crime and self-justification, and in a number of areas their interests ran along parallel lines. […] He, too, saw the colonizing impulse that rewrote the world map between the sixteenth and the nineteenth century as a tactic to “keep the underdog under,” an indispensable part of capitalism’s quest for new markets and fresh supplies of labor.”

Et puis ici, un extrait de Cities of the Red Night:

“The chance was there. The chance was missed. The principles of the French and American revolutions became windy lies in the mouths of politicians. The liberal revolutions of 1848 created the so-called republics of Central and South America, with a dreary history of dictatorship, oppression, graft, and bureaucracy, thus closing this vast, underpopulated continent to any possibility of communes along the lines set forth by Captain Mission. In any case South America will soon be crisscrossed by highways and motels. In England, Western Europe, and America, the overpopulation made possible by the Industrial Revolution leaves scant room for communes, which are commonly subject to state and federal law and frequently harassed by the local inhabitants. There is simply no room left for “freedom from the tyranny of government” since city dwellers depend on government for food, power, water, transportation, protection, and welfare. Your right to live where you want, with companions of your choosing, under laws to which you agree, died in the eighteenth century with Captain Mission. Only a miracle or a disaster could restore it.”

Ero

Souvent, me réveillant dans l'autobus, un peu confus quant à l'heure qu'il destination, il m'arrive de voir une fille, à côté de moi ou sur le banc voisin, et d'avoir un subit et puissant désir pour elle. C'est rattaché à l'espèce de chaude sensualité du sommeil, cette proximité avec son propre corps qui prend quelques instants à se dissiper après le réveil.

De façon similaire, parfois quand je marche, je me perds dans mes pensées, et puis tout à coup, disons à une lumière rouge, je m'arrête et vois une Beauté Rare à côté de moi, et j'ai envie de lui dire: "Excuses-moi, est-ce que je peux t'embrasser?"

À ce moment précis, c'est la pulsion qui prime et c'est complètement naturel, mon esprit n'y voit absolument rien de répréhensible, et j'ai du mal à comprendre pourquoi on ne pourrait pas se laisser aller à ce geste inoffensif… pourquoi, disons, je ne pourrais pas l'embrasser, lui souhaiter une bonne vie, et puis continuer mon chemin.

Puis la raison s'active, et la logique du désir ne tient plus.

* * *

Si je te voyais, Julie… si après toutes ses années je te revoyais enfin… le Désir serait Tout. Grâce à toi j'ai appris l'amour, le désir, l'obsession, la passion… investi de ton Existence toute la résonance de ma Géographie en était altérée… partout où j'allais je te cherchais, et ta Présence me suivait dans mes plus lointains déplacements… j'étais marqué au fer rouge… et c'est parce que j'étais atteint d'un amour incurable pour toi que je n'étais intéressé par aucune autre fille… je ne pouvais pas concevoir qu'un jour nous ne serions pas Ensemble.

Et pourtant c'est ce qui est arrivé.

Je ne t'ai pas vu depuis plus de dix ans, mais pourtant je n'ai rien oublié de toi. Si je te voyais aujourd'hui, maintenant dans la jeune trentaine tout comme moi, je suis certain que je serais conquis par la splendide maturité de ta Beauté. Et --- pourtant complètement éveillé --- je ressentirais indubitablement le désir (le besoin) quasi irrésistible d'embrasser ce succulent petit sourire moqueur qui contracte ta bouche…

Ma belle Lionne, il est préférable que l'on ne se revoit plus jamais.

12 décembre 2007

Coup de fouet

Hier, je lisais une entrevue récente avec Peter Ackroyd, un écrivain que j'aime beaucoup, autant pour ses romans que pour ses biographies.

Voici à quoi ressemble son horaire quotidien:

"[...] he organises his days with the ritual and rigour of Catholic mass. At the moment, he starts off with 500 words about Venice ("
Thames was quite a visceral book; I needed to do something alien to me"), translating 17 lines of The Canterbury Tales, 120 words on a new novel, then a spot of journalism or a play followed by a bit of work on a book of English ghost stories, rounded off by reading for his biggest project yet - a six-volume history of England."

Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a "eau-glacée-dans-le-visage".

11 décembre 2007

Enchaînement

Le hasard ayant fait que ma Compagne s'est hier trouvée malade, je suis resté à la maison pour m'occuper de mes trois enfants. Un rythme lent, pour un lundi, me rappelant mon congé parental de l'an passé.

Le soir, les trois enfants se sont endormis rapidement, la mère aussi, alors je me suis retrouvé seul à quelque chose comme 20h15. J'ai rangé un peu, ai lancé un backup sur l'ordinateur (chose que je me promettais de faire depuis deux semaines) puis j'ai profité de l'occasion et je me suis couché, moi aussi.

Aujourd'hui, j'étais donc en forme. Pas en grande forme, mais tout de même, j'avais l'Esprit fluide, j’arrivais à jongler avec des idées, avant même d’avoir fini mon café. En route vers le travail, j’ai terminé The Anti-Christ de Nietzsche, puis j’ai entamé un recueil des meilleurs contes d’Hoffmann (étant puissamment stimulé à la seule introduction!).

Puis le travail. Puis l’heure du dîner, me promenant dans le Centre Ville avec mon ami F., jasant. À la fin, parlant du Temps des Fêtes, il me dit à quel point il déteste cette période de l’année, il ne le cache pas chez lui. Il dit que pour moi c’est peut-être différent, de par l’âge de mes enfants, de la manière que l’on célèbre ça. Je dis quelque chose comme: « Bien, de la même façon que je vois dans cette période là tout ce que j’haïs à l’année longue, mais exagéré de façon presque caricaturale, et bien de la même façon je dois me battre mais encore plus fort, pour que chez moi ça ait un sens, que ça ait une valeur. » Et il a dit que c’est dur de vivre en dehors de son époque, à quoi j’ai répondu par l’affirmative.

Puis le travail, encore. Puis je quitte le bureau, prends le métro, écoutant un MP3 d’une nouvelle de Neil Gaiman, A Study in Emerald. Une histoire brillante qui se déroule dans un univers parallèle où un détective à la Sherlock Holmes (mais complètement différent) doit élucider un meurtre qui implique des créatures de l’univers de Lovecraft. Je n’en dis pas plus, mais c’est très bien mené, amusant, et — si on y pense un peu — très critique de la Royauté.

Puis une autre séance de lecture, continuant l’introduction des contes d’Hoffmann. Et puis… c’est l’étincelle. L’angle qu’il me fallait pour mener mon roman jusqu’à la fin, pour savoir comment ré-aborder un de mes deux personnages principal. C’était là, devant moi, j’avais même pris les premiers pas, sans le savoir, et depuis quelques temps, un peu sous l'influence de ma lecture du Black Dossier d'Alan Moore, je songeais au moyen d’élever la teneur de mon imaginaire à un autre niveau, à un potentiel que je sais que je peux atteindre, si seulement je m’en donne la permission, si seulement je peux m’en convaincre. Et voilà, tout ça s’est mis en place.

Demain, fatigué, peut-être que ça ne voudra plus rien dire, ou justement que je ne m’en sentirai pas capable. Mais aujourd’hui c’est clair, la proximité de cette radiation créatrice irrigue mon histoire d’un élixir qui — avec un peu de temps — pourrait en faire un beau mutant inespéré.

7 décembre 2007

Vendredi soir

Ne suis plus qu'un mort-vivant vivant-mort. Ai envie, comme un imbécile, de rappeler aux gens que l'on va mourir. Il y a des jours où c'est tout ce que j'ai à dire.

Qu'est-ce que je fais ici déjà?

Tarkovsky

Récemment, j'ai été ébranlé par le Andrei Rublev (1969) de Andrei Tarkovsky.

Dans son livre, Sculpting in Time, Tarkovsky a écrit:

"The beautiful is hidden from the eyes of those who are not searching for the truth, for whom it is contra-indicated. But the profound lack of spirituality of those people who see art and condemn it, the fact that they are neither willing for ready to consider the meaning and aim of their existence in any higher sense, is often masked by the vulgarly simplistic cry, 'I don't like it!' 'It's boring!' It is not a point that one can argue; but it is like the utterance of a man born blind who is being told about a rainbow. He simply remains deaf to the pain undergone by the artist in order to share with others the truth he has reached.

But what is the truth?

I think that one of the saddest aspects of our time is the total destruction in people's awareness of all that goes with a conscious sense of the beautiful. Modern mass culture, aimed at the 'consumer', the civilisation of prosthetics, is crippling people's souls, setting up barriers between man and the crucial questions of his existence, his consciousness of himself as a spiritual being. But the artist cannot be deaf to the call of the truth, it alone defines his creative will, organises it, thus enabling him to pass on his faith to others. An artist who has no faith is like a painter who was born blind.

It is a mistake to talk about the artist 'looking for' his subject. In fact the subject grows within him like a fruit, and begins to demand expression. It is like childbirth… The poet has nothing to be proud of: he is not master of the situation, but a servant. Creative work is his only possible form of existence, and his every work is like a deed he has no power to annul.
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revolution

Le film Duck, You Sucker (Giù la testa, AKA A Fistful of Dynamite AKA Once Upon a Time... the Revolution), de Sergio Leone, commence par cette citation de Mao (tirée d'un texte de 1927):

"[A] revolution is not a dinner party, or writing an essay, or painting a picture, or doing embroidery; it cannot be so refined, so leisurely and gentle, so temperate, kind, courteous, restrained and magnanimous. A revolution is an insurrection, an act of violence by which one class overthrows another."