14 juin 2011

X'Ed Out (2010), by Charles Burn

[Texte écrit pour un site qui sollicitait des critiques de graphic novels, mais qui finalement ne veulent pas s'embarquer là-dedans.  Je le partage donc ici.]

If you've read Burns' Black Hole (which came out from 1995 to 2004, before being collected in 2005), you have an idea of what to expect here: a devastatingly disturbing tale rendered in stark, precise, razor-like strokes.  Whereas Black Hole dealt with teenagers (and the shattering transformations ― or should we say 'mutations'? ― they go through), here the protagonist is a young man, Doug, who is going through the aftermath of some kind of accident or trauma.

In a seemingly random fashion, his story his relayed to us, whether through drug-induced dreams or through flashbacks, the two modes (dream / memory) being distinguished by a subtle visual shift.

In his dreams, Doug is like Tintin's dark-haired non-identical twin, wandering through a shifty dream-world reminiscent of William Burroughs' Interzone; there, he wanders in a city reminiscent of archetypal Morocco peopled by various exotic people (from warehouse reptile-men to mute cycloptic cooks to midget-sumo guides), alternating (as in a nightmare) between fear and disgust.

In the memories, he and his surroundings are more realistic, and we see him at various points of his life: recovering from some unidentified head-wound, strung out on pain-pills; having breakfast with his father; going to a party with his soon-to-be ex-girlfriend, giving a poetry performance and then falling in love with another girl; dating this new girl, with whom he shares a passion for photography.

The referential echoes to Hergé's boy-reporter are plenty, from the strange eggs featured on the cover and in a gross restaurant sequence (see: the mushroom from L'Étoile Mystérieuse) to his occasional animal companion (Inky the Cat, Snowy the Dog's negative image) to the character's stage-name (Nitnit).  But mostly, it is through the comic's color palette and "ligne claire" style of drawing that this homage to Hergé is most manifest.

All in all, it is a most worthwhile effort on Burns' part, demonstrating a mastery of style, content and execution, and the semantic hyperlinks to Burroughs, Hergé (or even his own work) are not detrimental to the book's overall merit, on the contrary.  They elevate it to something more than just a "weird for weird's sake" narrative.  What that "more" is, well, it remains to be seen.

If I had one negative thing to say about it: it's over too quickly.  Just as we're starting to get fully immersed into this universe, it cuts off.  The final image is impressive and awe-inspiring, but still, I can't help but wish there was more.  It's an unfair criticism, for sure, and one that will become irrelevant in the future, when the other two planned volumes (or albums, in the French and Belgian "bande dessinée" meaning of the word) are out.  But seeing as we can expect months and even years before the tale is complete, it's unavoidable.  Still, maybe the wait is good.  Maybe that expectant anticipation is all part of what makes comics such an engaging passion.  And in the meantime, we can read this first volume again, and float in its rich, interwoven layers.

9 juin 2011

Liens & Citations

Par hasard, je suis tombé il y a quelques temps sur cette entrevue avec Lucien Francoeur. Évidemment, ses propos sont alarmants, et dans un premier temps je les réfléchissais dans l'optique de notre choix, à moi et à ma Compagne, de ne pas envoyer nos enfants à l'école. Mais un petit quelque chose me troublait dans tout ça, un "Oui mais…" agaçant que je ne n'arrivais pas à préciser, zombie endormi et nigaud que je suis.

Il y a quelques jours, j'ai appris (via le blog de Christian Mistral) que Maxime Catellier avait ouvert un nouveau blog. Lisant une de ses notes, je suis tombé sur la phrase suivante:

"Comment reprocher aux jeunes élèves des collèges de n'en avoir que pour l'argent et la technologie, quand c'est cela même qui phagocyte les écrans et les ondes où nous sommes censés nourrir notre rapport au monde?"

Et c'est là que j'ai enfin compris ce qui me troublait à ma lecture de l'entrevue avec Francoeur. À travers les impressions de cet homme, on semble nous dire que "avant c'était bein mieux", "la jeunesse c'est d'la marde", "c'est à cause de la méchante technologie", "les gens du ministère sont incompétents", sans toutefois prendre un quelconque semblant de recul pour mettre ça en contexte ou tenter de comprendre le pourquoi de tout ça.

On accuse, constamment, et on juge, et on se place au-dessus de tout, sans jamais dire que le monde moderne, ici, en Amérique du Nord, en 2011, est une abomination complète, concrète et irréductible.

Donc, comme le dit Catellier bien mieux que moi, de quel droit se permet-on de juger nos enfants?  Comme je le disais dans une lettre à mon père citée ici dernièrement, "Car peux-tu affirmer savoir ce que c'est, que de naître et d'être enfant dans les années 2000, dans un Monde Occidental noir et pourri et corrompu et où la beauté a été à peu près évacuée de toutes les sphères de l'existence?"

* * *

Pour finir, deux citations qui — me semble-t-il — ont un lien de parenté avec le sujet présent:
1. "They want you dead... or in their lie. Only one thing a man can do. Find something that's his. Make an island for himself."
-- tiré de The Thin Red Line, film de Terrence Malick



2. "Know
that today there are millions of Americans
seeking America... know that even with all
those eye-expanding chemicals — only more of
what is not there do they see"
-- tiré de Elegiac Feelings American, un poème de Gregory Corso écrit en mémoire de Jean-Louis

Une Bénédiction

[Traduction rapide, à peine compétente, du poème A Blessing de James Wright, faite à la demande de L.]

En sortant de l'autoroute allant vers Rochester, au Minnesota,
le crépuscule bondit doucement sur l'herbe.
Et les yeux de ces deux jeunes chevaux Indiens
s'assombrissent de bonté.
Ils sont venus volontiers des saules
pour nous accueillir mes amis et moi.
Nous franchissons les barbelés jusqu'au pré
où ils ont brouté toute la journée, seuls.
Ils se remuent nerveusement, peuvent à peine contenir le bonheur
de nous voir venir à eux.
Ils se prosternent timidement comme des cygnes mouillés. Ils s'aiment.
Il n'y a pas de solitude comme la leur.
À nouveau chez eux, ils commencent à grignoter les jeunes pousses du printemps dans l'obscurité.
J'aimerais tenir la plus petite des deux dans mes bras,
car elle a marché jusqu'à moi
et a touché ma main gauche de son museau.
Elle est noire et blanche,
sa crinière tombe rebelle sur son front,
et la brise légère m'incite à caresser son oreille allongée
délicate comme la peau du poignet d'une fille.
Soudainement je réalise
que si je sortais de mon corps je deviendrais
bourgeon.

26 mai 2011

Entre deux

Dans un parc, avec mes enfants, je les regarde jouer. Là-bas, ma Compagne parle avec une autre mère. Et je constate que je suis dans les Limbes, absents de tous les plaisirs: je ne joue plus avec les Enfants, mais je n'ai pas rejoint le Cercle des Parents non plus.

Et cet entre-deux semble être une constante de mon existence, comme si (volontairement ou pas) j'étais prédisposé au Détachement. Comme si je soupçonnais le naufrage irrémédiable d'être la seule façon d'accéder à une quelconque forme de libération.

"Suddenly I realize
That if I stepped out of my body I would break
Into Blossom." (A Blessing, James Wright)

12 mai 2011

Pensée vague en deux points

#1. Ce qu'il y a de plus important à dire, aujourd'hui (i.e. que tout le monde est mort, incluant la personne qui écrit) (et qu'il n'y a plus rien à espérer que la frénésie des Intoxications) est justement ce qu'il est impossible de dire.

C'est la Moralité la plus dominante et la plus répressive de notre époque: il faut se taire, ou mentir.  Mentir, ou se taire.


#2. Seuls les plus révoltés osent parler (les jeunes, les artistes, les penseurs), mais on ne les prend pas au sérieux.  On ne les écoute pas.  On cherche le motif ultérieur ou le traumatisme qui pourrait expliquer de telles "extrémités du langage".

4 mars 2011

Pensée

Une petite illumination au sujet des années 60: ça aurait été une glorieuse manifestation de l'Effet Placebo sur un grand nombre d'individu en même temps.

Un nombre élevé de jeunes dont les fondations psychiques étaient composées à la fois d'insatisfaction, de colère mais surtout d'Illusions, ce qui leur donnait la capacité de croire et d'espérer.

Croyant aux propriétés créatrices des drogues, voilà qu'ils se laissaient aller aux plaisirs de la création.

Croyant en leurs chances de vaincre et de changer les choses, et en grands nombres, le point de rupture fut atteint et oui, certaines choses ont changées, pour certaines personnes et pour l'espace de quelques années.

(Oui, c'est l'Illusion, sous toutes ses formes, qui a donné tout son pouvoir, toute sa magie, à cette époque.

L'Illusion, cet État où on se donne le droit, la latitude, d'utiliser son Imagination.)

Fast forward à maintenant, époque cynique où l'Imagination se meurt, traquée qu'elle est dans la moindre cachette, implicitement illicite de par le climat ambiant et sous-jacent.

Les rares renégats qui y sont prédisposés se voient attaqués, et finalement seuls quelques chanceux se voient accorder la chance de La manipuler, et sous la seule condition que ça contribue à l'avancement mercantile, que ce soit par le divertissement ou au profit d'un certain dynamisme (i.e. le Progrès) professionnel, industriel ou technologique.

4 février 2011

Ordre & Chaos

Je pense avoir commencé ma vie amoureux de l'Ordre, de ses plaisirs clairs et de ses points de repères rassurants.  Oui, je le pense.

Je vois cependant un renversement s'installer aux débuts de l'adolescence (ou aux tous débuts de l'âge adulte devrait-on dire pour circonvenir à ce concept inutile et disgracieux qu'est "l'adolescence"), au contact de cette Civilisation (pour ne pas dire Empire) où l'Ordre n'existe que comme prétexte servant à contrôler, à dominer, à uniformiser.  L'Ordre, dans les mains de cette Civilisation, est un Marteau, un Assommoir.

Par dégoût de cette utilisation (voire récupération), donc, je me suis tourné vers le Chaos, vers la Folie, vers une Révolte qui pour toute intérieure qu'elle soit n'en demeure pas moins une révolte, une dissidence (secrète) face à qui m'entoure, rejet massif qui a fait de moi un inexorable mésadapté, seulement capable de se maintenir au milieu de ses contemporains qu'en ayant enfilé un déguisement social aussi pénible que mensonger.

Lentement, la Folie s'est incrustée; maintenant, vieillissant et étant presque entièrement revenu à l'Ordre, c'est toujours avec un trouble, avec une trémulation névrosée, que je vie et rêve.

Je suis un homme à deux faces, un Janus pas du tout héroïque, un humanoïde dont le cerveau est en train d'être fracturé par le ying yang.  Un stoïque, classique et vieux jeu, qui pourtant est animé par un Néant tumultueux.

14 janvier 2011

Déclaration Actuelle de mes Avoirs Imaginaires

Choisir la schizophrénie, une dissipation multi-planaire dans le plus de directions possibles, afin de maintenir cette espèce de folie envahissante qui paradoxalement me permet de conserver ma tête, jour après jour, à vivre cette existence majoritairement morne et morte et incroyablement glauque.

Dans l'immédiat, je suis en train de (re)lire 1984 d'Orwell (lecture qui suit le Précis de Décomposition de Cioran et l'Arcane 17 de Breton). J'ai aussi une "lecture pour la maison", c'est-à-dire Absolute Promethea 2, luxueuse édition que j'ai reçue à Noël; quand ce sera terminé je retournerai à ma lecture interrompue de The League of Extraordinary Gentlemen 2, que je décortique grâce aux annotations de Jess Nevins, et que je creuse encore plus grâce aux fabuleux Dictionary of Imaginary Places d'Alberto Manguel.

J'ai aussi entamé une "Immersion BD", où je me suis établi un itinéraire de lecture de bandes dessinées principalement belges et françaises, commençant dans les années '20 avec les premiers balbutiements d'Hergé, puis Quick & Flupke, les premiers Tintin, les débuts de Spirou. C'est là que j'en suis (aux alentours de 1942). Éventuellement, il y aura Blake et Mortimer, Bob et Bobette, Lucky Luke, Astérix, Johan & Pirlouit, les Schtroumpfs, Gaston Lagaffe, Gotlib, etc.

Il y a ces trames narratives encore vivantes, épisodiques, que je porte en moi en permanence, dans l'expectative du prochain numéro, du prochain épisode (League of Extraordinary Gentlemen: Century, Hellboy, BPRD, Dark Tower, Fables, et depuis tout récemment, X'Ed Out de Charles Burns… et des séries télévisées, Weeds, True Blood, que je regarde avec ma Compagne).

Il y a cette "Immersion Jack Kerouac" que j'ai entrepris il y a deux ans, un long parcours où je m'astreins à tout lire l'œuvre de Kerouac (romans, journaux, correspondance), du moins tout ce qui m'est disponible, organisant le tout de façon minutieusement chronologique. C'est maladif, j'en conviens. J'en suis présentement dans l'année 1949; au fur et à mesure, je mets le résultat de mes "travaux" sur un site (je suis rendu à l'année 1947)

Je me plonge dans des films, les uns après les autres… je viens de finir A Serious Man et Candy Mountain, et Cocksucker Blues, et suis maintenant à revoir Children of Men. Ensuite, ce sera probablement El Topo, que je n'ai pas vu depuis longtemps. Ou The Devils, que je n'ai jamais vu.

J'ai aussi un certain historique avec les jeux vidéos, qui se poursuit à ce jour. J'ai commencé Epic Mickey, et quand dans le jeu on rencontre un des vieux courts métrages, je mets le jeu à pause et je vais trouver le cartoon en question dans un de mes coffrets métalliques de Disney Treasures, et je le regarde avec mes garçons.

Je suis aussi à peu près à mi-chemin de Icewind Dale 2, ayant précédemment fini le premier, et m'enlignant ensuite vers Neverwinter Nights.

Je suis aussi retombé dans un vieil amour de jeunesse, les Lone Wolf de Joe Dever (Livres Dont Vous Êtes le Héros), que je peux maintenant "lire" de façon électronique.

Et puis il y a cette partie de Dungeons & Dragons que je fais avec mes gars, aussi, qui est une histoire, une autre, que je contiens dans ma tête.

Et, finalement, il y a ces histoires qui sont miennes, qui m'occupent parmi tout ça… Marla & Philippe, la Sorcière de Feu… d'autres.

Mon crâne, un enclos où j'entasse des Créatures Imaginaires; ça me tient lieu de cerveau, et c'est ce feu sacré qui parfois doit jaillir de mes yeux (ou me carboniser les synapses). Ou pas, qu'est-ce que j'en sais?

12 janvier 2011

Extrait d'une lettre à un père

[12 janvier 2011]

On n'a qu'une seule vie, et elle n'est pas longue.  Nous avons tous, moi, toi, eux [mes enfants], au mieux, que quelques années à passer ensemble.  Tu feras bien ce que tu veux, mais moi je vais m'ouvrir à eux le plus possible, à ce qu'ils sont et à ce qui les allume, peu importe ce que c'est.

Car peux-tu affirmer savoir ce que c'est, que de naître et d'être enfant dans les années 2000, dans un Monde Occidental noir et pourri et corrompu et où la beauté a été à peu près évacuée de toutes les sphères de l'existence?  Peux-tu affirmer savoir ce que c'est que d'être né en 1975, tandis qu'on y est?  Non.  Alors, encore une fois, un peu moins de jugement, si possible.

(Et je ne parle pas ici de critiques, qui ne sont finalement qu'extériorisations d'un jugement qui préexiste; non, je parle de ce Jugement où on se positionne subjectivement au dessus de quelqu'un ou de quelque chose pour affirmer que c'est mal, qu'il y a tort, et que nous on a raison.)

30 décembre 2010

Naked

"Sadness at the deadness of the material world"

Une phrase de Mike Leigh, tirée d'une conversation avec Will Self, alors qu'ils s'attardaient à la dimension spirituelle du film Naked.

Ça m'a tout de suite fait penser à William Blake. En fait, je pense que cette formule s'applique, d'une façon ou d'une autre, à tous les écrivains qui me touchent.

Voici, pour le plaisir, le poème London de Blake:

LONDON

I wander thro' each charter'd street,
Near where the charter'd Thames does flow.
And mark in every face I meet
Marks of weakness, marks of woe,

In every cry of every Man,
In every Infants cry of fear.
In every voice; in every ban.
The mind-forg'd manacles I hear

How the Chimney-sweepers cry
Every blackning Church appalls.
And the hapless Soldiers sigh
Runs in blood down Palace walls

But most thro' midnight streets I hear
How the youthful Harlots curse
Blasts the new-born Infants tear
And blights with plagues the Marriage hearse


29 décembre 2010

Tel quel

Je sens ça venir, le retour de la Noirceur. Je marche, fin décembre, petits flocons qui tombent sur le Centre Ville, et j'imagine tout ça abandonné, la race humaine depuis longtemps disparue, laissant derrière du métal et des briques. Lonesome Wyatt dans les oreilles, il me dit que j'ai raison. Je sens ça venir. La fatigue qui jamais ne me quitte, café ou pas café, cette langueur pas du tout langoureuse, un découragement généralisé. Le soir, tout le monde couché, se demander si c'est le bon soir pour mourir, mais comme toujours être sauvé par cette même fatigue. Je sens ça venir, et c'est presque réconfortant. Comme de s'enfoncer dans un bain chaud où il fera bon de s'endormir, de s'enfoncer, et puis de se remplir les poumons d'une eau où flottent nos peaux mortes.

* * *

[Écrit rapidement dans mon petit calepin, entre deux stations de métro, devant les yeux incrédules d'un couple de personnes âgées.]

A moment of stillness
where one has the
ability to take it in
absorb some small
parcel of truth,
that cobalt which lies
behind
every
little
thing.

22 décembre 2010

Adaptations

"I think that adaptation is largely a waste of time in almost any circumstances. There probably are the odd things that would prove me wrong. But I think they'd be very much the exception. If a thing works well in one medium, in the medium that it has been designed to work in, then the only possible point for wanting to realize it on "multiple platforms," as they say these days, is to make a lot of money out of it. There is no consideration for the integrity of the work, which is rather the only thing as far as I'm concerned."

-- Alan Moore, dans une entrevue de 2009

Alors, ceci étant dit, j'invoke Jebus et Cthulhu pour que foirent tous les maudits projets d'adaptations, de On the Road à Dark Tower en passant par Black Hole.

Pensée du Solstice

"Traînant derrière lui une grande robe blanche, ce Fantôme avait la forme d'un vieillard vicieux, sa barbe étant composée de grands glaçons acérés, son corps un magma de gel bleuté. Très rapidement il passa au dessus d'elle sans la voir, laissant derrière lui son voile glacial qui se déposait tranquillement sur la Forêt. Au contact de ce voile, les feuilles qui restaient se figeaient, l'écorce se couvrait de frimas, les fougères se glaçaient et craquaient. […] La pleine lune, blanche immaculée, était haute dans le ciel, et était entourée d'une Anneau de Fée, cet arc-en-ciel brumeux qui fait frémir les contrées glacées que surplombe l'astre de la nuit.

Le Fantôme touchait à tout, envoyait partout son souffle subarctique, il n'oubliait rien et ne négligeait personne."
(Extrait de La Sorcière de Feu)


Morozko, illustration d'
Ivan Bilibin

* * *

En cette période où nous atteignons le bas-fond le plus obscur de toute l'année, j'aurais ceci à dire: il faut être bon avec ceux qui nous entourent (et avec nous même). Nous allons tous mourir. La souffrance est inévitable mais il est en notre pouvoir de ne pas en rajouter. Voilà.

1 novembre 2010

Samhain 2010

Hier, on discutait moi et ma Compagne de ces jeunes zombéifiés qui passent l'Halloween de façon stoïque et sans enthousiasme. Leurs parents les conduisent en voiture d'une porte à l'autre, souvent ils sont à peine déguisés, ils se rendent à la porte, cognent, ne disent rien, récoltent leurs bonbons et puis repartent sans rien dire.

Le premier réflexe est de se scandaliser de ce manque flagrant d'étincelle. Mais au lieu de ça, j'étais triste pour eux. Et surtout, j'étais fier et rempli de joie, me trouvant chanceux d'avoir près de moi trois beaux garçons vivants et enflammés par la Fête, prenant part à la soirée et à ses rituels avec énergie, sourires, bonne humeur, vitalité.

Oui, j'étais fier de mes trois gars. Pour des enfants n'allant pas à l'école, supposément en manque d'interactions sociales, je les ai trouvé pas mal plus "sociaux" que tous les autres enfants que j'ai vu.

22 octobre 2010

Le Talent

[Idée notée le 18 juin 2010, en après-midi]

Le Talent est cette chose qu'on s'imagine un jour posséder; après quoi plus rien n'est pareil, et la gloire de la Création se transforme en une complexe affaire qui ne s'occupe plus de ses oignons.

Genre

[Réactions arbitraires et désordonnées au texte du Mercenaire sur la littérature de "genre". Je le répète: arbitraires et désordonnées.]

Je suis complètement d'accord avec le constat, l'absurdité de la catégorisation ainsi que l'aberration psychique avec laquelle on se retrouve — tous et chacun, peu importe où on se trouve (lecteur ou écriveux), peu importe notre position sur la chose. Ces catégories nous ont contaminé le cerveau, qu'on le sache ou pas, et même si on les abolissait aujourd'hui on continuerait fort probablement de penser en ces termes là pour le restant de nos jours. On est pris avec, j'en ai bien peur. "Language is a virus," pour paraphraser un autre Mister B.

Mais là où je débarque, c'est dans les recommandations. Ne faites pas ci, ne faites pas ça, brulez tel livre, lisez celui là.

Si on veut commencer à remettre les choses en question, il faut aller jusqu'au bout. Remonter le problème à la racine. C'est-à-dire, l'acte de publier dans sa totalité.

(J'ai déjà écrit là-dessus ici et ici et ici.)

On n'a plus besoin d'écrire de nouveaux livres. Il y a en existence assez de livre pour satisfaire l'appétit littéraire de qui que ce soit, pour toute une vie. Inutile de continuer à publier.

Si toutefois on a envie d'écrire, parfait, je m'en réjouis. Je continue de penser que la pulsion de créer est importante, cruciale et précieuse. Mais alors, bordel, faites le dans la liberté la plus complète. Réécrivez tout Tolkien, si ça vous amuse. Embarquez-vous dans une série en bande dessinée racontant les aventures de petits lutins bleus. Écrivez 27 romans sur les aventures de votre personnage de Dungeons & Dragons. Quelle espèce d'importance? L'important c'est de s'amuser, de tripper. La pertinence d'un écrit, c'est une illusion. Les livres ne changent plus le monde, et depuis longtemps. Détrompez-vous quant à votre importance artistique individuelle.

"You are not a beautiful and unique snowflake. You are the same decaying organic matter as everyone else, and we are all part of the same compost pile."

S'il est vrai que dans le meilleur des cas on pourrait espérer rejoindre une âme sœur avec le fruit de notre création, il est aussi vrai qu'il y en a déjà eu plein d'autres qui ont fait au moins aussi bien, sinon mieux.

En fait, ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a d'important pour moi que l'acte de Créer. On ne peut se mettre à juger de l'originalité ou de la valeur de la Création d'un autre que coiffé d'un Orgueil des plus nuisibles. Il ne faut pas tuer le problème en augmentant le nombre d'interdits; il faut selon moi décapiter le Tyran qui nous impose le problème depuis si longtemps, c'est-à-dire le mode mercantile de distribution de livres.

Un peu d'humilité. Éventuellement vous serez mort. Éventuellement la race humaine n'existera plus, et même le chef d'œuvre le plus universellement reconnu sera réduit en poussières.

"- Vois-tu, mon vieux, c'est ce qui me donne des sueurs froides, parfois… As-tu jamais songé à cela, toi, que la postérité n'est peut-être pas l'impeccable justicière que nous rêvons? On se console d'être injurié, d'être nié, on compte sur l'équité des siècles à venir, on est comme le fidèle qui supporte l'abomination de cette terre, dans la ferme croyance à une autre vie, où chacun sera traité selon ses mérites. Et s'il n'y avait pas plus de paradis pour l'artiste que pour le catholique, si les générations futures se trompaient comme les contemporains, continuaient le malentendu, préféraient aux œuvres fortes les petites bêtises aimables!... Ah! quelle duperie, hein? quelle existence de forçat, cloué au travail, pour une chimère!... […]

- Bah! qu'est-ce que ça fiche? il n'y a rien… Nous sommes plus fous encore que les imbéciles qui se tuent pour une femme. Quand la terre claquera dans l'espace comme une noix sèche, nos œuvres n'ajouteront pas un atome à sa poussière.

- Ça, c'est bien vrai, conclut Sandoz très pâle. À quoi bon vouloir combler le néant?... Et dire que nous le savons, et que notre orgueil s'acharne!
"

Rien n'a d'importance. Sinon que dans le Présent, dans l'acte de création qui nous fait oublier notre douleur & qui nous fait vibrer.

On s'en prend à la mauvaise personne si on s'acharne sur l'individu qui suit ses goûts et se laisse aller à l'écriture, peu importe ce que ça donne. Car dans le fond, est-ce qu'il y aurait autant de proto-Tolkien si ce n'était de la promesse de devenir millionnaire avec un best-seller? Tout est là, pour moi. Traitez-moi d'idéaliste naïf si vous le voulez, mais je maintiens que si on séparait l'Art du Domaine Mercantile, on écarterait par le fait même tous les opportunistes qui ne se lancent dans la création que par appât du gain, et donc par le fait même tout redeviendrait beaucoup plus pur.

S'il y tant de nigauds qui se laissent séduire par une formule et qui s'efforcent de la reproduire, c'est parce qu'il y a un marché qui en redemande. Abolissons le marché, et sans aucun doute les formules disparaîtront aussi. Car à quoi bon copier, si on n'espère rien en retour?
* * *
Je recommande très fortement la lecture d'un texte d'Alan Moore qui vient d'être publié sur le Web, Fossil Angels (première partie, deuxième partie). À première vue ça n'a pas de lien avec le sujet qui nous concerne ici, mais dans le fond c'est de l'Art dont il est question, et des raisons (bonnes et mauvaises) pour lesquelles on Le pratique. Je suis profondément inspiré par la lecture de ce texte.

28 septembre 2010

Au milieu de la lecture d'un texte informe, quasi-incompréhensible (Battle of Mudchute de Steve Beard, tiré du recueil London: City of Disappearances), je lis cette phrase: "[…] a revolutionary implosion and devolutionary planetary regeneration."

Et voilà qu'inexplicablement je suis saisi par une puissante montée de déjà vu: je vois ma vieille maison d'Ellivret Sam, le soleil d'une fin de soirée estivale illuminant la fenêtre de la salle à dîner… une sensation de calme, de beau chagrin cérémonial.

Pourquoi est-ce que cette phrase là évoque cette "vision" là? Je n'en sais rien. C'est comme si le concept d'un "retour" drastique vers un état plus pur au niveau de la race humaine me menait à l'équivalent, mais au niveau personnel. Du macro au micro.

Curieux. Un déclencheur de mémoire qui me fait penser à la synesthésie.

27 septembre 2010

Anhedonia

Anhedonia: "[...] an inability to experience pleasurable emotions from normally pleasurable life events such as eating, exercise, social interaction or sexual activities."

24 septembre 2010

À quand une fin?

à ces dérangements existentiels, n'importe où n'importe quand, alors que je suis sobre et en forme et calme, devant un film banal qui a priori n'a rien pour éveiller quoi que ce soit de souterrain?

Quand? Quand est-ce que ça va cesser?

17 septembre 2010

[Petit texte]

Offrir au Néant
le fruit de mes pitoyables efforts:
voilà ce que je peux faire de mieux.

J'abandonne
(itération superflue d'un État personnel
depuis longtemps installé),
ce qui veut à la fois dire:
"Je capitule" et
"Je vous offre tout,
sans réserve."

La sérénité, finalement,
ce n'est peut-être que
la désignation mensongère
— et glorifiée —
que l'on applique à l'Indifférence.

29 août 2010

Inspection

Je m'érigeais jadis des murailles imaginaires, à coup de jeux, de lectures diverses, pour ne pas avoir à passer plus de temps qu'il n'en fallait dans ce qui est vulgairement appelé la "Réalité". J'ai dévoré bandes dessinées, jouets, livres, films, jeux vidéos, jeux de rôles primitifs et élaborés, et puis plus tard musiques et ivresses. Maintenant que je suis mature, parent, travailleur, je n'ai plus le temps que de m'ériger des petites clôtures maladroites et décoratives. Le but recherché est le même sauf qu'il n'est plus atteint; mon amour pour les moyens utilisés s'en trouve donc inéluctablement amoindri, bien malgré moi.

J'en suis rendu à un stade où tout me dégoûte, même l'art (avec ou sans "A" majuscule). Je poursuis mes intérêts, je lis aussi avidement que je le peux, je continue de m'intéresser à la production cinématographique, je persiste dans ma recherche de nouvelles musiques, mais c'est par habitude. Par aversion pour le vide que l'abandon complet de mes intérêts laisserait derrière. Parce que ce qui a déjà été une obsession ne s'efface pas facilement, et finit par ressembler étrangement à un comportement instinctif.

Je suis indifférent, plus que je l'étais qu'il y a cinq ans, et doublement plus qu'il y a dix ans. Ça m'écœure, je m'écœure, parce que ce n'est pas ce que j'aimerais être pour ma Compagne et mes enfants, mais il semble que je n'y peux rien. Je poursuis donc comme si de rien n'était, et pour la plupart j'imagine que ça fait la job. Mais pour ceux qui comptent pour moi, ma Compagne et mes enfants justement, je sais que je dois offrir un triste spectacle… un homme triste et sans enthousiasme, n'ayant jamais l'énergie de leur donner plus que mon minimum.

Parfois, quand je suis bien reposé, quand je prends un verre, quand j'ose me déstabiliser avec un psychotrope, ils doivent alors voir une petite fente dans ma Personne, un rayon de lumière à travers une craque… mais par la suite, je me dis que ça doit mettre en relief tous ces autres moments où je suis un individu dévoué et disponible, mais aussi froid et ennuyeux.

Je n'ai pas de projets (ni des petits ni des grands), je ne suis que très rarement disposé à l'élaboration de petites activités spontanées, je n'appelle personne, je n'invite personne, n'ai hâte à rien, n'ai réellement envie de rien. Petits déplacements géographiques, nouvelles rencontres, activités familiales… je n'offre pas de résistance mais ça ne me touche pas.

Je ne vois pas ce que je pourrais faire. Donc, je ne fais rien.

Toutes les portes me sont fermées; ne reste plus que l'hostie de carpe diem de cul.

14 août 2010

This painful summer

Il fait chaud ce soir et la musique m’a induit en la plus belle erreur: je m’imagine que la vibration relativement positive qui m’anime est un signe d’une quelconque bienfaisance de l'Univers.

L'Été, la Chaleur, les plantes qui semblent glorieusement vouloir tout envahir, la relative oisiveté dont je peux bénéficier pour encore quelques jours, les cigales le jour et les criquets le soir, ça me berce et je voudrais que ça ne se termine jamais.

25 juin 2010

Wisps & tendrils of Moloch drifting my way

"What sphinx of cement and aluminum bashed open their skulls and ate up their brains and imagination?

Moloch! Solitude! Filth! Ugliness! Ashcans and unobtainable dollars! Children screaming under the stairways! Boys sobbing in armies! Old men weeping in the parks!

Moloch! Moloch! Nightmare of Moloch! Moloch the loveless! Mental Moloch! Moloch the heavy judger of men!

Moloch the incomprehensible prison! Moloch the crossbone soulless jailhouse and Congress of sorrows! Moloch whose buildings are judgement! Moloch the vast stone of war! Moloch the stunned governments!

Moloch whose mind is pure machinery! Moloch whose blood is running money! Moloch whose fingers are ten armies! Moloch whose breast is a cannibal dynamo! Moloch whose ear is a smoking tomb!

Moloch whose eyes are a thousand blind windows! Moloch whose skyscrapers stand in the long streets like endless Jehovas! Moloch whose factories dream and choke in the fog! Moloch whose smokestacks and antennae crown the cities!

Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch whose soul is electricity and banks! Moloch whose poverty is the specter of genius! Moloch whose fate is a cloud of sexless hydrogen! Moloch whose name is the Mind!

Moloch in whom I sit lonely! Moloch in whom I dream angels! Crazy in Moloch! Cocksucker in Moloch! Lacklove and manless in Moloch!

Moloch who entered my soul early! Moloch in whom I am a consciousness without a body! Moloch who frightened me out of my natural ecstasy! Moloch whom I abandon! Wake up in Moloch! Light streaming out of the sky!

Moloch! Moloch! Robot apartments! invisible suburbs! skeleton treasuries! blind capitals! demonic industries! spectral nations! invincible madhouses! granite cocks! monstrous bombs!

They broke their backs lifting Moloch to Heaven! Pavements, trees, radios, tons! lifting the city to Heaven which exists and is everywhere about us!

Visions! omens! hallucinations! miracles! ecstasies! gone down the American river!

Dreams! adorations! illuminations! religions! the whole boatload of sensitive bullshit!

Breakthroughs! over the river! flips and crucifixions! gone down the flood! Highs! Epiphanies! Despairs! Ten years' animal screams and suicides! Minds! New loves! Mad generation! down on the rocks of Time!

Real holy laughter in the river! They saw it all! the wild eyes! the holy yells! They bade farewell! They jumped off the roof! to solitude! waving! carrying flowers! Down to the river! into the street!"

-- Extraits de la deuxième partie du Howl d'Allen Ginsberg

24 avril 2010

Réponse

[Réponse à un commentaire laissé ici, reproduit ici parce que.]

(Bon, finalement je ne voulais pas laisser ça en suspend trop longtemps...)

Enfin, Raymond, un retour je l’espère intéressant sur ton judicieux & généreux commentaire.

Je trouve très juste tout ce que tu décris par rapport à l’amour spontané pour un enfant. Je l’ai ressenti à la naissance de mon premier, de mon 2ème, 3ème, et tout dernièrement à la naissance de ma Petite. Ma Fatigue est grande et omniprésente, mais qu’importe; cet amour s’auto-suffit, il n’a pas besoin d’eau ou de lumière ni même de racine. Il est là, et de penser qu’il n’est qu’un programme dans cet ordinateur qu’est mon cerveau n’y change rien. Je les aime même en l’absence d’amour propre, et comme tu l’exposais dans ton deuxième paragraphe c’est de cette riche substance que moi aussi j’arrive à tirer un espèce « d’espoir ». Disons que ça m’a obligé à me positionner, avec ma Compagne, pour concrétiser des convictions. Nos divers choix familiaux nous confrontent à beaucoup d’incompréhension et même d’embûches, alors c’est pour moi un fameux combustible que de savoir que c’est pour eux, ces êtres qui sont Énergie Incarnée (et donc Lumière, Chaleur, Rire) que je me bats, que je m’abruti à un travail que je n’aime pas, etc. Ce qui autrefois était sollicité en moi dans l’acte d’écrire, l’est maintenant par la vie de tous les jours. Mon imagination est usée et flasque, mais j’ai en moi les restes de décennies de mondes imaginaires, comme des sédiments ou des fossiles, que je peux invoquer à volonté, sans efforts. Je ne suis plus artiste (si je l’ai été); je suis comme à une autre phase de cette démarche. Et un jour, peut-être, je parviendrai à une autre phase encore; je n’essaie même pas de prévoir, d’anticiper ou d’y rêver. On verra. Je suis, comme tu le dis, un individualiste, ou un individu, l’un n’allant probablement pas sans l’autre.

Pour ce qui est de l’aspect suicide, je ne sais trop quoi en dire. Je ne suis pas très doué pour l’analyse. Tout ce que je connais, c’est mon propre parcours, ainsi que quelques autres que j’ai pu observer de plus ou moins proche. Et ce que je peux en dire, c’est que ça ne peut jamais se résumer qu'à une seule cause.

Je souhaite moi aussi que l’Art, la Création, fasse partie du tissu relationnel qui m'unira à mes enfants. Je ne sais pas moi non plus si ça rend le Monde meilleur, mais je sais que ça rendrait *mon* monde beaucoup plus vibrant. Et j’ai tendance à croire que plus il y a de monde qui vibre, plus ça rayonne.

C’est un réel plaisir que d’échanger. Merci.

14 avril 2010

14 avril 2010

"L’envie de mourir s’est infiltrée en moi le jour où le désir de vivre s’est évaporé."

Voici les mots que je viens d’avoir dans la tête. Mais ça ne dit rien de la détresse que je ressens depuis ce matin, de la crise que j’ai vécu hier soir, et de ce moton que j’ai dans la gorge en ce moment.

Rien à faire, il n’y a plus rien à faire pour moi. J’ai mes enfants, j’ai ma Compagne; je suis donc ancré jusqu’à la fin. Mais ce sera toute une épopée que de ne pas imploser. Il va me falloir beaucoup de fatigue, beaucoup de diversions et de consolations et d’ivresses, pour être à ce point abruti que je serai capable de passer au travers de toutes ces journées que j’ai devant moi. Pour pouvoir m'endormir le soir sans penser qu’il serait préférable que je m’endorme pour de bon.

6 avril 2010

6 avril 2010 [Your HTML cannot be accepted]

Les yeux pleins d'eau
la photo de ma fille,
la Vision de ma Petite,
elle est Tout Sourire
et moi je suis tout sourcil.

Comprendras-tu un jour ton Père,
toi avec qui j'ai presque 35 ans
de différence?

Moi l'Inquiet,
moi le Triste,
moi le Nostalgique Mélancolique (c'est quoi la différence)?

Je suis triste mais...
je mets tout avant moi.

Finalement la réponse.

Ne m'écoutez pas,
vous qui me lisez.

Je n'ai pas besoin de le dire.

Sourdes oreilles.

Je suis le dormeur perdant.

Condamné à l'éveil.

Pouls de la lenteur.

Laideur repoussante de celui qui n'est pas mieux qu'une maladie:
voilà ce que je dois être, ou dois représenter.

Bouffée dehors, échos du soir, grenouilles & insectes;
petite apo-cale-Hips! [L.]

Ma folie forme la carapace, l'exosquelette
qui compose ma carcasse.

Comment ils font, les vrais fous, pour exprimer leur Folie?

[Faites jouer le vidéo. Écoutez la musique. Ne regardez pas les images.]

On parle de Wikileaks, des soldats qui tuent des civils. Comme si on ne savait pas tout ça depuis longtemps. Mon opinion de la race humaine est bien pire que tout ce que cette "nouvelle" peut révéler.

Allez tous vous faire foutre, Informants et Informés. Vous n'êtes que des Bouches, vous n'êtes que des Oreilles, connectés à un cerveau qui vous contrôle.

Et moi? Qui suis-je pour critiquer? Je ne suis rien. Je suis mort depuis longtemps.

ET ON NE REVIENT PAS À LA VIE.

3 avril 2010

Vieille affaire

[Restant dans le sujet soulevé par Le Mercenaire, et le commentaire laissé par Raymond Bock, un vieux truc noté jadis, le 13 novembre 2000...]

Confronté à la Fin du Monde plus ou moins imminente, c'est par pur instinct de survie que je veux tout de même avoir des enfants. Pour m'assurer, par extension, d'être là jusqu'à la Fin. Je vais lui dire, à mon enfant: "L'Humanité achève, cher enfant. Rappelle-toi que ce n'est pas de ta faute. Profite de ta Vie, à tout prix. Et n'aie pas honte d'avoir à ton tour des enfants. Tu ne les condamnes pas, en les faisant naître dans un monde mourant. Au contraire, tu viens l'enrichir, pendant que c'est encore possible."

À toutes les époques les gens ont dû se dire: "Est-ce une bonne chose de faire naître quelqu'un dans ce monde si cruel, corrompu et immoral?" Nous n'avons pas à nous priver à cause de l'État du Monde. Nous sommes aussi bons. Bannissons la culpabilité.


Quelle idée d'avoir eu des enfants au Moyen Âge, il y a mille ans, deux mille ans, et ainsi de suite. La Vie est inhospitalière, et l'a toujours été.


Et (c'est l'égocentrique en moi qui rêve de ceci), il serait bien qu'avec moi commence une lignée d'Observateurs, d'Écrivains, jusqu'à la fin. Non pas les Premiers Écrivains, mais les Derniers… jusqu'à la Fin, mon petit-fils, ou mon petit-petit-fils, qui décrirait pour personne la Fin de la Race Humaine.

31 mars 2010

Entrevue avec Hunter S. Thompson [Extrait]

[Le son n'est pas synchro, désolé, je n'ai pas trouvé mieux.]

Commentaire isolé

[Commentaire écrit rapidement que je voulais laisser sur le blog du Mercenaire, par rapport à sa dernière note appelée Malaise dans la culture -- 1ère partie, mais que j'ai décidé de mettre ici... par pudeur, par réserve, par gêne, par manque de confiance.]

Je pense personnellement que pour que l'Art retrouve sa raison d'être (et donc ses Disciples, comme tu les appelles, retrouvent eux aussi une place qui ne soit pas maladive), il faudrait qu'Il (l'Art) se distancie complètement de son aspect mercantile. Qu'Il sorte du Commerce, de l'Université, qu'Il se défasse de son sacrosaint Copyright, pour redevenir quelque chose de plus modeste, de plus personnel (sans éditeurs, donc, bien évidemment), de plus local aussi, du moins à la base. Art for Art's fucking sake.


Post-script: Il se trouve aussi que je connais bien le cas de Hunter S. Thompson, et il faut que je précise que c’est plus que la simple réélection de Bush qui l’a poussé à se tuer. Il parlait de son suicide depuis des années, et avait en 2005 atteint ce stade de vieillesse, de maladie & d’écoeurement suffisant pour le pousser à concrétiser son mode choisi de fin de vie.

Pour rester dans le sujet, je dirais que Thompson ne s’est jamais remis du succès de Fear & Loathing in Las Vegas (comme Kerouac avec après On the Road); pendant plus de trois décennies, il a tenté de s’extirper de l’image qu’on lui avait alors imposée. Il était devenu le personnage de lui-même, et il s’est efforcé d’être à la hauteur des attentes qu’on avait de ce personnage. Le monde moderne fait en sorte qu’un succès phénoménal signifie pour plusieurs à la fois le début et la fin d’une carrière. Everything is blown out of proportion (et le mot clé ici est « blown »).

8 mars 2010

It's a wonderful life

Mark Linkous s'est tué.



Je ne dis pas "reste en paix", parce que ça sonne trop faux dans ma bouche. Je dis "c'est triste", et c'est tout.

6 mars 2010

Tragedy

"As the words were chosen
his heart was frozen
his soul had spoken
but it sounded all twisted and broken

Years and years ago
they delivered the final blow
and suddenly his life ain't worth a damn

There were ghosts
and they lit up this town
but they left
when they sold off the underground
we ain't welcome here no more

As the words were chosen
his heart was frozen
his soul had spoken
but it sounded all twisted and broken"

-- Tragedy, by Devotchka, from Super Melodrama (2002)

Ahem

Je ne suis pas lucide
je ne suis pas réaliste
je suis moi aussi un petit pleurnichard
et ma dépression est incurable;
je ne mérite pas d'être encensé
mais plutôt critiqué,
attaqué,
décapité,
digéré,
écarté,
oublié.

Si ça peut vous faire plaisir.

Voilà ce que je me dis ce matin, en prenant mon café.

5 mars 2010

Avis improvisé à la "blogosphère":

Cessez de nous exprimer vos opinions, et parlez nous de vos impressions & sensations & idées & réflexions.

(Et si vous ne pouvez pas faire la différence entre "opinion" et le reste... et bien on est dans la merde.)

On en a plein de cul de vos opinions. L'esprit critique ne sert à rien d'autre qu'assécher. Cessez de discuter de l'actualité, et vous aurez peut-être quelque chose d'intéressant à dire.

(Et je pense ici à toi, ____, et toi ____; vous pouvez être fiers, vous l'avez publié votre livre. Vous faites partie de la gang. Mille fois bravo.)

3 mars 2010

Every day the same dream

C'est pour moi une première: un jeu vidéo existentiel. Et ce n'est pas qu'une succession de scènes; il y a réellement un "but" à atteindre, et une "fin" au jeu.

7 janvier 2010

Musique -- Retenances

"Sunrise, sunset.
Sunrise, sunset.
Swiftly go the days.
Sunrise, sunset.
You wake up, then you undress.
It always is the same.

[...]

A sunrise and the sun sets
you realize then you forget
what you’ve been trying to retain.

[...]

Sunrise, the sun sets.
You're hopeful then you regret,
the circle never breaks.
With a sunrise and a sunset
there’s a change of heart or address.
Is there nothing that remains?
For a sunrise or a sunset,
you’re manic or you’re depressed.
Will you ever feel ok?


[...]

A scribble or a sonnet,
they are really just the same.
To the sunrise and the sunset,
the master and his servant
have exactly the same fate.
It’s a sunrise and a sunset,
from a cradle to a casket
there’s no way to escape.
The sunrise and the sunset.
Hold your sadness like a puppet,
keep putting on the play.

But everything you do is leading to the point
where you just won’t know what to do.
And at that moment you may laugh
but there is someone there who will be laughing louder than you.
So it’s true, the trick is complete.
You become everything you said you never would be.
You’re a fool! You’re a fool!
"

-- Sunrise, Sunset, tiré de l'album Fevers & Mirrors (2000) de Bright Eyes

3 décembre 2009

Films vus -- Retenances

[Extrait de dialogue tiré du dernier film de Jim Jarmusch, The Limits of Control]



- How the fuck did you get in here?
- I used my imagination.
- Is this your twisted idea of revenge for something?
- No. Revenge is useless.
- Addington! Security! God damn it!

[pause]

What is your fucking agenda here?

[pause]

You people don't understand a fucking thing about how the world really works.

- I understand. But I understand subjectively.
- That's fucking nonsense. Your sick minds have been polluted with crap. Your music, movies, science. Fucking bohemians on hallucinogenic drugs. All that shit has poisoned you. And it has nothing to do with the real world. And I suppose you believe that by eliminating me, you will eliminate control over some fucking artificial reality.
- Reality is arbitrary.
- Fuck you.

30 novembre 2009

I've got the Fear

http://ampedstatus.com/the-critical-unraveling-of-us-society

Cet article et (surtout) les commentaires, ont de quoi m'effrayer, pour plusieurs raisons et à plusieurs niveaux.

Si jamais j'ai encore des lecteurs, et que vous allez lire ça, je serais reconnaissant d'avoir vos impressions là-dessus.

Novembre 2009 / Anecdote de bureau

Aujourd'hui un type qui m'est d'habitude assez sympathique m'a vu rentrer au bureau, et ne pas m'enduire les mains de Purell-machin.

- Tu te désinfectes pas les mains en arrivant?, m'a-t-il demandé, incrédule, alors qu'il se les frottait comme un savant fou.
- Baf... j'ai dit, complètement épuisé et pas en état de jaser avec quiconque.
- Ah, c'est ça, tu répands la pandémie puis tu pars en congé de paternité... c'est fin. Tu viendras me voir avant de partir pour ton congé, j'vais avoir un cadeau pour toi...

Je ne lui ai même pas demandé d'élaborer, n'ai même pas poussé pour voir de quelle espèce de plaisanterie (?) il s'agissait, j'ai punché beep-beep avec ma carte de poinçon, et je lui demandé comment il allait. "Bien," il a dit, avec une drôle d'expression, ne sachant probablement pas comment interpréter ce changement de sujet abrupte et socialement malhabile.

Une chance qu'on est pas tombé sur le sujet de la vaccination.

24 novembre 2009

Dodgem Logic

"Off in the unpacked suitcase of the night there’s Doppler sirens skittering like beads of panicked mercury through dark and distant plasterboarded streets, maybe a hammering an overdose a tower-block fire, electric curlew voices shrilling at the gloom pretending that there’s something to be done meanwhile somewhere a disembodied twelve-year old romantic courts that wafer-thin girl in his year by sending links to sites that specialise in anal object-rape as touching as a single rose ah bless, bless all the land-ice and the holiday chalets as they go slithering in a quaint avalanche down to the pirate-haunted seas bless all the City bonus-monkeys on their island fenced by gold barbed wire shrieking and wiping their distended purple baboon arses with your repossession notice bless every star-studded spearmint-breathing AIDS evangelist in Africa for handing out engagement rings instead of condoms bless all genocidal former victims of attempted genocide when after all it’s only fair that they should get a turn bless every last Creationist and Jihad-jockey for making their deities appear to be such likeable intelligent and reasonable blokes and while you’re at it bless the Hitler Youth for giving us a Pope with warm and kindly eyes bless all the climate-change deniers on the Exxon payroll and the jazz trombone born on a sewage-torrent through downtown New Orleans bless the toxic mortgage property tycoons of Baltimore for leaving us all stranded in a subplot of The Wire and oh yeah bless reality TV for making round-the-clock surveillance seem like something normal seem like such a sexy proposition bless the government who based our target-oriented health and education systems on the Charlie-don’t-surf gook-kill policies that served America so well during that war in Viet Nam where they came second bless us all for letting culture slip so far around the S-bend before anybody thought to make a grab for it bless us for not making a fuss at the dismantling of the Working Class bless everyone who thought it was a good idea to bring up the next generation in a pastel-tinted Tellytubby abattoir bless the torn unintelligible map we stand on because seriously how the fuck are we supposed to live like this how are we meant to sleep on mattresses stuffed with discarded pensioners how is it that we have to chose electorally between a smirking cartoon toff or a bipolar cyclops and whoever said we had to go along with spending our one go-round on the painted horses of this world in doing something that we don’t like and we don’t find meaningful in order to secure a comfortable and happy future which looks more unlikely to arrive with each new headline every passing moment I mean frankly if our all-but unelected leaders are entitled to bail out white collar bank-robbers by crippling us and our unborn kids with debt for generations then I don’t know maybe I’ve completely misconstrued the situation but I would have thought they should be doing something really lovely for us in return like giving us all personalised hovercrafts made out of diamonds isn’t that the give-and-take way these things usually work unless you’re trying to negotiate a give-and-take relationship with tapeworms but I see I’ve answered my own question yeah okay so I suppose that if we really don’t have anything resembling a useful government then we should work at governing ourselves and personally taking care of all the things we care about as its becoming painfully apparent that neither the Smurfs or Iron Man will come along to take care of them for us who knows we might even find we’re having fun and it’s hard to imagine how we could do a worse job or even how a Petri dish of syphilis could do a worse job for that matter so wake up and smell the fairground ozone have a candyfloss and hook a duck welcome to Dodgem Logic."

-- Introduction d'Alan Moore pour le nouveau 'zine dont il est l'instigateur

J'espère être capable de me procurer ça ici.

30 octobre 2009

London Orbital

... c'est le titre du livre que j'ai commencé hier, écrit par Iain Sinclair, considéré par plusieurs comme un des plus grands écrivains anglais de notre époque. Ça faisait longtemps que je voulais le lire. Alan Moore, Neil Gaiman, Peter Ackroyd, JG Ballard, Michael Moorcock reconnaissent avoir une grande admiration pour lui. C'est un peu lui qui a transmis le concept de psycho-géographie à Moore et Ackroyd.

Ça parle de l'autoroute M25 qui encercle la ville de Londres, et qu'il a décidé de parcourir à pied pour tenter d'en comprendre (ou du moins d'en assimiler) la substance, l'essence. À date j'aime beaucoup.

Un passage, où il parle de ces petites "villes" commerciales qui poussent dans les périphéries, là où on ne se rend qu'en voiture.

"Planet Retail. Satellite Ikea. These off-highway zones [...] set up their own impenetrable micro-geographies; traffic islands, loops, dead ends that mimicked the motorway system. [...] a destination for those who have no good reason to travel. [...] Once you've been there, in the silence, the aftershock of travel, when the skin of the car stops vibrating, you learn the awful secret: there is no there. The question remains: 'How many compulsory purchases do I have to make to get out?'"

9 octobre 2009

Lecture

Texte récent de Noam Chomsky qui m'a fait l'effet d'une intense coulée de lave entre les deux oreilles: http://www.chomsky.info/articles/200909--.htm. C'est un long texte mais il en vaut complètement la "peine".

Deux pensées par rapport au texte:

- l'ironie du fait qu'Orwell ait prédit le pire en réaction au Communisme (ou au Fascisme en général), alors qu'en fait c'est le Capitalisme qui a réalisé ses pires craintes (et plus!!! il ne pouvait pas imaginer que Big Brother pourrait avoir le pouvoir de mettre la planète elle-même en péril...)

- la pertinence des propos de Chomsky et --- très important --- de ce qu'il avance ou rapporte comme solutions potentielles (solutions qui seraient dans le domaine du possible, si ce n'était de la mainséance totalitarienne des grandes corporations, ce qu'il appelle le "sénat virtuel" des nations)

29 septembre 2009

Poetic [...] Pragmatic

Agonizing drip-drop of thick syrupy Time,
IV poison which thrives under the bright Neon Overlords.
Master of nothing I see,
laying claim only to a handful of
ingrained burrowing slivers
that pierce the Mind-Bubble,
nagging, necessary crutches
that I am loathe to abandon.

[...]

How and where to find the energy for Work
when I don't really even want to Live?

24 septembre 2009

Lectures [Retenances]

"Everything a father does becomes a lesson."

-- Tirée de Salamander (2001), de Thomas Wharton

22 septembre 2009

Lectures [Retenances]

"America is no place for an artist: to be an artist is to be a moral leper, an economic misfit, a social liability. A corn-fed hog enjoys a better life than a creative writer, painter, or musician. To be a rabbit is better still."



"A wonderful world we might have made of this new continent if we had really run out on our fellow-men in Europe, Asia and Africa. A brave, new world it might have become, had we had the courage to turn our back on the old, to build afresh, to eradicate the poisons which had accumulated through centuries of bitter rivalry, jealousy and strife.

A new world is not made simply by trying to forget the old. A new world is made with a new spirit, with new values. Our world may have begun that way, but today it is caricatural. Our world is a world of things. It is made up of comforts and luxuries, or else the desire of them. What we dread most, in facing the impending débâcle, is that we shall be obliged to give up our gewgaws, our gadgets, all the little comforts that have made us so uncomfortable. There is nothing brave, chivalrous, heroic or magnanimous about our attitude. We are not peaceful souls; we are smug, timid, queasy and quaky."



"We are accustomed to think of ourselves as an emancipated people; we say that we are democratic, liberty-loving, free of prejudice and hatred….Actually we are a vulgar, pushing mob whose passions are easily mobilized by demagogues, newspaper men, religious quacks, agitators and such like. To call this a society of free peoples is blasphemous. What have we to offer the world beside the superabundant loot which we recklessly plunder from the earth under the maniacal delusion that this insane activity represents progress and enlightenment? The land of opportunity has become the land of senseless sweat and struggle. The goal of all our striving has long been forgotten."



"I had the misfortune to be nourished by the dreams and visions of Great Americans – the poets and the seers. Some other breed of men has won out. The world which is in the making fills me with dread. … It is a world suited for monomaniacs obsessed with the idea of progress – but a false progress, a progress that stinks. It is a world cluttered with useless objects which men and women, in order to be exploited and degraded, are taught to regard as useful. The dreamer whose dreams are non-utilitarian has no place in the world. Whatever does not lend itself to being bought and sold, whether in the realm of things, ideas, principles, dreams or hopes, is debarred. In this world the poet is anathema, the thinker is a fool, the artist the escapist, the man of vision a criminal."



"We are not only as ignorant, as superstitious, as vicious in our conduct as the 'ignorant, bloodthirsty savages' whom we dispossessed and annihilated upon arriving here ― we are worse than they by far. We have degenerated; we have degraded the life which we sought to establish on this continent. The most productive nation in the world, yet unable to properly feed, clothe and shelter over a third of its population. Vast areas of valuable soil turning to waste land because of neglect, indifference, greed and vandalism. Torn some eighty years ago by the bloodiest civil war in history of man and yet to this day unable to convince the defeated section of our country of the righteousness of our cause nor able, as liberators and emancipators of the slaves, to give them true freedom and equality, but instead enslaving and degrading our own white brothers. Yes, the industrial North defeated the aristocratic South ― the fruits of that victory are now apparent. Wherever there is industry there is ugliness, misery, oppression, gloom and despair. The banks which grew rich by piously teaching us to save, in order to swindle us with our own money, now beg us not to bring our savings to them, threatening to wipe out even that ridiculous interest rate they now offer should we disregard their advice. Three-quarters of the world's gold lies buried in Kentucky. Inventions which would throw millions more our of work, since by the queer irony of our system every potential boon to the human race is converted into an evil, lie idle on the shelves of the patent office or are bought up and destroyed by the powers that control our destiny. The land, thinly populated and producing in wasteful, haphazard way enormous surpluses of every kind, is deemed by its owners, a mere handful of men, unable to accommodate not only the starving millions of Europe but our own starving hordes."



"When you know what men are capable of you marvel neither at their sublimity nor their baseness. There are no limits in either direction apparently."



"When the beautiful French Quarter is no more, when every link with the past is destroyed, there will be the clean, sterile office buildings, the hideous monuments and public buildings, the oil wells, the smokestacks, the airports, the jails, the lunatic asylums, the charity hospitals, the bread-lines, the grey shacks of the coloured people, the bright tin lizzies, the stream-lined trains, the tinned food products, the drug stores, the neon-lit shop windows to inspire the artist to paint. Or, what is more likely, persuade him to commit suicide. [...] When a noted dentist has the audacity to say that for the working man teeth ― one's own teeth ― are an economic luxury, what are we coming to? Soon the physicians and surgeons will be saying: 'Why try to preserve life when there is nothing to live for?' Soon, out of sheer human kindness, they will be banding together to form a euthanasia society to do away with all those who are unfit for the terrors of modern life. The battlefield, together with the industrial field, will provide them with all the patients they can handle. The artist, like the Indian, may become the ward of the government; he may be allowed to putter around in desultory fashion simply because, as with the Indian, we have not the heart to kill him outright. Or perhaps only after he has performed 'useful service' to society will he be permitted to practise his art. It seems to me we are coming to some such impasse. Only the work of dead men seems to have any appeal for us, or any value. The wealthy can always be induced to support another museum; the academies can always be counted upon to provide us with watch-dogs and hyenas; the critics can always be bought who will kill what is fresh and vital; the educators can always be rallied who will misinform the young as to the meaning of art; the vandals can always be instigated to destroy what is powerful and disturbing. The poor can think of nothing but food and rent problems; the rich can amuse themselves by collecting safe investments furnished them by the ghouls who traffic in the sweat and blood of artists; the middle classes pay admission to gape and criticize, vain about their half-baked knowledge of art and too timid to champion the men whom in their hearts they fear, knowing that the real enemy is not the man above, whom they must toady to, but the rebel who exposed in word or paint the rottenness of the edifice which they, spineless middle class, are obliged to support. The only artists at present who are being handsomely rewarded for their toil are the mountebanks; these include not only the imported variety but the native sons who are skilled in raising a cloud of dust when real issues are at stake."



"But the American white man (not to speak of the Indian, the negro, the Mexican) hasn't a ghost of a chance. If he has any talent he's doomed to have it crushed one way or another. The American way is to seduce a man by bribery and make a prostitute out of him. Or else to ignore him, starve him into submission and make a hack out of him. It isn't the oceans which cut us off from the world ― it's the American way of looking at things. Nothing comes to fruition here except utilitarian projects. You can ride for thousands of miles and be utterly unaware of the existence of the world of art. You will learn all about beer, condensed milk, rubber goods, canned food, inflated mattresses, etc., but you will never see or hear anything concerning the masterpieces of art. To me it seems nothing less than miraculous that the young men of America ever hear of such names as Picasso, Céline, Giono and such like. He has to fight like the devil to see their work, and how can he, when he comes face to face with the work of the European masters, how can he know or understand what produced it? What relation has it to him? If he is a sensitive being, by the time he comes in contact with the mature work of the Europeans, he is already half-crazed. Most of the young men of talent whom I have met in this country give one the impression of being somewhat demented. Why shouldn't they? They are living amidst spiritual gorillas, living with food and drink maniacs, success-mongers, gadget innovators, publicity hounds. God, if I were a young man today, if I were faced with a world such as we have created, I would blow my brains out. Or perhaps, like Socrates, I would walk into the market place and spill my seed on the ground. I would certainly never think to write a book or paint a picture or compose a piece of music. For whom? Who besides a handful of desperate souls can recognize a work of art? What can you do with yourself if your life is dedicated to beauty? Do you want to face the prospects of spending the rest of your life in a strait-jacket?

Go West, young man! they used to say. Today we have to say: Shoot yourself, young man, there is no hope for you."



[À propos d'un "Sunday comic sheet" s'étant retrouvé dans le Grand Canyon:]

"There it lay, carelessly tossed aside by an indifferent reader, the least wind ready to lift it aloft and blow it to extinction. Behind this gaudy-coloured sheet, requiring for its creation the energies of countless men, the varied resources of Nature, the feeble desires of over-fed children, lay the whole story of the culmination of our Western civilization. Between the funny sheet, a battleship, a dynamo, a radio broadcasting station it is hard for me to make any distinction of value. They are all on the same place, all manifestations of restless, uncontrolled energy, of impermanency, of death and dissolution. […] No exaltation, no fervour, no zeal ― except to increase business, facilitate transportation, enlarge the domain of ruthless exploitation. The result? A swiftly decaying people, almost a third of them pauperized, the more intelligent and affluent ones practising race-suicide, the under-dogs becoming more and more unruly, more criminal-minded, more degenerate and degraded in every way. A handful of reckless ambitious politicians trying to convince the mob that this is the last refuge of civilization, God save the mark!"

24 août 2009

Desséché [Le Partage est Mort]

À force de me faire répondre
par le silence
j'en suis arrivé
moi aussi
à ne plus avoir que ça
à offrir.

11 août 2009

Deux exemples...

... qui plaident en faveur du postulat selon lequel on vit déjà dans une variété de "police state" (aux USA, du moins, et par extension ici aussi):

http://www.boingboing.net/2009/08/10/in-america-it-is-inc.html

http://www.boingboing.net/2009/08/10/ny-police-use-trick.html

Ça me fait penser au rêve de John Smith dans The New World: “We shall make a new start. Here there is good ground for all and no cost but one's labor. We shall build a true commonwealth, hard work and self-reliance our virtues. We shall have no landlords to rack us with high rents or extort the fruit of our labor. No man should stand above any other but all live under the same law. None shall eat up carelessly what his friends got worthily or steal away that which virtue has stored up. Men shall not make each other their spoil.”
* * *
Une éllipse qui à mon sens n'est pas sans avoir un lien avec tout ça, un extrait d'entrevue avec Phil Elverum, le gars derrière le groupe Mount Eerie. Voici ce qu'il dit à propos de la région d'où il vient (Anacortes, dans l'état de Washington), en rapport avec la série Twin Peaks:

"Twin Peaks is all over the album. How does the television series fit into this project?

Well [pause] I like that show a lot. When it was on TV, I was [pause] 12, I think? Not quite old enough to stay up and watch it, but old enough to be aware of its existence and to see a few episodes. It really marked me. Living in a place that looked just like the TV show, it kind of I guess informed my own romantic view of the creepiness in the woods. Which has stayed with me and I guess become part of my whole aesthetic that I try to create, this idea of a dark presence in nature. For some reason that's interesting and beautiful to me. Also, when I'm traveling the world, that TV show is semi-popular. It's got a cult following everywhere. And being in some place like Poland and having someone say, "Oh yeah that place you're from, Anacortes, WA, is that near Twin Peaks?" [laughs] and just really loving that reference. It's a form of patriotism I think.

There's a long tradition of Washington being represented with this kind of darkness, artistically.

What else is in that tradition do you think? Do you mean
Nirvana?

I think Nirvana definitely. A lot of the music produced from that part of the country has this tinge of sadness to it.

There is darkness up here. Not only physical darkness. I think it has--in some places at least--something to do with the fact that the cities and towns that are here are so relatively young. The most relatively young in the world actually. And then the native cultures that were here are kind of just swept under the rug, but they're still visible. You can tell something bad happened here. There were these thriving cities of native people here a hundred years ago, and now? Now there's a
Costco and this unacknowledged darkness."

22 mai 2009

Ce matin, dans l'autobus, je suis arrivé (presque par hasard) à contempler une vaste vision, abstraite et transparente, des Constructions Humaines et de leur rôle dans la survie de l'espèce.

Toutes ces Constructions, parfois légitimes parfois cruelles, parfois lucides parfois menteuses, qui font en sorte que des individus sont capables d'oublier le Néant Primordial, cette Vérité Terrible: l'Univers est aussi indifférent qu'infini, et nous ne sommes que des morceaux de viandes accidentellement animés par la Vie.

Que l'on se dévoue à la Religion ou à l'Art, à la Philosophie ou bien à l'Histoire, à la Vie Familiale ou Politique, tout ça n'est que Diversion. Des moyens variés pour intensifier son existence absurde et — par le fait même — atténuer la douleur du Vide. Et ce, qu'on en soit conscient ou pas.

Ceux qui se suicident, ou qui se métamorphosent en des créatures tordues et corrompues par l'amertume, seraient donc ceux qui n'arrivent pas à maintenir ou à se trouver une Construction qui leur convient.

(La pensée n'est pas nouvelle, bien évidemment, ni pour moi ni pour l'humanité en générale, mais c'est une toute autre expérience que de ressentir et d'être habité par un concept plutôt que de tout simplement l'assimiler de façon théorique.)

12 mai 2009

Little Incantation...

[... for a life that eventually miscarried]

Dear little Peanut, I hope that you live. May you win this first fight, hold on with all your might, and make it through. If you do, you'll become an amazingly aware little person, having been stoked by this early struggle into a recognition (and, consequently, appreciation) of the preciousness of Ease, the worthiness of Peace.

You've already got a Mother that loves you, and a Father that (although not being much of anything) does too.

Hope to see you soon, little Peanut.

--- April 14th, 2009

2 mai 2009

Leçon

Ce n'est pas à écrire qu'il fallait m'apprendre, mais à parler.

25 mars 2009

Petite jubilation

Beirut au Métropolis le 11 juillet prochain. J'ai mon billet.


Beirut -- St. Apollonia

11 mars 2009

Stream-of-unconsciousness self-absorption

[All of this was just under the surface of things, this morning, and then was brought up by a single insignificant detail which probably has no meaning at all, but which acted as the catalyst for a whole de-pression of my Being. In English, for obvious reasons.]

Ah, here it comes, I've been avoiding it for a while but now it's here. A sinking feeling, with a slight tinge of panic. Yesterday it was a vague desire for travel, today it's a sharp need to escape. I'm alone because I've failed to establish any kind of connection; those I thought were friends turn out to be fellow inmates for whom I cease to exist the minute we stop sharing the same cell. My willingness to overcome my own ingrained introversion is irrelevant; my painful efforts are acknowledged but apparently not appreciated accordingly. I am listened to, as a courtesy, any time I speak, but I do not speak loud enough to be heard. Because I have no desire to proclaim or to convince, anything I say is brushed away, does not register, or simply goes unnoticed.

Consequently, what I really am is not important to anyone, only what I represent (son, brother, husband, father, colleague), and what I bring (self-reflection, comfort, support, companionship).

It's all my fault, of course. Or, rather, it would have been in my power to make it otherwise. I chose not to, and I choose to maintain that choice, resolutely. Because of shyness. Because of humility. Because I am easily made anxious. Because I've an instinctive comprehension of the agression implied anytime anybody tries to convince anybody of anything.

It's been so long since I've felt at peace, at home, at ease. My confusion has grown so pervasive, I can never completely put it to sleep anymore. Hence, my inability to express what I need, or why I need it, sometimes even to myself. Hence, a state of mind which has evolved from chronic day-dreaming to full-blown lunacy, from a general tendency to a generalized handicap.

If only I could tell everybody how little I believe in anything (and --- most importantly --- how little I need from anyone), then maybe they could realize how special my love for them is, and how unlikely it was that I would become the relatively stable and normally adapted individual that I am.

Nothing has meaning, except escape. Everything I have ever loved or felt drawn to, is now no more than an occasional and secondary diversion. Is it any wonder then that I'm always filled with Death- (not Life-) Energy? Is it any wonder that everything inside me crumbles, is blown away, or shatters? Is it any wonder that all the ropes from all the bridges which connect me to People and Things are frayed or already snapped?

On a good day, everything is easy, stimulating, and meaningful. On bad days, everything is a hollow struggle, and I have to trick or bribe myself into doing anything at all.

What a way to live.

Breathe out.

10 mars 2009

[10 mars 2009, 9:55]

Une bulle qui monte, atteint la surface de ma Pensée. Je l'écris:

Le désir (la tentation est forte d'employer le mot "besoin") de partir, de s'engager dans un pélerinage dont la nature exacte est sans importance, en autant que le voyage qui en résulte soit complet, véritable.

Se plonger dans la Saison printanière, lui faire la cours, pour éventuellement courtiser et séduire la Saison estivale. Se forcer à parcourir soi-même chaque millimètre de la géographie que l'on parcourt; s'atteler et regarder passer chaque seconde à la loupe, aussi pénible que ça puisse parfois devenir, car si on ne goûte pas, si on ne savoure pas, il ne reste que la digestion, la survie, et ce n'est pas assez.

Je ferme les yeux, respire, et puis avale la bulle afin qu'elle ne me hante pas trop longtemps.

11 février 2009

Réflexions en orbite autour de l’idée de mon oncle mort

Il y a de ces suicides timides qui s’étirent sur des années.

Une hostilité à peine camouflée dans les yeux; je me suis vu dans une surface réflective aujourd’hui, et j’ai entrevu ses traits dans les miens, et c’est cette hostilité qui se dégageait de mon visage qui me faisait lui ressembler.

C’était le plus révolté de la famille, le plus mésadapté, se disant artiste dans l’âme et indifférent à tout. Il était doux et enragé, simultanément. Étrangement, je trouve aujourd’hui que je semble avoir hérité plusieurs choses de lui; prédispositions génétiques ou comportements acquis?

10 février 2009

Constatation étonnée

C’est paradoxalement les soirs de semaine où j’ose le plus me laisser aller, m’éloigner le plus de la croûte terrestre, sachant que si ça me maganne assez pour que je m’en ressente le lendemain, ça ne gâchera qu’une journée de job, pas une journée de vie.

Compréhension subite

[Ma Compagne] et moi ne nous inquiétons pas indument de voir l’autre s’enduire du lustre de l’Ivresse, car --- avec les parents que l’on a eu --- nous savons de quoi a l’air quelqu’un qui se détruit.

Une compréhension mutuelle menant à cette confiance durable qui y est pour beaucoup dans notre relation.

6 février 2009

Hoquet de Février

you sneeze and suddenly you feel like a
worthless and insignificant piece of shit,
blown up, blown away, or blown to pieces
according to the whims
of some cold inanimate Wind
who would like nothing better
than to make an ice sculpture
out of you.