Éventuellement, la Nécessité de porter un Jugement cessera de s’imposer, et la Compréhension de ce que tu contemples n’en sera que plus sereine.
Et la Sérénité, c’est tout.
RANDOM/BROUILLONS/UNLOAD/PARTAGES/THIS AND THAT/CONSIGNATIONS/SHARE/TOUT ET RIEN/SURRENDER/ABANDON
Mais où est-elle, où est-il, cet être humain avec qui je pourrais partager autre chose que les particularités de la race 'humaine', cette personne qui s'inquièterait et s'enivrerait de mes expériences, sans pour autant en être affectée, et avec qui je pourrais en faire de même? Mon Double, mon Versus (qu'importe son Sexe)?
* * *
J'ai le sourire plus facile que jamais, je vous accepte si facilement, je vois en vous l'internalisation des préceptes quasi sacrés de la génération de mes parents… comme eux vous vénérez les ivresses, vous adorez le coït, et les frontières sous toutes leurs formes vous abhorrent.
Musique, art, amour, jeux, partage, transes… vous en profitez pour aussi longtemps qu'il en est possible, et puis éventuellement, après quelques mois ou quelques années, ayant l'impression que vous n'en avez plus le choix, vous vous engagez dans une Profession.
(Profession de Foi, avant tout. Foi en un Jeu de Société dont les règlements implicites ne sont officialisés nulle part, sinon dans les pénalités conséquentes qu'ils entraînent lorsqu'on les enfreint.)L'heure est grave, oui, mais qui sait où nous en serions sans l'étourderie contestataire des années 60? Leur égoïsme sans fond et leur aveuglement ostentatoire était peut-être un moindre mal… et pour ça, malgré tout, je suis aujourd'hui capable de les remercier.
* * *
Chaque instant est un Écrasement Fabuleux pour qui sait s'en attribuer les prédispositions, pour qui peut s'en permettre le luxe mystique. Des strates nuageuses sans fin, une --- à tous moments --- richesse minéralogique presque royale, qu'il serait possible de s'empiler sur la colonne vertébrale.
Mais il y a un prix à payer; c'est toujours le cas. (Et c'est d'ailleurs à force d'ignorer cette réalité que nos parents en sont arrivés au sempiternel Constat d'Échec.) Tout est rotation, retour du pendule; après chaque Illumination il y a une Chute, après chaque Cérémonie il y a des Platitudes, après l'Orgasme il y a Relâchement.
* * *
Je suis prêt à me patenter une aventure pour atteindre un Lieu ou une Temporalité qui soit du Domaine de l'Aventure. Qui dit 'aventure' dit longueur, inconséquence de l'aboutissement, concentration sur l'immédiat, amour (et acceptation philosophique) de l'imprévu et de l'effort, capacité de se satisfaire simplement.
Qui dit mieux? Allez-y. Faites moi profiter de vos 'intellects supérieurs'. Mon humilité est Totale. Abasourdi en permanence, je ne demande qu'à me perdre dans une Forêt (qu'elle soit métaphorique ou le Fruit de l'alambique intellectuel d'un compagnon ou d'une compagne, ou tout simplement le reflet de mon environnement immédiat).
Pourquoi toutes vos lumières sont-elles éteintes? Au profit de quelle économie? C'est stupide mais je dois le demander.
* * *
J., où es-tu? J'aimerais tellement pouvoir te parler, juste pour que le Passé soit Passé, et pour savoir que tu vas bien, que tout n'est pas perdu, que mon premier amour est libre de tout enchaînement corrompu. Si seulement j'avais fait autre chose que t'observer.
* * *
Si je suis si saoul ce soir, c'est en hommage à mon oncle J. (ivrogne éternel et sanctifié, mort mais à jamais rebelle face à l'appauvrissement systématique de l'existence que nous dictent tous les Constats de toutes les époques nous précèdent); en l'honneur de H., mon [ex] meilleur ami, que j'imagine honnête et fidèle et intègre jusqu'au bout; en l'honneur de ma compagne M. qui m'aime et me serre contre elle pour je-ne-sais quelle raison; en l'honneur de ma sœur qui se rassasie des aventures encadrées que le show-biz entraîne et émane; pour mon père qui jamais n'articule de jugement face aux gagne-pains imbéciles (ou leur absence) que le soi-disant "Destin" lui met dans la face; pour ma mère qui maintient son cap de gipsy illuminée et condamnée dans une vie tellement, tellement morne; pour mes enfants, X. et C. et l'autre qui s'en vient, qui ont devant eux des défis inimaginés.
Texte enregistré à 10:15:00 PM 3 commentaires
Louise a dit...
Enfin il est apparu ce texte; merci. Je le savoure pleinement.
juin 06, 2006 12:05 PM
Methanalyse a dit…
"à jamais rebelle face à l'appauvrissement systématique de l'existence que nous dictent tous les Constats de toutes les époques nous précèdent"Dans le sens que la vie est moins riche de surprises et d'intants eureka parce que tout ou presque a été constaté? C'est bien vrai cela. Si c'est ce que tu veux dire. On pourra jamais réinventer la roue, va falloir trouver d'autre chose ou rester en dehors de tout ça comme ton oncle. Mais bon. J'sais pas trop si on est sur la même longueur d'onde là.
juin 14, 2006 3:00 PM
Simon a dit…
Bonjour Meth.Je ne sais pas si on dit la même chose, mais on est certainement sur la même longueur d'ondes.Ce que tu dis n'est pas faux, mais en fait ce que j'essayais d'exprimer ici c'est cette impression que j'ai qu'il y a un espèce d'inconscient collectif qui nous pèse sur les épaules, qui nous est bourré dans la bouche à la naissance, et qui est un peu plus pesant à chaque génération. Les conclusions les plus amères ont déjà été atteintes il y a cent, deux cents, trois cents ans, alors...Mais je me perds dans mes propres idées. Comme toujours.Salutations
juin 14, 2006 9:46 PM
Methanalyse a dit…
Ah ben voilà - oui oui c'est ça. Tu ne t'étais pas perdu, j'avais à peu près compris.
juin 15, 2006 8:50 PM
La Mort; je suis prêt pour la Mort. Je vie la Vie que je peux; le reste… qu’est-ce que je peux y faire? Je suis prêt à mourir. Même si je vie jusqu’à 104 ans, je sens que je n’arriverai pas à écrire toutes les histoires que j’ai dans la tête, alors, sachant cela, mourir maintenant ou dans 70 ans, quelle différence, quelle importance? J’écris, tous les jours, et je finirai ce que je finirai.
C’est pour ma Compagne, pour mes enfants, pour mes parents et ma sœur et mes amis et amies, c’est pour eux et elles que je suis paniqué quand je pense que je pourrais mourir dans quelques minutes, cette nuit, l’année prochaine. Toujours ça a été pour les autres que j’ai eu peur. C’est pour les autres que je ne me suis pas suicidé. C’est pour les autres que je fais tous mes Gestes Externes.
D’où mon indifférence presque enragée, désormais, face à la réception que les Autres peuvent faire de mon Écriture; ça m’appartient complètement, je n’en ai pas honte, et j’en connais les Forces et les Lacunes. Si ça ne vous plait pas, la Porte est là; foutez moi la paix et allez déranger quelqu’un d’autre.
Mon esprit s'est presque complètement délogé de mon corps. Engourdissement. Perte pentagonale des sens. Déception généralisée. Plaisirs localisés et encabanés. Passions devenus habitudes. Finitude du temps, de l'espace, de l'âme, de l'énergie, du destin. Un pas en arrière de moi-même. Émotions que je crées de toutes pièces pour palier à mon insensibilité. Épuisement profond qui s'enracine.
Travailleur, adulte, employé, citoyen, contribuable, ouvrier, prestataire, salarié, tous des synonymes d'esclave.
Je n'arrêterai jamais de le penser, de l'écrire, de le dire. Tout mon être me hurle que c'est une abomination. N'est-ce pas clément de ma part que de transformer ce hurlement en un banal petit soliloque que seule une poignée recevra?Peu importe. C'est la dernière fois. J'en ai assez de commenter ma réalité immédiate, directement ou par l'allégorie. Je n'ai pas (plus?) envie d'être un "fou divertissant".
Tout mon être m'ordonne d'écrire des histoires; ce n'est pas qu'une lubie. À partir d'aujourd'hui, je choisis volontairement de taire mes doutes, ainsi que la problématique complexe de la valeur objective de ma création, pour atteindre la seule réussite que je connaisse, la seule qui ne se démente pas: terminer une histoire, l'ajouter à mon arsenal, et puis la polir au fil des années.
Je cherchais à partager mon écriture; au lieu de ça j'ai compris que je suis condamné à ne pas pouvoir le faire. Pourquoi? Qu'est-ce que je ne fais pas correctement? Est-ce que je travestie le rôle premier (ou le dernier usage) de l'écriture? Est-ce que mes attentes sont irréalistes? Est-ce que le fait de privilégier l'idée (et la clarté d'expression) plutôt que le style, me confine à un ghetto artisanal? Est-ce que mes préoccupations sont dépassées ou difformes? Suis-je trop étrange ou tout simplement ennuyeux? Suis-je "trop proche" de ce que j'écris? Est-ce qu'une lacune primordiale mine mon Intellect? Ou est-ce tout simplement que l'Écriture est un art mort qui n'intéresse plus que ceux qui écrivent?
Je ne sais pas. Je ne le saurai jamais puisque personne ne veut (ou ne peut) se prononcer là-dessus, et que moi je n'y vois pas très clair non plus. Je suis un solitaire. Je vivrai donc avec une écriture solitaire. C'est une réalisation qui n'est pas négligeable, que je ne ressens plus comme une résignation, et pour ça je ne peux pas décrier toute l'entreprise. Je n'attaque pas non plus vos entreprises, Amis et Amies. Je dois tout simplement éliminer les distractions pour focaliser mes énergies sur ce qui compte le plus pour moi: ma famille et mon écriture. Tout ce qui ne vient pas directement y contribuer est de trop.
Et puis --- c'est peut-être la seule bonne chose à ressortir de mon épuisement --- je comprends enfin que c'est faux de dire que le travail est fatiguant, et la détente reposante. Personnellement, à ce stade-ci de ma vie, tout me fatigue. Alors tant qu'à être fatigué, autant faire en sorte que je sois content de moi à posteriori.
Pour résumer tout ça, et vous donner une bonne idée de l'énergie dont j'arrive parfois à m'investir moi-même (écho constructif de ces "sentiments créés de toutes pièces"), je vous laisse sur une redite d'une citation d'Alan Moore, que j'avais précédemment mise dans la bouche d'un "Grand Mage" dans une de mes allégories:
"The way that school seemed to me was that there was an overt curriculum --- reading, writing and arithmetic --- and a covert curriculum, which was more or less punctuality, obedience and the acceptance of monotony… In a lot of cases it seemed that school was like aversion therapy. It wasn’t there to teach you knowledge, it was there to put you off learning. You’d associate learning or reading with work and you’d associate work with drudgery. This is why most people are happy to just sit down in front of the television at night. “I’m not actually doing any work, therefore I must be having a perfect time.”"
* * *
Mes amitiés,
Simon G.
La Fée Blackstick a dit...
On peut choisir de vivre, ou de mourir; ou d'être entre les deux, dans les limbes d'une écriture qui n'ira probablement nulle part ailleurs que dans nos archives personnelles. Mais il y a les restes; tous ces restes abandonnés le long des boueux chemins scriptuaires; ces millions de lettres éparpillées au vent, qui n'attendent que leur accouplement, pour assouvir enfin le Roman Ultime, celui-là seul qui survivra à son Auteur, celui-là même qui se fera concevoir des lumières de son Obscurité. Merci cher Simon, pour toutes ces histoires que nous avons tout d'abord lues dans la blancheur de ces lumières, puis dans l'Obscurité bleutée du Noir Corbeau.
22 novembre, 2005 22:06
Simon a dit…
Merci, Fée Noire, vos mots sont sucrés comme de la réglisse.J'ai presque envie d'écrire un deuxième dernier message, juste pour avoir un autre aussi beau commentaire...À la revoyure.
23 novembre, 2005 21:33
La Fée Blackstick a dit...
Pas besoin; avec ce que je viens de lire; mais si vous y tenez, très cher cher Xavier...;-)
23 novembre, 2005 23:25
Patrick Brisebois a dit…
Au fond, c'est toi qu'on devrait surnommer "Kafka' des blogues... ;-)Bonne écriture.(moi aussi je mets de côté le style au profit de la clarté, de l'histoire... on verra bien ce que ça donnera..)à+***Bonjour dame Blaquestique!
24 novembre, 2005 13:31
Simon a dit…
Merci Patrick. À la prochaine.
24 novembre, 2005 20:18
sebastien chabot a dit...
Superbe note qui porte des doutes honnêtes et une volonté ferme de faire quelque chose de «durable» pour soi. Je signe à tout ce que tu dis; tes doutes sont si sincères qu'ils portent, en quelque sorte, le quotidien de biens des gens qui veulent écrire, et qui arrivent, un jour ou l'autre. Ce continent scriptuaire, pour reprendre un peu la fée (que je salue, il va s'en dire), n'est peut-être pas aussi loin que tu le penses. À bientôt, donc. Salut Pat, omniprésent, tel un Dieu sur cette blogosphère! ;)
01 décembre, 2005 02:56
Simon a dit…
Merci de ton passage et ton intérêt, Sébastien. Je garderai tes mots en tête.
01 décembre, 2005 11:51
Marie-Chantal a dit…
Quel texte, Simon, tu as vraiment du génie; tu dis vraiment la condition de l'esclave contemporain. Je te lis avec bonheur.
03 décembre, 2005 06:47
Simon a dit…
Merci, Marie-Chantal. À la prochaine.
07 décembre, 2005 05:43
robin a dit...
Un petit bonjour, Simon.Et une distante compassion.Je te souhaite la paix.
20 décembre, 2005 16:54
Simon a dit…
Quoi souhaiter de plus significatif? Le bon monde existe, et tu me le prouves un peu aujourd'hui.La compassion, aussi distante soit-elle, est un miracle que tous les dieux inventés du monde, dans tous les torchons sacrés du monde, ne pourront jamais expliquer.Et c'est dans un monde sans explication --- religieuse autant que scientifique --- que mon Amour des autres peut germer et se développer.Encore une fois, je me perds dans mon propre labyrinthe.-------------------------------------Traduction: Merci Robin.
20 décembre, 2005 20:29
Vidoc a dit...
Mes amitiées aussi cher SimonPasses un joyeux temps des fêtes, mais attention, reviens en bonne et dûe forme.
23 décembre, 2005 17:09
La Fée Blackstick a dit...
Pendant le congé tant espéré du Conteur, peut-être lui serait-il possible de mettre quelques extraits de ses si belles histoires, ici, sur ce blogue qui s'ennuie de ses mots. Joyeuses Fêtes...
24 décembre, 2005 07:41
Et voilà que je rejoins le Monde, pour trois semaines du moins, au moment où les plantes s’épanouissent et affichent leurs vraies couleurs. Leurs odeurs se mêlent à celle du fumier que les cultivateurs --- au stade le plus occupé de leur année --- répandent sur les terres qui leurs appartiennent et qu’ils cultivent, symbiose ancestrale entre un homme, sa terre, et sa famille.
Trois semaines pour jouir de ce Monde, pour faire sortir mes yeux des sentiers battus, pour enfin décrasser ces régions de mon cerveau qui sont réservées aux Jeux, et au Plaisir d’exister.
Des horizons verts et montagneux. Une bouée verte sur le fleuve. Une maison bicentenaire que l’effondrement d’une cheminée a éventrée. Des clapets où on garde des lapins à vendre. Les petites pousses qui deviendront ces majestueux plants de maïs qui me feront rêver dans un mois. Des usines malpropres et malsaines. Des fleurs... blanches, oranges, jaunes, mauves, qui jamais ne cessent de surprendre. Un petit ruisseau dissimulé par les plantes qui poussent sur ses berges, m’offrant la vue d’une intimité naturelle que je m’empresse de transformer par l’imagination en un lieu résonnant de drame et de danger. Des cantines aux noms fièrement absurdes, de toute évidence aussi nécessaires que des toilettes publiques. Des monuments religieux, statues ou immeubles, qui à chaque année me semblent de plus en plus déplacés, négligés, ignorés, en voie d’extinction. Partout, des arbres que l’on ampute ou que l’on abat, fiers géants qui eux aussi sont négligés et lentement vont disparaître. Des garages et des cabanons bric-à-brac, remplis d’outils usés et de métal rouillé, entrepôts minus où les rebuts dorment plus ou moins longtemps avant d’être envoyés au dépotoir, ou d’être vendus dans une vente de garage. Des potagers et des serres, où on imite à plus petite échelle la grandiose culture des fermiers. Des chevaux et des vaches qui broutent et qui repoussent les mouches avec leur queue. Les marques parallèles des tondeuses à gazon sur des pelouses stériles et plates à mourir. Des constructions et des rénovations, royaumes invaincus de l’homme musclé qui travaille torse nu. Des enfants qui envahissent leur ville et les transforment en Jardin des Délices Terrestres. Des bassins d’eau artificiels, que l’on emménage et entretient pour quelques mois, pour l’œil ou pour le corps. Les fourmis qui manigancent leur empire souterrain. Des adultes qui arrachent au Temps et à la mort quelques instants de plaisir qu’ils appellent ‘vacances’, et qu’ils s’efforcent de remplir.
L’Été.
posté par Simon à 1:27 AM 2 commentaires
alexie a dit…
Ça y est, je commence à m'ennuyerJ'avais aimé ce texte, assez cynique, qui m'a rappellé très vivement ma petite ville natale..J'ai hâte que tu nous revienne !
04 août, 2005 08:11
Simon a dit…
C'est bien gentil à toi... j'ai plusieurs petits textes qui s'en viennent d'ici un jour ou deux. Je me dépêche!À bientôt.
04 août, 2005 11:47