29 septembre 2006

Ôde à la Brisure

[Vendredi 29 septembre, 8:09 am, je suis à mon bureau depuis quelques minutes et j'ai décidé (en quelque part entre le métro Place-des-Arts et l'immeuble où je travaille) qu'aujourd'hui, à l'improviste et de manière improvisée, quelques phrases à la fois tout au long de la journée, je composerais un texte pour mon blog, ne sachant pas où je m'en vais ni la longueur que ça aura, tout simplement pour garder la forme et donner libre cours à cette excitation légère que me procurent encore les vendredi. Aussi, parce que ma charge de travail actuelle fait en sorte que j'ai des petits trous par-ci par-là, durant lesquelles je peux furtivement noter quelques mots. Évidemment je vais devoir m'envoyer ce texte par e-mail, avec la forte possibilité que l'on lise mon message (j'ai dernièrement eu la preuve qu'ils leur arrivent de lire les courriels sortant), mais tant pis.]

Autant pour moi que pour M., ma Compagne, l'arrivée imminente de notre troisième enfant semble de plus en plus vraie, de plus en plus près. Quelques semaines et puis on y est. C'est prévu pour tard au mois de novembre mais qui sait? X. était deux semaines en retard, C. deux semaines en avance. Tout est possible. Une naissance; un congé. Six mois à ne plus être obligé de me lever le matin; six mois à pouvoir me faire accroire que je suis libre. Six mois à être payé par le gouvernement pour ne rien faire d'autre que passer du temps avec ma famille. J'ai encore du mal à imaginer ce que ça va faire à mes humeurs, à mes états d'âmes, à ma dépression innée, à mon corps, à mon intellect, mais je sais que ça s'en vient vite, et je sais que je ne trouverai pas "le temps long", contrairement à ce que la plupart de mes collègues masculins disent. Vous êtes si inconfortables que ça avec votre famille, avec votre liberté? Difficile pour moi de comprendre. Je m'en fous, je ne veux même pas comprendre leur point de vue. Perte de temps. Déprimant. Rebutant.

En fait, j'essaie de ne pas trop y penser. Je veux que la naissance de mon enfant soit une renaissance pour moi. Partir à neuf, avec une coupure drastique et douloureuse s'il le faut, déstabilisante au maximum. Ça va commencer dans le drame, une naissance angoissante comme elles le sont toujours, mais encore plus cette fois-ci puisque ce sera chez nous, sans "professionnels", sans sage femme, en famille, peut-être avec des amis pour nous aider avec les enfants.

Mais après...

X. et C. auront leur père chaque matin… n'auront plus le cœur brisé à chaque jour de constater que je ne suis plus là (et je n'exagère pas, je ne m'accorde pas plus d'importance que j'en ai, c'est réellement ce qui se passe, avec X. surtout, il ne comprend pas --- avec raison --- cette nécessité pour son père d'aller "gagner de l'argent" à des dizaines de kilomètres de sa maison). M. aura quelqu'un pour s'occuper de tout pendant qu'elle récupère. Le nouveau bébé (fille ou garçon, nous ne le savons pas encore) entendra ma voix tous les jours dès le début, et pour la totalité de ses premiers mois. Et moi… moi… je retrouverai pour longtemps la bulle hermétique de la Maison. Je n'aurai pas eu l'opportunité de baigner dans une domesticité lente et immersive et narcotique depuis quoi… 1996? L'année qui précède la mise en branle de mon "âge adulte"… j'étais alors chez ma mère, l'aidant avec le ménage, les tâches ménagères, allant chercher le panier alimentaire le vendredi, lisant et écrivant et pensant et souffrant et n'ayant pas envie de faire autre chose… je serai maintenant trois fois père et tout aussi désireux de ne rien faire d'autre que d'être avec eux, lire, écrire…

Je vais d'ailleurs faire de gros efforts pour m'établir un semblant de routine à ce sujet. Même si ce n'est qu'une soirée par semaine, une demi-heure par jour, n'importe quoi, en autant que ça avance un petit peu de façon régulière. Pouvoir finalement finaliser le chapitre 9 de mon roman (parce que ces temps-ci ça n'avance vraiment pas), poursuivre le chapitre 10 qui est déjà bien entamé. Aller de l'avant. Me rapprocher de la fin, cette dernière portion de l'histoire à laquelle je pense si souvent et de manière si convaincue.

Toute l'entreprise de mon premier blog aura eu ça de bon: je suis plus convaincu que jamais de la nécessité pour moi d'aller de l'avant dans mon écriture, sans pour autant avoir de "grande raison" de le faire. Parfaitement confiant et parfaitement indifférent à la fois. Dédié à mon écriture sans le moindre désir de publier. Personne ne réussit à me convaincre que la publication représenterait un aboutissement. Ça ne me servirait à rien d'autre que de me glorifier, de perdre de mon temps, et de couper des arbres. (Et puis de toute façon c'est un cul-de-sac de même y penser; whatever it is that I do, it is not "publication material".) Je n'ai même plus la pulsion de partager ce que j'écris; je le fais ici, parfois, mais --- comme le titre du blog l'indique --- ce sont des bouteilles à la mer, et je ne crois pas réellement que ça va parvenir à ce destinataire hypothétique que j'envisage parfois en pensant à un texte ou à un autre. Les quelques histoires que je rends public en feuilletons… ne sont suivies par personne qui ne les a pas déjà lues (tu sais qui tu es). Statcounter me révèle que l'on va parfois faire un tour dans ces histoires pour survoler quelques chapitres, sans toutefois retourner en arrière pour lire les premiers, et puis que l'on ne revient pas vraiment pour lire la suite. Et vous savez quoi? Ça ne me dérange même plus. N'ayant aucune raison de les partager, je n'ai pas de déception si après l'avoir fait rien ne se passe. Continuer d'agir sans avoir l'Espoir comme combustible, c'est possiblement l'attitude qui me convient le mieux (de la même façon, je cherche à faire le bien de mon plein gré, sans que ça soit la Religion qui me l'ordonne et m'y contraigne).

Que l'écriture redevienne mon secret brûlant, mon Mystère ambiant, la variable algébrique qui vient qualifier et informer tous les aspects de ma vie. C'est ma Quête et ma Mission, c'est mon Sacré à moi.

Me remettre à dormir un peu plus, avec des nuits plus longues et des siestes occasionnelles. Recommencer à me souvenir de mes rêves et les noter, comme jadis je le faisais (avant que chaque nuit ne devienne un trou noir dont j'émerge le matin comme on sort d'un profond coma). Consacrer un peu de mon temps au ménage à chaque jour, pour que ça cesse de monopoliser des journées aux complet (ce que sont actuellement mes fins de semaine), et ultimement pour que je puisse m'amuser plus avec mes garçons. Enfin pouvoir dessiner avec eux; leur lire des histoire l'après-midi, sans cogner des clous; aller marcher, que ça soit dans le froid, le soleil ou la pluie, et apprendre en même temps qu'eux dans quel monde nous vivons; cuisiner avec eux; les inclure dans mes tâches ménagères (ce qu'habituellement je ne fais pas, étant limité dans le temps); regarder des films avec eux, chez nous et même parfois au cinéma; toutes ces petites choses qui sont propices aux échanges et à la communion et à la mémorisation des Moments Présents. Et puis, peut-être, écrire des petites histoires pour eux (car il m'arrive souvent d'avoir des idées qui feraient de bons petits contes brefs, mais ce genre d'inspiration exige qu'on s'occupe d'elle tout de suite, sans quoi la fraîcheur s'égare en chemin et il ne reste plus qu'une charpente inanimée et vide comme un cocon). Documenter un peu plus leur présent, aussi, noter ce qu'ils disent et ce qu'ils font et ce que je perçois de leur personnalité et de leur vision du monde (ce qui, je trouve, est le plus beau cadeau que je puisse faire à ces adultes qu'ils deviendront un jour). Aller me baigner avec eux, emprunter des livres à la bibliothèque. Peut-être effectuer quelques petites sorties (les musées à Ottawa, l'aquarium de Québec).

Contempler le Monde, sentir le vide paisible et la belle désolation d'une rue, la semaine, quand une grande portion de la population est soit au travail soit à l'école. Me vautrer dans la tristesse d'un centre d'achat, le lundi matin, avec les chômeurs, les personnes âgées, les mères de famille, ou les travailleurs qui font autre chose que du 8@4 9@5 5 jours sur 7. Fusionner les jours de la semaine en un tout un peu flou, sans grandes distinctions entre eux. Faire partie du monde sans y être officiellement impliqué, pour quelques mois du moins. Un fantôme contemplatif qui a le luxe de noter ses observations et ses réflexions. Tenir mon Journal de manière un peu plus exhaustive, un peu moins froidement, que ce que je peux le faire actuellement. (Ça ressemble à: "Lever à 5h10. Douche. Je me prépare. Départ à 6h20. Marche jusqu'à l'arrêt d'autobus. Express de 6h48 dans laquelle j'essaie de continuer de lire [livre du moment] mais finalement m'endors. Métro. Arrivée au travail vers 8h. Travail. Dîner à mon bureau vers 11h45. Je me promène un peu sur Internet. Je me remets au travail. Départ vers 16h15. Métro. Express de 16h50. Trajet durant lequel je continue de regarder [film du moment, avec mon lecteur DVD portable]. Arrivée chez moi vers 18h. Souper. Un peu de rangement en jasant avec les petits. Je leur donne leur bain vers 19h15. Après, successivement, couchers des petits. Je vais un peu sur l'ordinateur, me promène un peu sur les blogs, mets mon Journal à jour, puis vers 21h45 je remonte. Je fais la vaisselle, range un peu. Ensuite, je grignote un peu (craquelins + fromage), jasant avec M. qui regarde quelque chose à la télé. Vers 23h15, on va se coucher. Je lui masse un peu le dos, je mets ma main sur son ventre pour sentir le bébé qui bouge, puis on dort.")

Changer la nature et l'essence de mon rêve quotidien. Ne plus sentir l'urgence de veiller (et donc d'hypothéquer mon sommeil) pour avoir vécu un peu dans ma journée. Être capable de voir mon père, ma mère (qui, bien que séparés, ont des vies qui se ressemblent, ayant tous les deux arrêté de travailler) à d'autres moments que le samedi ou le dimanche, étant trop fatigué pour être content de les voir, ne le faisant que par une espèce d'obligation dénaturée. Passer un Temps des Fêtes tranquille et chaleureux, ayant le temps d'aller glisser avec les petits, de construire forts & bonhommes de neige dans notre cour, de pelleter de manière entraînée et enjouée (plutôt que pressée et frustrée), regardant ce ciel d'hiver qui me semble hanté et heureux à la fois. Pouvant sentir les jours qui passent, plutôt que de les subir.

Avoir le temps de faire toutes ces activités secondaires que j'ai envie de faire depuis des années… Mettre de l'ordre dans mes papiers, dans mes textes. Numériser mes photos, mes enregistrements d'enfance, mes vidéos maison, tous ces disques vinyles que je n'ai pas pu écouter depuis des années. Continuer de constituer mon Musée des Images Primordiales (ou l'Album Personnel d'un Humain Né à la fin du 20ème Siècle), un recueil d'images virtuel (commentées par moi ou par des citations) où je rassemble et catégorise tout ce qui me passe sous les yeux (toutes les manifestations visuelles du Petit Chaperon Rouge, par exemple, ou encore toutes les peintures de chevaux, ou toutes les représentations picturales de décapitations). Faire quelques petits travaux dans la maison, au niveau de la décoration, de la peinture, de l'aménagement, ce genre de choses accessoires et sans réelle utilité qui sont les premières à prendre le bord quand vient le temps de prioriser. Aller prendre des grandes marches le soir, quand les rues sont vides, comme je le faisais avant la période de ma vie que j'appelle "L'Ère du Travail". Me plonger dans les ivresses sans me mettre à bailler après vingt minutes parce que je suis trop fatigué. Peut-être aller voir des spectacles, si j'apprends que des artistes que j'aime viennent se produire à Montréal. Faire de la photo, notamment dans les lieux marquants de ma vie (McMasterville, Beloeil, St-Hilaire, Longueuil, Montréal, Lasalle, Verdun). Retourner à la bibliothèque du Cégep Édouard-Montpetit, où j'ai fait mon DEC (en Lettres), question de retrouver ce livre encyclopédique sur la littérature fantastique (car sur la couverture il y avait la photo d'une femme tenant un parapluie, et ça me hante depuis des années… je me souviens qu'on indiquait son nom, mais tout ça est avant l'Internet, je n'avais aucun moyen de trouver qui elle était); en profiter pour aller saluer mes deux professeurs de cinéma, Christian Rasselet et Jean-Antonin Billard (quatre cours de cinéma qui ont justifié à eux seuls ces cinq sessions de pertes de temps). Finalement demander à mes parents de se livrer par écrit pour me raconter leur vie (ça pourrait être par e-mail avec mon père, par la poste avec ma mère). Prendre des bains, le soir, avec un livre, comme avant...

Trop de rêves, trop d'attentes? Sans doute. Mais je préfère ça plutôt que "Ah… je vais trouver le temps long… je vais avoir hâte de revenir travailler…".

Libre, complètement (ou en tous cas autant qu'on puisse l'être dans mes circonstances), pour la première fois depuis l'enfance en fait, car même en 1996 j'avais des attentes sur les épaules… on s'attendant à ce que je me branche, que je m'engage dans un Chemin Professionnel, que je m'active, que je sorte, que je fasse quelque chose de moi, que je me trouve une job et que je me trouve une blonde et que je me trouve tout court. Là, je m'appartiens complètement, la job je l'aurai encore, elle m'attendra patiemment au bout de mon congé.

Je considère que je suis extrêmement chanceux de me retrouver dans cette situation. Je m'attends presque à ce qu'une catastrophe survienne, en bon pessimiste que je suis. Que subitement je meurs, que ça se complique à l'accouchement, ou encore tout simplement que l'on ait mal calculé notre affaire et que le 75% de mon salaire auquel j'aurai droit ne soit pas suffisant pour subvenir à nos besoins, ce qui m'obligerait à retourner au travail plus rapidement.

Ça sera une période unique dans ma vie, la seule où je pourrai faire pleinement partie de ma famille à l'âge où mes enfants sont encore jeune. X. est probablement assez vieux pour s'en souvenir plus tard. Il se rappellera d'une Saison hors-du-commun où son père était toujours là, présence majeure dans la vie intérieur d'un enfant. (Je n'ai qu'à penser à mon enfance, mon père ne travaillant pas à l'extérieur comme ceux de mes amis, mais restant à la maison, créant et fabriquant ses bijoux dans le sous-sol de notre grand appartement à McMasterville; il est plus qu'évident que l'ambiance et la saveur de ces années là ont en grande partie fait de moi ce que je suis.) Quant aux deux autres, C. et le ou la troisième, et bien si cette Saison ne s'inscrit pas clairement dans leurs souvenirs, je suis certain qu'ils en garderont tout de même des acquis psychiques, des traces inconscientes déposées au fond de leur cerveau comme des sédiments, figées dans le matériau de leur personnalité comme des fossiles.

[Je parle et je parle, ce texte est trop long et il répète des choses que j'ai déjà dit ailleurs mais je n'en ai absolument rien à foutre. Awèye un autre café, keep 'em comin' boys.]

Quand est-ce que je peux vraisemblablement espérer un autre répit du genre? À notre quatrième enfant, si quatrième il y a? Un congé sabbatique, dans quelques années, si mes patrons me l'accordent? La retraite, si je me rends là?

Non, je n'en espère pas d'autres. Que je me trompe ou pas, je considère ce qui s'en vient comme ma seule et unique chance de fuir (car ici il s'agit de fuite, même si elle n'est que de courte durée) ce que j'appelle ailleurs "La Citadelle", c'est-à-dire ce monolithe massif dans lequel on nous coule comme du métal en fusion lorsqu'on atteint non pas l'Âge de Raison, mais l'Âge de Production.

(Comme je le disais il y a quelques jours à mon amie M., on ne devient pas "pris"… on naît "pris".)

Tout faire pour en profiter pleinement, pour que rien ne soit gaspillé, même quand je ne fais absolument rien.

L'occasion rêvée de mettre en pratique ce précepte que je me suis noté le 19 août passé:

"Je dois vivre avec une ambition démesurée
comme si j'étais Immortel
mais avec le plus grand discernement
comme si j'allais mourir demain."

7 Commentaires:

Salut Simon,
C'est un beau texte, qui me rends un peu triste, je ne sais pas pourquoi.
Mais je t'écris surtout pour te dire ceci : j'ai eu également un cours de cinéma avec Jean-Antonin Billard, quand j'étais au cégep (je suis allé aussi à Édouard-Montpetit, mais en sciences pures - eurk). C'était en 96 je crois. Un cours marquant : il ne cessait de traiter tout le monde d'inculte dans la salle parce qu'ils jacassaient et ne l'écoutaient pas, mais moi j'écoutais attentivement, et j'étais un des seuls à avoir eu de bonnes notes. Les films que j'avais vu là m'avaient marqués (Le cuirassé potemkine, Les temps modernes, Citizen Kane, Les ordres). 4 cours avec lui, ça devait être super.
Bonne soirée.

Simon said...
Merci Jean-Philippe, j'apprécie.

Ce que tu décris des cours de Billard ressemble à mon expérience, seulement moi c'était en 93 je pense. J'ai eu deux cours avec lui, deux avec Christian Rasselet. Les Ordres, Citizen Kane, Les Temps Modernes, oui, de beaux moments dans une période personnellement très noire.

Louise said...
Est-ce que je sais qui je suis ? ;-)Pas vraiment. À vrai dire, j'y pense de moins en moins; mais par contre, je pense de plus en plus que je deviens; et plus je deviens on dirait que moins je suis...Y'a un philosophe qui rôde sur ton blogue, mon cher Simon, je sais pas s'il peux m'éclairer un peu là-dessus afin que je fasse mastiquer ma petite lanterne " d'Aristote " sur ce sujet pour le moins " épineux ", s'il a un peu de temps, bien entendu...Et même si j'en connaissais plusieurs passages, j'ai bien apprécié ma visite...à tes mots...Merci et Bonne Nuit.

Simon said...
Merci Louise.

Je ne saisis pas trop ce que tu me dis au sujet de Devenir vs. Être. Ça mérite des élaborations ailleurs que dans un commentaire, je pense.

Louise said...
Une elbowration ? ;-) Non, les coudes de mon âme souffrent déjà assez comme ça ;-) J'ai écrit ça hier soir sans vraiment savoir ce que j'écrivais...(encore une fois) je pense que ça sert à rien avec moi d'essayer d'élaborer quoi que ce soit, dans les mots comme dans les pensées; c'est pas de ma faute, ce sont mes « effets-mères » qui me font écrire de telles choses...Doit bien exister un mot en quelque part, juste un seul, qui comprendrait TOUS les autres, ceux de la dite Élaboration, ;-) Je le cherche encore ce mot unique, ce mot rempli de tous les autres, qui ne voudrait probalement rien dire lui aussi..Ce sera mon ultime projet pour les mois qui viennent. Je pensais bien l'avoir trouvé jeudi soir dernier, dans cette pièce, mais ce n'était pas encore lui, ce n'était pas celui qui s'appelle POÉSIE...

Simon said...
Un seul mot? Vivant.

Louise said...
VIVANT, peut-être...oui, LIVE...
octobre 01, 2006 11:40 PM

26 septembre 2006

En vrac

TIDELAND, de Terry Gilliam

J’ai triché. Ça faisait trop longtemps que j’attendais. Et puis à sa sortie, au mois d’octobre, je doute fort d’être capable de me libérer quelques heures pour aller le voir (entre le travail, les enfants, les soins à la maman enceinte et le ménage, il ne me reste plus beaucoup de temps ou d’énergie… des plans pour m’endormir dans le cinéma). Alors voilà. Je l’ai trouvé, un rip presque parfait probablement tiré du DVD qui est sorti (légalement) en Russie.

Que dire? C’est le film que j’attendais, mais en même temps je ne m’y attendais pas. C’est fort probablement le plus triste de tous ses films (mais peut-être que je me dirais la même chose si je revoyais Brazil, The Fisher King, 12 Monkeys). Ici, rien, sauf l’Imagination, dénuée de son potentiel rédempteur ou psychotique. L’Imagination, pure, pleine de souffrance et de la plus sublime des incertitudes. Tout bascule, tout penche, tout chavire, et le son qui sort de la bouche est tout de même plus près du rire que du cri. La plupart du temps.

Je l’ai regardé deux fois, déjà, et je sens que je ne suis pas près de m’en lasser ou d’en être insensible. C’est trop près de moi, la lame tranche jusqu’à l’os.

Je n’ose pas trop en dire, de peur de gâcher quoi que ce soit pour vous qui peut-être le verront, alors je vais m’arrêter ici.
* * *

Je baigne dans les films, ces temps-ci. Baraka, Latcho Drom, Rushmore, Napoleon Dynamite, Buffalo 66, Tideland, Shadow of a Doubt, tous ils m’ébranlent et m’éblouissent… c’est à se demander si je suis encore capable de m’ennuyer devant un film. J’ai peut-être perdu tout sens critique. Quelle joie si c’était vrai. Quoi de plus triste que de ne plus être capable d’aimer quoi que ce soit?

Prochainement: Les Ailes du Désir (trop hâte de revoir Nick Cave & the Bad Seeds faire The Carny), Waking Life, Céline et Julie vont en bateau (la description que Jonathan Rosenbaum en faisait dans son livre Placing Movies -- The Practice of Film Criticism avait réellement piqué ma curiosité), Trust (de Hal Hartley, film que j’ai vu à Lyon en 1996 et qui m’avait fait un drôle d’effet), The Proposition (un autre film que j’attends depuis longtemps, qui vient de sortir en DVD, écrit et mis en musique par Nick Cave), Prospero’s Books, El Topo. Et cetera.
* * *

Je salue ici Jean-Philippe Morin (si tu le veux bien, je cesserai de t’appeler "Darnziak", puisque tu as déjà manifesté le désir de t’éloigner de ce pseudonyme, et que moi-même j’ai une aversion assez prononcée envers les pseudonymes, alias, noms de plume et autres cachoteries), dont c’est l’anniversaire cette semaine, et dont la dernière entrée de blog, appelée "Qu'est-ce que tu veux faire, quand tu seras grand?", m’a touché comme lui seul semble le faire.

Tout est dans cette phrase: "On dirait parfois que je ne veux plus rien. Je perds le cap, je me perds dans des bancs de brouillards. Pour moi, la fin de la vingtaine ressemble à un interminable banc de brouillard. Tout est devenu blanc, je ne vois plus rien."

À 31 ans, il me semble que je commence à peine, peut-être, à sortir de ce brouillard qui m’est si familier. La Blancheur me guette toujours.

5 Commentaires:

Louise said...
Bonjour Simon,

Tu vois, moi, le cinéma, ça ne me branche presque plus, sans doute parce que j'en ai trop vu depuis le temps où je restais à la maison à visionner comme tu le fais unpaquet de films qui nous évadent de notre quotidien . Mais ça demeure quand même la plus belle évasion je pense quand la jeune famille nous retient plus à la maison qu'ailleurs. Il est vrai que j'ai beaucoup plus de temps à accorder aux sorties LIVE..La vie passe par là, sous nos yeux réels, dans ces salles de concerts, de théâtre, de jeux, dans les bars où tu peux parfois y voir s'y dérouler des scènes que t'auras jamais même vues dans le meilleur des films de Gilliam..;-) Je te dis pas ça pour que tu te mettes à sortir et à négliger ta famille, non, mais de temps en temps, voir un Artiste exécuter son art en plein vol, en plein chant, ou en pleine parole, a de quoi venir satisfaire l'Inspirée que je demeure et lui faire déverser des torrents de mots nouveaux....Voilà, tu vois, il suffisait que tu écrives ces mots-là pour que je le sois encore une fois... J'aime toujours quand tu écris.

Étrange, je t'ai écrit un commentaire, et ça affiche 0, mais on le voit quand même..je réessaie.

Merci Simon, c'est gentil. J'ai parfois l'impression que les choses devraient s'éclaircir, passé 30 ans, je ne sais pas pourquoi. On en reparlera...

(Pour ce qui est de Darnziak, je suis enregistré sur blogger avec ce nom alors je dois bien assumer que ce soit mon « nom » sur le net... mais ce n'est pas un pseudonyme, c'est certain).

Louise said...
Bonne Fête encore cher DARNZIAK...;-)

Simon said...
Louise: D’abord, si je regarde des films ce n’est pas pour "m’évader de mon quotidien". Je trouve que c’est une mauvaise façon d’aborder la chose. Je ne cherche pas à fuir, je cherche à connaître. Je ne cherche pas à oublier, je cherche à comprendre.

L’Imaginaire fait partie de mon quotidien; c’est peut-être pour ça que je n’aborde pas ça ainsi.

Je ne me sens pas du tout "retenu" par ma famille. Mes enfants, ma Compagne, l’Imagination, c’est un tout dont je ne saurais me passer. Le cinéma est une nourriture, au même titre que la lecture et la musique. Même chose pour les histoires que j'écris. Ça enrichi mon quotidien. Ça lui est parallèle et non perpendiculaire. Jamais je ne réussis à m’évader de ma tête. Bien chanceux ceux qui en sont capables. Et puis je regarde des films dans mes longs trajets d’autobus et pendant mes longs trajets de vaisselle, question d'optimiser le peu de temps que j’ai.

Je suis conscient de la magie d’un événement "live"... j’aurais d’ailleurs beaucoup aimé voir Silver Mount Zion, le 5 septembre dernier, mais j’ai tout de même pu écouter ce que ça a donné (merci à la personne qui a enregistré le show), et comme ça, comme un fantôme, j’ai l’impression d’avoir été là, un peu.

Jean-Philippe : Oui, on en reparlera, j’aimerais ça.

25 septembre 2006

Conseil à moi-même

Retiens ton Jugement. Regarde. Respire. Hume. Réfléchis. Retiens ton Jugement. Sois patient. Pense. Ne sois pas hâtif.

Éventuellement, la Nécessité de porter un Jugement cessera de s’imposer, et la Compréhension de ce que tu contemples n’en sera que plus sereine.

Et la Sérénité, c’est tout.

6 septembre 2006

Bile [Réaction à des propos sur Sylvain Trudel]

Je viens de lire ceci; je n'ai pas ressenti une colère comme ça depuis longtemps. La mauvaise foi vinaigrée qui se dégage des premières lignes de la critique de ce Tristan Malavoy-Racine, l'indignation de petit bébé gâté à qui on refuse son nanane, son privilège de Grand-Critique-Chef-de-Pupitre-depuis-3-ans… il va même jusqu'à nous citer une liste d'auteurs, comme un général qui fait briller ses médailles. Et puis quelques crétins qui renchérissent dans les commentaires (question de gagner des "jetons"), un qui fait peut-être dans l'ironie de mauvais goût, et une autre qui s'indigne au nom de son Grand-Critique bien-aimé.

J'ai envie de frapper. Moi, l'Éternel Endormi.

Si ils savaient pourquoi Sylvain a refusé… Lui ne fait qu'aller au bout d'un engagement personnel, et eux, les parfaits petits parasites culturels, au lieu de LIRE LE LIVRE, ils font leur petit discours de con, leur petit papotage de Salon. C'est ça qui m'enrage le plus, pas ce qu'ils disent, mais le fait qu'ils laissent aller leur sale langue dans un espace publique sans se soucier une seule seconde de ce qu'il y a derrière ce refus, sans se soucier non plus de ce que ça peut faire à Sylvain qu'on s'imagine qu'il "rit dans sa barbe" ou qu'il fait preuve d'irrévérence.

Irrévérence! Il devrait donc faire preuve de révérence? Quoi d'autre encore!

Je ne possède pas l'éloquence pour dire ce que je ressens, et pourquoi ça m'affecte autant. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a ici Injustice & qu'il y a ici Outrage (aussi petit que ça puisse être à l'échelle du Gigantesque), et j'espère qu'il y aura quelqu'un de plus influent que moi pour le dire.

Bonne rentrée littéraire Automne 2006!

7 Commentaires:

Salut. Depuis un certain temps, je me dis que c'est meilleur pour ma tension artérielle de ne jamais lire les commentaires sur le site du Voir. J'en venais à mordre les murs. Souvent les gens n'ont même pas lu le livre en question... Erk.
Bonne soirée à toi.
Simon said...
Salut.

C'est un bon conseil. Je pousserais même jusqu'à dire qu'il est peut-être préférable d'éviter le Voir au complet.

Content de te croiser de nouveau.
Oui, d'ailleurs j'évite maintenant presque tout le Voir, sauf la chronique de Dickner qui me plaît bien.
Au plaisir!
Simon said...
Oui, si je pouvais je remercierais ce cher Monsieur Dickner de m'avoir fait découvrir la librairie The Word, sur Milton. À deux minutes d'où je travaille, et je l'ignorais depuis toutes ces années!
Marie-Hélène Trudel said...
Colère ! Je peux dire que j'en ai ressenti de la colère en lisant le texte de M. Malavoy-Racine et les réactions des membres.
Mon frère, irrévérencieux, peureux du papotage, impertinent, inconscient !!! Franchement, ils ne le connaissent vraiment pas pour le qualifier de cette façon.
Jamais, ils n'ont penser que les raisons qui le poussent à refuser toutes entrevues à qui que ce soit, ne soient pas diriger contre eux et en fonction d'eux. Personne n'a pensé qu'il y avait peut-être des enjeux bien plus sérieux qu'une compagne de promotion ?
Laissez-moi vous dire que mon frère est un homme dévoué, respecteux et sensible aux autres comme il ne s'en fait plus. Et je ne laisserai personne venir ternir son intégrité.
Simon said...
Chère Marie-Hélène, je vous salue et je vous remercie d'avoir pris le temps d'intervenir. Je connais votre frère pour avoir correspondu avec lui, pour l'avoir rencontré à quelques reprises aussi, et je suis parfaitement d'accord avec la description que vous en faites. Je ne suis donc pas le seul à avoir été mis hors de moi à la lecture de ces commentaires.

J'espère que vous percevez tout le respect et toute la considération que j'ai pour Sylvain.

Bon courage à vous et aux vôtres.
Marie-Hélène Trudel said...
C'est moi, Simon, qui vous dit merci d'avoir écrit ces quelques lignes.
N'ayez crainte, j'ai très bien perçu votre respect et votre sympathie envers mon frère.
Il me fera donc plaisir de revenir vous lire.
À bientôt !

30 août 2006

Une pensée comme ça [Remplissage]

Dans un Monde où le Mensonge est si puissant, ce n'est peut-être plus la Vérité qui doit être le But à atteindre, mais la Justice.

Que des gens comme Hunter S. Thompson, Noam Chomsky ou Michael Moore déforme la réalité par le prisme sous-jacent de leur vision personnelle, quelle importance? Leurs excès potentiels ne sont finalement que des réactions directes (et proportionnelles) aux excès de leur Nation, de leur époque, et c'est le résultat final de leur prise de parole qui alors deviendrait l'enjeu crucial.

24 août 2006

Munly & moi

[Extrait d'une entrevue (maintenant disparue du 'Net) avec Jay Munly (leader du groupe Munly & the Lee Lewis Harlots et aussi membre important du Slim Cessna's Auto Club), un gars pour lequel j'ai de plus en plus d'intérêt. Il a aussi publié quelques livres.]

Could you take us through your songwriting process?

No I cannot and will not. There is not a process. It is what I do everyday and it is what I do best, I do not have an inner feminist singer songwriter who, 'just has to write to free my loving spirit, you know I just couldn't keep it in if I tried…blah blah'. I have no more spirit. They have won, they have defeated me. This is all I've got left.

7 août 2006

Réponse à la question: "Pourquoi?"

[Voir les commentaires de ma dernière note ici.]
Pourquoi? Pourquoi est-ce que je trouve que le fait que j'écrive (ou non) n'a aucune importance? Je pourrais y aller de longues démonstrations (ce à quoi je me suis essayé, soit dit en passant, sans trop de succès), mais je préfère illustrer le tout par un exemple.

Vendredi passé. Fracture dans la routine. Je me rends au travail plus tard qu'à l'habitude, après les heures des autobus express que je prends habituellement. Le trajet est plus long, ma tasse de café est pleine, le soleil brille, je suis seul dans le fond du véhicule, le vent souffle et dissipe la chaleur. Je sors mon carnet. Je me mets à écrire (exploration à la verticale d'un épisode précis et ciblé du chapitre 9 de mon sempiternel roman). J'ai du plaisir, je flotte, le Présent a du Sens (Simon / en route vers le travail / solitude / écriture / amour pour sa famille).
Une heure plus tard, je suis au travail, la routine s'est réajustée autour de moi. Mon cœur n'est pas plus léger pour avoir écrit; je ne me suis pas "défoulé" (je ne suis toujours pas certain de comprendre le sens réel de ce concept); mon carnet a quelques lignes de plus; mon cerveau a un souvenir lumineux de plus à oublier. Si je suis chanceux, deux personnes liront ce passage: peut-être mon amie M. (qui ne s'intéresse à Marla & Philippe que parce que c'est une extension de son Ami Simon), peut-être L. (qui a un intérêt démesuré pour un correspondant appelé Simon). Peut-être aussi un de mes enfants, dans 30 ou 40 ans, alors qu'on passera à travers mes carnets pour essayer de comprendre ce père invisible.
Que j'aie écrit ou pas, en ce vendredi 4 août 2006, ne changera rien à rien. À long terme, ça ne change rien non plus. Je ne finirai jamais M&P; ce n'est pas quelques lignes de plus qui changeront quoi que ce soit à cette fatalité inéluctable. Personne ne comprendra jamais où je voulais en venir.
Pour résumer, donc: ça ne me fait pas de bien réel, autrement que dans le microcosme appauvri et limité du Moment Présent (fuck you carpe diem); ça ne fait rien avancer, ça ne règle rien, et ça ne touche personne. L'histoire m'habite, mais l'extériorisation de cette histoire… c'est complètement accessoire. Voilà pourquoi je dis que ça n'a aucune importance. Je le fais parce que j'aime ça. C'est tout.
"Smile: no one cares how you feel"
--- The Gothic Archies

5 août 2006

Abandonner mais continuer

[Texte écrit le 2 août au travail, le plus rapidement possible, ayant besoin de donner forme à un sentiment qui menaçait de faire pourrir ma journée de l'intérieur si je m'y penchais pas quelques instants.]

Avoir besoin d'aide. Me l'admettre, pour la première fois peut-être, même si c'est une situation qui s'étire et s'étire (comme la guimauve de Monsieur Hulot dans ses Vacances) depuis toujours. Sentir que les choses me glissent entre les doigts. Avouer l'échec tout en précisant qu'il n'est peut-être pas définitif. Ouvrir les bras à la médiocrité. Ne plus essayer de triompher. Abdiquer, complètement, l'idée d'une quelconque recherche de bonheurs personnels ('bonheurs' avec un 's'), et me lancer aveuglément dans la facilitation de ceux des autres. Rien ne me fait rien, alors à quoi bon continuer d'essayer? Tout se désagrège, surtout quand je me bats pour rester intègre. Travailler à défricher mon chemin quand il me mène loin de tous ceux qui m'aiment: à quoi bon? Je ne comprends plus rien, demain je serai mort, j'ai des sourires --- autres que les miens --- à entretenir, je veux parler le moins possible (ma salive n'est que poison) & écrire secrètement quand et si je le peux (en partant du principe selon lequel ce que je fais n'intéresse pas vraiment personne, et jamais n'intéressera réellement, primordialement).

3 Commentaires:

Louise said...
Je suis là ce matin, et j'ai écrit pour l'Afrique...C'est grave Simon, c'est plus grave Quand ON PENSE..et je pense...beaucoup..
Tu écris, c'est ça qui compte..Prends tes mains et regarde-les, c'est ce que je ferai...c'est ce qui me fera encore t'écrire ces mains...
Simon said...
Désaccord. Rien ne compte. Que j'écrive ou pas: aucune importance. Aucune.
Louise said...
Pourquoi?

27 juin 2006

Vulgarisation Autobiographique

Enfance: Je découvre l'Imaginaire, et réalise que c'est Infini.
Adolescence: Je me révolte contre cette croyance selon laquelle l'Imaginaire serait une Fuite du Réel.
Début de la vingtaine: Je m'engage à le démontrer par l'Écriture.
Début de la trentaine: Je me demande à qui, au juste, je suis en mesure de le démontrer.

5 Commentaires:

Louise L. said...
À moi, au moins.
Simon said...
Et à moi.
Louise L. said...
Et les entités, elles ? ;-)
Simon said...
Quelles entités?
Louise L. said...
Celles que tu VOIS dans tous ces objets de la vie courante.

5 juin 2006

Esquisse Printanière [ivre dans un autobus le 12 mai]

Mais où est-elle, où est-il, cet être humain avec qui je pourrais partager autre chose que les particularités de la race 'humaine', cette personne qui s'inquièterait et s'enivrerait de mes expériences, sans pour autant en être affectée, et avec qui je pourrais en faire de même? Mon Double, mon Versus (qu'importe son Sexe)?


* * *


J'ai le sourire plus facile que jamais, je vous accepte si facilement, je vois en vous l'internalisation des préceptes quasi sacrés de la génération de mes parents… comme eux vous vénérez les ivresses, vous adorez le coït, et les frontières sous toutes leurs formes vous abhorrent.


Musique, art, amour, jeux, partage, transes… vous en profitez pour aussi longtemps qu'il en est possible, et puis éventuellement, après quelques mois ou quelques années, ayant l'impression que vous n'en avez plus le choix, vous vous engagez dans une Profession.


(Profession de Foi, avant tout. Foi en un Jeu de Société dont les règlements implicites ne sont officialisés nulle part, sinon dans les pénalités conséquentes qu'ils entraînent lorsqu'on les enfreint.)L'heure est grave, oui, mais qui sait où nous en serions sans l'étourderie contestataire des années 60? Leur égoïsme sans fond et leur aveuglement ostentatoire était peut-être un moindre mal… et pour ça, malgré tout, je suis aujourd'hui capable de les remercier.


* * *


Chaque instant est un Écrasement Fabuleux pour qui sait s'en attribuer les prédispositions, pour qui peut s'en permettre le luxe mystique. Des strates nuageuses sans fin, une --- à tous moments --- richesse minéralogique presque royale, qu'il serait possible de s'empiler sur la colonne vertébrale.


Mais il y a un prix à payer; c'est toujours le cas. (Et c'est d'ailleurs à force d'ignorer cette réalité que nos parents en sont arrivés au sempiternel Constat d'Échec.) Tout est rotation, retour du pendule; après chaque Illumination il y a une Chute, après chaque Cérémonie il y a des Platitudes, après l'Orgasme il y a Relâchement.


* * *


Je suis prêt à me patenter une aventure pour atteindre un Lieu ou une Temporalité qui soit du Domaine de l'Aventure. Qui dit 'aventure' dit longueur, inconséquence de l'aboutissement, concentration sur l'immédiat, amour (et acceptation philosophique) de l'imprévu et de l'effort, capacité de se satisfaire simplement.


Qui dit mieux? Allez-y. Faites moi profiter de vos 'intellects supérieurs'. Mon humilité est Totale. Abasourdi en permanence, je ne demande qu'à me perdre dans une Forêt (qu'elle soit métaphorique ou le Fruit de l'alambique intellectuel d'un compagnon ou d'une compagne, ou tout simplement le reflet de mon environnement immédiat).


Pourquoi toutes vos lumières sont-elles éteintes? Au profit de quelle économie? C'est stupide mais je dois le demander.


* * *


J., où es-tu? J'aimerais tellement pouvoir te parler, juste pour que le Passé soit Passé, et pour savoir que tu vas bien, que tout n'est pas perdu, que mon premier amour est libre de tout enchaînement corrompu. Si seulement j'avais fait autre chose que t'observer.


* * *


Si je suis si saoul ce soir, c'est en hommage à mon oncle J. (ivrogne éternel et sanctifié, mort mais à jamais rebelle face à l'appauvrissement systématique de l'existence que nous dictent tous les Constats de toutes les époques nous précèdent); en l'honneur de H., mon [ex] meilleur ami, que j'imagine honnête et fidèle et intègre jusqu'au bout; en l'honneur de ma compagne M. qui m'aime et me serre contre elle pour je-ne-sais quelle raison; en l'honneur de ma sœur qui se rassasie des aventures encadrées que le show-biz entraîne et émane; pour mon père qui jamais n'articule de jugement face aux gagne-pains imbéciles (ou leur absence) que le soi-disant "Destin" lui met dans la face; pour ma mère qui maintient son cap de gipsy illuminée et condamnée dans une vie tellement, tellement morne; pour mes enfants, X. et C. et l'autre qui s'en vient, qui ont devant eux des défis inimaginés.


Texte enregistré à 10:15:00 PM 3 commentaires


Louise a dit...
Enfin il est apparu ce texte; merci. Je le savoure pleinement.
juin 06, 2006 12:05 PM

Methanalyse a dit…
"à jamais rebelle face à l'appauvrissement systématique de l'existence que nous dictent tous les Constats de toutes les époques nous précèdent"Dans le sens que la vie est moins riche de surprises et d'intants eureka parce que tout ou presque a été constaté? C'est bien vrai cela. Si c'est ce que tu veux dire. On pourra jamais réinventer la roue, va falloir trouver d'autre chose ou rester en dehors de tout ça comme ton oncle. Mais bon. J'sais pas trop si on est sur la même longueur d'onde là.
juin 14, 2006 3:00 PM

Simon a dit…
Bonjour Meth.Je ne sais pas si on dit la même chose, mais on est certainement sur la même longueur d'ondes.Ce que tu dis n'est pas faux, mais en fait ce que j'essayais d'exprimer ici c'est cette impression que j'ai qu'il y a un espèce d'inconscient collectif qui nous pèse sur les épaules, qui nous est bourré dans la bouche à la naissance, et qui est un peu plus pesant à chaque génération. Les conclusions les plus amères ont déjà été atteintes il y a cent, deux cents, trois cents ans, alors...Mais je me perds dans mes propres idées. Comme toujours.Salutations
juin 14, 2006 9:46 PM


Methanalyse a dit…
Ah ben voilà - oui oui c'est ça. Tu ne t'étais pas perdu, j'avais à peu près compris.
juin 15, 2006 8:50 PM

1 juin 2006

Excès

La déprime. Un mot clinique, moderne, stérile, qui n'est pas du tout adéquat pour exprimer cette Lassitude qui à chaque année progresse en moi. "Mélancolie" serait un mot plus approprié.

Une définition: "État morbide caractérisé par un abattement physique et moral complet, une profonde tristesse, un pessimisme généralisé, accompagné d'idées délirantes d'autoaccusation et de suicide."

Une autre: "État affectif plus ou moins durable de profonde tristesse, accompagné d'un assombrissement de l'humeur et d'un certain dégoût de soi-même et de l'existence."

Mais est-ce une maladie, une affliction? Ou n'est-ce que l'entraînement vers le bas de toute une Civilisation?

On dirait que presque tout le monde prend un type de médicament ou d'anti-dépresseur. Peut-être que nous sommes tous déprimés, et que les plus enthousiastes d'entre nous ne continuent que parce que nourris de ces stimulants narcotiques.

Mettez donc des amphétamines directement dans l'eau, comme vous le faites avec le fluore. Réglons le problème d'un coup sec, et pour de bon.

Pour ma part, pas de médicaments, pas de drogues; à peine quelques petites incursions de plus en plus rares dans ces ivresses considérées comme étant les plus banales. Mais j'ai peut-être tort. Peut-être que je devrais me débarrasser de mes scrupules et m'y abandonner, moi aussi. Peut-être que tout le monde autour de moi en bénéficierait. Mes enfants les premiers.

Je rêve de tellement pour eux… je rêve de me balader avec eux; de faire de la randonnée dans les montagnes; de les emmener au cinéma et au théâtre; de faire des pique-niques dans des locations aussi variées qu'exemplaires; d'explorer le monde avec, par et pour eux; de dessiner et écrire avec eux; d'inventer des jeux avec eux; de leur faire des spectacles de marionnettes; de leur raconter des tonnes d'histoires, à partir d'un livre ou de ma tête…

Au lieu de ça je suis une loque épuisée qui doit passer la majorité de ses temps libres à faire du ménage… de temps à autre faisant une balade à bicyclette ou à pieds, ou allant au parc… trop rarement… m'endormant le nez dans le livre, le soir, quand c'est le temps de leur lire une l'histoire… étant généralement incapable de retomber dans un mode ludique, dans un État de Connaissance et d'Éveil…

Continuer à vivre ou se donner la mort; il ne semble pas y avoir d'autres options que ces deux là.


Texte enregistré à 9:20:00 PM 1 commentaires

La Fée Blackstick a dit...
Je n'ai lu ta note qu'APRÈS t'avoir envoyer l'article sur LA GRANGE DES FÉES. Oui, je serais pour ça qu'on mette du Prozac dans toutes les eaux usées de ce globe en perdition, mais j'essaierai tout de même de passer au travers de ma journée, avec la peine et la joie de peiner, cette drogue qui fait la job, au naturel..Cette fin de semaine, c'est l'adrénaline qui me fera passer au travers du bon temps. Allons en paix et essayons d'être mélancoliques en toute beauté...
juin 02, 2006 10:00 AM

7 avril 2006

Vendredi 7 avril 2006 #2

La Mort; je suis prêt pour la Mort. Je vie la Vie que je peux; le reste… qu’est-ce que je peux y faire? Je suis prêt à mourir. Même si je vie jusqu’à 104 ans, je sens que je n’arriverai pas à écrire toutes les histoires que j’ai dans la tête, alors, sachant cela, mourir maintenant ou dans 70 ans, quelle différence, quelle importance? J’écris, tous les jours, et je finirai ce que je finirai.


C’est pour ma Compagne, pour mes enfants, pour mes parents et ma sœur et mes amis et amies, c’est pour eux et elles que je suis paniqué quand je pense que je pourrais mourir dans quelques minutes, cette nuit, l’année prochaine. Toujours ça a été pour les autres que j’ai eu peur. C’est pour les autres que je ne me suis pas suicidé. C’est pour les autres que je fais tous mes Gestes Externes.


D’où mon indifférence presque enragée, désormais, face à la réception que les Autres peuvent faire de mon Écriture; ça m’appartient complètement, je n’en ai pas honte, et j’en connais les Forces et les Lacunes. Si ça ne vous plait pas, la Porte est là; foutez moi la paix et allez déranger quelqu’un d’autre.

Vendredi 7 avril 2006 #1

Même pas 11h le matin
et déjà j’ai trop bu de café.

Je suis seul avec mon Petit Monsieur C.,
il va-et-vient
entre dedans et dehors,
là où l’eau tombe
(bénédiction qu’il ne faut
ni renier ni prendre pour acquis).

Une journée de congé
sans raison,
tout simplement
parce que.

Naturellement
en transe,
je m’acharne sur
un casse-tête
en trois dimensions,
grandeur nature:
ma maison,
et le ménage
que j’y fais.

Je respire l’Écriture
parce qu’il n’y a
que quand j’écris
que ma Poitrine
s’emplit.

Texte enregistré à 12:35:00 PM 1 commentaires


Louise a dit...
sourds et muets

tous unis sous le chapiteau

pour l'inauguration de

LA NOUVELLE SAISON DES COEURS HACHÉS..

Martin O.

L'ASCARIS 5



Bonjour Simon,Le Facteur ne m'a encore rien apporté dans ma vraie boîte aux lettres, mais je me suis dit que ça se pouvait que l'Autre Facteur, celui de Sorel-Tracy, soit passablement occupé avec ses petits. Moi aussi je suis en congé; quel bienfait pour... l'ARTicultrice !! Bonne journée. avril 07, 2006 2:55 PM

3 avril 2006

Bulle de début avril

L'eau nous retombe dessus
perle sur mes lunettes;
je ne vois que des globes
verts, occultes,
d'outre Temps et d'un autre Espace.

Dans une temporalité précise
--- le Printemps ---
dans une temporalité englobante
--- mes 31 ans ---
tout est devenu Hameçon
pour faire diverger
le flot
courant
de mes intentions.

Les Bêtes Noires
--- encore ---
sont juchées
en haut
de chaque
lampadaire.

"Mets-toi donc à ma place,"
me dit celle là,
"prends ma fourrure foncée et
enfile-la."

Je lui montre mes veines
polluées par l'encre
et la Bête conclue
que je lui suis désormais
inutile.

Si elle savait
à quel point
la Boussole m'est étrangère...
si déconnecté
que j'en suis apatride.

Perdu.

Je le dis à qui veut bien l'entendre,
mais on ne me prend jamais au sérieux alors on ignore mes confessions
et puis
--- plus tard ---
on m'en veut
parce que je suis tellement
en deçà
des attentes
de la Norme.

Texte enregistré à 10:46:00 PM 3 commentaires

Louise L a dit...
Après ma troisième lecture: le verdict en est que je le trouve presque parfait ce poème; et si j'avais à y mettre une note, ce serait très près du 100 %. Merci. Et tu peux récidiver aussi souvent qu'il te plaira.
avril 04, 2006 8:34 PM

Simon a dit…
Merci, Amie, vous êtes trop bonne. C'est fascinant pour moi de voir à quel point ce qui me semble brouillon et confus au moment de l'écriture, prend par la suite un sens et une cohérence unique qui n'était pas prévue et que je serais bien fou d'essayer d'améliorer.
avril 04, 2006 8:43 PM

Louise a dit...
C'est à peu près le même sens qui se développe en moi, surtout lorsque j'écrit « ad lib »; en effet, on serait bien fou d'essayer d'améliorer...notre sort ;-) on écrit ce qu'on veut, et non pas ce qu'on peut. C'est bien de te relire ainsi, sur une place...semi-publique; ça semble te libérer de quelque chose dont j'en ignore encore l'identité, mais crois-moi, mon Ami, c'est un geste et une parole qui sont toujours très appréciés. Merci d'être là.
avril 04, 2006 10:52 PM

30 mars 2006

2 courtextes

Pouvez-vous répéter s'il-vous-plaît?
C'est que je suis myope
dans mon cercueil de pin
et je ne vous entends pas bien,
vos mots sourds
veulent tout et rien dire.
Pouvez-vous répéter SVP?

Mais ne vous attendez pas
à ce que je réponde…
ma bouche est pleine de terre
déjà.

(6 février, 17:03)

* * *

Coulé dans ce Bloc
de Concrétitude
que j'appelle Citadelle,
toutes mes pensées
court-circuitées
par l'assourdissant
retentissement
du Cadran,
je lutte et ainsi meurt
plus vite.
À trop vouloir vivre
on tue
ce qu'on a de vie.

(21 mars, 16:26)

17 mars 2006

Esquisse Hivernale [dans un autobus le 13 décembre 2005]

Sur le Fleuve la glace commence à peine à se former; ne pas savoir qu'on est en décembre et on pourrait croire que l'on a devant nous la toute fin de la débâcle printanière. C'est tout le contraire; l'Hiver ne fait que commencer en fait. Nous sommes à huit jours du Solstice, la lune est presque pleine, et le matin le ciel prend des teintes de bleu si riches, presque aquarelles dans leur pureté. Mais ce n'est pas ce qui me surplombe en ce moment; c'est l'après-midi, et le soleil est seul au monde.

Dans mes oreilles la 1ère Gnocienne entonne comme une tonne de brique, j'ai envie de la décrire avec toute la violence qu'elle mérite, mais le papier sur lequel j'écris a été aspergé de café alors je dois faire attention pour ne pas le transpercer de la pointe de mon crayon. Je l'écoute, et je pense: exode; exil; ahuri devant l'inexorable. Sans sens ni raison.

Je suis encore capable d'une sensation d'ouverture devant quelque chose d'aussi banal qu'un pont ferroviaire bordé d'arbres. D'une envie de solitude recueillie en voyant un cimetière villageois. D'une impression d'école buissonnière en voyant les enfants par la fenêtre de cette école. D'une passion face à une maison abandonnée qui pourrait être hantée.

Si j'ai été si obéissant toute ma vie, ce n'est pas par peur d'être puni ou réprimandé. C'est tout simplement que je privilégiais (et continue de privilégier) l'anonymat de l'Inaperçu. Ne pas me faire voir, ne pas me faire remarquer, marcher derrière, en silence, écouter, et ne pas avoir à parler.

À l'époque mes parents étaient fiers de moi, vantaient la vertu de leur fils, mais à long terme ça les a laissé désemparés, je pense: ils ont l'impression de ne pas me connaître, de ne pas savoir qui je suis. Qui est cet être docile, placide, qui n'exprime ni joie ni colère, mais chez qui on sent parfois une inexplicable douleur?

Je n'ai trouvé que l'Écriture pour le dire. Or, ils n'en ont rien à foutre. Tant pis, tant mieux, j'en ai soupé de me sentir coupable et redevable.

Je vois ces arbres dépouillés, leur décharnement squelettique, et je me souviens que c'est toujours ce que je voyais, avant, alors que j'étais en train de ne pas écouter un prof ou un autre, assis dans un bunker de béton appelé poly-va-lente, et que j'essayais de visualiser la géographie lointaine de mes amis de Jonquière, Martine et Philippe. Je fermais les yeux, je tentais de me déplacer par l'esprit, et inexplicablement je ne voyais toujours que les hautes branches d'un arbre en plein hiver, même quand c'est le soleil de la fin du mois de mai qui chauffait le goudron cancérigène du toit de la poly.

Tiens, une usine de béton. Sans discrimination les oiseaux noirs se posent sur sa toile de fils électriques; NO TRESSPASSING, ça ne s'applique pas à eux. La passerelle qui ici passe au dessus de la route, au dessus de moi, qu'est-ce qu'on y achemine? À quelle race devrais-je appartenir pour pouvoir l'explorer paisiblement, de manière inoffensive, sans qu'un type consciencieux m'interpelle, m'arrête, me confie aux Autorités parce que je ne peux être que mal intentionné?

Et puis combien de temps il faudrait que je dorme pour ne plus voir des maudits visages pancartés sur les poteaux? A-t-on vraiment besoin de savoir de quoi ils ont l'air? Est-ce que ça change quoi que ce soit?

Ce que ça devait être beau ici, avant toutes ces maisons… je suis maudit, toute ma vie je vais être attiré par ces bords de l'eau… vais-je avoir la chance de mourir en un tel lieu, pouvant regarder au loin plutôt que chez le voisin?

La colonie de vacance est nécessairement abandonnée. Seuls les animaux y rôdent. Les fantômes, aussi, peut-être, gémissant le sort de la chapelle en ruine, pleurant les étés d'antan où ils se baignaient dans cette piscine creusée dont le béton maintenant tombe en morceaux. Si je m'y aventurais de nuit, qui me verrait, qui m'en empêcherait?

"Condos du Fleuve"? Oui. Et puis ce sera "Condos de la Ville", "De la Région", "De la Province", jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que ça, des foutus condo-dominion partout partout.




Texte enregistré à 4:08:00 PM 1 commentaires


Un utilisateur anonyme a dit…
Nobody does it better..than you.
mars 18, 2006 6:09 PM

22 novembre 2005

Saccade finale

Mon esprit s'est presque complètement délogé de mon corps. Engourdissement. Perte pentagonale des sens. Déception généralisée. Plaisirs localisés et encabanés. Passions devenus habitudes. Finitude du temps, de l'espace, de l'âme, de l'énergie, du destin. Un pas en arrière de moi-même. Émotions que je crées de toutes pièces pour palier à mon insensibilité. Épuisement profond qui s'enracine.


Travailleur, adulte, employé, citoyen, contribuable, ouvrier, prestataire, salarié, tous des synonymes d'esclave.


Je n'arrêterai jamais de le penser, de l'écrire, de le dire. Tout mon être me hurle que c'est une abomination. N'est-ce pas clément de ma part que de transformer ce hurlement en un banal petit soliloque que seule une poignée recevra?Peu importe. C'est la dernière fois. J'en ai assez de commenter ma réalité immédiate, directement ou par l'allégorie. Je n'ai pas (plus?) envie d'être un "fou divertissant".


Tout mon être m'ordonne d'écrire des histoires; ce n'est pas qu'une lubie. À partir d'aujourd'hui, je choisis volontairement de taire mes doutes, ainsi que la problématique complexe de la valeur objective de ma création, pour atteindre la seule réussite que je connaisse, la seule qui ne se démente pas: terminer une histoire, l'ajouter à mon arsenal, et puis la polir au fil des années.


Je cherchais à partager mon écriture; au lieu de ça j'ai compris que je suis condamné à ne pas pouvoir le faire. Pourquoi? Qu'est-ce que je ne fais pas correctement? Est-ce que je travestie le rôle premier (ou le dernier usage) de l'écriture? Est-ce que mes attentes sont irréalistes? Est-ce que le fait de privilégier l'idée (et la clarté d'expression) plutôt que le style, me confine à un ghetto artisanal? Est-ce que mes préoccupations sont dépassées ou difformes? Suis-je trop étrange ou tout simplement ennuyeux? Suis-je "trop proche" de ce que j'écris? Est-ce qu'une lacune primordiale mine mon Intellect? Ou est-ce tout simplement que l'Écriture est un art mort qui n'intéresse plus que ceux qui écrivent?


Je ne sais pas. Je ne le saurai jamais puisque personne ne veut (ou ne peut) se prononcer là-dessus, et que moi je n'y vois pas très clair non plus. Je suis un solitaire. Je vivrai donc avec une écriture solitaire. C'est une réalisation qui n'est pas négligeable, que je ne ressens plus comme une résignation, et pour ça je ne peux pas décrier toute l'entreprise. Je n'attaque pas non plus vos entreprises, Amis et Amies. Je dois tout simplement éliminer les distractions pour focaliser mes énergies sur ce qui compte le plus pour moi: ma famille et mon écriture. Tout ce qui ne vient pas directement y contribuer est de trop.


Et puis --- c'est peut-être la seule bonne chose à ressortir de mon épuisement --- je comprends enfin que c'est faux de dire que le travail est fatiguant, et la détente reposante. Personnellement, à ce stade-ci de ma vie, tout me fatigue. Alors tant qu'à être fatigué, autant faire en sorte que je sois content de moi à posteriori.


Pour résumer tout ça, et vous donner une bonne idée de l'énergie dont j'arrive parfois à m'investir moi-même (écho constructif de ces "sentiments créés de toutes pièces"), je vous laisse sur une redite d'une citation d'Alan Moore, que j'avais précédemment mise dans la bouche d'un "Grand Mage" dans une de mes allégories:


"The way that school seemed to me was that there was an overt curriculum --- reading, writing and arithmetic --- and a covert curriculum, which was more or less punctuality, obedience and the acceptance of monotony… In a lot of cases it seemed that school was like aversion therapy. It wasn’t there to teach you knowledge, it was there to put you off learning. You’d associate learning or reading with work and you’d associate work with drudgery. This is why most people are happy to just sit down in front of the television at night. “I’m not actually doing any work, therefore I must be having a perfect time.”"


* * *


Mes amitiés,


Simon G.



9 commentaires


La Fée Blackstick a dit...
On peut choisir de vivre, ou de mourir; ou d'être entre les deux, dans les limbes d'une écriture qui n'ira probablement nulle part ailleurs que dans nos archives personnelles. Mais il y a les restes; tous ces restes abandonnés le long des boueux chemins scriptuaires; ces millions de lettres éparpillées au vent, qui n'attendent que leur accouplement, pour assouvir enfin le Roman Ultime, celui-là seul qui survivra à son Auteur, celui-là même qui se fera concevoir des lumières de son Obscurité. Merci cher Simon, pour toutes ces histoires que nous avons tout d'abord lues dans la blancheur de ces lumières, puis dans l'Obscurité bleutée du Noir Corbeau.
22 novembre, 2005 22:06

Simon a dit…
Merci, Fée Noire, vos mots sont sucrés comme de la réglisse.J'ai presque envie d'écrire un deuxième dernier message, juste pour avoir un autre aussi beau commentaire...À la revoyure.
23 novembre, 2005 21:33


La Fée Blackstick a dit...
Pas besoin; avec ce que je viens de lire; mais si vous y tenez, très cher cher Xavier...;-)
23 novembre, 2005 23:25

Patrick Brisebois a dit…
Au fond, c'est toi qu'on devrait surnommer "Kafka' des blogues... ;-)Bonne écriture.(moi aussi je mets de côté le style au profit de la clarté, de l'histoire... on verra bien ce que ça donnera..)à+***Bonjour dame Blaquestique!
24 novembre, 2005 13:31

Simon a dit…
Merci Patrick. À la prochaine.
24 novembre, 2005 20:18


sebastien chabot a dit...
Superbe note qui porte des doutes honnêtes et une volonté ferme de faire quelque chose de «durable» pour soi. Je signe à tout ce que tu dis; tes doutes sont si sincères qu'ils portent, en quelque sorte, le quotidien de biens des gens qui veulent écrire, et qui arrivent, un jour ou l'autre. Ce continent scriptuaire, pour reprendre un peu la fée (que je salue, il va s'en dire), n'est peut-être pas aussi loin que tu le penses. À bientôt, donc. Salut Pat, omniprésent, tel un Dieu sur cette blogosphère! ;)
01 décembre, 2005 02:56

Simon a dit…
Merci de ton passage et ton intérêt, Sébastien. Je garderai tes mots en tête.
01 décembre, 2005 11:51


Marie-Chantal a dit…
Quel texte, Simon, tu as vraiment du génie; tu dis vraiment la condition de l'esclave contemporain. Je te lis avec bonheur.
03 décembre, 2005 06:47

Simon a dit…
Merci, Marie-Chantal. À la prochaine.
07 décembre, 2005 05:43


robin a dit...
Un petit bonjour, Simon.Et une distante compassion.Je te souhaite la paix.
20 décembre, 2005 16:54

Simon a dit…
Quoi souhaiter de plus significatif? Le bon monde existe, et tu me le prouves un peu aujourd'hui.La compassion, aussi distante soit-elle, est un miracle que tous les dieux inventés du monde, dans tous les torchons sacrés du monde, ne pourront jamais expliquer.Et c'est dans un monde sans explication --- religieuse autant que scientifique --- que mon Amour des autres peut germer et se développer.Encore une fois, je me perds dans mon propre labyrinthe.-------------------------------------Traduction: Merci Robin.
20 décembre, 2005 20:29


Vidoc a dit...
Mes amitiées aussi cher SimonPasses un joyeux temps des fêtes, mais attention, reviens en bonne et dûe forme.
23 décembre, 2005 17:09


La Fée Blackstick a dit...
Pendant le congé tant espéré du Conteur, peut-être lui serait-il possible de mettre quelques extraits de ses si belles histoires, ici, sur ce blogue qui s'ennuie de ses mots. Joyeuses Fêtes...
24 décembre, 2005 07:41