6 septembre 2006

Bile [Réaction à des propos sur Sylvain Trudel]

Je viens de lire ceci; je n'ai pas ressenti une colère comme ça depuis longtemps. La mauvaise foi vinaigrée qui se dégage des premières lignes de la critique de ce Tristan Malavoy-Racine, l'indignation de petit bébé gâté à qui on refuse son nanane, son privilège de Grand-Critique-Chef-de-Pupitre-depuis-3-ans… il va même jusqu'à nous citer une liste d'auteurs, comme un général qui fait briller ses médailles. Et puis quelques crétins qui renchérissent dans les commentaires (question de gagner des "jetons"), un qui fait peut-être dans l'ironie de mauvais goût, et une autre qui s'indigne au nom de son Grand-Critique bien-aimé.

J'ai envie de frapper. Moi, l'Éternel Endormi.

Si ils savaient pourquoi Sylvain a refusé… Lui ne fait qu'aller au bout d'un engagement personnel, et eux, les parfaits petits parasites culturels, au lieu de LIRE LE LIVRE, ils font leur petit discours de con, leur petit papotage de Salon. C'est ça qui m'enrage le plus, pas ce qu'ils disent, mais le fait qu'ils laissent aller leur sale langue dans un espace publique sans se soucier une seule seconde de ce qu'il y a derrière ce refus, sans se soucier non plus de ce que ça peut faire à Sylvain qu'on s'imagine qu'il "rit dans sa barbe" ou qu'il fait preuve d'irrévérence.

Irrévérence! Il devrait donc faire preuve de révérence? Quoi d'autre encore!

Je ne possède pas l'éloquence pour dire ce que je ressens, et pourquoi ça m'affecte autant. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a ici Injustice & qu'il y a ici Outrage (aussi petit que ça puisse être à l'échelle du Gigantesque), et j'espère qu'il y aura quelqu'un de plus influent que moi pour le dire.

Bonne rentrée littéraire Automne 2006!

7 Commentaires:

Salut. Depuis un certain temps, je me dis que c'est meilleur pour ma tension artérielle de ne jamais lire les commentaires sur le site du Voir. J'en venais à mordre les murs. Souvent les gens n'ont même pas lu le livre en question... Erk.
Bonne soirée à toi.
Simon said...
Salut.

C'est un bon conseil. Je pousserais même jusqu'à dire qu'il est peut-être préférable d'éviter le Voir au complet.

Content de te croiser de nouveau.
Oui, d'ailleurs j'évite maintenant presque tout le Voir, sauf la chronique de Dickner qui me plaît bien.
Au plaisir!
Simon said...
Oui, si je pouvais je remercierais ce cher Monsieur Dickner de m'avoir fait découvrir la librairie The Word, sur Milton. À deux minutes d'où je travaille, et je l'ignorais depuis toutes ces années!
Marie-Hélène Trudel said...
Colère ! Je peux dire que j'en ai ressenti de la colère en lisant le texte de M. Malavoy-Racine et les réactions des membres.
Mon frère, irrévérencieux, peureux du papotage, impertinent, inconscient !!! Franchement, ils ne le connaissent vraiment pas pour le qualifier de cette façon.
Jamais, ils n'ont penser que les raisons qui le poussent à refuser toutes entrevues à qui que ce soit, ne soient pas diriger contre eux et en fonction d'eux. Personne n'a pensé qu'il y avait peut-être des enjeux bien plus sérieux qu'une compagne de promotion ?
Laissez-moi vous dire que mon frère est un homme dévoué, respecteux et sensible aux autres comme il ne s'en fait plus. Et je ne laisserai personne venir ternir son intégrité.
Simon said...
Chère Marie-Hélène, je vous salue et je vous remercie d'avoir pris le temps d'intervenir. Je connais votre frère pour avoir correspondu avec lui, pour l'avoir rencontré à quelques reprises aussi, et je suis parfaitement d'accord avec la description que vous en faites. Je ne suis donc pas le seul à avoir été mis hors de moi à la lecture de ces commentaires.

J'espère que vous percevez tout le respect et toute la considération que j'ai pour Sylvain.

Bon courage à vous et aux vôtres.
Marie-Hélène Trudel said...
C'est moi, Simon, qui vous dit merci d'avoir écrit ces quelques lignes.
N'ayez crainte, j'ai très bien perçu votre respect et votre sympathie envers mon frère.
Il me fera donc plaisir de revenir vous lire.
À bientôt !

30 août 2006

Une pensée comme ça [Remplissage]

Dans un Monde où le Mensonge est si puissant, ce n'est peut-être plus la Vérité qui doit être le But à atteindre, mais la Justice.

Que des gens comme Hunter S. Thompson, Noam Chomsky ou Michael Moore déforme la réalité par le prisme sous-jacent de leur vision personnelle, quelle importance? Leurs excès potentiels ne sont finalement que des réactions directes (et proportionnelles) aux excès de leur Nation, de leur époque, et c'est le résultat final de leur prise de parole qui alors deviendrait l'enjeu crucial.

24 août 2006

Munly & moi

[Extrait d'une entrevue (maintenant disparue du 'Net) avec Jay Munly (leader du groupe Munly & the Lee Lewis Harlots et aussi membre important du Slim Cessna's Auto Club), un gars pour lequel j'ai de plus en plus d'intérêt. Il a aussi publié quelques livres.]

Could you take us through your songwriting process?

No I cannot and will not. There is not a process. It is what I do everyday and it is what I do best, I do not have an inner feminist singer songwriter who, 'just has to write to free my loving spirit, you know I just couldn't keep it in if I tried…blah blah'. I have no more spirit. They have won, they have defeated me. This is all I've got left.

7 août 2006

Réponse à la question: "Pourquoi?"

[Voir les commentaires de ma dernière note ici.]
Pourquoi? Pourquoi est-ce que je trouve que le fait que j'écrive (ou non) n'a aucune importance? Je pourrais y aller de longues démonstrations (ce à quoi je me suis essayé, soit dit en passant, sans trop de succès), mais je préfère illustrer le tout par un exemple.

Vendredi passé. Fracture dans la routine. Je me rends au travail plus tard qu'à l'habitude, après les heures des autobus express que je prends habituellement. Le trajet est plus long, ma tasse de café est pleine, le soleil brille, je suis seul dans le fond du véhicule, le vent souffle et dissipe la chaleur. Je sors mon carnet. Je me mets à écrire (exploration à la verticale d'un épisode précis et ciblé du chapitre 9 de mon sempiternel roman). J'ai du plaisir, je flotte, le Présent a du Sens (Simon / en route vers le travail / solitude / écriture / amour pour sa famille).
Une heure plus tard, je suis au travail, la routine s'est réajustée autour de moi. Mon cœur n'est pas plus léger pour avoir écrit; je ne me suis pas "défoulé" (je ne suis toujours pas certain de comprendre le sens réel de ce concept); mon carnet a quelques lignes de plus; mon cerveau a un souvenir lumineux de plus à oublier. Si je suis chanceux, deux personnes liront ce passage: peut-être mon amie M. (qui ne s'intéresse à Marla & Philippe que parce que c'est une extension de son Ami Simon), peut-être L. (qui a un intérêt démesuré pour un correspondant appelé Simon). Peut-être aussi un de mes enfants, dans 30 ou 40 ans, alors qu'on passera à travers mes carnets pour essayer de comprendre ce père invisible.
Que j'aie écrit ou pas, en ce vendredi 4 août 2006, ne changera rien à rien. À long terme, ça ne change rien non plus. Je ne finirai jamais M&P; ce n'est pas quelques lignes de plus qui changeront quoi que ce soit à cette fatalité inéluctable. Personne ne comprendra jamais où je voulais en venir.
Pour résumer, donc: ça ne me fait pas de bien réel, autrement que dans le microcosme appauvri et limité du Moment Présent (fuck you carpe diem); ça ne fait rien avancer, ça ne règle rien, et ça ne touche personne. L'histoire m'habite, mais l'extériorisation de cette histoire… c'est complètement accessoire. Voilà pourquoi je dis que ça n'a aucune importance. Je le fais parce que j'aime ça. C'est tout.
"Smile: no one cares how you feel"
--- The Gothic Archies

5 août 2006

Abandonner mais continuer

[Texte écrit le 2 août au travail, le plus rapidement possible, ayant besoin de donner forme à un sentiment qui menaçait de faire pourrir ma journée de l'intérieur si je m'y penchais pas quelques instants.]

Avoir besoin d'aide. Me l'admettre, pour la première fois peut-être, même si c'est une situation qui s'étire et s'étire (comme la guimauve de Monsieur Hulot dans ses Vacances) depuis toujours. Sentir que les choses me glissent entre les doigts. Avouer l'échec tout en précisant qu'il n'est peut-être pas définitif. Ouvrir les bras à la médiocrité. Ne plus essayer de triompher. Abdiquer, complètement, l'idée d'une quelconque recherche de bonheurs personnels ('bonheurs' avec un 's'), et me lancer aveuglément dans la facilitation de ceux des autres. Rien ne me fait rien, alors à quoi bon continuer d'essayer? Tout se désagrège, surtout quand je me bats pour rester intègre. Travailler à défricher mon chemin quand il me mène loin de tous ceux qui m'aiment: à quoi bon? Je ne comprends plus rien, demain je serai mort, j'ai des sourires --- autres que les miens --- à entretenir, je veux parler le moins possible (ma salive n'est que poison) & écrire secrètement quand et si je le peux (en partant du principe selon lequel ce que je fais n'intéresse pas vraiment personne, et jamais n'intéressera réellement, primordialement).

3 Commentaires:

Louise said...
Je suis là ce matin, et j'ai écrit pour l'Afrique...C'est grave Simon, c'est plus grave Quand ON PENSE..et je pense...beaucoup..
Tu écris, c'est ça qui compte..Prends tes mains et regarde-les, c'est ce que je ferai...c'est ce qui me fera encore t'écrire ces mains...
Simon said...
Désaccord. Rien ne compte. Que j'écrive ou pas: aucune importance. Aucune.
Louise said...
Pourquoi?

27 juin 2006

Vulgarisation Autobiographique

Enfance: Je découvre l'Imaginaire, et réalise que c'est Infini.
Adolescence: Je me révolte contre cette croyance selon laquelle l'Imaginaire serait une Fuite du Réel.
Début de la vingtaine: Je m'engage à le démontrer par l'Écriture.
Début de la trentaine: Je me demande à qui, au juste, je suis en mesure de le démontrer.

5 Commentaires:

Louise L. said...
À moi, au moins.
Simon said...
Et à moi.
Louise L. said...
Et les entités, elles ? ;-)
Simon said...
Quelles entités?
Louise L. said...
Celles que tu VOIS dans tous ces objets de la vie courante.

5 juin 2006

Esquisse Printanière [ivre dans un autobus le 12 mai]

Mais où est-elle, où est-il, cet être humain avec qui je pourrais partager autre chose que les particularités de la race 'humaine', cette personne qui s'inquièterait et s'enivrerait de mes expériences, sans pour autant en être affectée, et avec qui je pourrais en faire de même? Mon Double, mon Versus (qu'importe son Sexe)?


* * *


J'ai le sourire plus facile que jamais, je vous accepte si facilement, je vois en vous l'internalisation des préceptes quasi sacrés de la génération de mes parents… comme eux vous vénérez les ivresses, vous adorez le coït, et les frontières sous toutes leurs formes vous abhorrent.


Musique, art, amour, jeux, partage, transes… vous en profitez pour aussi longtemps qu'il en est possible, et puis éventuellement, après quelques mois ou quelques années, ayant l'impression que vous n'en avez plus le choix, vous vous engagez dans une Profession.


(Profession de Foi, avant tout. Foi en un Jeu de Société dont les règlements implicites ne sont officialisés nulle part, sinon dans les pénalités conséquentes qu'ils entraînent lorsqu'on les enfreint.)L'heure est grave, oui, mais qui sait où nous en serions sans l'étourderie contestataire des années 60? Leur égoïsme sans fond et leur aveuglement ostentatoire était peut-être un moindre mal… et pour ça, malgré tout, je suis aujourd'hui capable de les remercier.


* * *


Chaque instant est un Écrasement Fabuleux pour qui sait s'en attribuer les prédispositions, pour qui peut s'en permettre le luxe mystique. Des strates nuageuses sans fin, une --- à tous moments --- richesse minéralogique presque royale, qu'il serait possible de s'empiler sur la colonne vertébrale.


Mais il y a un prix à payer; c'est toujours le cas. (Et c'est d'ailleurs à force d'ignorer cette réalité que nos parents en sont arrivés au sempiternel Constat d'Échec.) Tout est rotation, retour du pendule; après chaque Illumination il y a une Chute, après chaque Cérémonie il y a des Platitudes, après l'Orgasme il y a Relâchement.


* * *


Je suis prêt à me patenter une aventure pour atteindre un Lieu ou une Temporalité qui soit du Domaine de l'Aventure. Qui dit 'aventure' dit longueur, inconséquence de l'aboutissement, concentration sur l'immédiat, amour (et acceptation philosophique) de l'imprévu et de l'effort, capacité de se satisfaire simplement.


Qui dit mieux? Allez-y. Faites moi profiter de vos 'intellects supérieurs'. Mon humilité est Totale. Abasourdi en permanence, je ne demande qu'à me perdre dans une Forêt (qu'elle soit métaphorique ou le Fruit de l'alambique intellectuel d'un compagnon ou d'une compagne, ou tout simplement le reflet de mon environnement immédiat).


Pourquoi toutes vos lumières sont-elles éteintes? Au profit de quelle économie? C'est stupide mais je dois le demander.


* * *


J., où es-tu? J'aimerais tellement pouvoir te parler, juste pour que le Passé soit Passé, et pour savoir que tu vas bien, que tout n'est pas perdu, que mon premier amour est libre de tout enchaînement corrompu. Si seulement j'avais fait autre chose que t'observer.


* * *


Si je suis si saoul ce soir, c'est en hommage à mon oncle J. (ivrogne éternel et sanctifié, mort mais à jamais rebelle face à l'appauvrissement systématique de l'existence que nous dictent tous les Constats de toutes les époques nous précèdent); en l'honneur de H., mon [ex] meilleur ami, que j'imagine honnête et fidèle et intègre jusqu'au bout; en l'honneur de ma compagne M. qui m'aime et me serre contre elle pour je-ne-sais quelle raison; en l'honneur de ma sœur qui se rassasie des aventures encadrées que le show-biz entraîne et émane; pour mon père qui jamais n'articule de jugement face aux gagne-pains imbéciles (ou leur absence) que le soi-disant "Destin" lui met dans la face; pour ma mère qui maintient son cap de gipsy illuminée et condamnée dans une vie tellement, tellement morne; pour mes enfants, X. et C. et l'autre qui s'en vient, qui ont devant eux des défis inimaginés.


Texte enregistré à 10:15:00 PM 3 commentaires


Louise a dit...
Enfin il est apparu ce texte; merci. Je le savoure pleinement.
juin 06, 2006 12:05 PM

Methanalyse a dit…
"à jamais rebelle face à l'appauvrissement systématique de l'existence que nous dictent tous les Constats de toutes les époques nous précèdent"Dans le sens que la vie est moins riche de surprises et d'intants eureka parce que tout ou presque a été constaté? C'est bien vrai cela. Si c'est ce que tu veux dire. On pourra jamais réinventer la roue, va falloir trouver d'autre chose ou rester en dehors de tout ça comme ton oncle. Mais bon. J'sais pas trop si on est sur la même longueur d'onde là.
juin 14, 2006 3:00 PM

Simon a dit…
Bonjour Meth.Je ne sais pas si on dit la même chose, mais on est certainement sur la même longueur d'ondes.Ce que tu dis n'est pas faux, mais en fait ce que j'essayais d'exprimer ici c'est cette impression que j'ai qu'il y a un espèce d'inconscient collectif qui nous pèse sur les épaules, qui nous est bourré dans la bouche à la naissance, et qui est un peu plus pesant à chaque génération. Les conclusions les plus amères ont déjà été atteintes il y a cent, deux cents, trois cents ans, alors...Mais je me perds dans mes propres idées. Comme toujours.Salutations
juin 14, 2006 9:46 PM


Methanalyse a dit…
Ah ben voilà - oui oui c'est ça. Tu ne t'étais pas perdu, j'avais à peu près compris.
juin 15, 2006 8:50 PM

1 juin 2006

Excès

La déprime. Un mot clinique, moderne, stérile, qui n'est pas du tout adéquat pour exprimer cette Lassitude qui à chaque année progresse en moi. "Mélancolie" serait un mot plus approprié.

Une définition: "État morbide caractérisé par un abattement physique et moral complet, une profonde tristesse, un pessimisme généralisé, accompagné d'idées délirantes d'autoaccusation et de suicide."

Une autre: "État affectif plus ou moins durable de profonde tristesse, accompagné d'un assombrissement de l'humeur et d'un certain dégoût de soi-même et de l'existence."

Mais est-ce une maladie, une affliction? Ou n'est-ce que l'entraînement vers le bas de toute une Civilisation?

On dirait que presque tout le monde prend un type de médicament ou d'anti-dépresseur. Peut-être que nous sommes tous déprimés, et que les plus enthousiastes d'entre nous ne continuent que parce que nourris de ces stimulants narcotiques.

Mettez donc des amphétamines directement dans l'eau, comme vous le faites avec le fluore. Réglons le problème d'un coup sec, et pour de bon.

Pour ma part, pas de médicaments, pas de drogues; à peine quelques petites incursions de plus en plus rares dans ces ivresses considérées comme étant les plus banales. Mais j'ai peut-être tort. Peut-être que je devrais me débarrasser de mes scrupules et m'y abandonner, moi aussi. Peut-être que tout le monde autour de moi en bénéficierait. Mes enfants les premiers.

Je rêve de tellement pour eux… je rêve de me balader avec eux; de faire de la randonnée dans les montagnes; de les emmener au cinéma et au théâtre; de faire des pique-niques dans des locations aussi variées qu'exemplaires; d'explorer le monde avec, par et pour eux; de dessiner et écrire avec eux; d'inventer des jeux avec eux; de leur faire des spectacles de marionnettes; de leur raconter des tonnes d'histoires, à partir d'un livre ou de ma tête…

Au lieu de ça je suis une loque épuisée qui doit passer la majorité de ses temps libres à faire du ménage… de temps à autre faisant une balade à bicyclette ou à pieds, ou allant au parc… trop rarement… m'endormant le nez dans le livre, le soir, quand c'est le temps de leur lire une l'histoire… étant généralement incapable de retomber dans un mode ludique, dans un État de Connaissance et d'Éveil…

Continuer à vivre ou se donner la mort; il ne semble pas y avoir d'autres options que ces deux là.


Texte enregistré à 9:20:00 PM 1 commentaires

La Fée Blackstick a dit...
Je n'ai lu ta note qu'APRÈS t'avoir envoyer l'article sur LA GRANGE DES FÉES. Oui, je serais pour ça qu'on mette du Prozac dans toutes les eaux usées de ce globe en perdition, mais j'essaierai tout de même de passer au travers de ma journée, avec la peine et la joie de peiner, cette drogue qui fait la job, au naturel..Cette fin de semaine, c'est l'adrénaline qui me fera passer au travers du bon temps. Allons en paix et essayons d'être mélancoliques en toute beauté...
juin 02, 2006 10:00 AM

7 avril 2006

Vendredi 7 avril 2006 #2

La Mort; je suis prêt pour la Mort. Je vie la Vie que je peux; le reste… qu’est-ce que je peux y faire? Je suis prêt à mourir. Même si je vie jusqu’à 104 ans, je sens que je n’arriverai pas à écrire toutes les histoires que j’ai dans la tête, alors, sachant cela, mourir maintenant ou dans 70 ans, quelle différence, quelle importance? J’écris, tous les jours, et je finirai ce que je finirai.


C’est pour ma Compagne, pour mes enfants, pour mes parents et ma sœur et mes amis et amies, c’est pour eux et elles que je suis paniqué quand je pense que je pourrais mourir dans quelques minutes, cette nuit, l’année prochaine. Toujours ça a été pour les autres que j’ai eu peur. C’est pour les autres que je ne me suis pas suicidé. C’est pour les autres que je fais tous mes Gestes Externes.


D’où mon indifférence presque enragée, désormais, face à la réception que les Autres peuvent faire de mon Écriture; ça m’appartient complètement, je n’en ai pas honte, et j’en connais les Forces et les Lacunes. Si ça ne vous plait pas, la Porte est là; foutez moi la paix et allez déranger quelqu’un d’autre.

Vendredi 7 avril 2006 #1

Même pas 11h le matin
et déjà j’ai trop bu de café.

Je suis seul avec mon Petit Monsieur C.,
il va-et-vient
entre dedans et dehors,
là où l’eau tombe
(bénédiction qu’il ne faut
ni renier ni prendre pour acquis).

Une journée de congé
sans raison,
tout simplement
parce que.

Naturellement
en transe,
je m’acharne sur
un casse-tête
en trois dimensions,
grandeur nature:
ma maison,
et le ménage
que j’y fais.

Je respire l’Écriture
parce qu’il n’y a
que quand j’écris
que ma Poitrine
s’emplit.

Texte enregistré à 12:35:00 PM 1 commentaires


Louise a dit...
sourds et muets

tous unis sous le chapiteau

pour l'inauguration de

LA NOUVELLE SAISON DES COEURS HACHÉS..

Martin O.

L'ASCARIS 5



Bonjour Simon,Le Facteur ne m'a encore rien apporté dans ma vraie boîte aux lettres, mais je me suis dit que ça se pouvait que l'Autre Facteur, celui de Sorel-Tracy, soit passablement occupé avec ses petits. Moi aussi je suis en congé; quel bienfait pour... l'ARTicultrice !! Bonne journée. avril 07, 2006 2:55 PM

3 avril 2006

Bulle de début avril

L'eau nous retombe dessus
perle sur mes lunettes;
je ne vois que des globes
verts, occultes,
d'outre Temps et d'un autre Espace.

Dans une temporalité précise
--- le Printemps ---
dans une temporalité englobante
--- mes 31 ans ---
tout est devenu Hameçon
pour faire diverger
le flot
courant
de mes intentions.

Les Bêtes Noires
--- encore ---
sont juchées
en haut
de chaque
lampadaire.

"Mets-toi donc à ma place,"
me dit celle là,
"prends ma fourrure foncée et
enfile-la."

Je lui montre mes veines
polluées par l'encre
et la Bête conclue
que je lui suis désormais
inutile.

Si elle savait
à quel point
la Boussole m'est étrangère...
si déconnecté
que j'en suis apatride.

Perdu.

Je le dis à qui veut bien l'entendre,
mais on ne me prend jamais au sérieux alors on ignore mes confessions
et puis
--- plus tard ---
on m'en veut
parce que je suis tellement
en deçà
des attentes
de la Norme.

Texte enregistré à 10:46:00 PM 3 commentaires

Louise L a dit...
Après ma troisième lecture: le verdict en est que je le trouve presque parfait ce poème; et si j'avais à y mettre une note, ce serait très près du 100 %. Merci. Et tu peux récidiver aussi souvent qu'il te plaira.
avril 04, 2006 8:34 PM

Simon a dit…
Merci, Amie, vous êtes trop bonne. C'est fascinant pour moi de voir à quel point ce qui me semble brouillon et confus au moment de l'écriture, prend par la suite un sens et une cohérence unique qui n'était pas prévue et que je serais bien fou d'essayer d'améliorer.
avril 04, 2006 8:43 PM

Louise a dit...
C'est à peu près le même sens qui se développe en moi, surtout lorsque j'écrit « ad lib »; en effet, on serait bien fou d'essayer d'améliorer...notre sort ;-) on écrit ce qu'on veut, et non pas ce qu'on peut. C'est bien de te relire ainsi, sur une place...semi-publique; ça semble te libérer de quelque chose dont j'en ignore encore l'identité, mais crois-moi, mon Ami, c'est un geste et une parole qui sont toujours très appréciés. Merci d'être là.
avril 04, 2006 10:52 PM

30 mars 2006

2 courtextes

Pouvez-vous répéter s'il-vous-plaît?
C'est que je suis myope
dans mon cercueil de pin
et je ne vous entends pas bien,
vos mots sourds
veulent tout et rien dire.
Pouvez-vous répéter SVP?

Mais ne vous attendez pas
à ce que je réponde…
ma bouche est pleine de terre
déjà.

(6 février, 17:03)

* * *

Coulé dans ce Bloc
de Concrétitude
que j'appelle Citadelle,
toutes mes pensées
court-circuitées
par l'assourdissant
retentissement
du Cadran,
je lutte et ainsi meurt
plus vite.
À trop vouloir vivre
on tue
ce qu'on a de vie.

(21 mars, 16:26)

17 mars 2006

Esquisse Hivernale [dans un autobus le 13 décembre 2005]

Sur le Fleuve la glace commence à peine à se former; ne pas savoir qu'on est en décembre et on pourrait croire que l'on a devant nous la toute fin de la débâcle printanière. C'est tout le contraire; l'Hiver ne fait que commencer en fait. Nous sommes à huit jours du Solstice, la lune est presque pleine, et le matin le ciel prend des teintes de bleu si riches, presque aquarelles dans leur pureté. Mais ce n'est pas ce qui me surplombe en ce moment; c'est l'après-midi, et le soleil est seul au monde.

Dans mes oreilles la 1ère Gnocienne entonne comme une tonne de brique, j'ai envie de la décrire avec toute la violence qu'elle mérite, mais le papier sur lequel j'écris a été aspergé de café alors je dois faire attention pour ne pas le transpercer de la pointe de mon crayon. Je l'écoute, et je pense: exode; exil; ahuri devant l'inexorable. Sans sens ni raison.

Je suis encore capable d'une sensation d'ouverture devant quelque chose d'aussi banal qu'un pont ferroviaire bordé d'arbres. D'une envie de solitude recueillie en voyant un cimetière villageois. D'une impression d'école buissonnière en voyant les enfants par la fenêtre de cette école. D'une passion face à une maison abandonnée qui pourrait être hantée.

Si j'ai été si obéissant toute ma vie, ce n'est pas par peur d'être puni ou réprimandé. C'est tout simplement que je privilégiais (et continue de privilégier) l'anonymat de l'Inaperçu. Ne pas me faire voir, ne pas me faire remarquer, marcher derrière, en silence, écouter, et ne pas avoir à parler.

À l'époque mes parents étaient fiers de moi, vantaient la vertu de leur fils, mais à long terme ça les a laissé désemparés, je pense: ils ont l'impression de ne pas me connaître, de ne pas savoir qui je suis. Qui est cet être docile, placide, qui n'exprime ni joie ni colère, mais chez qui on sent parfois une inexplicable douleur?

Je n'ai trouvé que l'Écriture pour le dire. Or, ils n'en ont rien à foutre. Tant pis, tant mieux, j'en ai soupé de me sentir coupable et redevable.

Je vois ces arbres dépouillés, leur décharnement squelettique, et je me souviens que c'est toujours ce que je voyais, avant, alors que j'étais en train de ne pas écouter un prof ou un autre, assis dans un bunker de béton appelé poly-va-lente, et que j'essayais de visualiser la géographie lointaine de mes amis de Jonquière, Martine et Philippe. Je fermais les yeux, je tentais de me déplacer par l'esprit, et inexplicablement je ne voyais toujours que les hautes branches d'un arbre en plein hiver, même quand c'est le soleil de la fin du mois de mai qui chauffait le goudron cancérigène du toit de la poly.

Tiens, une usine de béton. Sans discrimination les oiseaux noirs se posent sur sa toile de fils électriques; NO TRESSPASSING, ça ne s'applique pas à eux. La passerelle qui ici passe au dessus de la route, au dessus de moi, qu'est-ce qu'on y achemine? À quelle race devrais-je appartenir pour pouvoir l'explorer paisiblement, de manière inoffensive, sans qu'un type consciencieux m'interpelle, m'arrête, me confie aux Autorités parce que je ne peux être que mal intentionné?

Et puis combien de temps il faudrait que je dorme pour ne plus voir des maudits visages pancartés sur les poteaux? A-t-on vraiment besoin de savoir de quoi ils ont l'air? Est-ce que ça change quoi que ce soit?

Ce que ça devait être beau ici, avant toutes ces maisons… je suis maudit, toute ma vie je vais être attiré par ces bords de l'eau… vais-je avoir la chance de mourir en un tel lieu, pouvant regarder au loin plutôt que chez le voisin?

La colonie de vacance est nécessairement abandonnée. Seuls les animaux y rôdent. Les fantômes, aussi, peut-être, gémissant le sort de la chapelle en ruine, pleurant les étés d'antan où ils se baignaient dans cette piscine creusée dont le béton maintenant tombe en morceaux. Si je m'y aventurais de nuit, qui me verrait, qui m'en empêcherait?

"Condos du Fleuve"? Oui. Et puis ce sera "Condos de la Ville", "De la Région", "De la Province", jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que ça, des foutus condo-dominion partout partout.




Texte enregistré à 4:08:00 PM 1 commentaires


Un utilisateur anonyme a dit…
Nobody does it better..than you.
mars 18, 2006 6:09 PM

22 novembre 2005

Saccade finale

Mon esprit s'est presque complètement délogé de mon corps. Engourdissement. Perte pentagonale des sens. Déception généralisée. Plaisirs localisés et encabanés. Passions devenus habitudes. Finitude du temps, de l'espace, de l'âme, de l'énergie, du destin. Un pas en arrière de moi-même. Émotions que je crées de toutes pièces pour palier à mon insensibilité. Épuisement profond qui s'enracine.


Travailleur, adulte, employé, citoyen, contribuable, ouvrier, prestataire, salarié, tous des synonymes d'esclave.


Je n'arrêterai jamais de le penser, de l'écrire, de le dire. Tout mon être me hurle que c'est une abomination. N'est-ce pas clément de ma part que de transformer ce hurlement en un banal petit soliloque que seule une poignée recevra?Peu importe. C'est la dernière fois. J'en ai assez de commenter ma réalité immédiate, directement ou par l'allégorie. Je n'ai pas (plus?) envie d'être un "fou divertissant".


Tout mon être m'ordonne d'écrire des histoires; ce n'est pas qu'une lubie. À partir d'aujourd'hui, je choisis volontairement de taire mes doutes, ainsi que la problématique complexe de la valeur objective de ma création, pour atteindre la seule réussite que je connaisse, la seule qui ne se démente pas: terminer une histoire, l'ajouter à mon arsenal, et puis la polir au fil des années.


Je cherchais à partager mon écriture; au lieu de ça j'ai compris que je suis condamné à ne pas pouvoir le faire. Pourquoi? Qu'est-ce que je ne fais pas correctement? Est-ce que je travestie le rôle premier (ou le dernier usage) de l'écriture? Est-ce que mes attentes sont irréalistes? Est-ce que le fait de privilégier l'idée (et la clarté d'expression) plutôt que le style, me confine à un ghetto artisanal? Est-ce que mes préoccupations sont dépassées ou difformes? Suis-je trop étrange ou tout simplement ennuyeux? Suis-je "trop proche" de ce que j'écris? Est-ce qu'une lacune primordiale mine mon Intellect? Ou est-ce tout simplement que l'Écriture est un art mort qui n'intéresse plus que ceux qui écrivent?


Je ne sais pas. Je ne le saurai jamais puisque personne ne veut (ou ne peut) se prononcer là-dessus, et que moi je n'y vois pas très clair non plus. Je suis un solitaire. Je vivrai donc avec une écriture solitaire. C'est une réalisation qui n'est pas négligeable, que je ne ressens plus comme une résignation, et pour ça je ne peux pas décrier toute l'entreprise. Je n'attaque pas non plus vos entreprises, Amis et Amies. Je dois tout simplement éliminer les distractions pour focaliser mes énergies sur ce qui compte le plus pour moi: ma famille et mon écriture. Tout ce qui ne vient pas directement y contribuer est de trop.


Et puis --- c'est peut-être la seule bonne chose à ressortir de mon épuisement --- je comprends enfin que c'est faux de dire que le travail est fatiguant, et la détente reposante. Personnellement, à ce stade-ci de ma vie, tout me fatigue. Alors tant qu'à être fatigué, autant faire en sorte que je sois content de moi à posteriori.


Pour résumer tout ça, et vous donner une bonne idée de l'énergie dont j'arrive parfois à m'investir moi-même (écho constructif de ces "sentiments créés de toutes pièces"), je vous laisse sur une redite d'une citation d'Alan Moore, que j'avais précédemment mise dans la bouche d'un "Grand Mage" dans une de mes allégories:


"The way that school seemed to me was that there was an overt curriculum --- reading, writing and arithmetic --- and a covert curriculum, which was more or less punctuality, obedience and the acceptance of monotony… In a lot of cases it seemed that school was like aversion therapy. It wasn’t there to teach you knowledge, it was there to put you off learning. You’d associate learning or reading with work and you’d associate work with drudgery. This is why most people are happy to just sit down in front of the television at night. “I’m not actually doing any work, therefore I must be having a perfect time.”"


* * *


Mes amitiés,


Simon G.



9 commentaires


La Fée Blackstick a dit...
On peut choisir de vivre, ou de mourir; ou d'être entre les deux, dans les limbes d'une écriture qui n'ira probablement nulle part ailleurs que dans nos archives personnelles. Mais il y a les restes; tous ces restes abandonnés le long des boueux chemins scriptuaires; ces millions de lettres éparpillées au vent, qui n'attendent que leur accouplement, pour assouvir enfin le Roman Ultime, celui-là seul qui survivra à son Auteur, celui-là même qui se fera concevoir des lumières de son Obscurité. Merci cher Simon, pour toutes ces histoires que nous avons tout d'abord lues dans la blancheur de ces lumières, puis dans l'Obscurité bleutée du Noir Corbeau.
22 novembre, 2005 22:06

Simon a dit…
Merci, Fée Noire, vos mots sont sucrés comme de la réglisse.J'ai presque envie d'écrire un deuxième dernier message, juste pour avoir un autre aussi beau commentaire...À la revoyure.
23 novembre, 2005 21:33


La Fée Blackstick a dit...
Pas besoin; avec ce que je viens de lire; mais si vous y tenez, très cher cher Xavier...;-)
23 novembre, 2005 23:25

Patrick Brisebois a dit…
Au fond, c'est toi qu'on devrait surnommer "Kafka' des blogues... ;-)Bonne écriture.(moi aussi je mets de côté le style au profit de la clarté, de l'histoire... on verra bien ce que ça donnera..)à+***Bonjour dame Blaquestique!
24 novembre, 2005 13:31

Simon a dit…
Merci Patrick. À la prochaine.
24 novembre, 2005 20:18


sebastien chabot a dit...
Superbe note qui porte des doutes honnêtes et une volonté ferme de faire quelque chose de «durable» pour soi. Je signe à tout ce que tu dis; tes doutes sont si sincères qu'ils portent, en quelque sorte, le quotidien de biens des gens qui veulent écrire, et qui arrivent, un jour ou l'autre. Ce continent scriptuaire, pour reprendre un peu la fée (que je salue, il va s'en dire), n'est peut-être pas aussi loin que tu le penses. À bientôt, donc. Salut Pat, omniprésent, tel un Dieu sur cette blogosphère! ;)
01 décembre, 2005 02:56

Simon a dit…
Merci de ton passage et ton intérêt, Sébastien. Je garderai tes mots en tête.
01 décembre, 2005 11:51


Marie-Chantal a dit…
Quel texte, Simon, tu as vraiment du génie; tu dis vraiment la condition de l'esclave contemporain. Je te lis avec bonheur.
03 décembre, 2005 06:47

Simon a dit…
Merci, Marie-Chantal. À la prochaine.
07 décembre, 2005 05:43


robin a dit...
Un petit bonjour, Simon.Et une distante compassion.Je te souhaite la paix.
20 décembre, 2005 16:54

Simon a dit…
Quoi souhaiter de plus significatif? Le bon monde existe, et tu me le prouves un peu aujourd'hui.La compassion, aussi distante soit-elle, est un miracle que tous les dieux inventés du monde, dans tous les torchons sacrés du monde, ne pourront jamais expliquer.Et c'est dans un monde sans explication --- religieuse autant que scientifique --- que mon Amour des autres peut germer et se développer.Encore une fois, je me perds dans mon propre labyrinthe.-------------------------------------Traduction: Merci Robin.
20 décembre, 2005 20:29


Vidoc a dit...
Mes amitiées aussi cher SimonPasses un joyeux temps des fêtes, mais attention, reviens en bonne et dûe forme.
23 décembre, 2005 17:09


La Fée Blackstick a dit...
Pendant le congé tant espéré du Conteur, peut-être lui serait-il possible de mettre quelques extraits de ses si belles histoires, ici, sur ce blogue qui s'ennuie de ses mots. Joyeuses Fêtes...
24 décembre, 2005 07:41

14 août 2005

DÉCONFITURE

Je sens pondre
la pointe de ma révolte;
mon seul obstacle:
l'incohérence de ma colère.

Encore
et toujours
je reçois ma fatigue
comme un affront personnel,
mais suis tout de même suis assez naïf
pour croire qu'un jour je serai reposé.

La moindre petite éclisse
--- si elle s'enfonce dans une chimère
gonflée avec le moindrement d'amplitude ---
peut causer des dégâts irréparables.

PAFFffff!
Par terre
les restes caoutchouteux
d'un ballon crevé,
ses parois internes dégoulinantes
d'une condensation salivaire.

Quand on s'est rendu aussi loin que moi
dans la complexe élaboration de Rêves,
on ne devrait plus être assez pitoyable
pour continuer à espérer
quoi que ce soit de la Réalité.

posté par Simon à 11:34 PM

9 commentaires

Un utilisateur anonyme a dit…
Je viens de voir un film sur Peter Pan et je pensais à toi. T'as un imaginaire qui va très loin et j'aimerais qu'on en parle un de ces jours.
à+
Pat B
16 août, 2005 02:38

Simon a dit…
Avec plaisir.
16 août, 2005 05:57

Doc a dit...
...sinon de nous permettre de nous laisser rêver tranquille encore un peu.
18 août, 2005 06:40

Simon a dit…
Bonjour, Doc.Oui, ça serait une bonne fin. Je dirais même que c'est presque un sous-entendu silencieux.
18 août, 2005 11:35

Un utilisateur anonyme a dit…
non-non, t'as raison, faut la laisser flotter cette fin, qu'on entend sans qu'elle soit dite. je pensais à voix haute, c'est tout.
18 août, 2005 12:35

doc a dit...
oups! oublié de signer mon message précédent...
18 août, 2005 12:35

Mo a dit...
La deuxième strophe me plaît beaucoup.
18 août, 2005 12:38

Simon a dit…
Merci, Monik.Et Doc, je savais que c'était toi. (Sourire)
18 août, 2005 20:11

Un utilisateur anonyme a dit…
Bien reçu et apprécié ton dernier courriel, Simon. Je te réponds sous peu; il y a matière à réflexion.Bonne journée.Pat B
19 août, 2005 07:47

12 août 2005

Esquisse Estivale #2 [dans un autobus le 8 août]

Un mois plus tard, me revoilà fermement chaussé de mes souliers de travailleur. Les circonstances font qu'une fois de plus j'ai le temps, la poussée psychique, de Décrire ce que je Vois. Je choisis une fois de plus de le faire sous l'optique de l'Été.

Dans le fleuve, les algues abondent, profitant de la chaleur pour étendre leur Domination sur les basses profondeurs de ce grand cours d'eau. Sur terre, le Maïs est roi, il explose en épis, et ces épis --- qu'ils soient destinés aux Bêtes Bovines ou aux Bêtes Humaines --- ne pourraient pas avoir meilleur goût. (J'en mange sans me lasser, y trouvant l'essence même de la saison, mais étant simultanément amené à penser à l'automne, où les épis deviendront décoratifs.)

L'Été, au mois d'août, ça commence à ressembler à ce que ça serait si c'était notre unique saison.

Les Innocents --- Bénis par leur Handicap --- y voient l'Éternel et Inchangeable moment présent, le feront encore demain, et dans un mois, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils perdent l'innocence et ne pensent plus qu'au Futur. Si j'étais définitivement libéré de cette nécessité de Travailler, je pourrais retrouver une partie de cette innocence, être capable de voir un Tout dans le Ratio, regarder la colline pour ce qu'elle est et non pour ce qu'il y a derrière.

Les soirées estivales me le soufflent à l'oreille… me le laissent deviner… me laissent croire à ce qui pourrait être, alors que jadis mon cerveau étouffait dans toutes ces choses qui pourraient être.

Le jaune du soleil qui se couche: une constante qui dans l'histoire personnelle de n'importe quel individu se rattache presque exclusivement qu'à des bons souvenirs. (Même si je repense à ce Jour Funeste où je me suis écroulé, en 1994, il y avait eu avant la Chute un merveilleux moment sur le Pain de Sucre du Mont St-Hilaire, mangeant des noix d'acajou et regardant le soleil --- et ma jeunesse --- se coucher.)

Pour plusieurs, c'est l'heure de la relaxation dans le jardin et les plates bandes, extirpant les mauvaises herbes, arrosant les diverses plantes, et zieutant la progression des légumes dans le potager. C'est l'heure des parties de baseball pour ces adultes costumés qui se prennent bien au sérieux. (Je pense qu'il n'y aurait eu que Jack pour me faire aimer ce jeu.) D'autres tondent leur pelouse, ayant préféré remettre cette corvée au lundi soir plutôt que d'y sacrifier une portion de leur fin de semaine. (Et je peux concevoir un certain plaisir à le faire tranquillement, paisiblement, réchauffé par cette belle lumière jaune de fin de soirée.)

D'autres pauvres connards comme moi viennent juste de sortir du travail, ont manqué le trois quart du seul 8 août 2005 qu'ils vivront, et n'en retiendront béatement que ce BEAU / SOLEIL / JAUNE.

Rêver de monter dans un arbre et --- seul --- d'y rêver; de manger une crème glacée dans un lieu qui n'est pas le nôtre (au coin de la rue ou chez un ami); de jouer une partie de badminton avec ma sœur, jouissant de ma sobriété au lieu de chercher à m'en débarrasser; jouer au parc (enfance) ou y fumer un joint (adolescence) ou y jouer avec mes enfants (âge adulte); faire un feu, et m'abandonner aux braises primordiales; déclencher mon imaginaire dans cette lumière, soit en lisant, soit en me tapant une partie de jeu de rôles ou vidéo, soit en allant finir la soirée au ciné-parc (ce que je n'ai pas fait depuis presque deux décennies). Rêver, rêver, il n'y a que ça, je ne veux que ça, seul ou avec des Êtres Aimés.

Le personnel prend le dessus sur l'observation. La rêverie, l'introspection mélancolique, c'est ça, aussi, le mois d'août.

Des centaines de maison qui défilent devant mes yeux, et je ne vois presque personne profiter de leur terrain. Sont-ils tous connectés à l'intraveineuse de leurs écrans? Je ne vois que des Jardineux, mais eux aussi manquent la Descente de l'Astre. Ils s'affairent, sérieux, sérieux toujours, trop sérieux. Quelques losers qui gossent après leur bateau. Un camp de vacances, une trentaine de fillettes qui s'amusent. Ça me remonte le moral de savoir que certains en profitent. On les oblige à en profiter! Des animateurs sont là pour surveiller, et s'assurer qu'elles ne pourront pas s'ennuyer deux secondes, même si elles en ont envie.

Le Doré est de plus en plus intense, le Soleil voyant ses carats prendre de la valeur à chaque instant qui passe.

Où sont les camions de crème glacée?

4 août 2005

Cri (Soupir) d'un Cœur Désordonné

Ils ont perdus l'équation du plaisir au profit de la multiplication des besoins. Ils ne voient pas que la descente est déjà amorcée. Ils s'imaginent que ça va durer encore longtemps, que les Futurs d'Antan sont garants des Futurs à venir. Et Ils pensent que --- parce qu'Ils veulent notre bien --- nous sommes automatiquement avec Eux, d'accord avec ce qu'Ils font, partageant les mêmes objectifs. Nous leur obéissons, non par docilité mais parce que nous n'en avons pas vraiment le choix. Nous jouons le jeu, parce que nous n'avons pas encore trouvé le moyen de tricher, parce que "Serpent & Échelles" ça ne pardonne pas. Ils s’imaginent que parce qu’on se prostitue on aime nécessairement se faire fourrer. Ils ont élaboré un stratagème complexe selon lequel en assommant le Fauve de la Jeunesse à coups de Distraction, on retarde la révolte assez longtemps pour que se pointe la Vieillesse, la Fatigue, et --- avec --- l'abandon de la colère. Ainsi de suite, génération après génération.

Ils ne comprennent pas que la nuit des singes verts se cachent dans nos murs; Ils ne savent pas que nous constituons les morceaux éparts d'une rébellion par la création (nécessairement pacifique mais triplement en colère). Ils ne soupçonnent pas l'existence d'Ellivret Sam, de Kubla Kan, de la Butte Suivante, de Golgonooza, de Galloway, de la Syldavie, des Zombies à l'Aneth, de Gormenghast, de l'Amérik, du Continent des Deux Lunes, des Plateaux de Ling, des Glaces de Hoth, des Plaines de Mordor, de la Procession des Cœurs Noirs, des ruines de Pax Tharkas, d'Interzone, du Théâtre des Vampires, des égouts de Derry, des champs de maïs d'Ariennette, d'Imajica, du Docteur Triton, de la Maison Usher, de Doctor Sax, de Sir Uphus, du Golem du quartier de Limehouse, de Coraline et de sa fausse mère, de Max Cockrell, des Orphelins Baudelaire, de Lukar Chambaux, du Manoir de Champignac, des Chiens de Pluie du Grand Tom, de Rip Van Winkle, de Fiam-Fiam Boum-Boum, de Yoshimi et de ses Robots Roses, des Tlöniens d’Atrabilaire, de l'International Fichuationniste, de Goldaline et du Garçon à Deux Têtes, de Melmoth… de milliers de bunkers imaginaires qui forment la Tapisserie des Aspirants Insatisfaits.C'est du moins ce que je me dis quand l'envie d'aller avaler la rivière devient trop forte.

posté par Simon à 8:41 PM

12 commentaires



La Fée Blackstick a dit...
Manifestement l'un de tes meilleurs textes, ellivret sam..Nous n'avions plus qu'à rétablir les anciens dialogues, pour qu'on apprenne que La Tapisserie des Aspirants Insatisfaits existe depuis si longtemps en fait, qu'Ils croient encore qu'Elle ne se multipliera et ne frappera que dans leur flasque imaginaire...Des cellules, indépendantes des leurs, se forment et cogitent dans le silence souverain et elles se feront entendre d'une manière ou d'une autre; l'Autre étant toujours l'écho de l'Un...
04 août, 2005 21:02

Simon a dit…
Merci à Sébastien Chabot, dont le texte "verser des larmes à 5% d'intérêts" a inspiré cette note.
04 août, 2005 21:38

alexie a dit…
Ah ! Ça fait du bien ça.Ça vole très haut.
05 août, 2005 17:36
Un utilisateur anonyme a dit…
Un sapristi de bon texte! Tu connais tes mythes hum?Pat B
05 août, 2005 22:18

Doc a dit...
Woah! tonique, vivifiant, une vraie décharge électrique.quelle belle énergie, tu nous transmets par ce texte!
06 août, 2005 13:25

Simon a dit…
Fée, Alexie, Patrick, Doc, vous ne pouvez pas savoir comme vous m'encouragez. Merci!
06 août, 2005 20:09

Darnziak a dit…
Puisque tu venais me saluer, je passe ici aussi... oui je suis d'accord avec tout le monde, c'est un très bon texte, ça propulse.La bloguosphère évolue, il apparaît de plus en plus de voix intéressantes, quand on prend la peine d'écouter, c'est bien de voir ça.
08 août, 2005 14:23

Evlyn M a dit…
Ce n'est pas en lien avec le texte, mais le Domovoï c'est bien le petit lutin poilu russe qui prend soin des maisons?
09 août, 2005 01:41

Simon a dit…
Darnziak: Merci, j'apprécie.Evlyn: Oui, c'est en plein ça. Je suis surpris que tu connaisses, c'est assez obscur comme figure mythique.
09 août, 2005 05:48

Evlyn M a dit…
J'ai mon bac en anthropologie ;-)
09 août, 2005 18:36

sebastien chabot a dit...
WOW! Ton texte est d'une belle colère, intelligente, forte, poétique, portée par une bave d'insoumission tenace! C'est toi, maintenant, qui m'inspire.
25 septembre, 2005 15:25

Simon a dit…
Merci Sébastien, pour ces précieux compliments.
26 septembre, 2005 20:20

26 juillet 2005

Esquisse Estivale [dans un autobus le 8 juillet]

Et voilà que je rejoins le Monde, pour trois semaines du moins, au moment où les plantes s’épanouissent et affichent leurs vraies couleurs. Leurs odeurs se mêlent à celle du fumier que les cultivateurs --- au stade le plus occupé de leur année --- répandent sur les terres qui leurs appartiennent et qu’ils cultivent, symbiose ancestrale entre un homme, sa terre, et sa famille.


Trois semaines pour jouir de ce Monde, pour faire sortir mes yeux des sentiers battus, pour enfin décrasser ces régions de mon cerveau qui sont réservées aux Jeux, et au Plaisir d’exister.


Des horizons verts et montagneux. Une bouée verte sur le fleuve. Une maison bicentenaire que l’effondrement d’une cheminée a éventrée. Des clapets où on garde des lapins à vendre. Les petites pousses qui deviendront ces majestueux plants de maïs qui me feront rêver dans un mois. Des usines malpropres et malsaines. Des fleurs... blanches, oranges, jaunes, mauves, qui jamais ne cessent de surprendre. Un petit ruisseau dissimulé par les plantes qui poussent sur ses berges, m’offrant la vue d’une intimité naturelle que je m’empresse de transformer par l’imagination en un lieu résonnant de drame et de danger. Des cantines aux noms fièrement absurdes, de toute évidence aussi nécessaires que des toilettes publiques. Des monuments religieux, statues ou immeubles, qui à chaque année me semblent de plus en plus déplacés, négligés, ignorés, en voie d’extinction. Partout, des arbres que l’on ampute ou que l’on abat, fiers géants qui eux aussi sont négligés et lentement vont disparaître. Des garages et des cabanons bric-à-brac, remplis d’outils usés et de métal rouillé, entrepôts minus où les rebuts dorment plus ou moins longtemps avant d’être envoyés au dépotoir, ou d’être vendus dans une vente de garage. Des potagers et des serres, où on imite à plus petite échelle la grandiose culture des fermiers. Des chevaux et des vaches qui broutent et qui repoussent les mouches avec leur queue. Les marques parallèles des tondeuses à gazon sur des pelouses stériles et plates à mourir. Des constructions et des rénovations, royaumes invaincus de l’homme musclé qui travaille torse nu. Des enfants qui envahissent leur ville et les transforment en Jardin des Délices Terrestres. Des bassins d’eau artificiels, que l’on emménage et entretient pour quelques mois, pour l’œil ou pour le corps. Les fourmis qui manigancent leur empire souterrain. Des adultes qui arrachent au Temps et à la mort quelques instants de plaisir qu’ils appellent ‘vacances’, et qu’ils s’efforcent de remplir.


L’Été.


posté par Simon à 1:27 AM 2 commentaires



alexie a dit…
Ça y est, je commence à m'ennuyerJ'avais aimé ce texte, assez cynique, qui m'a rappellé très vivement ma petite ville natale..J'ai hâte que tu nous revienne !
04 août, 2005 08:11

Simon a dit…
C'est bien gentil à toi... j'ai plusieurs petits textes qui s'en viennent d'ici un jour ou deux. Je me dépêche!À bientôt.
04 août, 2005 11:47

14 juin 2005

Égarements

Il y a longtemps, je me suis personnifié dans un poème en un personnage appelé Le Rêveur Rêvant. Rien de si glorieux; je n'étais, ne suis, et ne resterai, qu'un simple Perdu.

Perdu depuis si longtemps, mais maintenu en vie dans cette Forêt métaphorique, par de la nourriture, des jeux & jouets de toutes sortes, et l'attention diminuante d'êtres chers. Armé de ce strict minimum, le Perdu que je suis fini par se sentir chez soi dans l'inconfort, fini par cesser de chercher la sortie.

Jamais je n'aurais cru
que c'est en étant gentil
que je gâcherais ma vie.

Tout donner aux uns,
puis tout donner aux autres,
sans que jamais on ne me demande
"Toi, pauvre Perdu,
que veux-tu?"

À elle seule
la question
aurait de quoi
faire frémir mes yeux.

Et parce que je me méfie
de ce qui est trop
facilement intelligible,
on me croit niais,
on me juge muet.

Et puis parce que je me tais,
on en conclue une indépendance farouche,
et un coeur de pierre.

Ne comprenez-vous pas que je suis perdu, et l'ai toujours été? Que l'incertitude est ma seule certitude, et la confusion la seule paix d'esprit dont je dispose? Que j'ai le coeur brisé de constater que je peux survire à mes coeurs brisés? Que je ne vois de l'amour dans les yeux de personne, même pas dans ceux du Perdu qui se tient de l'autre côté du miroir? Que les pires prophéties toutes se réalisent, et que ça empoisonne la vie de tous ceux qui ne font même que les entrevoir? Que je souffre d'être un imposteur parmi les Étrangers, ayant adopté le costume mais non les stratagèmes psychiques de l'ouvrier responsable? Que je ne comprends rien aux Banques, aux Hypothèques, aux Piscines, aux Rapports d'Impôts, aux Assurances et aux traditionnels Devoirs Familiaux... je ne sais que survivre en étant Perdu, perdu toujours, et de plus en plus fatigué. Comme si à tous les jours un vampire venait se saucer les dents.

posté par Simon à 12:28 PM 7 commentaires



Lady Guy a dit…
Sur votre blogue règne le spleen de l'homme "correct", plutôt anachronique à notre époque délurée. C'est assez fascinant. Et une résignation d'une tristesse absolue qui me trouble profondément.Êtes-vous vraiment résigné? Vous le serez si vous attendez des autres le geste salvateur que seul VOUS pouvez poser. Vous n'avez pas gâché votre vie en étant gentil, si vous en retirez tant de peine; on n'est pas gentil lorsque ça nous rend malheureux. On est plutôt prudent ou obéissant. Ce n'est pas être méchant qu'être vous-même. Et ce n'est pas la faute des autres si vous n'avez pas encore choisi d'être. Vous devriez lire le journal de Kafka. Et aussi sa Lettre au père, qu'il n'a jamais osé lui remettre...Je ne vous reproche rien. Mais vous lire me cause souvent bien du chagrin.
15 juin, 2005 01:50

Lady Guy a dit…
Et puis, "A la recherche d'Ellivret Sam", ne serait-ce pas une sorte de "Délivrez Simon"?
15 juin, 2005 02:02

Simon a dit…
Chère Lady, avant tout je dois vous remercier de prendre le temps de brasser ma cage (car c'est ce dont il s'agit, n'est-ce pas?). Et pour que le ton de ce qui suivra soit sans équivoque: je ne suis ni fâché ni blessé, et nullement sur la défensive. Tout simplement pressé et même empressé d'éclaircir mes propos.Mais pour ce faire, je dois moi aussi vous poser des questions. Qu'est-ce qu'un homme "correct", et en quoi est-ce que j'en suis un? Pourquoi est-ce anachronique?Suis-je vraiment résigné? Oui, non, je ne sais pas. Ça dépend des jours. Il ne faut pas l'oublier: ma dernière entrée de blog est le reflet de ce que j'étais le jour où je l'ai écrite, à l'heure où je l'ai écrite. J'ai hésité avant de partager ce texte ici, me doutant bien qu'on le (et me) jugerait d'un pathétique profond. Mais mon soucis d'honnêteté (envers moi-même, avant tout) m'y a poussé. Je me retrouve souvent dans un État de Résignation, oui, mais je ne suis pas complètement résigné.Je n'attends pas de geste salvateur; en tout cas je n'en attends plus, et depuis un bon moment déjà. Ni de la part des autres, ni de la mienne. Je n'y crois pas. Je continu d'essayer, je fais tout ce que je peux pour ne pas me décourager, mais je n'y crois pas.Je vous trouve un peu hâtive de déclarer tout de suite que je n'ai pas vraiment été gentil si j'en suis si malheureux. Hormis ce que j'ai pu en raconter ici, vous ne connaissez pas mon histoire personnelle, ni ce qui se cache derrière ces mots. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Prudent, je le suis. Obéissant, pas vraiment, je ne sais pas, ça dépend de ce que vous voulez dire par là. En effet, ce n'est pas la faute des autres, vous avez raison, et je me désole si c'est les accusations qui ressortent le plus de ce texte, ou même de mon blog en général. Si vous saviez... je n'en veux pas à grand monde. J'ai de l'amertume, mais elle est avant tout dirigée envers moi. Ce dernier texte, par exemple, est beaucoup plus un constat qu'une charge.Délivrez Simon? Peut-être. Ça serait plutôt "Réveille toi Simon," une prière que je m'adresse.Désolé pour le trouble, le chagrin.
15 juin, 2005 13:03

Lady Guy a dit…
Simon, vous êtes trop sensible...Je ne trouve pas du tout que votre billet est pathétique et ne vous excusez surtout pas de m'avoir causé du chagrin - ça prouve que ce que vous écrivez me touche! Et je mentionne Kafka car vos thématiques m'y font penser...Je m'adresse au "sujet" du texte, pas à vous personnellement, car, effectivement, je ne vous connais pas. Ce n'est pas à vous que j'écris, mais à ce narrateur-blogueur nommé Simon. Malheureusement, les gens reçoivent souvent les commentaires en plein coeur, en oubliant ce détail: qu'ils sont avant tout des êtres fictifs dans l'écrit.Vous avez bien écrit: "Jamais je n'aurais cru que c'est en étant gentil que j'aurais gâché ma vie..." C'est à cela que je répondais et ce qui se cache derrière ces mots n'a aucune importance dans mon argumentation. Comment pourrais-je le savoir? Doit-on connaître la vraie vie d'un auteur pour discuter ses textes? J'ai trop lu Roland Barthes, probablement..J'ai bien compris que ce n'était pas une charge. C'est ce "constat" que je nomme résignation! C'est terrifiant, la résignation! Ça me fout les boules!!!Quand à l'homme "correct", je le vois comme l'homme qui ne fait que son devoir et honore ses responsabilités, sans jamais se rebiffer, comme Kafka... C'est anachronique en ce sens que de nos jours, tout tourne autour de l'épanouissement individuel et de la liberté personnelle. Vous êtes l'un des rares blogueurs à aborder la vie responsable, avec boulot, enfants, etc.C'est moi qui m'excuse d'avoir paru virulente. C'est le trouble, je vous dis...
15 juin, 2005 13:28

Lumi�res a dit…
Je me risquerai à ajouter un petit mot.Personnellement, la tristesse me parle du courage qui me manque, d'un choix que je n'ose faire et qui me ferait tant de bien, d'un geste que je me refuse à poser... Une série de tout petits gestes salvateurs qui me permettraient de mieux respirer et de vivre encore plus près de moi.Mais je ne sais pas...
15 juin, 2005 20:17

Simon a dit…
Lady Guy, je vais certainement retenir votre suggestion de lire la correspondance de Kafka. Je connais un peu ses écrits (j'ai lu certaines nouvelles dont La Métamorphose, et son roman Amerika), mais trop peu son œuvre globale.Je saisis mieux la nuance que vous faites entre le "sujet" du texte, et ma propre personne. Malheureusement pour moi, pour vous, ou peut-être pas, ce "narrateur-blogueur nommé Simon" n'est pas une entité distincte de ma propre personne. Mon blog n'est pas pour moi un lieu de fiction (pas consciemment du moins); je garde ça pour mes romans. Si, comme vous le dites, je deviens un être fictif dans mes écrits, c'est le résultat normal du processus d'appropriation du lecteur, et non une intention de ma part. Que les commentaires que les gens m'aillent droit au cœur, et bien c'est tant mieux ou tant pis, selon le cas, mais je ne voudrais pas que ça soit autrement. Je vais continuer de m'ouvrir à tous les coups --- bas comme hauts --- parce que la fermeture serait une mort. Hum... je deviens un peu trop cryptique. Non, évidemment, il ne faut pas connaître la vie d'un auteur pour discuter de ses textes, ce n'est pas ce que je voulais dire. Roland Barthes... je devrais lire quoi, de lui? Je n'ai lu que des bribes par ci par là.Le résignation ne me terrifie plus, sauf peut-être lors de ces cristallisations psychiques qui se produisent lors de grands moments de Lucidité (illusion s'il en est une). "J'ai des grands instants de lu-ci-di-di-di-di-di-té..."Je serais donc quelqu'un qui ne fait que mon devoir, et honore mes responsabilités, sans jamais me rebiffer. Ouais, d'accord. Mais ces mots, "devoir", "responsabilités", sont des abymes sémantiques qui peuvent vouloir dire n'importe quoi. Alors je vais vous croire sur parole, mais ne suis pas prêt à me déclarer un des rares à aborder la vie responsable. Je sais que je m'enfarge dans les fleurs du tapis, mais j'ai beaucoup de misère à accepter l'espèce de hiérarchie implicite de ces concepts. Mais dans le fond je n'ai pas à vous dire tout ça, je sais que vous le comprenez.Virulente, non, pas du tout, n'allez pas croire que c'est comment j'ai perçu vos propos. Je prends vos commentaires à cœur, oui, je l'ai déjà dit, mais --- comme vous me l'avez dit --- ça veut tout simplement dire que vos propos me touchent.
16 juin, 2005 11:28

Simon a dit…
Lumières, si je comprends bien la situation que vous décrivez, peut-être ne s'agit-il pas de manque de courage, mais d'une certaine prudence face à une incertitude. Il est difficile de voir clairement quels sont les gestes salvateurs --- petits comme grands --- qui réellement nous aideront à respirer. Donnez-vous du temps, vous y verrez plus clair, et éventuellement le geste viendra de lui-même.C'est du moins ce que je me dis.
16 juin, 2005 11:29

1 juin 2005

Cogner des clous

La Fatigue est un isoloir; emmitouflé dans cette solitude les mémoires s'estompent et les rêves se font criants.

La Fatigue est un isoloir que l'on combat non par le Sommeil mais par l'Enthousiasme.

14 mai 2005

TRUCS POUR RESTER FOUS

1. ne pas avoir honte d'être fou
1.1. ne pas hésiter à avouer sa folie
2. seul ou entre amis, effectuer périodiquement des séances où l'on se fait Shaman
3. se laisser aller à ses entrains spontanés, quitte à ne plus savoir retracer ses pas
4. à part égal, investir du temps dans l'observation de l'infiniment petit et de l'infiniment grand
5. se coucher par terre quand l'envie nous en prend
6. se mettre à courir quand l'envie nous en prend
7. au moins une fois par heure, rire, chanter, crier ou siffler
8. écrire l'éphémère pour ne pas l'oublier et retenir l'éternel pour arrêter d'y penser
9. fermer ses yeux quand on mange et quand on boit
10. observer ses névroses et en rire, pour être capable de les perfectionner
11. jouir de l'ordre autant que du désordre
12. ne pas tout essayer de comprendre
13. ne pas essayer d'aimer ce qui ne le mérite pas (ou, si l'on veut, détester ce qui est détestable)
13. amplifier l'importance du Jeu, et dé-dramatiser tout le reste
14. entretenir des conversations avec ceux qui ne sont pas là, et ce qui n'a pas de Voix
15. prendre les choses pour ce qu'elles nous font, non pour ce qu'elles sont
16. essayer de connaître la folie des autres, et la complimenter quand c'est possible
17. toujours essayer d'être dépaysé, même quand on connaît par cœur
18. avoir du respect pour ses personnalités multiples
19. identifier ses joies et puis les transporter avec soi, partout, dehors comme en dedans, le jour comme la nuit
20. vivre comme si on était éternel, et en même temps voir la vie comme si on était mort hier
21. ne pas hésiter à désobéir à ces trucs
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Vidoc a dit...
J'ai noté..je te tiens au courrant si ca fonctionne:)
19 mai, 2005 18:07

Simon a dit…
He he, d'accord. Et toi, ça va, tu tiens le coup?Je comprends ça, les passes difficiles. Courage.
19 mai, 2005 20:19

alexie a dit…
C'est beau ça. J'en suis toute nostalgique. Enchantée de te découvrir.
20 mai, 2005 13:24

Simon a dit…
Alexie: Bonjour, enchanté de te découvrir aussi (je suis arrivé à ton blog pour la première fois ce midi).Mais je suis curieux... nostalgique de quoi, exactement?
20 mai, 2005 20:46

8 mai 2005

22:40

"Rien ne me semble important
mais tout me semble grave."

Voilà ce que je respire, ce que j'expire.

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Evlyn M a dit…
Hôla je viens de découvrir ton ici, je vais aller te lire un peu ;)
09 mai, 2005 23:47

nøkturA a dit...
Voilà une phrase à laquelle je peux m'attacher bien souvent. Très belle réflexion. :)
10 mai, 2005 11:03

Simon a dit…
Bienvenue à toi, Evlyn.Saluatations à toi, Noktura. Ouais, une drôle de bipolarité qui est parfois difficile à vivre (et surtout diffile à comprendre pour mes proches), mais j'y vois aussi des avantages (celui de la dédramatisation, entre autre). Mais me voilà reparti... Merci de votre visite!
10 mai, 2005 12:28

Lady Guy a dit…
Ça ressemble à du Pessoa...
10 mai, 2005 17:09

Simon a dit…
Pessoa? Je ne connais pas, merci de la référence, je m'en vais voir qui c'est tout de suite.
10 mai, 2005 21:24