28 juillet 2008
Épicentre: Telford Block
plante grimpante;
clôture branlante;
terrain abandonné
(qui recèle peut-être
une fleur mauve qui chante)
immeuble plein d’Histoire,
les fenêtres placardées;
quartier qui tente
la résistance
contre le Développement Vertical
à coup de vieilles maisons,
de vieux saints barbus,
& de rêvasseurs qui se
construisent des chaloupes...
27 juillet 2008
26 juillet 2008
Au Parc
gâtés-énervés-adorables,
supervisés (plutôt qu'accompagnés)
par des adultes
ruisselants de l'indécence
bien intentionnée
des confidences matures
et potines,
l'apothéose de la sériosité,
artério-sclérose des synapses.
Du moins, ça m'apparaît
ainsi, moi le Perdu
que rien ne concerne
et qui n'a que ses Sacrifices,
strates par-dessus strates
d'abnégations égoïstes
et anxieuses.
La certitude ne me fait pas bien.
25 juillet 2008
Sushi place
lots of smiles.
Silly little unimportant
conversations,
that mean such
a whole lot
while they are
happening.
24 juillet 2008
West Coast
means not caring
one damn bit
about yourself,
thus freed
to take care
of others.
21 juillet 2008
Sur l'écriture
"Writing will consume your life, because so much of writing happens in your head – you don't need to be ‘at work', you don't even need to be awake. You're not gonna get a respite from writing when your head hits the pillow, you're not gonna get a respite from writing when you go on a holiday caravan to Great Yarmouth, or anywhere – the moon – you can't get away from it, it's in your head. And if it's working properly, it's probably obsessive. If you've got a story on the boil, and if you're a writer you probably will have, you're probably thinking about problems with that story, good things about it that you wanna enhance and make even better, and you're probably thinking that all the time. You might be thinking that when you're having sex. You might be thinking that when you're eating dinner, you might be thinking that on public transport. This is something that will take over your life. Surrender. Surrender to it right from word one. Don't fight. It's bigger then you are, it's more important than you are, just do what it says. Even if that seems to be completely ruining your life, do what it says. Even if it tells you to do something stupid – if it tells you to jump off a cliff, do it."
--- Alan Moore, dans une entrevue datant de 2002
Été
--- Tiré de Dandelion Wine (1957), de Ray Bradbury
14 juillet 2008
Tiré du Journal de [anonyme]
J'ai jasé un peu avec lui, et je sentais qu'il était là, qu'il m'écoutait et qu'il suivait ce que je lui disais, mais j'avais la curieuse impression de parler tout seul. Je regardais ses yeux, et il n'y avait rien derrière. Quand il parlait, sa voix était morne et hésitante.
Je ne sentais rien se dégager de lui. Pas de personnalité. Pas d'enthousiasme. Ou bien il ne laisse rien sortir, rien paraître, ou bien il est complètement mort à l'intérieur. Ou peut-être qu'il est juste super gêné, et qu'il a de la misère à s'exprimer.
En tous cas, une chance que j'étais pas tout seul avec…
12 juillet 2008
SEND
I won't even acknowledge their Scorn
enough to defend you,
that petty put-down
they keep laying on you
--- even now ---
39 years after you're dead.
I just won't.
26 juin 2008
Ranting Against the All-Father
You wanted me to enter the Race, so I did. For you, all of you who wanted what's best for me. But I knew that I wouldn't enjoy it, and I said it then, and I was right, so please don't act so surprised, so scandalized, if I'm not overjoyed at the prospect of feeling like an empty shell for the rest of my life. Can you, in all honesty, tell me that I should love this existence? That I should go with the flow and turn a blind eye to all the shit that's festering under our paved-up Civilization? That I should relax and just "chill", with the help of pills if need be? Are you telling me that you don't understand why I'm so unhappy, so beaten, so empty?
You taught me the Joys & the Importance of Knowledge, and I listened to you. One way or the other, all I ever did was try to know, to see, to feel, to understand. Having fun was one way of doing it, way back when. Reading. Role-playing. Losing myself in all kinds of imaginary worlds and settings. Writing, eventually, was also a way to further this quest. Getting drunk, getting high.
All of this led me to the State of Mind that I am in now, where this Gift that you gave me has morphed into a nightmarish cursed Looking-Glass, in which everything everywhere is either damaged, corrupted, irretrievably lost, degenerated or just plain bad. I've opened up the "doors of perception", and I now have the power to be properly horrified by what's around me.
To have some Knowledge, and to have it be useless (a hindrance, even) in my day to day existence, and to have seen it become an ever-persisting self-torturing tool of increasing insanity… I can't even begin to describe how it makes me feel.
"Are you happy?" you all ask me. And I say no, or --- confused --- I mumble something to that effect, not being one to boldly declare what I feel or what I think, but you don't listen, you don't hear, you only want to get your worries of your chest. Nobody can help anybody anyway, so why pretend? Why bother? Why insult me with your condescending "I'm not unhappy therefore I must be doing something right and not you" attitude.
À défaut de publier, quoi?
Multiplier les exemplaires de ses textes au besoin, à la pièce. En faire des artefacts uniques & travaillés, comme le faisait William Blake. Cracher au visage de la révolution industrielle et de ses "innovations". Si la pollénisation virale vous plait, alors au moins faites le sur Internet.
Passer outre les éditeurs (et leur "travail", et les échéances arbitraires) que sous-entend une publication officielle, cataloguée, et enregistrée. Nous sommes tous névrosés, bénificions tous d'un imaginaire merveilleusement craqué, alors --- dites-le moi --- quels avantages peut-on bien tirer de voir cet esprit créateur passer sous le scalpel d'un autre, dont la soit-disante "expérience" ne fait que rapprocher le texte des idéaux efficaces de la marchandisation?
Qu'il y ait des longueurs, des inconsistances, des redondances, des plagiats même, dans le fond, quelle importance? Et qui de mieux pour en juger que l'auteur lui-même? Vous tenez à plus de rigueur? D'accord. Mettez le manuscrit dans un tiroir, patientez, et revenez-y dans quelques années. Apportez alors vous-même les corrections qui s'imposent. Que ça soit votre œuvre à vous, avec ses verrues, ses asymmétries, ses imperfections. À vous. Sinon, à quoi bon se démener? À quoi bon prendre la peine de s'articuler?
(Ça fait autour de 14 ans que je travaille sur mon roman. La patience, je connais.)
De même pour la musique (privilégier la permormance musicale plutôt que l'impression de CDs, ça pourrait n'être disponible qu'en petites quantités, en vente lors de spectacles), le cinéma (le Hummer du domaine des Arts). Prenons la peinture: une œuvre, se trouvant à un endroit à la fois. Le théâtre: une œuvre, présentée pour une durée de temps limitée, par un groupe mobilisé.
Oui, je sais, c'est plus compliqué que ça, bla bla bla. Moi je dis: si c'est si compliqué, et bien il est peut-être temps de prendre la hache, et de simplifier.
Piler sur notre égo, et refuser de jouer le jeu. Se demander pourquoi on tient tant à publier, ce qu'on espère obtenir, et s'il n'y aurait pas un autre moyen d'y arriver.
(Ceci étant dit, il est clair que si je pense ainsi, c'est précisément parce que mes quelques essais de publications ne sont aboutis à rien. On se forge les opinions qui aident à justifier qui nous sommes. C'est en chacun de nous la démonstration irréfutable de nos imaginaires infinis, que nous sommes tous capables d'en arriver à se créer des idées, des arguments, qui appuient nos positions, quelles qu'elles soient. On est tous convaincus d'avoir raison, et de comprendre quelque chose que personne (ou peu de gens) sont en mesure de comprendre.)
Ralentir la cadense. Arrêter de penser en termes de qualité ou de quantité. Créer davantage. Quitte à ce qu'on lise plus de trucs artisanaux, en constante évolution, brochés à la main, mal foutus, avec des fôtes, sans belle maquette de couverture, sans jamais en avoir lu une critique préallablement dans Nuit Blanche ou dans Lettres Québécoises (des "Protégez-Vous" dont le consommateur averti doit prendre connaissance pour ensuite faire un choix informé).
Blah.
12 juin 2008
Sujet tabou
La question, donc:
"Pourquoi publier?"
2 juin 2008
Mon parcours m'ayant amené à être enfoncé dans une aliénation certaine, j'en viens à ressentir la vacuité de ma position, mais aussi de toutes celles qui m'entourent… de même ce que j'aurais voulu être, si le Hasard ou une plus grande Volonté personnelle m'y avait aidé: écrivain. Un travailleur comme un autre, contraint comme un autre, dont les effets réels se limitent à un cercle concentrique plus ou moins limité, plus ou moins corrompu, et plus ou moins égocentrique. Le monde des idées est mort, il ne vit que dans les consciences individuelles, alors que celui qui griffonne dans un café se détrompe, que celui qui est train de parader son prochain manuscrit se rende à l'évidence: votre travail ne sert à rien, et vos prétention au contraire sont mensonges, et donc nuisibles.
How strange it is to be anything at all, disait Mangum. How sweet it would be not to be anything at all, je variationne. Et je ne parle pas de mort, seulement de n'être rien d'autre que soi, en retrait, observateur.
Mots Dépressionnistes #2
28 mai 2008
Mots mystères
ne
sais
plus
ce
que
je
[...]
mais
je
[...]
quand
même
car
leurs
[...]
me
laissent
penser
que
je
n'ai
peut
être
pas
encore
tout
[...]
.
2 mai 2008
Lectures [Retenances]
Dilemme [Un peu de clarté]
Ça existe, un conseiller en relocalisation?
22 avril 2008
Mots Dépressionnistes
"Il n’est désormais plus possible de remettre en question le fait que chaque individu est obligé de mouler son horizon de possibilité sur le monde de l’échange des marchandises. En fait, il n’y a tout simplement aucune autre façon disponible d’organiser sa vie. On ne voit donc pas de raison justifiable pour empêcher de qualifier cette société de totalitaire, au sens étymologique de ce mot : cette société forme une totalité, une fusion du penser et du faire. […] De ce fait, on ne remet pas en cause la nécessité de payer pour manger, et de travailler pour payer. […] Du reste, énoncer pareille vérité semble désormais tellement énorme, et paradoxalement tellement rabâché, qu’elle est frappée d’inanité : heille, man, tu capotes… […] S’endetter pour étudier, c’est agréer à ce monde, et quitter l’autre, celui de l’autonomie, c’est-à-dire de la possession de sa personne, qui est pourtant une condition sine qua non de la liberté. […] Non seulement il serait grossièrement injuste que des individus n’aient pas accès aux études pour des raisons d’argent, mais il n’est pas plus juste que les plus pauvres en sortent endettés, ce qui hypothèque sérieusement leur avenir économique et donc leur position dans la pyramide. […] Car dans le régime de l’égalité des chances, tous n’ont pas la même chance; certains, même, n’en ont pas du tout. Les prêts étudiants entérinent cet état d’injustice pour ceux qui auraient l’infortune de naître en un mauvais milieu. Mais comme la surface doit apparaître plane, et qu’il faut cacher ces aspérités, la démocratie libérale les laissera se creuser sous le niveau de la mer, dans le solde négatif. […] À travers le prêt étudiant, le jeune citoyen entretient ses premières relations avec les deux piliers de la société contemporaine, l’État et la Finance. […] Angoissé, l’étudiant développera les sentiments de la fable kafkaïenne : la culpabilité, le sentiment de la faute, et de la nécessité de sa réparation : ici, la dette et son remboursement. […] L’étudiant doit mettre la main à la pâte le plus rapidement et efficacement possible car les banquiers – ou leur équivalent «coopératif» – ne sont pas du tout chauds à l’idée de prolonger, même minimalement, le mince sursis que l’État lui a laissé pour respirer. Dans une entente qui rappelle la corruption des régimes de banane, le gouvernement garantit les prêts de milliers d’étudiants, et paie les intérêts encourus pour toute la durée des études – trois, cinq, huit ans. De l’argent donné aux banques, qui en retour n’assument aucun risque. Ceux dont c’est le métier que d’accumuler de l’argent veulent encore se faire dédommager par des intérêts, par des prolos incapables de se payer l’école, pour les sommes qu’ils leur prêtent… […] Quant à celui qui se sera fait voler, d’abord comme prête-nom, puis comme emprunteur, il pourra alors se faire voler au travail. […] L’endettement est une promesse de produire. Une promesse de collaboration. […] Ici, la logique d’intégration du monde post-industriel est claire et irrécusable : mentir et rementir et imiter l’horreur pour survivre à un monde faux. Que veut dire être libre quand on n’a pas le choix de travailler? […] Quelle est cette étrange promesse d’émancipation – cette promesse de parvenir, en s’endettant, au niveau social de ceux qui ne s’endettent pas? Pour pouvoir occuper un poste de choix, un emploi payant et avec des conditions seulement correctes, afin d’être en mesure de rembourser ses créanciers sans stress et sans menaces, le jeune travailleur endetté devra tendrement se conformer au merveilleux monde de la culture industrielle. […] D’ailleurs, que l’étudiant ne tente pas de se libérer d’une autre manière, on lui a coupé les ponts. C’est encore sous le couvert de responsabilisation qu’on lui a enlevé la possibilité même de faire faillite, c’est-à-dire de faire reconnaître par la loi qu’il ne peut, en toute sincérité, rencontrer ses obligations (alors que le citoyen moyen peut acheter n’importe quelle voiture ou produit de luxe à crédit et déclarer faillite lorsqu’il réalisera que, en dépit de ce que racontent sa banque et la télé, il ne fait pas partie de la bourgeoisie). […] Aussi, la seule chance de l‘étudiant réside dans sa désolidarisation complète d’avec ses losers de semblables : il va, lui, être capable de s’en sortir, pogner une grosse job et foncer tête baissée dans la domination pour s’en sortir. […] Soumises aux pressions économiques et nationalistes, les études sont doublement aliénées. Contrairement à ce que croient certains humanistes venus d’un autre siècle, il ne faut pas croire que l’école émancipe. C’est au mieux, aux niveaux inférieurs, une bonne garderie, au pire, aux supérieurs, un instrument de reproduction des élites. L’enseignement mécanique et spécialisé que l’étudiant reçoit est aussi profondément dégradé que son propre niveau intellectuel au moment où il y accède, du seul fait que la réalité qui domine tout cela, le système économique, réclame une fabrication massive d’étudiants incultes et incapables de penser. […] Certes, l’étudiant est toujours libre de choisir son parcours, mais on en sait déjà long sur la liberté particulière dans une société globalement aliénée. […] La conséquence la plus prévisible de la marchandisation de l’éducation est la disparition rapide des sciences humaines, des lettres et de la philosophie. Cela prendra vraisemblablement la forme d’un cantonnement incestueux à l’américaine, où ce qui reste d’un savoir synthétique de l’ensemble des connaissances de la société demeure dans ses quartiers, et parle dans son jargon, alors que cette même société, qui est son objet d’étude, la méprise. L’obsession de la production et de la nécessité de payer, en ce qu’elle met en jeu un processus essentiellement contraire à la réflexion, est la parente proche de l’anti-intellectualisme. L’élitisme, lui, fonctionne en vase communicant : après avoir franchi des étapes économiques et académiques si importantes, l’universitaire ne pourra que fréquenter son milieu et parler sa langue, pendant que dehors, il se butera à l’incompréhension des foules et ne saura que faire de son savoir inutile. […] L’endettement étudiant est un formidable outil de régulation répressive, de reproduction du même au service de la domination. […] Il n’existe pas de meilleure manière de pousser au travail un individu sans son consentement."


