26 juillet 2005

Esquisse Estivale [dans un autobus le 8 juillet]

Et voilà que je rejoins le Monde, pour trois semaines du moins, au moment où les plantes s’épanouissent et affichent leurs vraies couleurs. Leurs odeurs se mêlent à celle du fumier que les cultivateurs --- au stade le plus occupé de leur année --- répandent sur les terres qui leurs appartiennent et qu’ils cultivent, symbiose ancestrale entre un homme, sa terre, et sa famille.


Trois semaines pour jouir de ce Monde, pour faire sortir mes yeux des sentiers battus, pour enfin décrasser ces régions de mon cerveau qui sont réservées aux Jeux, et au Plaisir d’exister.


Des horizons verts et montagneux. Une bouée verte sur le fleuve. Une maison bicentenaire que l’effondrement d’une cheminée a éventrée. Des clapets où on garde des lapins à vendre. Les petites pousses qui deviendront ces majestueux plants de maïs qui me feront rêver dans un mois. Des usines malpropres et malsaines. Des fleurs... blanches, oranges, jaunes, mauves, qui jamais ne cessent de surprendre. Un petit ruisseau dissimulé par les plantes qui poussent sur ses berges, m’offrant la vue d’une intimité naturelle que je m’empresse de transformer par l’imagination en un lieu résonnant de drame et de danger. Des cantines aux noms fièrement absurdes, de toute évidence aussi nécessaires que des toilettes publiques. Des monuments religieux, statues ou immeubles, qui à chaque année me semblent de plus en plus déplacés, négligés, ignorés, en voie d’extinction. Partout, des arbres que l’on ampute ou que l’on abat, fiers géants qui eux aussi sont négligés et lentement vont disparaître. Des garages et des cabanons bric-à-brac, remplis d’outils usés et de métal rouillé, entrepôts minus où les rebuts dorment plus ou moins longtemps avant d’être envoyés au dépotoir, ou d’être vendus dans une vente de garage. Des potagers et des serres, où on imite à plus petite échelle la grandiose culture des fermiers. Des chevaux et des vaches qui broutent et qui repoussent les mouches avec leur queue. Les marques parallèles des tondeuses à gazon sur des pelouses stériles et plates à mourir. Des constructions et des rénovations, royaumes invaincus de l’homme musclé qui travaille torse nu. Des enfants qui envahissent leur ville et les transforment en Jardin des Délices Terrestres. Des bassins d’eau artificiels, que l’on emménage et entretient pour quelques mois, pour l’œil ou pour le corps. Les fourmis qui manigancent leur empire souterrain. Des adultes qui arrachent au Temps et à la mort quelques instants de plaisir qu’ils appellent ‘vacances’, et qu’ils s’efforcent de remplir.


L’Été.


posté par Simon à 1:27 AM 2 commentaires



alexie a dit…
Ça y est, je commence à m'ennuyerJ'avais aimé ce texte, assez cynique, qui m'a rappellé très vivement ma petite ville natale..J'ai hâte que tu nous revienne !
04 août, 2005 08:11

Simon a dit…
C'est bien gentil à toi... j'ai plusieurs petits textes qui s'en viennent d'ici un jour ou deux. Je me dépêche!À bientôt.
04 août, 2005 11:47

14 juin 2005

Égarements

Il y a longtemps, je me suis personnifié dans un poème en un personnage appelé Le Rêveur Rêvant. Rien de si glorieux; je n'étais, ne suis, et ne resterai, qu'un simple Perdu.

Perdu depuis si longtemps, mais maintenu en vie dans cette Forêt métaphorique, par de la nourriture, des jeux & jouets de toutes sortes, et l'attention diminuante d'êtres chers. Armé de ce strict minimum, le Perdu que je suis fini par se sentir chez soi dans l'inconfort, fini par cesser de chercher la sortie.

Jamais je n'aurais cru
que c'est en étant gentil
que je gâcherais ma vie.

Tout donner aux uns,
puis tout donner aux autres,
sans que jamais on ne me demande
"Toi, pauvre Perdu,
que veux-tu?"

À elle seule
la question
aurait de quoi
faire frémir mes yeux.

Et parce que je me méfie
de ce qui est trop
facilement intelligible,
on me croit niais,
on me juge muet.

Et puis parce que je me tais,
on en conclue une indépendance farouche,
et un coeur de pierre.

Ne comprenez-vous pas que je suis perdu, et l'ai toujours été? Que l'incertitude est ma seule certitude, et la confusion la seule paix d'esprit dont je dispose? Que j'ai le coeur brisé de constater que je peux survire à mes coeurs brisés? Que je ne vois de l'amour dans les yeux de personne, même pas dans ceux du Perdu qui se tient de l'autre côté du miroir? Que les pires prophéties toutes se réalisent, et que ça empoisonne la vie de tous ceux qui ne font même que les entrevoir? Que je souffre d'être un imposteur parmi les Étrangers, ayant adopté le costume mais non les stratagèmes psychiques de l'ouvrier responsable? Que je ne comprends rien aux Banques, aux Hypothèques, aux Piscines, aux Rapports d'Impôts, aux Assurances et aux traditionnels Devoirs Familiaux... je ne sais que survivre en étant Perdu, perdu toujours, et de plus en plus fatigué. Comme si à tous les jours un vampire venait se saucer les dents.

posté par Simon à 12:28 PM 7 commentaires



Lady Guy a dit…
Sur votre blogue règne le spleen de l'homme "correct", plutôt anachronique à notre époque délurée. C'est assez fascinant. Et une résignation d'une tristesse absolue qui me trouble profondément.Êtes-vous vraiment résigné? Vous le serez si vous attendez des autres le geste salvateur que seul VOUS pouvez poser. Vous n'avez pas gâché votre vie en étant gentil, si vous en retirez tant de peine; on n'est pas gentil lorsque ça nous rend malheureux. On est plutôt prudent ou obéissant. Ce n'est pas être méchant qu'être vous-même. Et ce n'est pas la faute des autres si vous n'avez pas encore choisi d'être. Vous devriez lire le journal de Kafka. Et aussi sa Lettre au père, qu'il n'a jamais osé lui remettre...Je ne vous reproche rien. Mais vous lire me cause souvent bien du chagrin.
15 juin, 2005 01:50

Lady Guy a dit…
Et puis, "A la recherche d'Ellivret Sam", ne serait-ce pas une sorte de "Délivrez Simon"?
15 juin, 2005 02:02

Simon a dit…
Chère Lady, avant tout je dois vous remercier de prendre le temps de brasser ma cage (car c'est ce dont il s'agit, n'est-ce pas?). Et pour que le ton de ce qui suivra soit sans équivoque: je ne suis ni fâché ni blessé, et nullement sur la défensive. Tout simplement pressé et même empressé d'éclaircir mes propos.Mais pour ce faire, je dois moi aussi vous poser des questions. Qu'est-ce qu'un homme "correct", et en quoi est-ce que j'en suis un? Pourquoi est-ce anachronique?Suis-je vraiment résigné? Oui, non, je ne sais pas. Ça dépend des jours. Il ne faut pas l'oublier: ma dernière entrée de blog est le reflet de ce que j'étais le jour où je l'ai écrite, à l'heure où je l'ai écrite. J'ai hésité avant de partager ce texte ici, me doutant bien qu'on le (et me) jugerait d'un pathétique profond. Mais mon soucis d'honnêteté (envers moi-même, avant tout) m'y a poussé. Je me retrouve souvent dans un État de Résignation, oui, mais je ne suis pas complètement résigné.Je n'attends pas de geste salvateur; en tout cas je n'en attends plus, et depuis un bon moment déjà. Ni de la part des autres, ni de la mienne. Je n'y crois pas. Je continu d'essayer, je fais tout ce que je peux pour ne pas me décourager, mais je n'y crois pas.Je vous trouve un peu hâtive de déclarer tout de suite que je n'ai pas vraiment été gentil si j'en suis si malheureux. Hormis ce que j'ai pu en raconter ici, vous ne connaissez pas mon histoire personnelle, ni ce qui se cache derrière ces mots. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Prudent, je le suis. Obéissant, pas vraiment, je ne sais pas, ça dépend de ce que vous voulez dire par là. En effet, ce n'est pas la faute des autres, vous avez raison, et je me désole si c'est les accusations qui ressortent le plus de ce texte, ou même de mon blog en général. Si vous saviez... je n'en veux pas à grand monde. J'ai de l'amertume, mais elle est avant tout dirigée envers moi. Ce dernier texte, par exemple, est beaucoup plus un constat qu'une charge.Délivrez Simon? Peut-être. Ça serait plutôt "Réveille toi Simon," une prière que je m'adresse.Désolé pour le trouble, le chagrin.
15 juin, 2005 13:03

Lady Guy a dit…
Simon, vous êtes trop sensible...Je ne trouve pas du tout que votre billet est pathétique et ne vous excusez surtout pas de m'avoir causé du chagrin - ça prouve que ce que vous écrivez me touche! Et je mentionne Kafka car vos thématiques m'y font penser...Je m'adresse au "sujet" du texte, pas à vous personnellement, car, effectivement, je ne vous connais pas. Ce n'est pas à vous que j'écris, mais à ce narrateur-blogueur nommé Simon. Malheureusement, les gens reçoivent souvent les commentaires en plein coeur, en oubliant ce détail: qu'ils sont avant tout des êtres fictifs dans l'écrit.Vous avez bien écrit: "Jamais je n'aurais cru que c'est en étant gentil que j'aurais gâché ma vie..." C'est à cela que je répondais et ce qui se cache derrière ces mots n'a aucune importance dans mon argumentation. Comment pourrais-je le savoir? Doit-on connaître la vraie vie d'un auteur pour discuter ses textes? J'ai trop lu Roland Barthes, probablement..J'ai bien compris que ce n'était pas une charge. C'est ce "constat" que je nomme résignation! C'est terrifiant, la résignation! Ça me fout les boules!!!Quand à l'homme "correct", je le vois comme l'homme qui ne fait que son devoir et honore ses responsabilités, sans jamais se rebiffer, comme Kafka... C'est anachronique en ce sens que de nos jours, tout tourne autour de l'épanouissement individuel et de la liberté personnelle. Vous êtes l'un des rares blogueurs à aborder la vie responsable, avec boulot, enfants, etc.C'est moi qui m'excuse d'avoir paru virulente. C'est le trouble, je vous dis...
15 juin, 2005 13:28

Lumi�res a dit…
Je me risquerai à ajouter un petit mot.Personnellement, la tristesse me parle du courage qui me manque, d'un choix que je n'ose faire et qui me ferait tant de bien, d'un geste que je me refuse à poser... Une série de tout petits gestes salvateurs qui me permettraient de mieux respirer et de vivre encore plus près de moi.Mais je ne sais pas...
15 juin, 2005 20:17

Simon a dit…
Lady Guy, je vais certainement retenir votre suggestion de lire la correspondance de Kafka. Je connais un peu ses écrits (j'ai lu certaines nouvelles dont La Métamorphose, et son roman Amerika), mais trop peu son œuvre globale.Je saisis mieux la nuance que vous faites entre le "sujet" du texte, et ma propre personne. Malheureusement pour moi, pour vous, ou peut-être pas, ce "narrateur-blogueur nommé Simon" n'est pas une entité distincte de ma propre personne. Mon blog n'est pas pour moi un lieu de fiction (pas consciemment du moins); je garde ça pour mes romans. Si, comme vous le dites, je deviens un être fictif dans mes écrits, c'est le résultat normal du processus d'appropriation du lecteur, et non une intention de ma part. Que les commentaires que les gens m'aillent droit au cœur, et bien c'est tant mieux ou tant pis, selon le cas, mais je ne voudrais pas que ça soit autrement. Je vais continuer de m'ouvrir à tous les coups --- bas comme hauts --- parce que la fermeture serait une mort. Hum... je deviens un peu trop cryptique. Non, évidemment, il ne faut pas connaître la vie d'un auteur pour discuter de ses textes, ce n'est pas ce que je voulais dire. Roland Barthes... je devrais lire quoi, de lui? Je n'ai lu que des bribes par ci par là.Le résignation ne me terrifie plus, sauf peut-être lors de ces cristallisations psychiques qui se produisent lors de grands moments de Lucidité (illusion s'il en est une). "J'ai des grands instants de lu-ci-di-di-di-di-di-té..."Je serais donc quelqu'un qui ne fait que mon devoir, et honore mes responsabilités, sans jamais me rebiffer. Ouais, d'accord. Mais ces mots, "devoir", "responsabilités", sont des abymes sémantiques qui peuvent vouloir dire n'importe quoi. Alors je vais vous croire sur parole, mais ne suis pas prêt à me déclarer un des rares à aborder la vie responsable. Je sais que je m'enfarge dans les fleurs du tapis, mais j'ai beaucoup de misère à accepter l'espèce de hiérarchie implicite de ces concepts. Mais dans le fond je n'ai pas à vous dire tout ça, je sais que vous le comprenez.Virulente, non, pas du tout, n'allez pas croire que c'est comment j'ai perçu vos propos. Je prends vos commentaires à cœur, oui, je l'ai déjà dit, mais --- comme vous me l'avez dit --- ça veut tout simplement dire que vos propos me touchent.
16 juin, 2005 11:28

Simon a dit…
Lumières, si je comprends bien la situation que vous décrivez, peut-être ne s'agit-il pas de manque de courage, mais d'une certaine prudence face à une incertitude. Il est difficile de voir clairement quels sont les gestes salvateurs --- petits comme grands --- qui réellement nous aideront à respirer. Donnez-vous du temps, vous y verrez plus clair, et éventuellement le geste viendra de lui-même.C'est du moins ce que je me dis.
16 juin, 2005 11:29

1 juin 2005

Cogner des clous

La Fatigue est un isoloir; emmitouflé dans cette solitude les mémoires s'estompent et les rêves se font criants.

La Fatigue est un isoloir que l'on combat non par le Sommeil mais par l'Enthousiasme.

14 mai 2005

TRUCS POUR RESTER FOUS

1. ne pas avoir honte d'être fou
1.1. ne pas hésiter à avouer sa folie
2. seul ou entre amis, effectuer périodiquement des séances où l'on se fait Shaman
3. se laisser aller à ses entrains spontanés, quitte à ne plus savoir retracer ses pas
4. à part égal, investir du temps dans l'observation de l'infiniment petit et de l'infiniment grand
5. se coucher par terre quand l'envie nous en prend
6. se mettre à courir quand l'envie nous en prend
7. au moins une fois par heure, rire, chanter, crier ou siffler
8. écrire l'éphémère pour ne pas l'oublier et retenir l'éternel pour arrêter d'y penser
9. fermer ses yeux quand on mange et quand on boit
10. observer ses névroses et en rire, pour être capable de les perfectionner
11. jouir de l'ordre autant que du désordre
12. ne pas tout essayer de comprendre
13. ne pas essayer d'aimer ce qui ne le mérite pas (ou, si l'on veut, détester ce qui est détestable)
13. amplifier l'importance du Jeu, et dé-dramatiser tout le reste
14. entretenir des conversations avec ceux qui ne sont pas là, et ce qui n'a pas de Voix
15. prendre les choses pour ce qu'elles nous font, non pour ce qu'elles sont
16. essayer de connaître la folie des autres, et la complimenter quand c'est possible
17. toujours essayer d'être dépaysé, même quand on connaît par cœur
18. avoir du respect pour ses personnalités multiples
19. identifier ses joies et puis les transporter avec soi, partout, dehors comme en dedans, le jour comme la nuit
20. vivre comme si on était éternel, et en même temps voir la vie comme si on était mort hier
21. ne pas hésiter à désobéir à ces trucs
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Vidoc a dit...
J'ai noté..je te tiens au courrant si ca fonctionne:)
19 mai, 2005 18:07

Simon a dit…
He he, d'accord. Et toi, ça va, tu tiens le coup?Je comprends ça, les passes difficiles. Courage.
19 mai, 2005 20:19

alexie a dit…
C'est beau ça. J'en suis toute nostalgique. Enchantée de te découvrir.
20 mai, 2005 13:24

Simon a dit…
Alexie: Bonjour, enchanté de te découvrir aussi (je suis arrivé à ton blog pour la première fois ce midi).Mais je suis curieux... nostalgique de quoi, exactement?
20 mai, 2005 20:46

8 mai 2005

22:40

"Rien ne me semble important
mais tout me semble grave."

Voilà ce que je respire, ce que j'expire.

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Evlyn M a dit…
Hôla je viens de découvrir ton ici, je vais aller te lire un peu ;)
09 mai, 2005 23:47

nøkturA a dit...
Voilà une phrase à laquelle je peux m'attacher bien souvent. Très belle réflexion. :)
10 mai, 2005 11:03

Simon a dit…
Bienvenue à toi, Evlyn.Saluatations à toi, Noktura. Ouais, une drôle de bipolarité qui est parfois difficile à vivre (et surtout diffile à comprendre pour mes proches), mais j'y vois aussi des avantages (celui de la dédramatisation, entre autre). Mais me voilà reparti... Merci de votre visite!
10 mai, 2005 12:28

Lady Guy a dit…
Ça ressemble à du Pessoa...
10 mai, 2005 17:09

Simon a dit…
Pessoa? Je ne connais pas, merci de la référence, je m'en vais voir qui c'est tout de suite.
10 mai, 2005 21:24

25 avril 2005

l'esprit en broussailles

se perdre
une clairière que je ne reconnais pas
une petite panique
la crainte d'un danger
jusqu'ici tout était paisible
mon sourire cherchait une porte
dans cette végétation
sur le mur de la Montagne
sans trop y croire
mais voilà que les oiseaux se taisent
le vent s'élève
le ciel devient plafond gris
une drôle de couleur s'égare
jusqu'à mon Cœur infiltré;
je pourrais ignorer cette tension alarmante
mais par le fait même tout manquer
passer à côté d'une trappe s'ouvrant sur un souterrain...
mais si je ne pense qu'à la menace
je deviens la proie de mes propres angoisses...
que faire? et où?

9 avril 2005

sans titre

à quoi bon, à quoi bon se fâcher, je le regrette toujours, même quand j'ai raison (et comment savoir si j'ai raison?), et pis de toute façon on est tous tristes et ça serait mal d'en rajouter, me sacrifier, après tout, est-ce que c'est vraiment un sacrifice, et pis si on se l'avoue, si on est honnête avec ce que l'on est et ce que l'on sent et ce que l'on n'aime pas, si on est honnête tout court, toujours, la culpabilité finit par disparaître, on est moins plaisant, moins populaire, moins impressionnant, mais je pense que c'est le seul moyen que j'ai de pouvoir vivre avec moi-même sans souffrir, toujours souffrir, sans toujours avec le coeur comprimé comme une roche, sans toujours avoir les intestins remplis de sable et de vitre, sans toujours être en colère... je ne peux plus me permettre d'être Enragé, je ne peux plus, il faut que je tire mon élan d'un autre État, d'une autre Énergie, il faut que la frénésie, le désespoir, soit derrière --- et non devant --- mes yeux... à quoi bon se fâcher contre nos proches, à quoi bon agir comme tous ceux que je trouve ridicules et imbéciles?

24 mars 2005

L'Empilement du Quotidien

Invariablement, le quotidien fini par s'empiler sur notre Essence, le Cœur de notre personnalité si on veut. Il revient donc à nous de s'assurer que ce que l'on empile est le plus transparent possible, le plus pur possible, pour ne pas venir obscurcir (et éventuellement même étouffer) ce Cœur.

Si notre quotidien est parsemé --- à chaque jours --- de bassesses frustrées, de petites cruautés, d'insincérité chronique, de vains commérages, d'emportements agressifs, de vulgaires caprices, d'égoïsme crasse, d'égocentrisme éhonté, il vient un temps où ce sont ces choses là --- ces couches superficielles de détritus spirituels --- et non notre Cœur, qui nous définissent. Et alors nous ne méritons plus que du Mépris. Pas de la Pitié, pas de la Colère. Du Mépris.

14 janvier 2005

Déprime #24: 10 Ans Plus Tard

Je ne suis pas un homme désespéré, mais je suis sans espoirs.

Pas d'espoir de terminer mon roman, de le publier (et donc manque de motivation de l'écrire juste pour moi, comme jadis). Pas d'espoir de me sortir de mon emploi que je déteste, de la lutte quotidienne pour l'argent. Pas d'espoir d'harmonie familiale, ou même de chaleur familiale. Pas d'espoir que Mélissa et moi devenions plus proches l'un de l'autre. Pas d'espoir de retrouver l'amitié avec qui que ce soit. Pas d'espoir de voyager un jour comme je le veux (c'est-à-dire avec errance, avec introspection et observation calme, sur des longues périodes de temps). Pas d'espoir d'atteindre la sérénité. Pas d'espoir de nouvelles relations amoureuses (parce que je suis fidèle, que jamais je ne demanderai le divorce, mais --- surtout --- parce que je suis complètement incapable d'offrir quoi que ce soit à une femme… demandez à Mélissa… si elle est honnête avec vous elle vous le dira). Pas d'espoir d'habiter un jour la maison de mes rêves (une maison assez vieille, avec grenier et foyer, où je pourrais avoir une grande bibliothèque, sur un terrain presque forêt, où je ne vois aucuns voisins, avec un petit ruisseau). Pas d'espoir d'établir avec mes enfants une relation qui serait à la hauteur de mes attentes, de mes capacités (ne pouvant pas passer suffisamment de temps avec eux, tout simplement). Pas d'espoir d'accomplissement, d'épanouissement.

Une vie de travail, de consommation ponctuelle et répétitive, de remboursement de dettes diverses et variées et multiples (processus indiciblement lent), de fatigue constante et de plus en plus abrutissante, avec des passions (lecture, écriture, cinéma, musique) qui --- faute de pouvoir y consacrer mon Plein Cerveau --- ne sont finalement que des évasions divertissantes; et puis des enfants que je ne connaîtrai pas à l'âge où il est encore possible de le faire, et puis qui quitteront ma maison, et deviendront --- comme ça le fait avec tous ceux qui me côtoient --- des Étrangers; des bonnes volontés jadis irréductibles, lentement érodés par l'épuisement et le manque de reconnaissance; une vie de silence, d'abnégation involontaire, à me sacrifier pour ma famille, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus besoin de moi, et qu'alors je meurs; de la rage, à cause de ma propre impuissance, mais aussi (surtout) à cause de tous les Charlatans (Marchands & Prêtres & Ministres & Savants & Artistes) que je vois à l'œuvre autour de moi.

SUICIDE, quand vas-tu me laisser tranquille? Ça fait dix ans, peut-être même plus, que tu me harcèles; ne vas-tu pas un jour cesser de t'abattre sur moi quand je suis le plus vulnérable?

* * *

Ça fait des semaines que j'aurais dû aller me faire couper les cheveux. Ça fait longtemps que je ne les ai pas eu aussi longs.

Hier, en apercevant mon reflet dans la fenêtre de l'autobus, j'ai trouvé que j'avais des airs d'Amérindien. Il est vrai que j'ai des ancêtres Hurons en quelque part dans la moitié paternelle de mon arbre généalogiques (et il ne s'agit là que ce dont je suis au courant, j'ai probablement du sang amérindien du côté de ma mère aussi), mais c'est la première fois que j'en voyais des manifestations dans mon propre visage.

Ensuite, marchant vers chez moi, je pensais à ce que ça peut révéler sur moi, ce que ça peut expliquer ou renseigner… mon détachement (voire mon allergie) face aux Ambitions de la Civilisation où j'ai vu le jour, mon amour de la Nature et mon incompatibilité avec la Ville, mon attitude face à l'expérience de la drogue (un rituel de shaman qui ne doit pas devenir un geste routinier, qui doit rester sacré). Si tel était mon désir, je pourrais tout réexaminer ma vie par cette optique, et adopter pleinement mon "identité amérindienne". Mais ça serait de l'appropriation mensongère, de la récupération ancestrale, et --- ultimement, tout jugement moral ou éthique mis à part --- une perte de temps. Je suis un québécois, un canayien-frança, et par définition ça implique du métissage en quelque part chez mes ancêtres. Je ne suis pas différent ou distinct ou spécial pour autant.

Si seulement tout le monde comprenait cette réalité intrinsèque… on traiterait mieux nos autochtones, et on serait peut-être un peu moins moralement myope.

* * *

On commence à mourir quand on adopte de notre plein gré une existence qui ne nous ressemble pas.

* * *

En fin de semaine, mon petit carnet de poche est tombé derrière ma table de nuit, et je ne l'ai toujours pas récupéré. Cette situation aurait été impensable il y a deux ans, même un. Révélation par l'Absence.

Ce que ça veut dire? Que je laisse tomber dans l'oubli des dizaines de pensées, de bouts de poèmes, d'idées pour mes histoires. Par hasard, certaines de ces idées me reviennent par la suite, et alors je choisis de les noter (ou pas). La plupart sont cependant perdues à jamais. ET ÇA NE ME DÉRANGE PAS OUTRE MESURE. Ça me trouble et ça m'attriste, mais je laisse les choses aller quand même. Le début de la fin. Si je continue dans cette voie, je n'écrirai probablement plus d'ici quelques années. Comment survivre à ça?

13 décembre 2004

Frisson

À force de tout donner à tout le monde, autant que je le peux, j'ai peur d'être lentement en train de perdre mon identité. Éventuellement, j'en viendrais peut-être même à ne plus penser de façon à être encore capable d'écrite. Ça fait peur. On dirait que je me vide, et qu'un jour je le serai complètement, sans que ça me révolte.

7 décembre 2004

Neige

Je n'arrive pas à l'oublier. Ça tombe, ça gèle, tout disparaît dans le crachat de Décembre. Verglas, petite grêle qui pince les joues. Mes chats demandent la porte et puis voient quel temps il fait et font demi-tour.

Le matin, le soir, je fais à pieds le trajet entre l'arrêt d'autobus et ma maison, une marche d'environ quinze minutes. Vingt minutes ces jours-ci, avec la glace cachée et les bancs de neige. Je m'en réjouis, même quand le matin je suis tout endormi et que j'ai froid. La marche active mon coeur, et me réveille plus que le café. Le silence. Le vent. Les arbres. Parfois la lune, parfois les lueurs lointaines de l'aube fantasmatique. La noirceur, le matin comme le soir. Je ne vois que la noirceur, et j'en tire plaisir. Ça me met en tête la Noirceur de ce temps de l'année, et ça m'aide à comprendre la symbolique païenne (et donc sempiternelle) de cette période.

Ça tombe encore. J'espère que vous en profitez autant que moi, mes amis.

Je pense à vous, où que vous êtes. Marie, Martine, Hugues, Yan, Stéphane, Julien, Philippe, ma belle Julie, Cindy, Michel mon père, Mireille ma mère, Geneviève ma soeur. Sylvain. Christian. Je vous trimbale tous et toutes, et je n'ai pour vous que respect et amour. J'aimerais vous le dire en personne, mais pour l'instant je n'ai que cet espace à ma disposition.

'Soir.

Silences

Moins de mises à jour depuis quelques temps. Pendant mes heures de travail j'ai moins de moments d'évasion, et puis le soir je suis crevé, je me couche tôt (trop tôt).

Mais je suis étrangement contenté. Je ne suis pas habitué. Le froid me convient, mes pensées me nourrissent, mes enfants me comblent, mes lectures me remplissent, et mon existence... m'éblouit, dans tout ce qu'elle a d'horrible, de raté, de triste, de magique et de merveilleux.

Les futilités me sont bien évidentes... je ne perds pas ma salive, mes larmes, mes sourires. Je travaille à mon écriture, ai presque oublié les projets de publication. Je contemple mon roman en cours, ce qui est écrit et ce qui reste à écrire, et l'ampleur de la chose m'effraie. Quand on a peur de sa création, l'opinion des éditeurs est bien méprisable.

Allez donc marcher dans la neige. J'en fais de même.

1 novembre 2004

Conseil

Méfiez-vous de ces jeunes qui veulent changer le monde avant même de le connaître, et de ces vieux qui veulent le garder tel quel même quand ils ont constatés de son état lamentable.

15 octobre 2004

Défoulement sans queue ni tête

Ah, ce qu'on nous ment! À la maison, à l'école, à la télé, dans les livres, dans les journaux, partout, on nous ment dès notre naissance, dans la noble intention de faire de nous des Individus Responsables, Respectueux, et investis d'un sens Moral.

De quels mensonges je parle? Inutile de les énumérer en détails, ils reviennent tous au même: essayer de convaincre que l'on Sait, qu'on a la Réponse. Cacher son ignorance, la recouvrir de cynisme ou d'intellectualisme pompeux, d'expertise factuelle ou de soit disant "expérience", d'investiture pleine d'autorité ou d'évidences solennelles et bien-intentionnées, et puis se former un Discours sophistiqué qui impressionnera et convaincra.

Vous prétendez connaître, vous prétendez savoir, alors que c'est impossible, avouez-le, que vous soyez Croyant ou Athée, Agnostique ou Témoin de Jéhovah, ça ne change rien, dans toutes les croyances et les idéologies il y a quelque chose qui ne change pas: l'humain est petit, l'humain est idiot, manque toujours sa cible, et doit passer sa vie à souffrir. Alors cessons de prétendre, arrêtons d'essayer d'enterrer l'autre avec nos propos perspicaces (car finalement ce n'est toujours qu'une pathétique entreprise de solidification de nos fondations personnelles).

People just ain't no good, dit Nick Cave.

Mais à qui devraient incomber les reproches? À ceux qui mentent, délibérément ou pas, ou à ces idiots de mon espèce qui ont eu un jour la sottise de croire en qui que ce soit, quoi que ce soit?

Qui a tort? Le Menteur ou le Naïf?

Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est que je ne suis pas un menteur (et que je n'ai pas l'intention de le devenir), et que j'ai perdu une bonne partie de ma naïveté.

6 octobre 2004

Considérations Matérialistes (donc suicidaires)

L'autre jour, attendant le métro, je me suis demandé si mon suicide apporterait de l'argent d'assurance à Mélissa, l'aidant donc après ma mort à régler nos problèmes financiers. Ce n'était évidemment pas sérieux, mais la pensée m'occupait tout de même. Le soir, attendant encore le métro, fatigué de ma journée, distrait par la faim, j'y repensais vaguement, complètement dans la lune, et quand le métro est arrivé j'ai eu pendant une seconde le réflexe de me lancer devant, me disant: "Vite, j'étais en train d'oublier, j'ai presque manqué mon coup." J'ai su résister à cette pulsion destructrice, mais ça m'a fait peur. Si j'avais été un peu plus fatigué, déprimé, affamé, l'aurais-je fait?

Une anecdote qui indique bien dans quel état je suis, ces jours-ci.

Je n'ai plus assez de présence d'esprit pour fonctionner correctement. Au travail j'ai de la misère à avancer dans mon dossier; à la maison je manque de patience avec mes enfants, et je n'ai rien à offrir à ma Mélissa que j'aime; quand vient le temps de faire du ménage je suis fatigué et au ralenti; dans l'autobus, quand j'ai la chance d'écrire, je flotte au-dessus de moi-même, me sens vide, rien ne sort; j'arrive à lire, à suivre un film, mais les moments sont rares où je pénètre dans ces fictions (fusion avec l'art qui a toujours été si importante pour moi); je ne note pratiquement plus d'idées, parce que je les oublie mais aussi parce que j'en ai moins; je n'ai plus envie de rien, sauf de sortir de ma vie actuelle.

Autre anecdote: hier un jeune homme est venu cogner à ma porte, voulait me vendre un carnet de billets permettant de voir les parties de l'équipe de hockey locale et de manger à un restaurant le même soir. Voulant me vendre sa salade, il m'a demandé: "T'as des enfants, mais tu sors encore avec tes chums, non?". Je n'ai pas su répondre sauf en hochant la tête, cette question me révélait si drastiquement à quel point je suis déconnecté des jeunes hommes qui m'entourent. Je n'ai pas de "chums"; non, je ne sors pas avec eux; en fait, je n'ai jamais sorti avec eux; on pourrait même dire que je n'ai jamais eu de "chums", pas dans le sens que vous lui donnez en tout cas; je n'ai jamais aimé "sortir", alors je ne le ferais pas maintenant même si j'avais des "chums"; etc.

* * *

L'aliénation que je subis, que je m'impose, a finit par tuer presque complètement la capacité que j'avais à écrire. J'en ai encore l'envie, mais c'est presque tout. Par conséquent, privé de cette nourriture sacrée, la grisaille s'infiltre dans tous les aspects de ma vie. La confusion aussi, qui est accentuée par cette anxiété nerveuse, nervosité anxieuse.

Je ne sais plus quoi faire. Un autre de mes mantras.

28 septembre 2004

Faux Latin: De Prime Antes

En dedans tout est Fatigue;
en dehors tout est Tracas;
que peut-il rester
du "meilleur de moi-même"?

* * *

Des journées comme aujourd'hui, je me dis que je ne pourrai pas continuer comme ça pour longtemps. Ça fait déjà cinq ans que j'occupe cet emploi, cinq ans à ne pas aimer ce que je fais.

Aujourd'hui, donc, assis à mon bureau, j'ai eu en Tête un sentiment familier, que je me souviens avoir ressenti --- enfant --- alors que je marchais sur Ste-Catherine avec ma mère, près de l'UQAM (voyant un immeuble où il était écrit "DUPUIS" en grosses lettres, j'associais ce que je voyais à un décor d'album de Gaston Lagaffe, quand ce dernier roule dans une ville sale avec sa bagnole hyper-polluante). Un désespoir sans nom, gris et pluvieux, qui ne laisse aucune place à la Vie humaine. Seulement, enfant, je tombais dans ces poches de désespoir un peu par surprise, et puis ça passait. Mais aujourd'hui j'ai été dans cet état pratiquement toute la journée, ou en tout cas aussi longtemps que j'ai été dans mon bureau (soit d'environ 8h05 jusqu'à 11h35 --- à ce moment là je suis sorti pour aller manger mon lunch avec mon père --- et puis ensuite de 12h25 jusqu'à mon départ vers 16h25).

À la polyvalente j'ai enduré cinq ans et puis ensuite j'ai enduré environ trois ans de Cégep/Université, et puis un peu plus tard environ six mois de rattrapage en mathématiques pour 1 an et demi de cours intensifs en informatique. Et puis cet emploi, qui ne me promet de fuite que dans une trentaine d'années.

Je ne me rendrai pas, je le sens. Impossible, impensable, que je travaille ici (ou ailleurs dans le même domaine) jusqu'à l'âge de 55 ans. Et pourtant, je n'en ai pas le choix. Les obligations financières me gardent prisonnier (je pense à cette image du Christmas Carol de Dickens, où on voit le fantôme enchaîné de Jacob Marley). Dettes étudiantes (les miennes et celles de Mélissa), hypothèque, pesantes cartes de crédit, éternels comptes mensuels, deux enfants… tout ça dépend de mon unique salaire. Mon naufrage, ça serait le naufrage d'une famille complète.

Je ne peux pas flancher. Je ne peux pas continuer. Tout m'est impossible: le recul, l'immobilité, la progression. Ce qu'il me faut c'est une alternative, un univers parallèle, sans quoi l'issue sera imprévue, et ne viendra pas de moi.

23 septembre 2004

Éphémères tiges d’amertume

Je ne suis pas là. Je suis fait pour regarder le monde passer, pour saisir les subtilités du Temps qui passe et qui repasse. Je suis un fantôme silencieux. Je suis un fantôme, je suis un fantôme, c'est devenu mon mantra. J'aime m'infliger la folie, laisser les Visions grandir dans ma tête, me perdre dans des histoires. Des romans de 800 pages, de 8000 pages, emmenez-en, je sais apprécier la générosité des auteurs. J'ai moi-même des milliers de pages à écrire, je le sais; le délire est mon veston. Je crois en l'amitié même si je n'ai plus autour de moi de grands amis. Le vieillissement se déroule en moi, je change mais en même temps je deviens de plus en plus moi-même. Je ne suis pas là mais on m'y oblige. Comme tout le monde je suis un travailleur, un frère, un fils, un père, un amoureux, un citoyen… mais comme je l'ai fait dire à Philippe, mon personnage, c'est comme un caméléon qui change de couleur pour ne pas se faire manger. Condamné à l'anonymat, à la solitude, au statut de mouton noir confus, révolté muet, enragé souriant, riant de tout et de rien, pour toujours. Fils de hippies qui n'a pas plus de respect pour son époque que pour celle de ses parents que pour celle de ses grands-parents. Je ne suis pas fait pour gagner ma vie, mais pour la comprendre (c'est du moins ce que je me plais à penser). Rien à foutre de la vie que je mène actuellement, je rêve de vendre ma maison de lâcher ma job de me débarrasser de tout et de partir avec ma Belle et mes deux petits garçons, respirer l'air de notre monde pendant que c'est encore possible, fouler les Forêts du globe pendant qu'il en reste encore, me défaire de mon luxueux costume de nord-américain. Je ne sais pas ce que je dis mais je sais qu'en le disant j'avance et évolue. J'ai perdu espoir de réaliser mes rêves mais pourtant je continue de mieux me les définir. Mon fatalisme n'a jamais été aussi grand, je ne prends plus plaisir à rien (ou presque), mais je continue de me sacrifier pour maintenir ce mode d'existence. Je ne me comprends pas, ou plutôt je ne me comprends pas en relation avec ceux qui m'entourent. J'aime la solitude parce qu'on ne m'en laisse pas le choix, parce que j'ai trop à faire et pas assez de temps pour le faire, et que les banalités sociales ne me viennent pas naturellement et que la majorité de nos contacts sont des banalités sociales alors je préfère laisser faire. Se mettre à haïr parce qu'on est trop gentil, et que personne n'a d'égard pour la gentillesse. Sentir que sa fin est proche, que tout est peut-être une dernière fois. De moins en moins capable d'être autrement que moi-même. L’érosion se manifeste de plus en plus, et la seule défense que j’ai c’est de continuer, continuer jusqu’à --- et malgré --- l’épuisement (ce qui peut-être ne fait qu’exacerber l’érosion, et ainsi de suite, jusqu’au naufrage).

Être pourtant capable de se nourrir d'un rire, d'un instant d'après-midi parfait, d'une sieste chaleureuse dans le même lit qu'un être aimé, d'une petite idée notée en cachette, d'une grande idée qui transfuge la journée, d'une petite promenade où tu découvres un petit joyau géographique.

Je suis triste mais…

J'ai cette phrase dans la tête depuis des années. Je n'ai jamais réussi à la continuer. Est-ce que ça veut dire que je n'avance plus?

18 août 2004

Jérémiades

Frénésie, inexplicable frénésie; au mieux, je peux expliquer pourquoi elle persiste. Fatigué, affamé, caféiné, dans toutes les situations (sociales ou autres), toujours j'ai le cœur qui bat trop vite et l'Esprit qui fuit la Concentration. Je n'ai de répit que quand je dors ou écoute de la musique. A-t-on déjà vu aussi névrosé? Oui, on a vu bien pire. Néanmoins, c'est alarmant quand ça se présente chez un individu sur qui reposent tellement d'attentes et de responsabilités (époux, bientôt père de deux enfants, seul du foyer familial à gagner un salaire, ayant à payer pour l'hypothèque de la maison et les dettes d'études des deux adultes, occupant un emploi exigeant d'autant plus qu'il ne s'y sent pas à sa place, entretenant des ambitions d'écriture presque comme on s'engage dans l'adultère, ne pouvant pas accorder beaucoup de temps à sa famille et ses amis). Et puis dans tout ça, transporter avec soi cette Folie, ce Trouble, qui ne fait qu'exacerber une Solitude déjà bien établie.

Ce midi j'ai regardé une photo aérienne des villes de McMasterville / Beloeil / St-Hilaire / Otterburn Park (prise par mon père lors de son récent tour d'avion), et j'ai repéré les différents lieux mémorables de mon ancienne existence (21 ans d'une vie qui en compte 29, ce n'est pas rien), entre autre mon ancienne maison ainsi que celle de mon ami H., et puis la pointe entre nos deux demeures où le pont des trains enjambe le Richelieu entre Beloeil et Otterburn Park, et où on allait souvent moi et lui… et les larmes ont remplies le bas de mes yeux.

Trop sensible, aujourd'hui.

6 août 2004

Poème conçu & mémorisé pendant une longue… réunion… plate.

Une vie alchimique
saturée de sensations transfigurantes
où les lierres
de l'imaginaire
poussent
en terre
fertile.

Voilà ce qu'était mon enfance,
voilà ce qu'est mon idéal.

--- 9 juin 2004

Annonce Déclassée

Vous écrivez mais le faites dans l'ombre, ou avez en votre possession les écrits d'une personne disparue (parent ou conjoint) pour qui l'écriture occupait dans son existence une grande place? Je suis à la recherche de ces textes d'Écrivains Inconnus (qui ne sont pas moins écrivains parce qu'ils sont inconnus), textes d'autant plus sacrés qu'ils avaient comme but premier non pas la publication et la reconnaissance artistique, mais la création primordiale.

Poèmes, récits courts ou longs, lettres, cartes, tout et n'importe quoi ayant été écrit avec Cœur et avec sensibilité artistique. Si la réponse est bonne, je projette de rassembler tous ces textes et d'essayer ensuite de les publier, prouvant ainsi qu'il est possible de Créer en dehors des cercles universitaires hermétiques et des réseaux serrés d'artistes déjà établis.