14 mai 2005

TRUCS POUR RESTER FOUS

1. ne pas avoir honte d'être fou
1.1. ne pas hésiter à avouer sa folie
2. seul ou entre amis, effectuer périodiquement des séances où l'on se fait Shaman
3. se laisser aller à ses entrains spontanés, quitte à ne plus savoir retracer ses pas
4. à part égal, investir du temps dans l'observation de l'infiniment petit et de l'infiniment grand
5. se coucher par terre quand l'envie nous en prend
6. se mettre à courir quand l'envie nous en prend
7. au moins une fois par heure, rire, chanter, crier ou siffler
8. écrire l'éphémère pour ne pas l'oublier et retenir l'éternel pour arrêter d'y penser
9. fermer ses yeux quand on mange et quand on boit
10. observer ses névroses et en rire, pour être capable de les perfectionner
11. jouir de l'ordre autant que du désordre
12. ne pas tout essayer de comprendre
13. ne pas essayer d'aimer ce qui ne le mérite pas (ou, si l'on veut, détester ce qui est détestable)
13. amplifier l'importance du Jeu, et dé-dramatiser tout le reste
14. entretenir des conversations avec ceux qui ne sont pas là, et ce qui n'a pas de Voix
15. prendre les choses pour ce qu'elles nous font, non pour ce qu'elles sont
16. essayer de connaître la folie des autres, et la complimenter quand c'est possible
17. toujours essayer d'être dépaysé, même quand on connaît par cœur
18. avoir du respect pour ses personnalités multiples
19. identifier ses joies et puis les transporter avec soi, partout, dehors comme en dedans, le jour comme la nuit
20. vivre comme si on était éternel, et en même temps voir la vie comme si on était mort hier
21. ne pas hésiter à désobéir à ces trucs
------------------
Vidoc a dit...
J'ai noté..je te tiens au courrant si ca fonctionne:)
19 mai, 2005 18:07

Simon a dit…
He he, d'accord. Et toi, ça va, tu tiens le coup?Je comprends ça, les passes difficiles. Courage.
19 mai, 2005 20:19

alexie a dit…
C'est beau ça. J'en suis toute nostalgique. Enchantée de te découvrir.
20 mai, 2005 13:24

Simon a dit…
Alexie: Bonjour, enchanté de te découvrir aussi (je suis arrivé à ton blog pour la première fois ce midi).Mais je suis curieux... nostalgique de quoi, exactement?
20 mai, 2005 20:46

8 mai 2005

22:40

"Rien ne me semble important
mais tout me semble grave."

Voilà ce que je respire, ce que j'expire.

---------------------------------

Evlyn M a dit…
Hôla je viens de découvrir ton ici, je vais aller te lire un peu ;)
09 mai, 2005 23:47

nøkturA a dit...
Voilà une phrase à laquelle je peux m'attacher bien souvent. Très belle réflexion. :)
10 mai, 2005 11:03

Simon a dit…
Bienvenue à toi, Evlyn.Saluatations à toi, Noktura. Ouais, une drôle de bipolarité qui est parfois difficile à vivre (et surtout diffile à comprendre pour mes proches), mais j'y vois aussi des avantages (celui de la dédramatisation, entre autre). Mais me voilà reparti... Merci de votre visite!
10 mai, 2005 12:28

Lady Guy a dit…
Ça ressemble à du Pessoa...
10 mai, 2005 17:09

Simon a dit…
Pessoa? Je ne connais pas, merci de la référence, je m'en vais voir qui c'est tout de suite.
10 mai, 2005 21:24

25 avril 2005

l'esprit en broussailles

se perdre
une clairière que je ne reconnais pas
une petite panique
la crainte d'un danger
jusqu'ici tout était paisible
mon sourire cherchait une porte
dans cette végétation
sur le mur de la Montagne
sans trop y croire
mais voilà que les oiseaux se taisent
le vent s'élève
le ciel devient plafond gris
une drôle de couleur s'égare
jusqu'à mon Cœur infiltré;
je pourrais ignorer cette tension alarmante
mais par le fait même tout manquer
passer à côté d'une trappe s'ouvrant sur un souterrain...
mais si je ne pense qu'à la menace
je deviens la proie de mes propres angoisses...
que faire? et où?

9 avril 2005

sans titre

à quoi bon, à quoi bon se fâcher, je le regrette toujours, même quand j'ai raison (et comment savoir si j'ai raison?), et pis de toute façon on est tous tristes et ça serait mal d'en rajouter, me sacrifier, après tout, est-ce que c'est vraiment un sacrifice, et pis si on se l'avoue, si on est honnête avec ce que l'on est et ce que l'on sent et ce que l'on n'aime pas, si on est honnête tout court, toujours, la culpabilité finit par disparaître, on est moins plaisant, moins populaire, moins impressionnant, mais je pense que c'est le seul moyen que j'ai de pouvoir vivre avec moi-même sans souffrir, toujours souffrir, sans toujours avec le coeur comprimé comme une roche, sans toujours avoir les intestins remplis de sable et de vitre, sans toujours être en colère... je ne peux plus me permettre d'être Enragé, je ne peux plus, il faut que je tire mon élan d'un autre État, d'une autre Énergie, il faut que la frénésie, le désespoir, soit derrière --- et non devant --- mes yeux... à quoi bon se fâcher contre nos proches, à quoi bon agir comme tous ceux que je trouve ridicules et imbéciles?

24 mars 2005

L'Empilement du Quotidien

Invariablement, le quotidien fini par s'empiler sur notre Essence, le Cœur de notre personnalité si on veut. Il revient donc à nous de s'assurer que ce que l'on empile est le plus transparent possible, le plus pur possible, pour ne pas venir obscurcir (et éventuellement même étouffer) ce Cœur.

Si notre quotidien est parsemé --- à chaque jours --- de bassesses frustrées, de petites cruautés, d'insincérité chronique, de vains commérages, d'emportements agressifs, de vulgaires caprices, d'égoïsme crasse, d'égocentrisme éhonté, il vient un temps où ce sont ces choses là --- ces couches superficielles de détritus spirituels --- et non notre Cœur, qui nous définissent. Et alors nous ne méritons plus que du Mépris. Pas de la Pitié, pas de la Colère. Du Mépris.

14 janvier 2005

Déprime #24: 10 Ans Plus Tard

Je ne suis pas un homme désespéré, mais je suis sans espoirs.

Pas d'espoir de terminer mon roman, de le publier (et donc manque de motivation de l'écrire juste pour moi, comme jadis). Pas d'espoir de me sortir de mon emploi que je déteste, de la lutte quotidienne pour l'argent. Pas d'espoir d'harmonie familiale, ou même de chaleur familiale. Pas d'espoir que Mélissa et moi devenions plus proches l'un de l'autre. Pas d'espoir de retrouver l'amitié avec qui que ce soit. Pas d'espoir de voyager un jour comme je le veux (c'est-à-dire avec errance, avec introspection et observation calme, sur des longues périodes de temps). Pas d'espoir d'atteindre la sérénité. Pas d'espoir de nouvelles relations amoureuses (parce que je suis fidèle, que jamais je ne demanderai le divorce, mais --- surtout --- parce que je suis complètement incapable d'offrir quoi que ce soit à une femme… demandez à Mélissa… si elle est honnête avec vous elle vous le dira). Pas d'espoir d'habiter un jour la maison de mes rêves (une maison assez vieille, avec grenier et foyer, où je pourrais avoir une grande bibliothèque, sur un terrain presque forêt, où je ne vois aucuns voisins, avec un petit ruisseau). Pas d'espoir d'établir avec mes enfants une relation qui serait à la hauteur de mes attentes, de mes capacités (ne pouvant pas passer suffisamment de temps avec eux, tout simplement). Pas d'espoir d'accomplissement, d'épanouissement.

Une vie de travail, de consommation ponctuelle et répétitive, de remboursement de dettes diverses et variées et multiples (processus indiciblement lent), de fatigue constante et de plus en plus abrutissante, avec des passions (lecture, écriture, cinéma, musique) qui --- faute de pouvoir y consacrer mon Plein Cerveau --- ne sont finalement que des évasions divertissantes; et puis des enfants que je ne connaîtrai pas à l'âge où il est encore possible de le faire, et puis qui quitteront ma maison, et deviendront --- comme ça le fait avec tous ceux qui me côtoient --- des Étrangers; des bonnes volontés jadis irréductibles, lentement érodés par l'épuisement et le manque de reconnaissance; une vie de silence, d'abnégation involontaire, à me sacrifier pour ma famille, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus besoin de moi, et qu'alors je meurs; de la rage, à cause de ma propre impuissance, mais aussi (surtout) à cause de tous les Charlatans (Marchands & Prêtres & Ministres & Savants & Artistes) que je vois à l'œuvre autour de moi.

SUICIDE, quand vas-tu me laisser tranquille? Ça fait dix ans, peut-être même plus, que tu me harcèles; ne vas-tu pas un jour cesser de t'abattre sur moi quand je suis le plus vulnérable?

* * *

Ça fait des semaines que j'aurais dû aller me faire couper les cheveux. Ça fait longtemps que je ne les ai pas eu aussi longs.

Hier, en apercevant mon reflet dans la fenêtre de l'autobus, j'ai trouvé que j'avais des airs d'Amérindien. Il est vrai que j'ai des ancêtres Hurons en quelque part dans la moitié paternelle de mon arbre généalogiques (et il ne s'agit là que ce dont je suis au courant, j'ai probablement du sang amérindien du côté de ma mère aussi), mais c'est la première fois que j'en voyais des manifestations dans mon propre visage.

Ensuite, marchant vers chez moi, je pensais à ce que ça peut révéler sur moi, ce que ça peut expliquer ou renseigner… mon détachement (voire mon allergie) face aux Ambitions de la Civilisation où j'ai vu le jour, mon amour de la Nature et mon incompatibilité avec la Ville, mon attitude face à l'expérience de la drogue (un rituel de shaman qui ne doit pas devenir un geste routinier, qui doit rester sacré). Si tel était mon désir, je pourrais tout réexaminer ma vie par cette optique, et adopter pleinement mon "identité amérindienne". Mais ça serait de l'appropriation mensongère, de la récupération ancestrale, et --- ultimement, tout jugement moral ou éthique mis à part --- une perte de temps. Je suis un québécois, un canayien-frança, et par définition ça implique du métissage en quelque part chez mes ancêtres. Je ne suis pas différent ou distinct ou spécial pour autant.

Si seulement tout le monde comprenait cette réalité intrinsèque… on traiterait mieux nos autochtones, et on serait peut-être un peu moins moralement myope.

* * *

On commence à mourir quand on adopte de notre plein gré une existence qui ne nous ressemble pas.

* * *

En fin de semaine, mon petit carnet de poche est tombé derrière ma table de nuit, et je ne l'ai toujours pas récupéré. Cette situation aurait été impensable il y a deux ans, même un. Révélation par l'Absence.

Ce que ça veut dire? Que je laisse tomber dans l'oubli des dizaines de pensées, de bouts de poèmes, d'idées pour mes histoires. Par hasard, certaines de ces idées me reviennent par la suite, et alors je choisis de les noter (ou pas). La plupart sont cependant perdues à jamais. ET ÇA NE ME DÉRANGE PAS OUTRE MESURE. Ça me trouble et ça m'attriste, mais je laisse les choses aller quand même. Le début de la fin. Si je continue dans cette voie, je n'écrirai probablement plus d'ici quelques années. Comment survivre à ça?

13 décembre 2004

Frisson

À force de tout donner à tout le monde, autant que je le peux, j'ai peur d'être lentement en train de perdre mon identité. Éventuellement, j'en viendrais peut-être même à ne plus penser de façon à être encore capable d'écrite. Ça fait peur. On dirait que je me vide, et qu'un jour je le serai complètement, sans que ça me révolte.

7 décembre 2004

Neige

Je n'arrive pas à l'oublier. Ça tombe, ça gèle, tout disparaît dans le crachat de Décembre. Verglas, petite grêle qui pince les joues. Mes chats demandent la porte et puis voient quel temps il fait et font demi-tour.

Le matin, le soir, je fais à pieds le trajet entre l'arrêt d'autobus et ma maison, une marche d'environ quinze minutes. Vingt minutes ces jours-ci, avec la glace cachée et les bancs de neige. Je m'en réjouis, même quand le matin je suis tout endormi et que j'ai froid. La marche active mon coeur, et me réveille plus que le café. Le silence. Le vent. Les arbres. Parfois la lune, parfois les lueurs lointaines de l'aube fantasmatique. La noirceur, le matin comme le soir. Je ne vois que la noirceur, et j'en tire plaisir. Ça me met en tête la Noirceur de ce temps de l'année, et ça m'aide à comprendre la symbolique païenne (et donc sempiternelle) de cette période.

Ça tombe encore. J'espère que vous en profitez autant que moi, mes amis.

Je pense à vous, où que vous êtes. Marie, Martine, Hugues, Yan, Stéphane, Julien, Philippe, ma belle Julie, Cindy, Michel mon père, Mireille ma mère, Geneviève ma soeur. Sylvain. Christian. Je vous trimbale tous et toutes, et je n'ai pour vous que respect et amour. J'aimerais vous le dire en personne, mais pour l'instant je n'ai que cet espace à ma disposition.

'Soir.

Silences

Moins de mises à jour depuis quelques temps. Pendant mes heures de travail j'ai moins de moments d'évasion, et puis le soir je suis crevé, je me couche tôt (trop tôt).

Mais je suis étrangement contenté. Je ne suis pas habitué. Le froid me convient, mes pensées me nourrissent, mes enfants me comblent, mes lectures me remplissent, et mon existence... m'éblouit, dans tout ce qu'elle a d'horrible, de raté, de triste, de magique et de merveilleux.

Les futilités me sont bien évidentes... je ne perds pas ma salive, mes larmes, mes sourires. Je travaille à mon écriture, ai presque oublié les projets de publication. Je contemple mon roman en cours, ce qui est écrit et ce qui reste à écrire, et l'ampleur de la chose m'effraie. Quand on a peur de sa création, l'opinion des éditeurs est bien méprisable.

Allez donc marcher dans la neige. J'en fais de même.

1 novembre 2004

Conseil

Méfiez-vous de ces jeunes qui veulent changer le monde avant même de le connaître, et de ces vieux qui veulent le garder tel quel même quand ils ont constatés de son état lamentable.

15 octobre 2004

Défoulement sans queue ni tête

Ah, ce qu'on nous ment! À la maison, à l'école, à la télé, dans les livres, dans les journaux, partout, on nous ment dès notre naissance, dans la noble intention de faire de nous des Individus Responsables, Respectueux, et investis d'un sens Moral.

De quels mensonges je parle? Inutile de les énumérer en détails, ils reviennent tous au même: essayer de convaincre que l'on Sait, qu'on a la Réponse. Cacher son ignorance, la recouvrir de cynisme ou d'intellectualisme pompeux, d'expertise factuelle ou de soit disant "expérience", d'investiture pleine d'autorité ou d'évidences solennelles et bien-intentionnées, et puis se former un Discours sophistiqué qui impressionnera et convaincra.

Vous prétendez connaître, vous prétendez savoir, alors que c'est impossible, avouez-le, que vous soyez Croyant ou Athée, Agnostique ou Témoin de Jéhovah, ça ne change rien, dans toutes les croyances et les idéologies il y a quelque chose qui ne change pas: l'humain est petit, l'humain est idiot, manque toujours sa cible, et doit passer sa vie à souffrir. Alors cessons de prétendre, arrêtons d'essayer d'enterrer l'autre avec nos propos perspicaces (car finalement ce n'est toujours qu'une pathétique entreprise de solidification de nos fondations personnelles).

People just ain't no good, dit Nick Cave.

Mais à qui devraient incomber les reproches? À ceux qui mentent, délibérément ou pas, ou à ces idiots de mon espèce qui ont eu un jour la sottise de croire en qui que ce soit, quoi que ce soit?

Qui a tort? Le Menteur ou le Naïf?

Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est que je ne suis pas un menteur (et que je n'ai pas l'intention de le devenir), et que j'ai perdu une bonne partie de ma naïveté.

6 octobre 2004

Considérations Matérialistes (donc suicidaires)

L'autre jour, attendant le métro, je me suis demandé si mon suicide apporterait de l'argent d'assurance à Mélissa, l'aidant donc après ma mort à régler nos problèmes financiers. Ce n'était évidemment pas sérieux, mais la pensée m'occupait tout de même. Le soir, attendant encore le métro, fatigué de ma journée, distrait par la faim, j'y repensais vaguement, complètement dans la lune, et quand le métro est arrivé j'ai eu pendant une seconde le réflexe de me lancer devant, me disant: "Vite, j'étais en train d'oublier, j'ai presque manqué mon coup." J'ai su résister à cette pulsion destructrice, mais ça m'a fait peur. Si j'avais été un peu plus fatigué, déprimé, affamé, l'aurais-je fait?

Une anecdote qui indique bien dans quel état je suis, ces jours-ci.

Je n'ai plus assez de présence d'esprit pour fonctionner correctement. Au travail j'ai de la misère à avancer dans mon dossier; à la maison je manque de patience avec mes enfants, et je n'ai rien à offrir à ma Mélissa que j'aime; quand vient le temps de faire du ménage je suis fatigué et au ralenti; dans l'autobus, quand j'ai la chance d'écrire, je flotte au-dessus de moi-même, me sens vide, rien ne sort; j'arrive à lire, à suivre un film, mais les moments sont rares où je pénètre dans ces fictions (fusion avec l'art qui a toujours été si importante pour moi); je ne note pratiquement plus d'idées, parce que je les oublie mais aussi parce que j'en ai moins; je n'ai plus envie de rien, sauf de sortir de ma vie actuelle.

Autre anecdote: hier un jeune homme est venu cogner à ma porte, voulait me vendre un carnet de billets permettant de voir les parties de l'équipe de hockey locale et de manger à un restaurant le même soir. Voulant me vendre sa salade, il m'a demandé: "T'as des enfants, mais tu sors encore avec tes chums, non?". Je n'ai pas su répondre sauf en hochant la tête, cette question me révélait si drastiquement à quel point je suis déconnecté des jeunes hommes qui m'entourent. Je n'ai pas de "chums"; non, je ne sors pas avec eux; en fait, je n'ai jamais sorti avec eux; on pourrait même dire que je n'ai jamais eu de "chums", pas dans le sens que vous lui donnez en tout cas; je n'ai jamais aimé "sortir", alors je ne le ferais pas maintenant même si j'avais des "chums"; etc.

* * *

L'aliénation que je subis, que je m'impose, a finit par tuer presque complètement la capacité que j'avais à écrire. J'en ai encore l'envie, mais c'est presque tout. Par conséquent, privé de cette nourriture sacrée, la grisaille s'infiltre dans tous les aspects de ma vie. La confusion aussi, qui est accentuée par cette anxiété nerveuse, nervosité anxieuse.

Je ne sais plus quoi faire. Un autre de mes mantras.

28 septembre 2004

Faux Latin: De Prime Antes

En dedans tout est Fatigue;
en dehors tout est Tracas;
que peut-il rester
du "meilleur de moi-même"?

* * *

Des journées comme aujourd'hui, je me dis que je ne pourrai pas continuer comme ça pour longtemps. Ça fait déjà cinq ans que j'occupe cet emploi, cinq ans à ne pas aimer ce que je fais.

Aujourd'hui, donc, assis à mon bureau, j'ai eu en Tête un sentiment familier, que je me souviens avoir ressenti --- enfant --- alors que je marchais sur Ste-Catherine avec ma mère, près de l'UQAM (voyant un immeuble où il était écrit "DUPUIS" en grosses lettres, j'associais ce que je voyais à un décor d'album de Gaston Lagaffe, quand ce dernier roule dans une ville sale avec sa bagnole hyper-polluante). Un désespoir sans nom, gris et pluvieux, qui ne laisse aucune place à la Vie humaine. Seulement, enfant, je tombais dans ces poches de désespoir un peu par surprise, et puis ça passait. Mais aujourd'hui j'ai été dans cet état pratiquement toute la journée, ou en tout cas aussi longtemps que j'ai été dans mon bureau (soit d'environ 8h05 jusqu'à 11h35 --- à ce moment là je suis sorti pour aller manger mon lunch avec mon père --- et puis ensuite de 12h25 jusqu'à mon départ vers 16h25).

À la polyvalente j'ai enduré cinq ans et puis ensuite j'ai enduré environ trois ans de Cégep/Université, et puis un peu plus tard environ six mois de rattrapage en mathématiques pour 1 an et demi de cours intensifs en informatique. Et puis cet emploi, qui ne me promet de fuite que dans une trentaine d'années.

Je ne me rendrai pas, je le sens. Impossible, impensable, que je travaille ici (ou ailleurs dans le même domaine) jusqu'à l'âge de 55 ans. Et pourtant, je n'en ai pas le choix. Les obligations financières me gardent prisonnier (je pense à cette image du Christmas Carol de Dickens, où on voit le fantôme enchaîné de Jacob Marley). Dettes étudiantes (les miennes et celles de Mélissa), hypothèque, pesantes cartes de crédit, éternels comptes mensuels, deux enfants… tout ça dépend de mon unique salaire. Mon naufrage, ça serait le naufrage d'une famille complète.

Je ne peux pas flancher. Je ne peux pas continuer. Tout m'est impossible: le recul, l'immobilité, la progression. Ce qu'il me faut c'est une alternative, un univers parallèle, sans quoi l'issue sera imprévue, et ne viendra pas de moi.

23 septembre 2004

Éphémères tiges d’amertume

Je ne suis pas là. Je suis fait pour regarder le monde passer, pour saisir les subtilités du Temps qui passe et qui repasse. Je suis un fantôme silencieux. Je suis un fantôme, je suis un fantôme, c'est devenu mon mantra. J'aime m'infliger la folie, laisser les Visions grandir dans ma tête, me perdre dans des histoires. Des romans de 800 pages, de 8000 pages, emmenez-en, je sais apprécier la générosité des auteurs. J'ai moi-même des milliers de pages à écrire, je le sais; le délire est mon veston. Je crois en l'amitié même si je n'ai plus autour de moi de grands amis. Le vieillissement se déroule en moi, je change mais en même temps je deviens de plus en plus moi-même. Je ne suis pas là mais on m'y oblige. Comme tout le monde je suis un travailleur, un frère, un fils, un père, un amoureux, un citoyen… mais comme je l'ai fait dire à Philippe, mon personnage, c'est comme un caméléon qui change de couleur pour ne pas se faire manger. Condamné à l'anonymat, à la solitude, au statut de mouton noir confus, révolté muet, enragé souriant, riant de tout et de rien, pour toujours. Fils de hippies qui n'a pas plus de respect pour son époque que pour celle de ses parents que pour celle de ses grands-parents. Je ne suis pas fait pour gagner ma vie, mais pour la comprendre (c'est du moins ce que je me plais à penser). Rien à foutre de la vie que je mène actuellement, je rêve de vendre ma maison de lâcher ma job de me débarrasser de tout et de partir avec ma Belle et mes deux petits garçons, respirer l'air de notre monde pendant que c'est encore possible, fouler les Forêts du globe pendant qu'il en reste encore, me défaire de mon luxueux costume de nord-américain. Je ne sais pas ce que je dis mais je sais qu'en le disant j'avance et évolue. J'ai perdu espoir de réaliser mes rêves mais pourtant je continue de mieux me les définir. Mon fatalisme n'a jamais été aussi grand, je ne prends plus plaisir à rien (ou presque), mais je continue de me sacrifier pour maintenir ce mode d'existence. Je ne me comprends pas, ou plutôt je ne me comprends pas en relation avec ceux qui m'entourent. J'aime la solitude parce qu'on ne m'en laisse pas le choix, parce que j'ai trop à faire et pas assez de temps pour le faire, et que les banalités sociales ne me viennent pas naturellement et que la majorité de nos contacts sont des banalités sociales alors je préfère laisser faire. Se mettre à haïr parce qu'on est trop gentil, et que personne n'a d'égard pour la gentillesse. Sentir que sa fin est proche, que tout est peut-être une dernière fois. De moins en moins capable d'être autrement que moi-même. L’érosion se manifeste de plus en plus, et la seule défense que j’ai c’est de continuer, continuer jusqu’à --- et malgré --- l’épuisement (ce qui peut-être ne fait qu’exacerber l’érosion, et ainsi de suite, jusqu’au naufrage).

Être pourtant capable de se nourrir d'un rire, d'un instant d'après-midi parfait, d'une sieste chaleureuse dans le même lit qu'un être aimé, d'une petite idée notée en cachette, d'une grande idée qui transfuge la journée, d'une petite promenade où tu découvres un petit joyau géographique.

Je suis triste mais…

J'ai cette phrase dans la tête depuis des années. Je n'ai jamais réussi à la continuer. Est-ce que ça veut dire que je n'avance plus?

18 août 2004

Jérémiades

Frénésie, inexplicable frénésie; au mieux, je peux expliquer pourquoi elle persiste. Fatigué, affamé, caféiné, dans toutes les situations (sociales ou autres), toujours j'ai le cœur qui bat trop vite et l'Esprit qui fuit la Concentration. Je n'ai de répit que quand je dors ou écoute de la musique. A-t-on déjà vu aussi névrosé? Oui, on a vu bien pire. Néanmoins, c'est alarmant quand ça se présente chez un individu sur qui reposent tellement d'attentes et de responsabilités (époux, bientôt père de deux enfants, seul du foyer familial à gagner un salaire, ayant à payer pour l'hypothèque de la maison et les dettes d'études des deux adultes, occupant un emploi exigeant d'autant plus qu'il ne s'y sent pas à sa place, entretenant des ambitions d'écriture presque comme on s'engage dans l'adultère, ne pouvant pas accorder beaucoup de temps à sa famille et ses amis). Et puis dans tout ça, transporter avec soi cette Folie, ce Trouble, qui ne fait qu'exacerber une Solitude déjà bien établie.

Ce midi j'ai regardé une photo aérienne des villes de McMasterville / Beloeil / St-Hilaire / Otterburn Park (prise par mon père lors de son récent tour d'avion), et j'ai repéré les différents lieux mémorables de mon ancienne existence (21 ans d'une vie qui en compte 29, ce n'est pas rien), entre autre mon ancienne maison ainsi que celle de mon ami H., et puis la pointe entre nos deux demeures où le pont des trains enjambe le Richelieu entre Beloeil et Otterburn Park, et où on allait souvent moi et lui… et les larmes ont remplies le bas de mes yeux.

Trop sensible, aujourd'hui.

6 août 2004

Poème conçu & mémorisé pendant une longue… réunion… plate.

Une vie alchimique
saturée de sensations transfigurantes
où les lierres
de l'imaginaire
poussent
en terre
fertile.

Voilà ce qu'était mon enfance,
voilà ce qu'est mon idéal.

--- 9 juin 2004

Annonce Déclassée

Vous écrivez mais le faites dans l'ombre, ou avez en votre possession les écrits d'une personne disparue (parent ou conjoint) pour qui l'écriture occupait dans son existence une grande place? Je suis à la recherche de ces textes d'Écrivains Inconnus (qui ne sont pas moins écrivains parce qu'ils sont inconnus), textes d'autant plus sacrés qu'ils avaient comme but premier non pas la publication et la reconnaissance artistique, mais la création primordiale.

Poèmes, récits courts ou longs, lettres, cartes, tout et n'importe quoi ayant été écrit avec Cœur et avec sensibilité artistique. Si la réponse est bonne, je projette de rassembler tous ces textes et d'essayer ensuite de les publier, prouvant ainsi qu'il est possible de Créer en dehors des cercles universitaires hermétiques et des réseaux serrés d'artistes déjà établis.

2 août 2004

The Ghost of Love Past

Un rêve l'autre soir. Je suis un étudiant à la polyvalente. Un climat un peu sinistre, dans lequel je découvre un sombre complot de vampirisation globale de la population étudiante. Évidemment, je tente de contrer ces méchants vampires, tout en continuant d'aller à mes cours et de fouiller dans mon casier. Or, Julie, ma Julie, le premier grand amour de ma vie, et bien elle est d'une manière ou d'une autre impliquée dans ce complot, et je me promets de l'en tirer.

Et voilà que je me réveille. Il est trois ou quatre heures du matin, je suis couché près de ma Compagne et de mon Fils. Il fait chaud, je vais aux toilettes en écoutant la Nuit, pensant à Julie, aussi amoureux d'elle que je l'étais quand je l'ai vu la première fois, il y a de ça quelque chose comme 19 ans, aussi amoureux que la dernière fois que je l'ai vu, il y a de ça quelque chose comme 10 ans. Et je suis émerveillé par la ténacité de cet amour. Et je comprends simultanément que je l'aimerai toujours, elle et toutes les autres que j'ai aimées.

Perroquet

Voici quelque chose que j'ai posté il y a quelques temps sur le Forum de Christian Mistral. Personne ne m'a rien répondu à ce sujet (sauf LouiseL, sympathique et chaleureuse, qui m'a dit qu'elle y voyait du bon), alors je me permets de me répéter pour voir si ça va trouver ici un terrain plus fertile.

Appel à tous -- Un projet, de la projection, une question

J'aimerais sonder l'opinion des gens de ce Forum. Je songe depuis quelques temps à fonder une maison d'édition. C'est un projet qui ne me ressemble pas (ça exigerait de moi d'être terre-à-terre et perspicace, ce que je ne suis pas) mais que j'envisage néanmoins. À ce stade-ci je ne sais pas ce que ça sous-entend comme démarches bureaucratiques et administratives; je ne sais même pas si ça serait concrètement faisable pour moi. J'en suis encore à établir dans ma tête les balises et le créneau de cette Maison. Je ne veux pas rentrer dans les détails pour l'instant mais disons que ça serait une Maison qui s'adresserait à des écrivains qui n'ont peut-être pas leur place ailleurs. Moi par exemple. Ceci étant dit, voici ma question (et je m'adresse à tout le monde, même ceux qui n'écrivent pas ou qui ne connaissent rien au monde de l'édition): est-ce une bonne idée pour un écrivain d'utiliser sa Maison d'édition pour se publier lui-même? Y voyez-vous quelque chose de moralement incestueux?

Mumble-jumble

De retour au travail aujourd'hui. Inconcevable que je me relance tête la première dans cet univers fade et corrosif à la fois, ce milieu qui me tue à petit feu parce qu'il ne connaît que ce qui est Petit. Je travaille, écoute aujourd'hui les White Stripes (continuant de noter les chansons que je vais inclure dans cette grande compilation que je suis en train de constituer, et que j'appelle "Jukebox Universel d'un Mélomane Hybridé"), n'arrive pas à faire grand-chose. Trois semaines de vacances, c'est aussi cruel que masochiste de s'infliger ça. Ça a fait du bien à Mélissa qui est à 6 semaines de l'accouchement et qui a bien besoin d'un break, mais à moi, est-ce que ça a fait du bien? Pas vraiment. Je reviens ici, dans ce centre de la grande ville de Mourial, et je suis aussi en colère-révolté-écœuré-fronceur qu'avant mon départ. Il faut que je fasse quelque chose. Il faut vraiment que je regarde ailleurs. L'évasion que me fournissent mes divers projets… n'est plus suffisante pour me sauver du naufrage. Il faut que je fasse quelque chose. Je vais devenir facteur, voilà ce que je vais faire.

De retour au travail aujourd'hui. Et le réflexe de penser au suicide qui refait surface. "Tu parles d'une histoires," comme dirait Passe-Montagne.