27 août 2015

Hier

Si je hume
le parfum temporel
qui enrobe ma conscience

(perçue comme étant
confinée
dans les parois convexes
de mon crâne disparate)

je sens encore…

la nuit
mes yeux qui s’ouvrent
tu me regardes
souriant;

le jour
étendu
tu embrasses mon front
je ne sais pas
si j’ai dormi
ou pour combien de temps;

une bulle de Silence
entourée de bruits de sons
je peux le savourer
l’inspirer
l’expirer
l’oublier;

longs moments
on ne parle pas
regards maintenus
jusqu’aux sourires
ta main sur mon épaule
mes lèvres sur ta nuque;

touchers
baisers
rencontres
progression
vers l’incandescence;

le soleil couchant
la silhouette d’un chat
se transforme en lion;

sortir
pour de la nourriture
récolte de légumes
petite promenade
nos mains;

un gouffre
--- mise en abîme ---
entre le Réel
et le Spectre
que j’essaie
d’ignorer;

j’écris
lève les yeux
tu me regardes
souriant;

une amie aimée
qui s’occupe de moi
pense à moi
veut mon bien:
ça semble simple
ça ne l’est pas toujours
mais ça peut l’être.

26 août 2015

Aujourd'hui #2

Les poils poussent sur mon visage (mon "petit visage de chat") plus longs que je ne les ai jamais eus, et sur ma peau des marques, et dans mes oreilles des mots si doux qu'ils me font mal, et sur mes genoux mon calepin où l'encre n'est pas encore sèche, et dans ma tête des idées grandioses et absurdes et ambitieuses et hallucinées et fantasmatiques d'écriture jusqu'au bout jusqu'à la fin, et dans ma poitrine un cortex émotionnel fébrile et alerte, et à ma gauche mon amie qui écrit, et dans le ciel une lune pure de nuit, et dans cette vie je n'ai plus envie de fuir mais de plonger.

Délaisser l'Horizontal, et exploiter le gisement du Vertical.

Aujourd'hui #1

L'attraction des astres
comme celle de la Gravité
n'a pas besoin
que l'on croit en elle
pour se manifester.

Je n'ai pas besoin
de croire en moi
je n'ai qu'à fuire
cette incapacité
que j'ai
de me Voir.

Ne rien faire
dans un petit îlot
de tendre solitude
à deux:
rien de mieux.

25 août 2015

Choisir la légèreté;
rechercher la douceur;
se laisser aller
à une insouciance
sérieuse et contemplative;
une simplicité qui repose
sur des acquis intellectuels complexes;
un itinéraire spontané
délibérément non-organisé;
limpidité où
--- n’ayant rien à cacher
avec la ferme volonté
de se communiquer l’important
au fur et à mesure ---
l’échange est serein
et la conscience, tranquille;
n’avoir comme seul attente
que l’attente de se voir;
accepter ces zones cloisonnées
qui doivent le demeurer
mais s’ouvrir à la vulnérabilité;
prendre plaisir à se voir heureux
même quand on n’est pas ensemble
être une présence quand il y a douleur;
atteindre à cet état
(savant équilibre où
on donne et reçoit
simultanément
les deux actions se confondant)
pour lequel je ne trouve qu’un mot :
Amour.

Choisir de ne pas choisir.  Accepter l’incertitude.  Reconnaître l’éphémère en toutes choses.  Enlacer l’imprévu.  Être ensemble, honnêtes face à soi, à l'autre, et à la Vie.

23 août 2015

Sineux chantiers
laissés par l'ouragan
libélule catastrophique
qui alléate
se pose et détruit
se lève et épargne

mais au centre dans l'Oeil
les yeux dans les yeux
nous nous regardons
et rien d'autre n'existe.

22 août 2015

It might be inevitable that by becoming "somebody else"

(which is an insulting, uncaring fallacy... I've always been myself, but events and circumstances have shown me the error of my well-meaning ways, have been giving me the means to regain an appetite for life and a disdain for resignation; I am no longer "half in love with easeful death" [1])

I will irritate or baffle those that were used to my old ways.  This one will be insulted by the fact that I now stand up for what I believe in, and no longer comply with her implied demands.  This one will be hurt by the fact that her old manipulative stratagems are no longer effective, and that I now bring them to her attention.  Another will be pained by the fact that I no longer accept his shameless Ego with absolute submission, and make no effort to provoke a pointless meeting happen at all.  There are infinite possibilities of why people might not like how my Self is currently shining through (finally!).  Well, I say: so fucking what?

Let them be happy with their own distinct existences without needing me to conform to some uncomfortable role that they designed for me.  I want my every breath, every motion, every move, to be in accordance with my Being.  Not somebody else's.  My own.  I have a seemingly infinite amount of Love to give, and I am by nature somebody who likes to give and make people happy, but no longer at my own expense.

Those for whom that is a problem, I say: "Too bad.  I hope you find happiness."  Those that accept that, who see the worth of my Nature and want to enter those wonderful fluid share-and-share-alike states called Friendship & Love & Companionship with me, I say: "I thank you, now let's glow together for a while."

* * *

"Nevermore."
--- Edgar Allan Poe

"No more I follow / No more obedience pay"
--- "America, A Prophecy", William Blake

"Therefore Los stands in London building Golgonooza
Compelling his Spectre to labours mighty; trembling in fear
The Spectre weeps. but Los unmovd by tears or threats remains

I must Create a System. or be enslav'd by another Mans
I will not Reason & Compare: my business is to Create
"
--- "Jerusalem", William Blake




[1] "Ode to a Nightingale", John Keats

21 août 2015

Je ferme mes yeux
et ouvre mes Yeux
et je vois
et ma voie
me donne
la voix
et toi
tu es là
derrière moi
surprise
qui plairait
à un chat
je me retourne
et nos bras
s'enveloppent
et j'injecte tout ça
dans mon organisme
tout en me disant
que finalement
la Magie
c'est rare mais
c'est simple
et que le plaisir
d'être ensemble
est varié
c'est recevoir
et c'est donner
te montrer 
--- encore et encore et encore ---
à quel point ta Présence
est généreuse pour moi
dans ce Présent
qui nous contient
tous
toutes.

20 août 2015

Où il est mon Dopplegänger, mon Versus, mon Nemesis,
celui qui plierait à toutes les demandes;
succomberait au moindre soupçon de culpabilité;
s’écroulerait devant la plus petite manifestation de tristesse;
poserait mille questions à ses Joies
(les sabotant par le fait même);
serait paralysé par ses doutes;
n’oserait rien faire sans s’assurer mille fois que ça ne déplait pas;
nourrirait ses anxiétés comme des oiseaux dans un parc;
se mortifierait par peur de décevoir;
trouverait dans l’échec et la résignation un confort philosophique;
aurait perdu la capacité de jouir de choses simples
(comme agir ou dire ou faire ou sentir ou penser ou rire ou toucher ou parler);
accepterait la réduction de son champs du possible ad infinitum ad nauseam;
se rendrait malade à l’idée de confronter quoi que ce soit, qui que ce soit, avec ses propres désirs, convictions ou préférences;
n’aurait que du dégoût pour lui-même et éventuellement (par débordement) pour tout, tous et toutes…

Où il est?  Quand est-il parti?  Pour combien de temps?  Il va vouloir reprendre sa vieille place, éventuellement?  Ou il s’est retiré pour mourir, couché dans un arbre vide?
No!  I wouldn't dare!  I will not shy away, and I'm through judging my own worth.  If I say goodbye you'll be in front of me and you'll know it.  The pedestal you're on, I didn't put you on it; I just climbed on it to be next to you, and enjoy the view in your company.  I can't remove the Magick, it's much too strong for me, and I have surrendered myself to it.  I don't think I have it in me to do something like a "summer fling"; I too take everything too seriously.  My feline face is still nudged gently in the nook of your neck.  We can't own each other, but we can own our feelings for one another.  And we own that road.

Don't you dare doubt any of it.

19 août 2015

mystérieuse amie
dont j’apprends des bribes
de façon fragmentaire
devant rassembler et concerter
toute la puissance de
mes méthodes d’interrogation
subreptices, furtives & subliminales

énigmatique muse
tout droit sortie
de mon Invention la plus réalisée
Marla incarnée
ayant tout quitté
tout laissé
pour n’y plus jamais revenir

sœur de sang-d’encre
dévouée et intègre
avec qui la tendresse
permet la télépathie
partiellement bidirectionnelle
comme si les multi-univers
étaient réels
et reliés comme
des vases-communiquant

rebelle visible
discrète mais affirmée
farouche mais affectueuse
sérieuse mais pleine de joie
sachant apprécier
le Silence &
les Échanges

magicienne apatride
qui sait me surprendre
m'accepter
m'émerveiller
m'impressionner
m’étonner
m’attendrir
me séduire
me toucher
m’enchanter
me faire ronronner
me faire rire
m’émouvoir
m’inspirer
me ramener à l’ordre
me propulser
m’inciter
m’encourager
me révéler à moi-même

confidente transparente
dont je ne connais pas
le nom premier
mais qui pourtant
ne me cache rien

étonnante voyageuse
aventurière raconteuse
qui a vécu mille vies
et veut en vivre mille autres

anarchiste compatissante
attentionnée et indépendante
généreuse et audacieuse
le chemin que nous foulons ensemble
dans la chaude éternité du Présent
est un cadeau inespéré &
inattendu
L’Océan Intérieur est calme
une pénurie de vagues
la chaleur nous écrasant
tous
mais comme une oreille
sur une conque
je les entends
rugissement majestueux
et je sais
que sous les flots
les vies fourmillent
et les couleurs scintillent.

An episode from Gordon Filligreen’s Life [Rough Draft]

Out of the Fairy Mushroom Ring in which I was gripped by a long dream (not a nightmare, for there were many wonderous sights & beings there, with manifold magicks to behold), I emerge.
 
All around me the Forest is dark.  It is winter and the cold grips me.  Suddenly I miss the warm subterranean comforts of the Fairy Realm from which I have been expelled, its bubbling brooks and soothing breeze.  And already I feel the gaping loss of all the Joys I knew there… the four little Goblin-Kin who would always follow me around and curl up next to me whenever my spirit would grow weary; the sensuous arms of the Queene herself, which she would offer when the mood would strike her; the daily Feast in which all would partake, which led to merriment, drunkenness and a careless kind of decadence.  It dawns on me that I am never to set foot there again, and I start crying as I walk, the wind stinging my eyes, biting at my wet cheeks.
 
All this because of some indirect, involuntary slight which I am supposed to have perpetrated, at some point, under some circumstances which seem arguably dubious, if not downright in the domain of blatant lies and fabrications.
 
No, this exile which had been imposed on this, my lost self, by them which had taken me prisoner in the first place, seems most unfair.
 
Yet once fallen, Icarus (if he not be drown’d) had to pick himself up and re-enter the grounded domain from which he sprung.
 
Slowly, as my tears either dry off or freeze, the things which I had left behind upon my capture trickle back down into my conscience.
 
My beloved estate, its wooded seclusion and tranquility.  My precious books, an invisible realm which I have been patrolling all my life.  My most cherished friends and lovers.  My gentle, faithful horse companions.
 
I am here, awake and alive, and these things await me once again.
 
But how long have I been away?  How many days or weeks (or dare I say years?) did I lose in that forsaken land of temptations, base delights, blissful luminous phantasmagorias, feverish oblivion?
 
And then I hear a voice.  Queen Mab, Titania, Gloriana, She of the Many Splendored Masks, whose wrath and opulence knows no bound, the Fairy Queene herself…
 
She calls: “Turn back Gordon.  I command you.  You must.  It was a mistake.  All in jest.  A test of your loyalty and dedication.  You have failed it, and now you shall taste the fury of my merciless caress, and be obliterated by my Love.”
 
I tense, prepare to run and then stop.  Turning towards the sound of her voice I proclaim: “No, dear Tormentor, sweet Captor.  You have contained me long enough.  I thank you for your incomparable hospitality, but my time here is done.  I must break off your embrace and make haste, set foot on my own personal path once more.”
 
Not waiting for a response, I pivot, my face exposed to the harsh winds, and head for my home.
"Qu’on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l’esprit, sans compagnies, penser à lui tout à loisir, et l’on verra qu’un roi sans divertissement est un homme plein de misères."

--- Blaise Pascal

Ils ont le culot d'afficher cette citation dans le hall d'entrée. Comment commencer chaque matin avec une petite pointe de colère.

18 août 2015

Ayant passé la nuit dans les vagues, la marée montante puis descendante, je me suis enlisé dans le sable. Je ferme les yeux et le voile est tout de suite levé sur un rêve. Tu es là, riant avec moi, je te tends quelque chose et tu le refuses en agitant les mains. Et puis tu enlèves tes lunettes.
"Le Capitalisme, bien qu'exécrable dans ses fondements et dans ses ramifications, contient en lui le symbole parfait de l'Existence: tout se paie.  Nous sommes redevables de chaque moment de Magie, de Sérénité ou d'Allégresse."

--- Extrait des "Grandes Vérités de Simon"

I hate being right sometimes.  I just got the bill.

17 août 2015

Ici, juste là, dans cette cage de côtes, un supplice irrésistible, si on le pressait juste un peu plus ça me coulerait par les yeux.  Quelques lianes coupées, les recherches à peine entamées, et voilà que nous découvrons une vallée d'où je ne veux plus sortir.  Tu souris, ricanes, amusée par des petits détails, mes expressions insaisissables.  Je caresse le visage de cette statue, retire doucement les filaments qui obscurcissent ses traits délicats, bonté antique, Muse précieuse.  J'enfonce mon nez dans la mousse qui recouvre ses épaules, et tu fermes les yeux et respire profondément, puis frissonne un peu.  Tu poses ta main sur ma nuque, et je sens les doigts de pierre tracer les contours de mon crâne.  Tes doigts si fins, se délicats.  Je m'interroge sur les origines de ces oeuvres sculptées; tes lèvres se ferment et tu regardes au loin, alors je me tais.  Après une pose solennelle, je confie à la Muse son importance pour moi, et tu me souris tendrement, et je sens ta joue contre la mienne.  Nous arpentons la vallée, profitons des paisibles ombrages que nous procurent les canapés de verdure qui nous surplombent.  Deux humains qui se tiennent par la main pendant qu'ils sont ensemble, ne sachant pas quand ils se reverront, ou si ils se reverront.  La jungle est un Jardin Sauvage où il si facile de se perdre, d'être perdu, de perdre son chemin, de perdre la vie.  Je te proclame mon amour pendant que tu es devant moi, je te serre quand je te quitte, et me force à accepter la potentielle finalité de nos moments partagés, ce qui donne à l'anticipation des retrouvailles une férocité désespérée, et à l'étreinte tant attendue ardeur et démesure.  Dans les mains croisées de cette autre statue, une petite accumulation d'eau de pluie à laquelle je m'abreuve, avidement.  Je goutte les siècles qui nous séparent, les mystères de sa création, secrets perdus auquel on ne peut pas retourner.  Mais l'essentiel est là, devant moi, autour de nous, entre toi et moi et la statue.  Je délire mais ça m'enlève rien à la véracité de ce que j'affirme, ou à l'authenticité de ce que je  n'arrive pas à t'exprimer.  Mais tu sais écouter les silences, et la simultanéité que nous nous  remarquons démontre que la parole n'est pas le seul moyen de communiquer.  Sur la gorge de pierre, des pictogrammes que je déchiffre partiellement:

"[...] te salue.  Suite à son arrivée ses [...] n'étaient plus nécessaires.  Les [...] étant informées, le barrage a été ouvert, laissant libre cours aux eaux minérales et volcaniques; l'irrigation se produira, d'un jour à l'autre.  [...] soient loués."

C'est dans le Mystère que tout peut prendre un sens, le perdre, en adopter un autre, deux à la fois, ou un tout arc-en-ciel de nuances spirituelles.  Je ne veux pas quitter la Vallée des Mystères.
Me mordre les doigts jusqu’au sang, sans même le réaliser, pensant à toi, à la rencontre d’aujourd’hui avec toi, des heures qu’il reste avant que je sois avec toi, du temps que je vais passer avec toi.  Toi, toi, toi.  La goutte rouge perle sur mon pouce.  Je la lèche, le goût cuivré de mon fluide sanguin qui m’est si familier, depuis des années
 
(flash de mon agenda scolaire vers la fin du secondaire, des pages et des pages recouvertes de sang séché, je voulais voir la face d’un prof le jour où il déciderait de l’ouvrir pour y inscrire une note disciplinaire mais c’est jamais arrivé, y’a que mon ami J. qui l’a vu et qui semblait troublé par la chose)
 
depuis l’enfance, petit humain nerveux qui s’est toujours rongé les ongles, les peau, les nerfs.  Qui s’est habitué très vite à cette couleur coulant de lui.  Qui n’en était pas dérangé, pour qui c’était presque banal, ce qui fait que quand je me blessais c’est sur la douleur que je me concentrais, j’étais capable de l’étudier avec toute mon attention
 
(jusqu’à ce que j’en arrive à la regarder froidement, et à me demander pourquoi la douleur nous est si désagréable, et qu'est-ce que ça veut dire "désagréable"?)
 
une petite étape franchie, un pas de plus vers l’acceptation de ma propre mortalité.


Dans le champs électromagnétique de Toi
les complications se liquéfient
et le ratio redevient du 1:1
égal à égal
nos yeux respectifs
nous bouleversant mutuellement
chaque rencontre révélant
de nouvelles réalités
(ré)adaptations
(re)considérations
(r)évolutions
plaisirs des gymnastiques de l'âme
sans fins
sans début
nobles efforts
pour éterniser l'éternité.

Défiant les intempéries
les schémas
les carcans
les conventions
les attentes
nous sommes (à) vifs
sentons chaque goutte de pluie
jouissons de chaque brise
sommes agacés 
par les cacophonies humaines
paroxismes de l'émotion
quand nos mains s'étreignent
en amour avec la beauté
des infiniment Petits jusqu'aux plus Grands
organismes, plantes, arbres, fleuve,
horizons, nuages, cieux, étoiles
et nos comme-unions sont
trop courtes mais parfaites.

Parfaites.

15 août 2015

Un jour sans écriture
--- pour toi pour moi ---
un jour de doigts qui s'emmêlent

(double sublimation
d'abord briser la glace
et puis la faire fondre
et s'en désaltérer
en la buvant)

de la pluie
de la marche
le Fleuve
les escargots
les plantes
des nourritures terrestres
des envies retenues
des petites explorations
sentiers boueux
arbres majestueux
livres abandonnés
rechercher le silence
humains mis-en-trop
atteindre à l'essentiel
malgré les insectes
qui veulent ton sang
puis un rapprochement
des doigts qui font connaissance
un déplacement
(les mains ne se lâchent plus)
puis on réémerge
près des balançoires
les carillons nous détendent
et cette fois
--- la gêne oubliée sur le bord de l'eau ---
j'ose ce geste si simple
si tendre
si doux
qui livre nos lèvres
à elles-mêmes
et là il y a oubli
du lieu
des humains
des machines
du sens de la vue
des lumières
de l'heure
et nous mordons
dans la vie

puis c'est la séparation
bittersweet
sachant que
c'est encore l'Été.

13 août 2015

Le Sentier, #2

Je repasse par le même sentier pour aller à l'épicerie.  J'ai de la musique dans les oreilles (dans le but précis de repérer la musique que je vais partager avec toi) alors je suis un peu distrait.  Je ne remarque pas tout de suite.  J'ai les yeux tournés vers le bas, je regarde les sauterelles.  En voilà une qui panique, saute pour s'échapper, mais se retrouve sur ma chemise.  Elle y reste une seconde puis saute une autre fois, et je la perds de vue.

Et là je vois.  La glorieuse effusion que j'ai admiré la semaine dernière est disparue.  Ils l'ont tondu.  Comme pour se venger de mes pensées pro-végétaux anti-humains de la semaine passée.

Ce bout de planète qui ne sert à rien d'autre qu'offrir un beau petit sentier bucolique pour les rares marcheurs qui l'empruntent... ils ont jugé bon d'actionner des machines polluantes pour le tondre.  Comme des sales gamins qui arrachent les pattes des araignées ou qui lance des pierres à des chats... de la boucherie végétale, inutile, insensée.  C'était si beau... et si la majorité de l'humanité est insensible à la Beauté, tout est perdu.  
Généreux sourire
bonté dans les yeux
la reconnaissance coule
entre nous deux
(un échange parmi tant d'autres)
intimité qui a précédée
les étreintes et les têtes appuyés et les bras liés,
en ce jour en cette saison
nous sommes ici
l'un devant l'autre
tous deux en orbites
autour d'un Astre Ardent
et c'est tout ce qui compte.

Révolutions vertigineuses
qui étourdissent les Sens
(planète où les soleils ne se couchent jamais)
nul ne peut prévoir
(ou même tenter d'influencer)
l'Issue Ultime des corps célestes
le cosmos est inégal
incongru
chaotik
impitoyable
mais surtout:
Inconscient.

Et donc indifférent à nos
petites perturbation
éruptions volcaniques
tremblements de terre

(que tout soit paisible ou
que tout soit violences
que nos coeurs soient amour ou
pleins de haines
que l'on répande des semences
ou que l'on évacu du poison
que la colère nous contrôle
ou la jubilation)

--- aucune importance --- 

tous les Univers
l'ignorent et s'en foutent

c'est à moi, à toi, à nous, à vous, à eux,
de devenir alchimistes et
de transfigurer à notre guise,
de faire briller,
resplendir
irradier,
GLORIFIER

aller vers ce que l'on veut
ce que l'on aime
avec qui on veut,
à la vitesse qui nous plait
selon le mode qui nous convient
avec la possibilité
à tous moments 
de se rediriger
vers n'importe quelle direction
répertoriée par la boussole
(et aussi celles qui ne le sont pas)

s'entourer de
ce qui favorise la vie
encourage et proclame et aide
(et ça vaut pour soi,
être son premier ami)
et être héroïque à nos yeux,
à défaut de l'être
dans ceux des autres
ou de l'Univers.

tout simplement
en m'en donnant
la permission.

Ma crainte du drame et mes vieux réflexes nuisibles
 
(bévue ou omission ou oubli ou revirement catastrophique)
 
s’amenuisant jusqu’à ne plus être que moustiques que je balaie du revers de la main, je suis en mesure d’être plus ouvert, plus spontané, d’oser plus et même de prendre des risques (ou du moins qui me semblent en être).  J’agis naturellement, sans nécessairement avoir confiance en moi.  Aisance, fluidité, liberté.
 
Vouloir être « ouvert à tout » (c’est-à-dire être entièrement disponible aux fortunes & aléas que l’Univers nous présentera) et l’être réellement, sont souvent deux choses distinctes; dans mon cas, je crois que les deux états (le Vouloir et le Pouvoir) sont en voie de se superposer, de se juxtaposer, jusqu’à ne plus faire qu’un.  C’est à la fois ce qui est à l’origine de et ce qui rend possible la personne que je suis actuellement, à qui on adresse des mots comme :
 
« Merci: de la promenade, du souffle d’air dans ma journée, de m'avoir fait encore parler, de me comprendre, de m'accepter, […] de marcher à mes cotés, de me laisser marcher à tes cotés, des prévisions improvisées du lendemain, bref, d'être toi avec moi. »
 
Le plus étrange, incroyable, c’est que je pourrais lui adresser les mêmes mots.

Été 2015

Deux chemins
qui un jour convergent
--- heureux hasard ---
ravivant chez lui
cette flamme
(tison sur lequel il soufflait
pour le garder allumé),
combustion en laquelle
il croyait sans avoir preuves
de ses vraisemblables probabilités;

les images s’animent,
les mots jaillissent
comme le plasma pourpre
(pression sanguine accrue),
le partage bidirectionnel
s’impose et devient impératif,
les fantasmagories renaissent,
Golgonooza réapparait sur la carte,
les mineurs retournent à leurs labeurs,
l’Été explose devant ses yeux
et prend de l’expansion
le transperçant de toute part
(radiation glorieuse)
portion individuelle de Big Bang.

Chez elle, […]

[Portion perdue du texte, qui se retrouvera peut-être là où les vagues se brisent.]

12 août 2015

Ellivret Sam après l'Apocalypse

Les branchages & les racines, du dessous, appliquent pression jusqu'à percer les dalles & le béton; le vent & la pluie érodent l'acier trempé, enfantent la Rouille (termite du métal) qui infiltre les craques les plus infimes, et fini par provoquer l'effondrement total, sculpture post-moderne, post-humaine; les nids & les tanières, refuges & abris, tunnels & cavités, se sont multipliés et répandus, et les créatures

(certaines qui restaient toujours cachées en présence des humains, d'autres qui étaient demeurées inconnues de ceux-ci, et d'autres encore qui n'existaient pas du tout avant le Cataclysme)

sont partout --- Jour & Nuit; les abominations architecturales que j'aurais voulu détruire, mais aussi les lieux qui m'étaient sacrés, tout est en ruine, livré aux forces de l'abandon; une église gît au fond de ma Rivière, et les bicoques de plaisance vaniteuses flottent, à l'endroit comme à l'envers, comme des poissons morts; partout, les visitations périodiques du gazon sont devenues des habitats permanents et en perpétuelle expansion, les efforts absurdes pour garder tout ça bien tondu ayant été discontinués en même temps que tout le reste; les véhicules motorisés ont toute l'attention qu'ils méritent, c'est-à-dire aucune, mais continuent d'enlaidir leur environnement même si elles ne sont plus que des carcasses abandonnées; les inondations ont érodé les délimitations propriétales, les hivers ont ruiné les canalisations d'eau et les réseaux électriques, et les ouragans ont dispersé et confondu les frontières officielles et arbitraires; [...]
 
(Voilà ce que j'avais dans la tête ce matin en attendant le métro.)
La crispation s'estompant, je te confie des souvenirs dont je n'ai parlé verbalement à personne (sauf peut-être Hugues, il y a longtemps).  Et c'est ainsi que peu à peu des points de références sont établis, ce qui facilitera (de façon exponentielle) les échanges & confessions à venir.

(Hug) de bienvenue, (hug) quand on se sépare, et entre les deux tu prends mon bras quand nous nous cachons sous ton parapluie.  (On pourrait facilement en arriver à souhaiter de la pluie, si c'est ce que ça entraîne.)

La fierté d'être avec toi, non pas pour ceux qui nous entourent mais pour moi, pour toi, fier comme tu le disais des beaux humains que nous sommes, individuellement et ensemble.

11 août 2015

[Portion censurée.]
 
Mais comme ça m'est arrivé tellement de fois dans ma vie, j'ai envie de partir, de m'isoler. Marcher longtemps. Observer une flaque d'eau, en silence, pour y sentir la Tristesse Éternelle de la Pluie. Traverser les champs, me cacher dans les boisés, arpenter les géographies, m'extirper de l'Humanité pour mieux la comprendre, me perdre dans les nuages, suivre les rivières, m'éloigner des voitures, dormir, dormir, penser, sentir, pleurer, rire, avoir envie de mourir, avoir envie de vivre, courir, nager, avoir peur, rire, aimer, m'enivrer, chanter, siffler, changer.
 
Sauf qu'en ce moment quand je m'imagine partir, ce n'est pas seul.
 
- Tu veux y aller avec moi?
- Oui!
- Quand?
- Tout de suite, ou dans trois semaines.
 
Tout a changé pour moi à ce moment-là.

10 août 2015

Encore une fois ma Personne existe dans plusieurs dimensions à la fois.  Ici, là où mon ancrage corporel est captif, je suis au milieu d'un désordre coordonné, la routine a été chamboulée, et la cohue humaine doit emprunter des voies alternatives.  Les uns s'énervent, deviennent agressifs.  Moi je suis impassible, calme.  Je me laisse porter.  Je suis ailleurs.

Je suis dans cette conjonction du Réel et de l'Imaginaire, où ce que je vois est transfiguré, qualitativement par la force ou la teneur de mes idées.  Mes idées sont quant à elles renseignées par ce que captent mes Sens, et le tout forme un drôle d'ensemble où il est impératif que je fasse exister l'Imaginaire dans le Réel.  Je ne sais pas exactement pourquoi, mais c'est ma mission et je ne vais pas la questionner.

Et puis au-dessus de tout ça plane quelque chose de neuf, et ma tête y flotte: un nouveau regard, une nouvelle voix, un esprit nouveau dans tous les sens du terme, qui connote tout ce que je viens d'énoncer de façon singulière, étonnante, renversante même.

(Photographie que j'admire.  Tu es détendue, à l'aise, projetant confort et aise, petit sourire serein.  Je suis dans tes pensées, tu es dans les miennes, c'est plus gros que nous et c'est en s'y abandonnant qu'on en retire le plus.  À 1 mètres, 80 kilomètres, ou exponentiellement plus, la télépathie unidirectionnelle est maintenue, et nous nous laissons emporter volontairement par les vagues.  Nous savons nager, nous savons où sont les récifs.  Nous flottons, faisons la planche.  Nous savons qu'il y a la possibilité de maelstroms, tempêtes, requins, noyade... mais il y a des risques partout, dans toutes les situations, quoi qu'ils en disent.)

Âme amie, Muse amusante, toi qui construit ta vie comme une artiste, qui a choisi ton nom et ton pays (donc ta destinée, jusqu'à un certain point), je considère comme un cadeau et un privilège chaque moment passé en ta compagnie, et je chéris chaque pensée que tu inspires.

Je ne perds pas la raison, je la disperse volontairement en morceaux étudiés, partout où je peux.  Mon Être prend de l'expansion.
Possédé, mais ne souhaitant pas subir l’humiliation rationnelle d’un pseudo-exorcisme (l’officieux clérical tremblant, traumatisé à vie), je préfère plutôt apprivoiser ce qui me possède, faire en sorte que ça devienne une partie de moi, et ensuite essayer de faire encore plus de place pour accommoder d’autres fantômes, esprits, démons, entités imaginaires, revenants, ambassadeurs des autres dimensions… les inviter plutôt que tenter de m’en débarrasser.
 
S’ouvrir à tout est la seule façon de se rapprocher de ce qui semble impossible.
Lieux vivants, animés par des remous souterrains, vibrations sourdes qui résonnent dans le noir jusqu’à s’être dissipées.  Les entendre, les sentir, et il y a un trouble qu’on a du mal à identifier.  Est-ce un écho, ou un grondement prophétique?  On continue notre chemin sans savoir, n’ayant pas de temps à perdre avec la méfiance ou la crainte.
 
Si le sol s’ouvre sous nos pieds on essaiera de bondir par-dessus les craques béantes, en riant.

9 août 2015

De toute évidence le regard des autres est un point sur lequel je devrais me concentrer, pour à la fois le dépasser et l'incorporer dans ma vision globale (Janus, encore une fois).  Ce qui me laisse au seuil de cette réflexion, aujourd'hui, c'est d'imaginer (malgré moi, au début sans même  le réaliser) comment s'est déroulée cette conversation où tu lui as parlé de moi.  La curiosité (le mot est faible) face à la façon dont tu me considères, et puis arrive à me décrire à quelqu'un d'autre.

On pourrait dire qu'il y a quelque chose de malsain dans cette fixation, mais j'aime à penser que tout ça est rattaché à un désir de me rapprocher de la Lucidité, d'une certaine Objectivité.  D'une certaine omniscience, aussi impossible que ça puisse être.

(La vieille Soif de la Connaissance, vieille comme le monde mais pourtant si peu encouragée de nos jours en dehors d'un contexte de marchandisation des cerveaux.  Le Savoir Universel, et pas juste une spécialisation technocrate.  Une érudition qui ne sert à rien d'autre que son propre raffinement, comme une longue parenthèse dans un roman, aparté "inutile" qui ne fait pas "avancer l'histoire".)

Oui, car si je comprenais comment les autres me perçoivent, peut-être que je me comprendrais un peu mieux.

8 août 2015

Journée tranquille.  Pas beaucoup d'énergie dépensée.  Petits échanges auxquels je ne m'attendais pas.  Sourire(s) qui me traquent inlassablement, Javerts infatigables.  Pensées qui ne dérogent pas beaucoup de leur ligne directrice.  

Quatre jours avant d'offrir à mes yeux une image fraîche de l'être humain qui en ce moment permet des transfigurations alchimiques aveuglantes dont les répercussions sont dans cette portion de la mappe désignée Terra Incognita.  Une aventure, avec les découvertes, les risques et l'ancrage dans le moment présent que ça sous-entend.

Je l'imagine en ce moment sur le bord du Lac, pieds nus dans le sable, le soleil brillant sur ses cheveux détachés, sourire aux lèvres avec son Poète, heureuse.

Et moi, debout, fermement planté dans cette pièce Psychique que j'occupe depuis ma naissance (et où se retrouvent tous les artefacts des quatre décennies de mon existence), je suis heureux.  Je me sens bien, ce qui vient contredire environ 25 années de certitudes. Kilukru?  Certainement pas moi.  Mais je n'ai jamais eu honte d'avoir tort, et quand je suis dans l'erreur je suis le premier (et le dernier) à l'admettre.  Et qui pourrait être contrarié d'être heureux?  Ça prendrait un égo d'acier, ce que je n'ai pas (le mien doit être fait de feuilles mortes, quelque chose du genre).

Comme toujours, c'est de façon instinctive et anarchique que je me suis engagé dans cette avenue, sans l'aval ou les conseils de personne.  Je n'ai pas toujours raison, mais quand c'est le cas... c'est toute ma personne qui, comme dans un rêve, se trouve précipitée dans les scénarios les plus inattendus.  Aventure!  Beauté!  Amitié!  Chaos!  Individualisme!  Tous les anathèmes de notre époque (que je n'ai même pas besoin de qualifier, elle se rabaisse elle-même).

A lazy bastard's drunken pleasure

Getting supper ready, had something to drink, and now I'm singing along with a playlist (see title) specially conceived for just these moments. Yeah, singing. Which sometimes switches to whistling. My kids hear me, I guess, but nobody else. I raise my voice to let the emotions out, to amplify them too, in the forbidden secrecy of my messy kitchen. Is my voice bad? I don't think so, but I can't judge. It doesn't matter. In these moments it's mine alone.
 
But I don't feel alone today.
Je sors de l'autobus, me mets en march en direction de chez moi.  Le ciel est presque complètement couvert, sauf pour un petit trou de bleu, vaguement rond, qui semble être poussé par le vent en direction de chez moi, à peu près à la même vitesse.  Et sous ce bleu qui perce les nuages, une flotille de mouettes qui volent dans tous les sens, une centaine au moins, mais restant toujours plus ou moins sous l'éclaircie.

Ces mouettes, que la plupart des gens considèrent comme des rats qui volent, nuisibles et porteuses de bactéries, et bien ces belles créatures volantes aiment le ciel bleu comme nous, et elles le suivent et se réchauffent les ailes avec sa lumière sacrée, ces radiations lumineuses sans lesquelles notre planète serait aussi désertique que Yuggoth.

Toute vie recherche la Lumière.  

7 août 2015

Constellation


Pour se soustraire à l'emprise de tous les déclencheurs anxiogènes, se tourner vers le micro-logique, l'encre et le Jaune et la blancheur qui permet le tout.  Avec réserves, évitant les accidents qui viendraient ruiner planchers ou vêtements, manier les éléments, la création brute.

Se rapprocher à la fois de la pluie monotone et sacrée... et des galaxies en mouvements qui dominent toutes nos existences sans qu'on le sache.

Observer, créer, évacuer, étendre, grandir... que ce soit à l'échelle du Cosmos ou du carnet, c'est toujours du pareil au même.
Un joyau précieux que je transporte partout avec moi aujourd’hui, émettant des radiations bénéfiques, m’infligeant des mutations psychiques :
 
« Mais lorsque mon cœur se gonfle, c'est de la joie et de la fierté que je ressens. De la fierté pour les beaux humains que nous sommes et la belle relation que nous créons ensemble, sur des fondations faites de nos valeurs. » (A.)
 
Rien ni personne ne pourra me voler ce trésor.

(Pensée autour d’une absence de six jours)

Que trouve-t-on en la présence de l’Autre?
 
Entre autres choses :
 
La possibilité de baisser ses gardes, d’être soi sans se censurer ou avoir peur d’offenser; la latitude de faire des blagues, de rire, de taquiner; une attirance inexplicable qui fait de chaque moment de proximité une envolée statique; un sentiment d’appartenance qui n’est possible (ou complet) que s’il est réciproque; une distorsion temporelle, liberté momentanée arrachée aux griffes du Temps; l’illusion parfois ô combien nécessaire qu’on est à sa place, et que la Fin de toutes choses n’est pas une partie intrinsèque de leur nature (on pourrait dire adieu à tous les jours sans être dans le tort, mais c’est de la mortification morbide qui n’est pas nécessaire quand on est le moindrement conscient de notre mortalité); un calme, une paix, qui n’est possible qu’avec quelqu’un qui nous correspond de façon rare (ce qui rend ces personnes d’autant plus précieuses); la chance d’essayer de façon consciente et active d’être une meilleure personne; la possibilité toujours renouvelée d’apprendre et de découvrir, car tous nous avons nos mystères, secrets, trésors et merveilles; et si on arrive à faire vivre en soi tous ces éléments il est possible de les conserver vivant même lorsque séparés, jusqu’à ce qu’on puisse recevoir une autre dose de l’Autre, et lui en donner une.

6 août 2015

Pour expliquer mon Silence

 
Tous le remarquent, certains en font un cas, d’autres finissent par l’accepter.  Je ne parle pas beaucoup, en général.  Mais dans certains situations (quand moi et mon ami F. avons nos meilleures conversations, par exemple), je suis presque pas arrêtable.  Il y a donc de l’espoir.  Si j’avais à expliquer un peu ce qui explique ces silences, je dirais que d’une part j’aime écouter et être avec les gens.  Ensuite, étant toujours abasourdi par les moins aspérités de l’Existence, je baigne dans un Now existentiel qui résonne et envahie ma tête, mes pensées allant et venant, souvent trop fuyantes ou encore en pleine croissance, et donc difficile à saisir au passage.  Le banal m’ennuie, alors je ne tiens pas à le raconter.  Le moins banal est trop souvent mal compris.
 
Tu me dirais fort probablement que tu es intéressée par tout ce qui me passe par la tête.  Et je comprends.  Et j’aimerais.  Mais j’ai l’impression que c’est aussi un indicateur de certaines blessures internes (anciennes et plus récentes) que je protège.
 
Mais j’ai déjà l’impression que je peux discuter de n’importe quoi avec toi; il ne me reste qu’à être assez à l’aise pour le faire.
Plus tôt, j’ai vu dans tes yeux une lueur que je n’avais pas aperçu jusqu’ici.  Une chaleur alors que nos yeux se sont croisés mais cette fois sans s’enfuir aussitôt.  Ils sont restés fixés les uns sur les autres quelques secondes, et j’ai vu… je crois que j’ai vu… peut-être que c’est mon imagination (ou juste du wishful thinking)… mais peu importe, ce que j’ai cru voir s’est inséré par mes yeux jusqu’à mon cerveau, et de là s’est répandu partout.  Dans six jours je te serrai à nouveaux dans mes bras, et cette fois peut-être que j’oserai humer l’odeur de tes cheveux, de ton cou.
sourire d’éclat sur douceur austère
vivacités allègres qui
défient toutes les arpenteries
flot continuel de mots sémillants
comme si la Confession était
perpétuellement redécouverte
on ne peut les voir
ou les entendre
mais on sait bien
que les cœurs battent
ça se sent
"I'm sorry you feel so unloved. You are a beautiful monster. And there are those who could love you... and shall...

Life awaits you."

--- Vanessa Ives to Victor Frankestein, "Penny Dreadful"

5 août 2015

C'est avec le recul que procure le passage du Temps que je pourrai me prononcer, mais je crois qu'il se passe cette semaine des événements qui vont résonner pour longtemps dans ma vie.

Gestes et écrits, en tant que ponctuation de tout le reste, qui multiplient les horizons.
Retirer, une à une,
les couches d’Inquiétudes
(comme on décape un meuble)
et commencer à voir
de quoi a l’air
l’Être qui est en-dessous;
agir avec intégrité :
une volonté et une approche
qui rendent limpides
(mais pas nécessairement faciles)
les allées & venues
en éliminant les Regrets
et les Remords
(et, par la suite, les Reproches).

Le Sentier, #1

Hier, détour marché pour aller à l'épicerie.  Sur le chemin du retour j'emprunte ce petit sentier qui traverse ce terrain abandonné où il y avait un petit centre commercial, il y a quelques années.  Là, la nature s'est ré-établie et avec un peu d'imagination on peut voir ce que la planète (re)deviendrait si l'humanité disparaissait avant de tout avoir décimé.  Une explosion organique aux apparences de Chaos, petits ilots de familles végétales.  J'avance sur le sentier.  Les sauterelles s'affolent, se lancent de tous les côté à mon approche, et je dois fais des manœuvres pour ne pas les écraser.  Que d'espèces différentes dans ce petit espace!  Quel plaisir de marcher ici, plutôt que sur du béton, entouré de maisons laides.  Pourquoi on exige des pistes cyclables mais pas des sentiers piétonniers, où la seule forme d'entretien requise serait celle de piétiner le sentier, encore et encore, pour ne pas que la nature l'envahisse et le recouvre...
 
Je pense à tout ça, et puis trop rapidement j'en suis sorti, de retour sur l'asphalte, presque le seul piéton, dans des rues sans trottoirs, entouré de voitures.  J'espère vivre assez vieux pour être témoin des grands dérangements qui surviendront quand on aura épuisé toutes les réserves de pétrole.

4 août 2015

Il est difficile pour moi d'expliquer l'ampleur perçue de ce que je suis en train de vivre, et ce que ça signifie pour moi.

Ce qui se passe, c'est que je me trouve en position de réfuter cette croyance tellement bien installée selon laquelle je n'ai rien à offrir à quelqu'un, et donc qu'il est impossible qu'un jour moi et une personne trouvions l'amour ensemble en même temps, que nous nous choisissions tous les deux [...].

Un soupçon de larmes en repensant à tout ce que le simple geste d'appuyer ta tête sur mon épaule symbolise.  La portée de cet acte, la confiance qu'il sous-entend, la proximité, la complicité, l'ouverture, la bienveillance, la réciprocité.

Un seul mot peut résumer tout ça: Beauté.

Un seul mot pour résumer ce que je ressens: Gratitude.
Chérir les joyaux de notre vie, les protéger contre l’usure ou l’oxydation, s’en parer de façon royale comme si c’était des bijoux pour séduire et éblouir l’Univers, les partager allègrement sans y penser lorsque la situation s’y prête, ne pas permettre à la poussière de dissimuler leur éclat, ne pas les laisser tomber dans l’oubli, ne pas tous les discréditer parce que l’un d’eux s’est avéré être un faux, ne pas avoir peur de se les faire voler mais en même temps être tout à fait avare et toujours en rechercher d’autres, les empiler ensemble en un amas grandissant de lumières arc-en-ciel.
 
Il peut s’agir de n’importe quoi; les gemmes sont partout.  Et hier nous en avons découvert une, ensemble, dont la nature est rare et précieuse.
Vivre sans garanties
sans structures prédéfinies
sans conventions automatisées
sans barrières arbitraires
sans contraintes imposées
sans tenter de restreindre
la matière brute de notre âme
sans réglementer les élans
ou délimiter l’enthousiasme
sans appliquer les carcans
sans réguler les étapes temporelles
sans laisser le Passé ou le Futur
ou même le Présent
dicter les conduites…
tout cela veut dire
être obligé de Vivre
être absolument dans sa vie
en tous temps
sentir pleinement
ne gaspiller aucun moment.

3 août 2015

Est-ce que les bonheurs inespérés sont les plus précieux?  Ceux de ce soir, en tous les cas, étaient imbus d'une douceur inqualifiable.  Des moments imprévus mais calmes, traversant toutes les calottes de ma croûte corporelle sans entraîner les trémeurs sismiques auxquelles je me serais attendu, par habitude, et qui sont sources d'anxiété.  Des questions posées, des réponses posées.  Un canal d'échange continu, puissant et électrisant mais sans gravité.  Et avant même que tu poses ta tête sur mon épaule

(magie de l'inattendu qui se produit tout naturellement, douce pression sur moi, la chaleur de tes cheveux, ma respiration qui ralentie, mon corps qui se détend, et puis ma tête qui s'incline et qui se pose sur la tienne, nos yeux dans les nuages)

je savais qu'un nouveau seuil de raffinement de notre rapprochement avait été franchi, sans efforts.

Pendant la marche du retour, tes mots provoquant une fois de plus leur enchantement, des visions anciennes derrière mes yeux.  Et puis au moment de se séparer, on se serre, de façon moins tendue que la dernière fois, et c'est un effort pour moi que de te relâcher.


Choisir de Subir
c’est Passif?
Se laisser porter
c’est de l’Apathie?
Écouter au lieu de parler
c’est quand même faire partie de la conversation?
Sentir avant de goûter
c’est être trop frileux?
Provoquer son propre
changement de saison
c’est excessif?
Admirer
c’est naïf?
Une obsession
c’est maladif?
Un désir
c’est un manque?
Le partage
c’est douteux?
La sincérité
c’est si invraisemblable?
Le délire
c’est de la folie?
Et la folie
c’est mal?
Je m’arrête avant de perdre de l’altitude, et puis tout à coup le sol bouge et ma tête tourne.
 
     (Mes pensées se multiplient, se reproduisent trop rapidement. Elles m’échappent. Mes jours sont fertiles, et mes nuits (pour la première fois depuis des années) le sont aussi, me laissant au matin confus, devant passer quelques minutes à départager les rêves et les souvenirs, les contextes oniriques et les situations concrètes et irrémédiables. Matinée, tout juste après l’aube. Dans le silence environnant, un chat qui crie plusieurs fois. Pourquoi est-ce que ça me rappelle quelque chose?)
 
Pris de vertiges je nage dans une mer composée de toutes ces dimensions, Jour et Nuit, Soleil et Lune, Intérieur et Extérieur. Dans cette mer, toutes les Humeurs sont possibles. Quoi demander de mieux? De plus intense? Je suis un écrivain; maintenant je le sais pour de bon, et je le proclame, et j’en suis fier. Et l’écrivain se nourrit de toutes ses expériences.
 
C’est ce tourbillon bouillonnant que sentent les humains et humaines que je rencontre sur mon chemin, avec qui j’échange un regard, et qui nerveusement détournent les yeux malgré que j’aie un petit sourire et que mon intention soit de leur offrir une salutation timide?
- It’s the oddest thing, Miss Ives.  My whole life I thought I was bound to live with exceptionality.  I was not like my brothers.  I was resolutely this… disjointed thing, this freakish thing.  So I came to celebrate what uniqueness I had.
- And now?
- I wear a flower!  I find lo and behold, I’m just like everyone else.
- Then I’m glad for you.
- My cousin and I… it’s not without its complications.  That’s what they call the workings inside watches.  Did you know that?  The intricate gears and mechanisms.  Complications.
- Then enjoy them Doctor.  They will tick away no matter what we do.
 
--- “Penny Dreadful”, Conversation between Vanessa Ives and Victor Frankenstein

2 août 2015

DUMP: Contenu psycho-émotionel pendant des trajets d'autobus

À l'horizon la montagne de mon enfance, sous une flotte de nuages qui me fait penser à ceux que l'on regardait ensemble la semaine passée.  Je lutte très fort pour ne pas laisser le Vent Noir dévaster le petit potager que j'ai réussi à me constituer, ces derniers mois.  La pression monte, et écrase.  J'ai ouvert toutes les fenêtres mais la brise n'entre pas, rien ne rentre, même pas ta voix.  Mon lunatisme se tend, je l'entends craquer, et puis j'ai un haut-le-coeur qui me fait pleurer.  Pourquoi est-ce que je suis si cruel envers moi-même?  Dans mon rêve, la nuit passée, nous étions en bicyclette, toi et moi, sur des sentiers de campagnes, se séparant parfois pour explorer plus du territoire, et puis se retrouvant avec un gadget électronique.  Il faut avouer que ces derniers jours le hasard a combiné plusieurs évènements assez éprouvant, me montrant l'envers d'un paquet de médailles que je portais avec fierté.  Mes yeux se ferment d'eux-mêmes, comme une cloison de secours déclenchée par un système d'alarme.  It's all worth it, still, but my loneliness is a burden I sure could enjoy a relief from.

Une image: ma grand-mère Stella qui promène ses yeux tristes sur le vaste et terrible ciel de l'Été.

* * *

Un biscuit à deux côtés, one makes you larger and the other makes you small.  Comme si je prenais de multiples bouchées à différents moments de la journée, les États de mon Esprit oscillent, variations sur des thèmes hétérogènes, parfois selon des courbes prévisibles ou explicables, d'autres fois complètement imprévisibles.  À la merci des éléments, je ballote et trouve le moyen de rester à la surface en tous temps, sans accessoire de flottaison, parfois même sans respirer (l'avantage d'être un Chat-Poisson), souvent avec le sourire, en train de décrire par écrit chaque détail de chaque vague et tous les souffles du vent qui parviennent à mes oreilles.  Ô Naufrage, ça fait longtemps que je t'évite.  Un jour nos chemins se croiseront, mais pas tout de suite, non, et pas bientôt je l'espère.

Au fond, deux grands-pères, une grand-mère, deux oncles, bientôt ma mère peut-être, et une quantité importante de figures plus ou moins familières.  Je sais cependant que je ne me retrouverai pas dans les profondeurs avec eux; moi le Requin me mangera et c'est dans son estomac que je finirai.
Vide.  Silence.  Une absence de présence, une présence imaginée.  Qu'est-ce qui s'est passé?

Je retourne dormir.

1 août 2015

Étant un être Social aujourd'hui, et probablement demain aussi, je ne pourrai pas concrétiser mon espace mental comme je le fais ici quotidiennement, depuis quelques temps.  Mais tu ne quitteras pas mes pensées pour autant; je ne pourrais pas les évacuer si je voulais.  Cette bataille là est déjà perdue (j'ai offert ma capitulation d'emblée quand j'ai pris conscience de la force de mon adversaire).

"Talk to me.  Don't forget me.  Don't give up on me."

A silent wind blows these words in my mind, a chant, akin to a personal prayer of sorts.

31 juillet 2015

I am filled with Love
for every breaking wave
for all the black Fairies
and piano playing nymphs;

for the honeysuckle temptress
and sweet-talking traitor;
for the pill-providing Oracle
whose cave is blocked off
by arachnid guardians;

for the trouser-loosening
brace-wearing little devil;

for the long-distance lionness
whose proper responses
are just as forbidding
as a scarecrow's smile;

for the lanky pagan
who puts you down 
by telling you
that it can only get better;

for the despairing autocrat
--- angry and impatient ---
who neverthess calls you
a Friend;

for the propaganda advocate
who ignores your earnest confessions
and then showers you
with quaint family portraits.

Love, love, love, to you all.
Toujours dire la Vérité telle qu'on la perçoit, telle qu'on la conçoit; donner le plus de son Coeur que l'on peut offrir et partager; hurler son amour à la lune; se rouler dans la végétation et laisser les bestioles te mordre & piquer & percer; savourer la rosée qui se dépose sur toi après des heures passées à compter les étoiles; s'asperger le visage d'une eau douce pour essuyer l'eau salée qui perle dans ses sourcils; avouer à un Être précieux qu'on l'aime, encore et encore et encore et encore, au risque d'avoir l'air ridicule; apprécier l'Humanité toute entière à travers une représentation de cette espèce; ne rien vouloir d'autre que de passer du temps en sa compagnie, et espérer que quelque chose de cette relation se rende aux archéologues du futur.

JE NE SUIS PLUS MALHEUREUX JE DÉBORDE DE COULEURS ET DE NUAGES ET LA PLUIE SE DÉPOSE EN GOUTTELETTES MUSICALES ET HARMONIQUES.
I'll write all of you under the table, dag nabbit.
Dans le silence, quelques gouttes d'eau et du silence, je demeure ce gringalet timide, déstabilisant et parfois inquiétant.  Que le silence persiste ou pas, le mal est fait, le bien est fait, le Fait est fait: je suis là et tu es en moi.  Pour toujours.  Et je vais lutter comme un enragé pour protéger ce trésor.

Et voilà toute la force de ma faiblesse: dans mon Esprit je peux tout contenir.  Et célébrer.  Et louanger.  Et lamenter.  Et contempler.  Et raconter.  Et chanter.  Je ne suis peut-être pas un écrivain qui vaille la peine d'être connu, retenu ou souvenu, mais je suis un écrivain, et mes entreprises (si elles sont déficientes) sont tout aussi ambitieuses et spirituelles que celles de n'importe quel autre humain ayant vécu avant moi.

Les "pétillements synaptiques" dont tu parles, finalement c'est tout ce que j'ai, et ça je le sais depuis longtemps... depuis ces longues et mornes après-midi dans une Polybéton en valente, où je lisais ma Bible de Lovecraft en cachette au lieu d'écouter le cours de Physique.  Déjà là, je savais que les Plaisirs de l'Âme sont les seuls qui valent la peine d'être courtisés.

Non?  Oui?  Mais encore?
Whatever this is... fickle dreamed gathering of fragmented fantasies, unreserved spouting of the mind's imaginative speculation organism, sweet misunderstood stance of gentleness and spirit, grating irritation of one being for the sake of another one's reach for ecstasy... I will sing it, I will proclaim it, will carry it to the end of my days.  In my Mind-forge'd canticles, you will be forever contemplated, and the wavering trebble of my voice will sing it, always.

Dans un texte sur lequel je travaille depuis plusieurs années, posté sur Facebook il y a quelques mois et puis retiré parce que ça inquiétait certaines personnes, je dis ceci:

" [...] Il est cependant possible pour la conscience d’exister et de subsister dans l’absence d’une Vérité Absolue.  Accepter le Mystère et l’Inconnu, avec humilité."

Cette phrase me revient en tête ce soir car une fois de plus je dois conclure que c'est avec cette réalité que je dois composer.  Dans le macro comme dans le micro, à grande échelle ou (dans ce cas-ci) face à une série d'événements plus contenus, je dois (continuer à) apprendre à vivre avec ce Mystère, l'impossibilité de tout comprendre ou d'atteindre à la clarté à laquelle j'aspire.

Ne pas savoir, ne pas comprendre, la première chose est de l'admettre.  Il faut ensuite aller plus loin encore, et dépasser le stade où ces ambitions sont requises.  Se fusionner au Temps, aux gens qui nous entourent, aux lieux où nous nous situons, aux situations circonstancielles et relationnelles dans lesquelles on se trouve.  Viser un état d'âme où nous sommes en harmonie avec nous-mêmes, les autres, et le moment présent, si bien que la sérénité est possible sans que l'analyse exhaustive et la compréhension à toute épreuve soient nécessaires (ou même souhaitables).

Cesser d'avoir peur.  Faire confiance.  Me faire confiance.  Te faire confiance.  Confiance en tout et en tous.  Et si ça se retourne contre moi, j'aurai fait de mon mieux et c'est sans remords que je continuerai.

Est-ce que je divague?

Chaos cérébral du vendredi après-midi

Faire fi de tout ce qui cri, profiter du momentum et me laisser entraîner vers l’avant.  Foncer, foncer.  Je ne sais toujours pas, je ne comprends pas plus, mais qu’importe, je n’ai pas l’énergie de me battre.  Je regarde derrière et la dernière semaine me semble avoir été compactée, densité périlleuse, tellement d’émotions, de pensées, de mouvement.
 
Je me secoue la tête.  Désapprendre, réapprendre.  Inverser ma vision et regarder l’envers.
 
Je n’ai pas gaffé: j’ai été humain et j’ai agis selon ce que je suis et ce que je sais.  J’ai le droit à l’erreur et à la maladresse.  Mes intentions sont bonnes, et j’essaie toujours d’avoir de la considération pour les autres.  Je suis trop sévère envers moi-même.
 
Je ne suis pas un Fou : je suis un individu aux tendances autodidactes et indépendantes, alors comme je refuse en général que l’on m’inculque des connaissances, je dois tout apprendre par moi-même, sans exemples, sans modèles, sans marches à suivre.  C’est ce qui explique que je suis parfois si lent.
 
Je ne suis pas une cause perdue : je suis quelqu’un d’extrêmement particulier, et pour chacune de mes lacunes ou de mes handicaps, je possède des forces et des habiletés rares.  Un jour je trouverai celle qui aura une personnalité à qui la mienne conviendra.
 
* * *
 
« Ce qui est dans ta tête... est aussi dans ma tête. »
 
Quel bien ça m’a fait de lire ça, il y a une semaine.  Une félicité d’une pureté que je n’espérais plus.  Quel cadeau pour moi...
 
Grateful.  Filled with love for everyone (and I cannot regret love).  Weeping with heartbreaking joy.  Blinding light pumping in my veins.  I know nothing, but right now I feel like I am everything.

A plain and simple truth

I miss you already.  There, I said it.

Lost Cause (a passing fancy roughly jotted down)

« O! Why was I born with a different face?
  Why was I not born like the rest of my race?
  When I look, each one starts; when I speak, I offend;
  Then I’m silent and passive, and lose every friend. »
--- William Blake


Having reached too far
overstepped the bounds
I am once more brought back
to a difficult fact.

A Fool is what I am
and as such
like a Fool
I am treated.

A Fool I am
and as such
do not see things
for what they are.

A Fool I am
so cannot explain
simple yet overwhelming enthusiasms (Love!)
or tangled and voiceless despairs (Love!).

Being a Fool
I am brought down by banalities
and then lifted
by Chimeras of the mind.

A Fool to believe
that one so estranged
of a frame so unremarkable
could achieve a meaningful
--- and reciprocal ---
bond; a Fool to think that
I can hope once more
for an amorous embrace.

“You are a Poet,
you feel everything
more deeply,”
someone once said to me.
Was she right?
Just being nice?

I am just a Fool.

30 juillet 2015

Rising towards the Moon, spying on the treetops, one with the beasts and the plants and the starry air.  Isolated, I get further and further away from the Settlements, leaving all my possessions behind.  The locket and the book and the pen and the fiddle and the flower and the petticoat.  They were not  rightfully mine, nor will they ever be.  

I am resolute and at peace with myself.  It is time.  I have postponed long enough.
Celui qui a choisit
de se consacrer
à la Fiction et aux Rêves
doit s'attendre
à ce qu'à l'occasion
la Fiction se fracasse
et le Rêve s'évapore.

Il ne lui reste alors
qu'à se protéger
et entamer
la Reconstruction.
Ayant ouvert les valves, les eaux-fortes ayant été neutralisées, je retrouve le calme et il s’installe en moi. Respiration. Détente. On rentre le périscope et on revient à la surface. Respiration. Détente.

Tout va bien. Inutile de propager le drame là où il est de trop. Contemplant mes zones intérieures je refais le plein de bienveillance et de bien-être. Je me recentre. L’intensité fébrile se dissipe, remplacée par la vibration constante d’une certaine sérénité. Tout va bien, et tout ira bien.



P.S. : Ce qu’il faut éviter, à tous les niveaux :

     Turning and turning in the widening gyre
     The falcon cannot hear the falconer;
     Things fall apart; the centre cannot hold;
     Mere anarchy is loosed upon the world,
     The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere
     The ceremony of innocence is drowned;
     The best lack all conviction,
     while the worst     
     Are full of passionate intensity.

          --- “The Second Coming”, W. B. Yeats

Random words heard while watching a series, which resonate significantly right now:
 
“Whatever you have done, whoever you have made yourself, I’m here to accept you.  We’re together for a reason.”

29 juillet 2015

Accepter à bras ouverts la totalité d’une personne, tous les éléments qui mis ensemble constituent sa Vie; plus encore, ne ressentir aucun conflit intérieur face à ce Tout; plus encore, être rempli d’admiration pour tous ces éléments qui représentent des valeurs ou des attitudes ou des choix qui correspondent à ce que tu es; plus encore, être absolument captivé par la richesse d’expériences que cette personne transporte en elle, ainsi que les manifestations visibles de par ses paroles et ses actes qui démontrent de façon indéniable la qualité de ce qu’elle est (courage, tolérance, compassion, ouverture, détermination, conviction, sagesse, humilité, enthousiasme, intégrité); plus encore, ressentir en sa présence un bien-être d’une spécificité toute aussi mystérieuse qu’inexplicable; plus encore, sentir que les liens se tissent un peu plus chaque jour, avec ou sans encouragement, que rien ne semble pouvoir les arrêter ou même les ralentir, et que ce rapprochement inéluctable laisse présager des moments d’existence étant véritablement dignes de faire partie d’une Vie; plus encore, savoir qu'on est en présence d'une personne de Beauté, dans tout ce qu'elle est, dans tout ce qui la compose, intellectuellement, psychiquement, moralement, corporellement.

Plus encore.

Defeating the Self-Fulfilling Prophecy

Il arrive que l'on pose un constat si pertinent qu'il s'impose comme un monolithe et fait cesser la réflexion.  Il n'y a alors plus de progression, et on s'enlise dans une réalité qui n'a de fixe que la conception que l'on s'en fait.

Il y a longtemps, en 1995 je crois, j'ai écrit le texte qui suit.  L'introspection nécessaire avait été si réussie que cette analyse de moi-même est devenue ma référence.  Et ma prison.

Je relis ce passage aujourd'hui pour mieux le confier aux oubliettes psychiques.

#MovingOn #NotGoingBack #MovingPastYourself #BreakingFree #ForYourEyesOnly


Le Discours de Philippe
 
Je ne crois pas être quelqu'un envers qui on peut encore avoir beaucoup d'affection ou d'admiration. J'impressionne rarement par la force de mes convictions. Après tout, je n'ai pas très confiance en moi et je manque d'assurance et --- c'est bien normal --- on ne s'intéresse pas longtemps aux faibles.
 
On s'attriste souvent de mon sort, on a pitié de l'échec inévitable de mon existence, parce que je suis un hybride: il y a en moi le désespoir agaçant d'un adulte et les manies maniaques d'un enfant.
 
Les rebelles révolutionnaires ont en commun avec moi un refus radical, mais moi je n’ai pas comme profonde ambition de "changer le monde." Je trouve que c'est le pire cliché possible. Je ne crois pas en mes possibilités et en mes capacités à ce point là. Mon dégoût et mon mépris sont dirigés contre tout, contre moi, contre le Monde lui-même. Je suis capable de ressentir un étrange bonheur ou un désespoir fiévreux, face à pas mal n'importe quoi. Ça dépend des jours. La vie est à la fois ma malédiction et ma bénédiction. Je suis con. Je suis un ontolo-mako.
 
Malgré tout, certaines personnes aiment me parler. Même que certains me trouvent drôle. Ça peut être agréable de discuter ou de partager du vécu avec moi, parce que j'écoute bien j'imagine, ou (comme mon ami Antoine me l'a déjà dit) parce que je sais lire entre les lignes. Mais je suis rarement celui avec qui on agit.
 
C'est parce que je suis réservé, retiré, solitaire. Les autres m'affectent beaucoup, beaucoup trop. Aussitôt que je parle devant plus qu'une personne je me sens devenir ridicule et je bafouille, bégaye et barouette. Quand quelqu'un m'adresse la parole je suis aux aguets, perpétuellement en état de surprise. Souvent, le seul fait d'entendre quelqu'un prononcer mon nom, me consterne et m'inquiète. Pourtant, sans personne avec qui coexister, sans amis, je ne suis qu'un microbe, une plante, un vivant. Et j'ai souvent peur que ça soit ça, vieillir: voir les choses de plus en plus organiquement, et vivre dans une continuelle et déchirante amorphité… un stade d'existence où la moindre action, rencontre, ou idée devient aide-mémoire, te disant: "Penses-y, et tu verras que ça ne donne rien de bon."
 
On pourrait appeler ça de l’insécurité. On pourrait.
 
Je suis égocentrique (pas le choix), mais je ne crois pas être égoïste. Ou peut-être que c'est le contraire. Ou les deux. Je ne sais pas. Je ne sais rien.
 
À force d'observation, j'ai pu voir que les gens qui me côtoient sont d'abord intrigués, ensuite se sentent confortables avec moi, puis lentement en viennent à se sentir mal à l'aise, et puis finalement ils se distancient et choisissent de rester loin de moi. Ça peut varier selon les individus mais c'est généralement comme ça que ça se passe. Face à moi-même, j'en suis quelque part entre la troisième et la dernière étape, entre le malaise et la rupture.
 
Depuis que je sens mon isolement (depuis l'émergence d'une Conscience, en fait), c'est difficile pour moi de me faire des amis, de connaître et de me faire connaître, de me faire valoir aux yeux d'un autre.
 
Ne sachant plus quoi faire de moi, voyant toutes mes amitiés, tous mes amours, se désagréger ou se transmuter en quelque chose que je ne comprends pas, j'ai décidé de partir de ces endroits qui m'étaient familiers, je me suis résigné à être seul. Ça me condamne sans doute à être seulement et uniquement dans ma propre tête, en tout temps, en toute occasion, pour toujours peut-être.
 
(C'est du moins ce que ça semble vouloir dire pour moi. C'est ce qu'il faut garder en tête: tout ce que j'affirme ne concerne que moi, ne s'applique qu'à ma petite et insignifiante personne. Je n'essaie pas de faire passer mes dires pour des vérités universelles, puisque je ne crois pas qu'elles existent.)
 
J'aimerais être pieux et serein mais je pressens que ça va toujours faire mal, n'est-ce pas, et de plus en plus? Et qu'il n'y aura pas de répit, et qu'il ne me reste qu'à m'y habituer.