3 avril 2006
Bulle de début avril
perle sur mes lunettes;
je ne vois que des globes
verts, occultes,
d'outre Temps et d'un autre Espace.
Dans une temporalité précise
--- le Printemps ---
dans une temporalité englobante
--- mes 31 ans ---
tout est devenu Hameçon
pour faire diverger
le flot
courant
de mes intentions.
Les Bêtes Noires
--- encore ---
sont juchées
en haut
de chaque
lampadaire.
"Mets-toi donc à ma place,"
me dit celle là,
"prends ma fourrure foncée et
enfile-la."
Je lui montre mes veines
polluées par l'encre
et la Bête conclue
que je lui suis désormais
inutile.
Si elle savait
à quel point
la Boussole m'est étrangère...
si déconnecté
que j'en suis apatride.
Perdu.
Je le dis à qui veut bien l'entendre,
mais on ne me prend jamais au sérieux alors on ignore mes confessions
et puis
--- plus tard ---
on m'en veut
parce que je suis tellement
en deçà
des attentes
de la Norme.
Texte enregistré à 10:46:00 PM 3 commentaires
Louise L a dit...
Après ma troisième lecture: le verdict en est que je le trouve presque parfait ce poème; et si j'avais à y mettre une note, ce serait très près du 100 %. Merci. Et tu peux récidiver aussi souvent qu'il te plaira.
avril 04, 2006 8:34 PM
Simon a dit…
Merci, Amie, vous êtes trop bonne. C'est fascinant pour moi de voir à quel point ce qui me semble brouillon et confus au moment de l'écriture, prend par la suite un sens et une cohérence unique qui n'était pas prévue et que je serais bien fou d'essayer d'améliorer.
avril 04, 2006 8:43 PM
Louise a dit...
C'est à peu près le même sens qui se développe en moi, surtout lorsque j'écrit « ad lib »; en effet, on serait bien fou d'essayer d'améliorer...notre sort ;-) on écrit ce qu'on veut, et non pas ce qu'on peut. C'est bien de te relire ainsi, sur une place...semi-publique; ça semble te libérer de quelque chose dont j'en ignore encore l'identité, mais crois-moi, mon Ami, c'est un geste et une parole qui sont toujours très appréciés. Merci d'être là.
avril 04, 2006 10:52 PM
30 mars 2006
2 courtextes
C'est que je suis myope
dans mon cercueil de pin
et je ne vous entends pas bien,
vos mots sourds
veulent tout et rien dire.
Pouvez-vous répéter SVP?
Mais ne vous attendez pas
à ce que je réponde…
ma bouche est pleine de terre
déjà.
(6 février, 17:03)
* * *
Coulé dans ce Bloc
de Concrétitude
que j'appelle Citadelle,
toutes mes pensées
court-circuitées
par l'assourdissant
retentissement
du Cadran,
je lutte et ainsi meurt
plus vite.
À trop vouloir vivre
on tue
ce qu'on a de vie.
(21 mars, 16:26)
17 mars 2006
Esquisse Hivernale [dans un autobus le 13 décembre 2005]
Dans mes oreilles la 1ère Gnocienne entonne comme une tonne de brique, j'ai envie de la décrire avec toute la violence qu'elle mérite, mais le papier sur lequel j'écris a été aspergé de café alors je dois faire attention pour ne pas le transpercer de la pointe de mon crayon. Je l'écoute, et je pense: exode; exil; ahuri devant l'inexorable. Sans sens ni raison.
Je suis encore capable d'une sensation d'ouverture devant quelque chose d'aussi banal qu'un pont ferroviaire bordé d'arbres. D'une envie de solitude recueillie en voyant un cimetière villageois. D'une impression d'école buissonnière en voyant les enfants par la fenêtre de cette école. D'une passion face à une maison abandonnée qui pourrait être hantée.
Si j'ai été si obéissant toute ma vie, ce n'est pas par peur d'être puni ou réprimandé. C'est tout simplement que je privilégiais (et continue de privilégier) l'anonymat de l'Inaperçu. Ne pas me faire voir, ne pas me faire remarquer, marcher derrière, en silence, écouter, et ne pas avoir à parler.
À l'époque mes parents étaient fiers de moi, vantaient la vertu de leur fils, mais à long terme ça les a laissé désemparés, je pense: ils ont l'impression de ne pas me connaître, de ne pas savoir qui je suis. Qui est cet être docile, placide, qui n'exprime ni joie ni colère, mais chez qui on sent parfois une inexplicable douleur?
Je n'ai trouvé que l'Écriture pour le dire. Or, ils n'en ont rien à foutre. Tant pis, tant mieux, j'en ai soupé de me sentir coupable et redevable.
Je vois ces arbres dépouillés, leur décharnement squelettique, et je me souviens que c'est toujours ce que je voyais, avant, alors que j'étais en train de ne pas écouter un prof ou un autre, assis dans un bunker de béton appelé poly-va-lente, et que j'essayais de visualiser la géographie lointaine de mes amis de Jonquière, Martine et Philippe. Je fermais les yeux, je tentais de me déplacer par l'esprit, et inexplicablement je ne voyais toujours que les hautes branches d'un arbre en plein hiver, même quand c'est le soleil de la fin du mois de mai qui chauffait le goudron cancérigène du toit de la poly.
Tiens, une usine de béton. Sans discrimination les oiseaux noirs se posent sur sa toile de fils électriques; NO TRESSPASSING, ça ne s'applique pas à eux. La passerelle qui ici passe au dessus de la route, au dessus de moi, qu'est-ce qu'on y achemine? À quelle race devrais-je appartenir pour pouvoir l'explorer paisiblement, de manière inoffensive, sans qu'un type consciencieux m'interpelle, m'arrête, me confie aux Autorités parce que je ne peux être que mal intentionné?
Et puis combien de temps il faudrait que je dorme pour ne plus voir des maudits visages pancartés sur les poteaux? A-t-on vraiment besoin de savoir de quoi ils ont l'air? Est-ce que ça change quoi que ce soit?
Ce que ça devait être beau ici, avant toutes ces maisons… je suis maudit, toute ma vie je vais être attiré par ces bords de l'eau… vais-je avoir la chance de mourir en un tel lieu, pouvant regarder au loin plutôt que chez le voisin?
La colonie de vacance est nécessairement abandonnée. Seuls les animaux y rôdent. Les fantômes, aussi, peut-être, gémissant le sort de la chapelle en ruine, pleurant les étés d'antan où ils se baignaient dans cette piscine creusée dont le béton maintenant tombe en morceaux. Si je m'y aventurais de nuit, qui me verrait, qui m'en empêcherait?
"Condos du Fleuve"? Oui. Et puis ce sera "Condos de la Ville", "De la Région", "De la Province", jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que ça, des foutus condo-dominion partout partout.
Nobody does it better..than you.
mars 18, 2006 6:09 PM
22 novembre 2005
Saccade finale
Mon esprit s'est presque complètement délogé de mon corps. Engourdissement. Perte pentagonale des sens. Déception généralisée. Plaisirs localisés et encabanés. Passions devenus habitudes. Finitude du temps, de l'espace, de l'âme, de l'énergie, du destin. Un pas en arrière de moi-même. Émotions que je crées de toutes pièces pour palier à mon insensibilité. Épuisement profond qui s'enracine.
Travailleur, adulte, employé, citoyen, contribuable, ouvrier, prestataire, salarié, tous des synonymes d'esclave.
Je n'arrêterai jamais de le penser, de l'écrire, de le dire. Tout mon être me hurle que c'est une abomination. N'est-ce pas clément de ma part que de transformer ce hurlement en un banal petit soliloque que seule une poignée recevra?Peu importe. C'est la dernière fois. J'en ai assez de commenter ma réalité immédiate, directement ou par l'allégorie. Je n'ai pas (plus?) envie d'être un "fou divertissant".
Tout mon être m'ordonne d'écrire des histoires; ce n'est pas qu'une lubie. À partir d'aujourd'hui, je choisis volontairement de taire mes doutes, ainsi que la problématique complexe de la valeur objective de ma création, pour atteindre la seule réussite que je connaisse, la seule qui ne se démente pas: terminer une histoire, l'ajouter à mon arsenal, et puis la polir au fil des années.
Je cherchais à partager mon écriture; au lieu de ça j'ai compris que je suis condamné à ne pas pouvoir le faire. Pourquoi? Qu'est-ce que je ne fais pas correctement? Est-ce que je travestie le rôle premier (ou le dernier usage) de l'écriture? Est-ce que mes attentes sont irréalistes? Est-ce que le fait de privilégier l'idée (et la clarté d'expression) plutôt que le style, me confine à un ghetto artisanal? Est-ce que mes préoccupations sont dépassées ou difformes? Suis-je trop étrange ou tout simplement ennuyeux? Suis-je "trop proche" de ce que j'écris? Est-ce qu'une lacune primordiale mine mon Intellect? Ou est-ce tout simplement que l'Écriture est un art mort qui n'intéresse plus que ceux qui écrivent?
Je ne sais pas. Je ne le saurai jamais puisque personne ne veut (ou ne peut) se prononcer là-dessus, et que moi je n'y vois pas très clair non plus. Je suis un solitaire. Je vivrai donc avec une écriture solitaire. C'est une réalisation qui n'est pas négligeable, que je ne ressens plus comme une résignation, et pour ça je ne peux pas décrier toute l'entreprise. Je n'attaque pas non plus vos entreprises, Amis et Amies. Je dois tout simplement éliminer les distractions pour focaliser mes énergies sur ce qui compte le plus pour moi: ma famille et mon écriture. Tout ce qui ne vient pas directement y contribuer est de trop.
Et puis --- c'est peut-être la seule bonne chose à ressortir de mon épuisement --- je comprends enfin que c'est faux de dire que le travail est fatiguant, et la détente reposante. Personnellement, à ce stade-ci de ma vie, tout me fatigue. Alors tant qu'à être fatigué, autant faire en sorte que je sois content de moi à posteriori.
Pour résumer tout ça, et vous donner une bonne idée de l'énergie dont j'arrive parfois à m'investir moi-même (écho constructif de ces "sentiments créés de toutes pièces"), je vous laisse sur une redite d'une citation d'Alan Moore, que j'avais précédemment mise dans la bouche d'un "Grand Mage" dans une de mes allégories:
"The way that school seemed to me was that there was an overt curriculum --- reading, writing and arithmetic --- and a covert curriculum, which was more or less punctuality, obedience and the acceptance of monotony… In a lot of cases it seemed that school was like aversion therapy. It wasn’t there to teach you knowledge, it was there to put you off learning. You’d associate learning or reading with work and you’d associate work with drudgery. This is why most people are happy to just sit down in front of the television at night. “I’m not actually doing any work, therefore I must be having a perfect time.”"
* * *
Mes amitiés,
Simon G.
La Fée Blackstick a dit...
On peut choisir de vivre, ou de mourir; ou d'être entre les deux, dans les limbes d'une écriture qui n'ira probablement nulle part ailleurs que dans nos archives personnelles. Mais il y a les restes; tous ces restes abandonnés le long des boueux chemins scriptuaires; ces millions de lettres éparpillées au vent, qui n'attendent que leur accouplement, pour assouvir enfin le Roman Ultime, celui-là seul qui survivra à son Auteur, celui-là même qui se fera concevoir des lumières de son Obscurité. Merci cher Simon, pour toutes ces histoires que nous avons tout d'abord lues dans la blancheur de ces lumières, puis dans l'Obscurité bleutée du Noir Corbeau.
22 novembre, 2005 22:06
Simon a dit…
Merci, Fée Noire, vos mots sont sucrés comme de la réglisse.J'ai presque envie d'écrire un deuxième dernier message, juste pour avoir un autre aussi beau commentaire...À la revoyure.
23 novembre, 2005 21:33
La Fée Blackstick a dit...
Pas besoin; avec ce que je viens de lire; mais si vous y tenez, très cher cher Xavier...;-)
23 novembre, 2005 23:25
Patrick Brisebois a dit…
Au fond, c'est toi qu'on devrait surnommer "Kafka' des blogues... ;-)Bonne écriture.(moi aussi je mets de côté le style au profit de la clarté, de l'histoire... on verra bien ce que ça donnera..)à+***Bonjour dame Blaquestique!
24 novembre, 2005 13:31
Simon a dit…
Merci Patrick. À la prochaine.
24 novembre, 2005 20:18
sebastien chabot a dit...
Superbe note qui porte des doutes honnêtes et une volonté ferme de faire quelque chose de «durable» pour soi. Je signe à tout ce que tu dis; tes doutes sont si sincères qu'ils portent, en quelque sorte, le quotidien de biens des gens qui veulent écrire, et qui arrivent, un jour ou l'autre. Ce continent scriptuaire, pour reprendre un peu la fée (que je salue, il va s'en dire), n'est peut-être pas aussi loin que tu le penses. À bientôt, donc. Salut Pat, omniprésent, tel un Dieu sur cette blogosphère! ;)
01 décembre, 2005 02:56
Simon a dit…
Merci de ton passage et ton intérêt, Sébastien. Je garderai tes mots en tête.
01 décembre, 2005 11:51
Marie-Chantal a dit…
Quel texte, Simon, tu as vraiment du génie; tu dis vraiment la condition de l'esclave contemporain. Je te lis avec bonheur.
03 décembre, 2005 06:47
Simon a dit…
Merci, Marie-Chantal. À la prochaine.
07 décembre, 2005 05:43
robin a dit...
Un petit bonjour, Simon.Et une distante compassion.Je te souhaite la paix.
20 décembre, 2005 16:54
Simon a dit…
Quoi souhaiter de plus significatif? Le bon monde existe, et tu me le prouves un peu aujourd'hui.La compassion, aussi distante soit-elle, est un miracle que tous les dieux inventés du monde, dans tous les torchons sacrés du monde, ne pourront jamais expliquer.Et c'est dans un monde sans explication --- religieuse autant que scientifique --- que mon Amour des autres peut germer et se développer.Encore une fois, je me perds dans mon propre labyrinthe.-------------------------------------Traduction: Merci Robin.
20 décembre, 2005 20:29
Vidoc a dit...
Mes amitiées aussi cher SimonPasses un joyeux temps des fêtes, mais attention, reviens en bonne et dûe forme.
23 décembre, 2005 17:09
La Fée Blackstick a dit...
Pendant le congé tant espéré du Conteur, peut-être lui serait-il possible de mettre quelques extraits de ses si belles histoires, ici, sur ce blogue qui s'ennuie de ses mots. Joyeuses Fêtes...
24 décembre, 2005 07:41
14 août 2005
DÉCONFITURE
la pointe de ma révolte;
mon seul obstacle:
l'incohérence de ma colère.
Encore
et toujours
je reçois ma fatigue
comme un affront personnel,
mais suis tout de même suis assez naïf
pour croire qu'un jour je serai reposé.
La moindre petite éclisse
--- si elle s'enfonce dans une chimère
gonflée avec le moindrement d'amplitude ---
peut causer des dégâts irréparables.
PAFFffff!
Par terre
les restes caoutchouteux
d'un ballon crevé,
ses parois internes dégoulinantes
d'une condensation salivaire.
Quand on s'est rendu aussi loin que moi
dans la complexe élaboration de Rêves,
on ne devrait plus être assez pitoyable
pour continuer à espérer
quoi que ce soit de la Réalité.
posté par Simon à 11:34 PM
9 commentaires
Un utilisateur anonyme a dit…
Je viens de voir un film sur Peter Pan et je pensais à toi. T'as un imaginaire qui va très loin et j'aimerais qu'on en parle un de ces jours.
à+
Pat B
16 août, 2005 02:38
Simon a dit…
Avec plaisir.
16 août, 2005 05:57
Doc a dit...
...sinon de nous permettre de nous laisser rêver tranquille encore un peu.
18 août, 2005 06:40
Simon a dit…
Bonjour, Doc.Oui, ça serait une bonne fin. Je dirais même que c'est presque un sous-entendu silencieux.
18 août, 2005 11:35
Un utilisateur anonyme a dit…
non-non, t'as raison, faut la laisser flotter cette fin, qu'on entend sans qu'elle soit dite. je pensais à voix haute, c'est tout.
18 août, 2005 12:35
doc a dit...
oups! oublié de signer mon message précédent...
18 août, 2005 12:35
Mo a dit...
La deuxième strophe me plaît beaucoup.
18 août, 2005 12:38
Simon a dit…
Merci, Monik.Et Doc, je savais que c'était toi. (Sourire)
18 août, 2005 20:11
Un utilisateur anonyme a dit…
Bien reçu et apprécié ton dernier courriel, Simon. Je te réponds sous peu; il y a matière à réflexion.Bonne journée.Pat B
19 août, 2005 07:47
12 août 2005
Esquisse Estivale #2 [dans un autobus le 8 août]
Dans le fleuve, les algues abondent, profitant de la chaleur pour étendre leur Domination sur les basses profondeurs de ce grand cours d'eau. Sur terre, le Maïs est roi, il explose en épis, et ces épis --- qu'ils soient destinés aux Bêtes Bovines ou aux Bêtes Humaines --- ne pourraient pas avoir meilleur goût. (J'en mange sans me lasser, y trouvant l'essence même de la saison, mais étant simultanément amené à penser à l'automne, où les épis deviendront décoratifs.)
L'Été, au mois d'août, ça commence à ressembler à ce que ça serait si c'était notre unique saison.
Les Innocents --- Bénis par leur Handicap --- y voient l'Éternel et Inchangeable moment présent, le feront encore demain, et dans un mois, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils perdent l'innocence et ne pensent plus qu'au Futur. Si j'étais définitivement libéré de cette nécessité de Travailler, je pourrais retrouver une partie de cette innocence, être capable de voir un Tout dans le Ratio, regarder la colline pour ce qu'elle est et non pour ce qu'il y a derrière.
Les soirées estivales me le soufflent à l'oreille… me le laissent deviner… me laissent croire à ce qui pourrait être, alors que jadis mon cerveau étouffait dans toutes ces choses qui pourraient être.
Le jaune du soleil qui se couche: une constante qui dans l'histoire personnelle de n'importe quel individu se rattache presque exclusivement qu'à des bons souvenirs. (Même si je repense à ce Jour Funeste où je me suis écroulé, en 1994, il y avait eu avant la Chute un merveilleux moment sur le Pain de Sucre du Mont St-Hilaire, mangeant des noix d'acajou et regardant le soleil --- et ma jeunesse --- se coucher.)
Pour plusieurs, c'est l'heure de la relaxation dans le jardin et les plates bandes, extirpant les mauvaises herbes, arrosant les diverses plantes, et zieutant la progression des légumes dans le potager. C'est l'heure des parties de baseball pour ces adultes costumés qui se prennent bien au sérieux. (Je pense qu'il n'y aurait eu que Jack pour me faire aimer ce jeu.) D'autres tondent leur pelouse, ayant préféré remettre cette corvée au lundi soir plutôt que d'y sacrifier une portion de leur fin de semaine. (Et je peux concevoir un certain plaisir à le faire tranquillement, paisiblement, réchauffé par cette belle lumière jaune de fin de soirée.)
D'autres pauvres connards comme moi viennent juste de sortir du travail, ont manqué le trois quart du seul 8 août 2005 qu'ils vivront, et n'en retiendront béatement que ce BEAU / SOLEIL / JAUNE.
Rêver de monter dans un arbre et --- seul --- d'y rêver; de manger une crème glacée dans un lieu qui n'est pas le nôtre (au coin de la rue ou chez un ami); de jouer une partie de badminton avec ma sœur, jouissant de ma sobriété au lieu de chercher à m'en débarrasser; jouer au parc (enfance) ou y fumer un joint (adolescence) ou y jouer avec mes enfants (âge adulte); faire un feu, et m'abandonner aux braises primordiales; déclencher mon imaginaire dans cette lumière, soit en lisant, soit en me tapant une partie de jeu de rôles ou vidéo, soit en allant finir la soirée au ciné-parc (ce que je n'ai pas fait depuis presque deux décennies). Rêver, rêver, il n'y a que ça, je ne veux que ça, seul ou avec des Êtres Aimés.
Le personnel prend le dessus sur l'observation. La rêverie, l'introspection mélancolique, c'est ça, aussi, le mois d'août.
Des centaines de maison qui défilent devant mes yeux, et je ne vois presque personne profiter de leur terrain. Sont-ils tous connectés à l'intraveineuse de leurs écrans? Je ne vois que des Jardineux, mais eux aussi manquent la Descente de l'Astre. Ils s'affairent, sérieux, sérieux toujours, trop sérieux. Quelques losers qui gossent après leur bateau. Un camp de vacances, une trentaine de fillettes qui s'amusent. Ça me remonte le moral de savoir que certains en profitent. On les oblige à en profiter! Des animateurs sont là pour surveiller, et s'assurer qu'elles ne pourront pas s'ennuyer deux secondes, même si elles en ont envie.
Le Doré est de plus en plus intense, le Soleil voyant ses carats prendre de la valeur à chaque instant qui passe.
Où sont les camions de crème glacée?
4 août 2005
Cri (Soupir) d'un Cœur Désordonné
Ils ne comprennent pas que la nuit des singes verts se cachent dans nos murs; Ils ne savent pas que nous constituons les morceaux éparts d'une rébellion par la création (nécessairement pacifique mais triplement en colère). Ils ne soupçonnent pas l'existence d'Ellivret Sam, de Kubla Kan, de la Butte Suivante, de Golgonooza, de Galloway, de la Syldavie, des Zombies à l'Aneth, de Gormenghast, de l'Amérik, du Continent des Deux Lunes, des Plateaux de Ling, des Glaces de Hoth, des Plaines de Mordor, de la Procession des Cœurs Noirs, des ruines de Pax Tharkas, d'Interzone, du Théâtre des Vampires, des égouts de Derry, des champs de maïs d'Ariennette, d'Imajica, du Docteur Triton, de la Maison Usher, de Doctor Sax, de Sir Uphus, du Golem du quartier de Limehouse, de Coraline et de sa fausse mère, de Max Cockrell, des Orphelins Baudelaire, de Lukar Chambaux, du Manoir de Champignac, des Chiens de Pluie du Grand Tom, de Rip Van Winkle, de Fiam-Fiam Boum-Boum, de Yoshimi et de ses Robots Roses, des Tlöniens d’Atrabilaire, de l'International Fichuationniste, de Goldaline et du Garçon à Deux Têtes, de Melmoth… de milliers de bunkers imaginaires qui forment la Tapisserie des Aspirants Insatisfaits.C'est du moins ce que je me dis quand l'envie d'aller avaler la rivière devient trop forte.
posté par Simon à 8:41 PM
12 commentaires
La Fée Blackstick a dit...
Manifestement l'un de tes meilleurs textes, ellivret sam..Nous n'avions plus qu'à rétablir les anciens dialogues, pour qu'on apprenne que La Tapisserie des Aspirants Insatisfaits existe depuis si longtemps en fait, qu'Ils croient encore qu'Elle ne se multipliera et ne frappera que dans leur flasque imaginaire...Des cellules, indépendantes des leurs, se forment et cogitent dans le silence souverain et elles se feront entendre d'une manière ou d'une autre; l'Autre étant toujours l'écho de l'Un...
04 août, 2005 21:02
Simon a dit…
Merci à Sébastien Chabot, dont le texte "verser des larmes à 5% d'intérêts" a inspiré cette note.
04 août, 2005 21:38
alexie a dit…
Ah ! Ça fait du bien ça.Ça vole très haut.
05 août, 2005 17:36
Un utilisateur anonyme a dit…
Un sapristi de bon texte! Tu connais tes mythes hum?Pat B
05 août, 2005 22:18
Doc a dit...
Woah! tonique, vivifiant, une vraie décharge électrique.quelle belle énergie, tu nous transmets par ce texte!
06 août, 2005 13:25
Simon a dit…
Fée, Alexie, Patrick, Doc, vous ne pouvez pas savoir comme vous m'encouragez. Merci!
06 août, 2005 20:09
Darnziak a dit…
Puisque tu venais me saluer, je passe ici aussi... oui je suis d'accord avec tout le monde, c'est un très bon texte, ça propulse.La bloguosphère évolue, il apparaît de plus en plus de voix intéressantes, quand on prend la peine d'écouter, c'est bien de voir ça.
08 août, 2005 14:23
Evlyn M a dit…
Ce n'est pas en lien avec le texte, mais le Domovoï c'est bien le petit lutin poilu russe qui prend soin des maisons?
09 août, 2005 01:41
Simon a dit…
Darnziak: Merci, j'apprécie.Evlyn: Oui, c'est en plein ça. Je suis surpris que tu connaisses, c'est assez obscur comme figure mythique.
09 août, 2005 05:48
Evlyn M a dit…
J'ai mon bac en anthropologie ;-)
09 août, 2005 18:36
sebastien chabot a dit...
WOW! Ton texte est d'une belle colère, intelligente, forte, poétique, portée par une bave d'insoumission tenace! C'est toi, maintenant, qui m'inspire.
25 septembre, 2005 15:25
Simon a dit…
Merci Sébastien, pour ces précieux compliments.
26 septembre, 2005 20:20
26 juillet 2005
Esquisse Estivale [dans un autobus le 8 juillet]
Et voilà que je rejoins le Monde, pour trois semaines du moins, au moment où les plantes s’épanouissent et affichent leurs vraies couleurs. Leurs odeurs se mêlent à celle du fumier que les cultivateurs --- au stade le plus occupé de leur année --- répandent sur les terres qui leurs appartiennent et qu’ils cultivent, symbiose ancestrale entre un homme, sa terre, et sa famille.
Trois semaines pour jouir de ce Monde, pour faire sortir mes yeux des sentiers battus, pour enfin décrasser ces régions de mon cerveau qui sont réservées aux Jeux, et au Plaisir d’exister.
Des horizons verts et montagneux. Une bouée verte sur le fleuve. Une maison bicentenaire que l’effondrement d’une cheminée a éventrée. Des clapets où on garde des lapins à vendre. Les petites pousses qui deviendront ces majestueux plants de maïs qui me feront rêver dans un mois. Des usines malpropres et malsaines. Des fleurs... blanches, oranges, jaunes, mauves, qui jamais ne cessent de surprendre. Un petit ruisseau dissimulé par les plantes qui poussent sur ses berges, m’offrant la vue d’une intimité naturelle que je m’empresse de transformer par l’imagination en un lieu résonnant de drame et de danger. Des cantines aux noms fièrement absurdes, de toute évidence aussi nécessaires que des toilettes publiques. Des monuments religieux, statues ou immeubles, qui à chaque année me semblent de plus en plus déplacés, négligés, ignorés, en voie d’extinction. Partout, des arbres que l’on ampute ou que l’on abat, fiers géants qui eux aussi sont négligés et lentement vont disparaître. Des garages et des cabanons bric-à-brac, remplis d’outils usés et de métal rouillé, entrepôts minus où les rebuts dorment plus ou moins longtemps avant d’être envoyés au dépotoir, ou d’être vendus dans une vente de garage. Des potagers et des serres, où on imite à plus petite échelle la grandiose culture des fermiers. Des chevaux et des vaches qui broutent et qui repoussent les mouches avec leur queue. Les marques parallèles des tondeuses à gazon sur des pelouses stériles et plates à mourir. Des constructions et des rénovations, royaumes invaincus de l’homme musclé qui travaille torse nu. Des enfants qui envahissent leur ville et les transforment en Jardin des Délices Terrestres. Des bassins d’eau artificiels, que l’on emménage et entretient pour quelques mois, pour l’œil ou pour le corps. Les fourmis qui manigancent leur empire souterrain. Des adultes qui arrachent au Temps et à la mort quelques instants de plaisir qu’ils appellent ‘vacances’, et qu’ils s’efforcent de remplir.
L’Été.
posté par Simon à 1:27 AM 2 commentaires
alexie a dit…
Ça y est, je commence à m'ennuyerJ'avais aimé ce texte, assez cynique, qui m'a rappellé très vivement ma petite ville natale..J'ai hâte que tu nous revienne !
04 août, 2005 08:11
Simon a dit…
C'est bien gentil à toi... j'ai plusieurs petits textes qui s'en viennent d'ici un jour ou deux. Je me dépêche!À bientôt.
04 août, 2005 11:47
14 juin 2005
Égarements
que c'est en étant gentil
que je gâcherais ma vie.
puis tout donner aux autres,
sans que jamais on ne me demande
"Toi, pauvre Perdu,
que veux-tu?"
la question
aurait de quoi
faire frémir mes yeux.
de ce qui est trop
facilement intelligible,
on me croit niais,
on me juge muet.
on en conclue une indépendance farouche,
et un coeur de pierre.
posté par Simon à 12:28 PM 7 commentaires
Lady Guy a dit…
Sur votre blogue règne le spleen de l'homme "correct", plutôt anachronique à notre époque délurée. C'est assez fascinant. Et une résignation d'une tristesse absolue qui me trouble profondément.Êtes-vous vraiment résigné? Vous le serez si vous attendez des autres le geste salvateur que seul VOUS pouvez poser. Vous n'avez pas gâché votre vie en étant gentil, si vous en retirez tant de peine; on n'est pas gentil lorsque ça nous rend malheureux. On est plutôt prudent ou obéissant. Ce n'est pas être méchant qu'être vous-même. Et ce n'est pas la faute des autres si vous n'avez pas encore choisi d'être. Vous devriez lire le journal de Kafka. Et aussi sa Lettre au père, qu'il n'a jamais osé lui remettre...Je ne vous reproche rien. Mais vous lire me cause souvent bien du chagrin.
15 juin, 2005 01:50
Lady Guy a dit…
Et puis, "A la recherche d'Ellivret Sam", ne serait-ce pas une sorte de "Délivrez Simon"?
15 juin, 2005 02:02
Simon a dit…
Chère Lady, avant tout je dois vous remercier de prendre le temps de brasser ma cage (car c'est ce dont il s'agit, n'est-ce pas?). Et pour que le ton de ce qui suivra soit sans équivoque: je ne suis ni fâché ni blessé, et nullement sur la défensive. Tout simplement pressé et même empressé d'éclaircir mes propos.Mais pour ce faire, je dois moi aussi vous poser des questions. Qu'est-ce qu'un homme "correct", et en quoi est-ce que j'en suis un? Pourquoi est-ce anachronique?Suis-je vraiment résigné? Oui, non, je ne sais pas. Ça dépend des jours. Il ne faut pas l'oublier: ma dernière entrée de blog est le reflet de ce que j'étais le jour où je l'ai écrite, à l'heure où je l'ai écrite. J'ai hésité avant de partager ce texte ici, me doutant bien qu'on le (et me) jugerait d'un pathétique profond. Mais mon soucis d'honnêteté (envers moi-même, avant tout) m'y a poussé. Je me retrouve souvent dans un État de Résignation, oui, mais je ne suis pas complètement résigné.Je n'attends pas de geste salvateur; en tout cas je n'en attends plus, et depuis un bon moment déjà. Ni de la part des autres, ni de la mienne. Je n'y crois pas. Je continu d'essayer, je fais tout ce que je peux pour ne pas me décourager, mais je n'y crois pas.Je vous trouve un peu hâtive de déclarer tout de suite que je n'ai pas vraiment été gentil si j'en suis si malheureux. Hormis ce que j'ai pu en raconter ici, vous ne connaissez pas mon histoire personnelle, ni ce qui se cache derrière ces mots. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Prudent, je le suis. Obéissant, pas vraiment, je ne sais pas, ça dépend de ce que vous voulez dire par là. En effet, ce n'est pas la faute des autres, vous avez raison, et je me désole si c'est les accusations qui ressortent le plus de ce texte, ou même de mon blog en général. Si vous saviez... je n'en veux pas à grand monde. J'ai de l'amertume, mais elle est avant tout dirigée envers moi. Ce dernier texte, par exemple, est beaucoup plus un constat qu'une charge.Délivrez Simon? Peut-être. Ça serait plutôt "Réveille toi Simon," une prière que je m'adresse.Désolé pour le trouble, le chagrin.
15 juin, 2005 13:03
Lady Guy a dit…
Simon, vous êtes trop sensible...Je ne trouve pas du tout que votre billet est pathétique et ne vous excusez surtout pas de m'avoir causé du chagrin - ça prouve que ce que vous écrivez me touche! Et je mentionne Kafka car vos thématiques m'y font penser...Je m'adresse au "sujet" du texte, pas à vous personnellement, car, effectivement, je ne vous connais pas. Ce n'est pas à vous que j'écris, mais à ce narrateur-blogueur nommé Simon. Malheureusement, les gens reçoivent souvent les commentaires en plein coeur, en oubliant ce détail: qu'ils sont avant tout des êtres fictifs dans l'écrit.Vous avez bien écrit: "Jamais je n'aurais cru que c'est en étant gentil que j'aurais gâché ma vie..." C'est à cela que je répondais et ce qui se cache derrière ces mots n'a aucune importance dans mon argumentation. Comment pourrais-je le savoir? Doit-on connaître la vraie vie d'un auteur pour discuter ses textes? J'ai trop lu Roland Barthes, probablement..J'ai bien compris que ce n'était pas une charge. C'est ce "constat" que je nomme résignation! C'est terrifiant, la résignation! Ça me fout les boules!!!Quand à l'homme "correct", je le vois comme l'homme qui ne fait que son devoir et honore ses responsabilités, sans jamais se rebiffer, comme Kafka... C'est anachronique en ce sens que de nos jours, tout tourne autour de l'épanouissement individuel et de la liberté personnelle. Vous êtes l'un des rares blogueurs à aborder la vie responsable, avec boulot, enfants, etc.C'est moi qui m'excuse d'avoir paru virulente. C'est le trouble, je vous dis...
15 juin, 2005 13:28
Lumi�res a dit…
Je me risquerai à ajouter un petit mot.Personnellement, la tristesse me parle du courage qui me manque, d'un choix que je n'ose faire et qui me ferait tant de bien, d'un geste que je me refuse à poser... Une série de tout petits gestes salvateurs qui me permettraient de mieux respirer et de vivre encore plus près de moi.Mais je ne sais pas...
15 juin, 2005 20:17
Simon a dit…
Lady Guy, je vais certainement retenir votre suggestion de lire la correspondance de Kafka. Je connais un peu ses écrits (j'ai lu certaines nouvelles dont La Métamorphose, et son roman Amerika), mais trop peu son œuvre globale.Je saisis mieux la nuance que vous faites entre le "sujet" du texte, et ma propre personne. Malheureusement pour moi, pour vous, ou peut-être pas, ce "narrateur-blogueur nommé Simon" n'est pas une entité distincte de ma propre personne. Mon blog n'est pas pour moi un lieu de fiction (pas consciemment du moins); je garde ça pour mes romans. Si, comme vous le dites, je deviens un être fictif dans mes écrits, c'est le résultat normal du processus d'appropriation du lecteur, et non une intention de ma part. Que les commentaires que les gens m'aillent droit au cœur, et bien c'est tant mieux ou tant pis, selon le cas, mais je ne voudrais pas que ça soit autrement. Je vais continuer de m'ouvrir à tous les coups --- bas comme hauts --- parce que la fermeture serait une mort. Hum... je deviens un peu trop cryptique. Non, évidemment, il ne faut pas connaître la vie d'un auteur pour discuter de ses textes, ce n'est pas ce que je voulais dire. Roland Barthes... je devrais lire quoi, de lui? Je n'ai lu que des bribes par ci par là.Le résignation ne me terrifie plus, sauf peut-être lors de ces cristallisations psychiques qui se produisent lors de grands moments de Lucidité (illusion s'il en est une). "J'ai des grands instants de lu-ci-di-di-di-di-di-té..."Je serais donc quelqu'un qui ne fait que mon devoir, et honore mes responsabilités, sans jamais me rebiffer. Ouais, d'accord. Mais ces mots, "devoir", "responsabilités", sont des abymes sémantiques qui peuvent vouloir dire n'importe quoi. Alors je vais vous croire sur parole, mais ne suis pas prêt à me déclarer un des rares à aborder la vie responsable. Je sais que je m'enfarge dans les fleurs du tapis, mais j'ai beaucoup de misère à accepter l'espèce de hiérarchie implicite de ces concepts. Mais dans le fond je n'ai pas à vous dire tout ça, je sais que vous le comprenez.Virulente, non, pas du tout, n'allez pas croire que c'est comment j'ai perçu vos propos. Je prends vos commentaires à cœur, oui, je l'ai déjà dit, mais --- comme vous me l'avez dit --- ça veut tout simplement dire que vos propos me touchent.
16 juin, 2005 11:28
Simon a dit…
Lumières, si je comprends bien la situation que vous décrivez, peut-être ne s'agit-il pas de manque de courage, mais d'une certaine prudence face à une incertitude. Il est difficile de voir clairement quels sont les gestes salvateurs --- petits comme grands --- qui réellement nous aideront à respirer. Donnez-vous du temps, vous y verrez plus clair, et éventuellement le geste viendra de lui-même.C'est du moins ce que je me dis.
16 juin, 2005 11:29
1 juin 2005
Cogner des clous
La Fatigue est un isoloir que l'on combat non par le Sommeil mais par l'Enthousiasme.
14 mai 2005
TRUCS POUR RESTER FOUS
1.1. ne pas hésiter à avouer sa folie
2. seul ou entre amis, effectuer périodiquement des séances où l'on se fait Shaman
3. se laisser aller à ses entrains spontanés, quitte à ne plus savoir retracer ses pas
4. à part égal, investir du temps dans l'observation de l'infiniment petit et de l'infiniment grand
5. se coucher par terre quand l'envie nous en prend
6. se mettre à courir quand l'envie nous en prend
7. au moins une fois par heure, rire, chanter, crier ou siffler
8. écrire l'éphémère pour ne pas l'oublier et retenir l'éternel pour arrêter d'y penser
9. fermer ses yeux quand on mange et quand on boit
10. observer ses névroses et en rire, pour être capable de les perfectionner
11. jouir de l'ordre autant que du désordre
12. ne pas tout essayer de comprendre
13. ne pas essayer d'aimer ce qui ne le mérite pas (ou, si l'on veut, détester ce qui est détestable)
13. amplifier l'importance du Jeu, et dé-dramatiser tout le reste
14. entretenir des conversations avec ceux qui ne sont pas là, et ce qui n'a pas de Voix
15. prendre les choses pour ce qu'elles nous font, non pour ce qu'elles sont
16. essayer de connaître la folie des autres, et la complimenter quand c'est possible
17. toujours essayer d'être dépaysé, même quand on connaît par cœur
18. avoir du respect pour ses personnalités multiples
19. identifier ses joies et puis les transporter avec soi, partout, dehors comme en dedans, le jour comme la nuit
20. vivre comme si on était éternel, et en même temps voir la vie comme si on était mort hier
21. ne pas hésiter à désobéir à ces trucs
Simon a dit…
He he, d'accord. Et toi, ça va, tu tiens le coup?Je comprends ça, les passes difficiles. Courage.
19 mai, 2005 20:19
alexie a dit…
C'est beau ça. J'en suis toute nostalgique. Enchantée de te découvrir.
20 mai, 2005 13:24
Simon a dit…
Alexie: Bonjour, enchanté de te découvrir aussi (je suis arrivé à ton blog pour la première fois ce midi).Mais je suis curieux... nostalgique de quoi, exactement?
8 mai 2005
22:40
mais tout me semble grave."
Voilà ce que je respire, ce que j'expire.
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Evlyn M a dit…
Hôla je viens de découvrir ton ici, je vais aller te lire un peu ;)
09 mai, 2005 23:47
nøkturA a dit...
Voilà une phrase à laquelle je peux m'attacher bien souvent. Très belle réflexion. :)
10 mai, 2005 11:03
Simon a dit…
Bienvenue à toi, Evlyn.Saluatations à toi, Noktura. Ouais, une drôle de bipolarité qui est parfois difficile à vivre (et surtout diffile à comprendre pour mes proches), mais j'y vois aussi des avantages (celui de la dédramatisation, entre autre). Mais me voilà reparti... Merci de votre visite!
10 mai, 2005 12:28
Lady Guy a dit…
Ça ressemble à du Pessoa...
10 mai, 2005 17:09
Simon a dit…
Pessoa? Je ne connais pas, merci de la référence, je m'en vais voir qui c'est tout de suite.
10 mai, 2005 21:24
25 avril 2005
l'esprit en broussailles
une clairière que je ne reconnais pas
une petite panique
la crainte d'un danger
jusqu'ici tout était paisible
mon sourire cherchait une porte
dans cette végétation
sur le mur de la Montagne
sans trop y croire
mais voilà que les oiseaux se taisent
le vent s'élève
le ciel devient plafond gris
une drôle de couleur s'égare
jusqu'à mon Cœur infiltré;
je pourrais ignorer cette tension alarmante
mais par le fait même tout manquer
passer à côté d'une trappe s'ouvrant sur un souterrain...
mais si je ne pense qu'à la menace
je deviens la proie de mes propres angoisses...
que faire? et où?
9 avril 2005
sans titre
24 mars 2005
L'Empilement du Quotidien
Si notre quotidien est parsemé --- à chaque jours --- de bassesses frustrées, de petites cruautés, d'insincérité chronique, de vains commérages, d'emportements agressifs, de vulgaires caprices, d'égoïsme crasse, d'égocentrisme éhonté, il vient un temps où ce sont ces choses là --- ces couches superficielles de détritus spirituels --- et non notre Cœur, qui nous définissent. Et alors nous ne méritons plus que du Mépris. Pas de la Pitié, pas de la Colère. Du Mépris.
14 janvier 2005
Déprime #24: 10 Ans Plus Tard
Pas d'espoir de terminer mon roman, de le publier (et donc manque de motivation de l'écrire juste pour moi, comme jadis). Pas d'espoir de me sortir de mon emploi que je déteste, de la lutte quotidienne pour l'argent. Pas d'espoir d'harmonie familiale, ou même de chaleur familiale. Pas d'espoir que Mélissa et moi devenions plus proches l'un de l'autre. Pas d'espoir de retrouver l'amitié avec qui que ce soit. Pas d'espoir de voyager un jour comme je le veux (c'est-à-dire avec errance, avec introspection et observation calme, sur des longues périodes de temps). Pas d'espoir d'atteindre la sérénité. Pas d'espoir de nouvelles relations amoureuses (parce que je suis fidèle, que jamais je ne demanderai le divorce, mais --- surtout --- parce que je suis complètement incapable d'offrir quoi que ce soit à une femme… demandez à Mélissa… si elle est honnête avec vous elle vous le dira). Pas d'espoir d'habiter un jour la maison de mes rêves (une maison assez vieille, avec grenier et foyer, où je pourrais avoir une grande bibliothèque, sur un terrain presque forêt, où je ne vois aucuns voisins, avec un petit ruisseau). Pas d'espoir d'établir avec mes enfants une relation qui serait à la hauteur de mes attentes, de mes capacités (ne pouvant pas passer suffisamment de temps avec eux, tout simplement). Pas d'espoir d'accomplissement, d'épanouissement.
Une vie de travail, de consommation ponctuelle et répétitive, de remboursement de dettes diverses et variées et multiples (processus indiciblement lent), de fatigue constante et de plus en plus abrutissante, avec des passions (lecture, écriture, cinéma, musique) qui --- faute de pouvoir y consacrer mon Plein Cerveau --- ne sont finalement que des évasions divertissantes; et puis des enfants que je ne connaîtrai pas à l'âge où il est encore possible de le faire, et puis qui quitteront ma maison, et deviendront --- comme ça le fait avec tous ceux qui me côtoient --- des Étrangers; des bonnes volontés jadis irréductibles, lentement érodés par l'épuisement et le manque de reconnaissance; une vie de silence, d'abnégation involontaire, à me sacrifier pour ma famille, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus besoin de moi, et qu'alors je meurs; de la rage, à cause de ma propre impuissance, mais aussi (surtout) à cause de tous les Charlatans (Marchands & Prêtres & Ministres & Savants & Artistes) que je vois à l'œuvre autour de moi.
SUICIDE, quand vas-tu me laisser tranquille? Ça fait dix ans, peut-être même plus, que tu me harcèles; ne vas-tu pas un jour cesser de t'abattre sur moi quand je suis le plus vulnérable?
Ça fait des semaines que j'aurais dû aller me faire couper les cheveux. Ça fait longtemps que je ne les ai pas eu aussi longs.
Hier, en apercevant mon reflet dans la fenêtre de l'autobus, j'ai trouvé que j'avais des airs d'Amérindien. Il est vrai que j'ai des ancêtres Hurons en quelque part dans la moitié paternelle de mon arbre généalogiques (et il ne s'agit là que ce dont je suis au courant, j'ai probablement du sang amérindien du côté de ma mère aussi), mais c'est la première fois que j'en voyais des manifestations dans mon propre visage.
Ensuite, marchant vers chez moi, je pensais à ce que ça peut révéler sur moi, ce que ça peut expliquer ou renseigner… mon détachement (voire mon allergie) face aux Ambitions de la Civilisation où j'ai vu le jour, mon amour de la Nature et mon incompatibilité avec la Ville, mon attitude face à l'expérience de la drogue (un rituel de shaman qui ne doit pas devenir un geste routinier, qui doit rester sacré). Si tel était mon désir, je pourrais tout réexaminer ma vie par cette optique, et adopter pleinement mon "identité amérindienne". Mais ça serait de l'appropriation mensongère, de la récupération ancestrale, et --- ultimement, tout jugement moral ou éthique mis à part --- une perte de temps. Je suis un québécois, un canayien-frança, et par définition ça implique du métissage en quelque part chez mes ancêtres. Je ne suis pas différent ou distinct ou spécial pour autant.
Si seulement tout le monde comprenait cette réalité intrinsèque… on traiterait mieux nos autochtones, et on serait peut-être un peu moins moralement myope.
On commence à mourir quand on adopte de notre plein gré une existence qui ne nous ressemble pas.
En fin de semaine, mon petit carnet de poche est tombé derrière ma table de nuit, et je ne l'ai toujours pas récupéré. Cette situation aurait été impensable il y a deux ans, même un. Révélation par l'Absence.
Ce que ça veut dire? Que je laisse tomber dans l'oubli des dizaines de pensées, de bouts de poèmes, d'idées pour mes histoires. Par hasard, certaines de ces idées me reviennent par la suite, et alors je choisis de les noter (ou pas). La plupart sont cependant perdues à jamais. ET ÇA NE ME DÉRANGE PAS OUTRE MESURE. Ça me trouble et ça m'attriste, mais je laisse les choses aller quand même. Le début de la fin. Si je continue dans cette voie, je n'écrirai probablement plus d'ici quelques années. Comment survivre à ça?
13 décembre 2004
Frisson
7 décembre 2004
Neige
Le matin, le soir, je fais à pieds le trajet entre l'arrêt d'autobus et ma maison, une marche d'environ quinze minutes. Vingt minutes ces jours-ci, avec la glace cachée et les bancs de neige. Je m'en réjouis, même quand le matin je suis tout endormi et que j'ai froid. La marche active mon coeur, et me réveille plus que le café. Le silence. Le vent. Les arbres. Parfois la lune, parfois les lueurs lointaines de l'aube fantasmatique. La noirceur, le matin comme le soir. Je ne vois que la noirceur, et j'en tire plaisir. Ça me met en tête la Noirceur de ce temps de l'année, et ça m'aide à comprendre la symbolique païenne (et donc sempiternelle) de cette période.
Ça tombe encore. J'espère que vous en profitez autant que moi, mes amis.
Je pense à vous, où que vous êtes. Marie, Martine, Hugues, Yan, Stéphane, Julien, Philippe, ma belle Julie, Cindy, Michel mon père, Mireille ma mère, Geneviève ma soeur. Sylvain. Christian. Je vous trimbale tous et toutes, et je n'ai pour vous que respect et amour. J'aimerais vous le dire en personne, mais pour l'instant je n'ai que cet espace à ma disposition.
'Soir.
Silences
Mais je suis étrangement contenté. Je ne suis pas habitué. Le froid me convient, mes pensées me nourrissent, mes enfants me comblent, mes lectures me remplissent, et mon existence... m'éblouit, dans tout ce qu'elle a d'horrible, de raté, de triste, de magique et de merveilleux.
Les futilités me sont bien évidentes... je ne perds pas ma salive, mes larmes, mes sourires. Je travaille à mon écriture, ai presque oublié les projets de publication. Je contemple mon roman en cours, ce qui est écrit et ce qui reste à écrire, et l'ampleur de la chose m'effraie. Quand on a peur de sa création, l'opinion des éditeurs est bien méprisable.
Allez donc marcher dans la neige. J'en fais de même.
1 novembre 2004
Conseil
15 octobre 2004
Défoulement sans queue ni tête
De quels mensonges je parle? Inutile de les énumérer en détails, ils reviennent tous au même: essayer de convaincre que l'on Sait, qu'on a la Réponse. Cacher son ignorance, la recouvrir de cynisme ou d'intellectualisme pompeux, d'expertise factuelle ou de soit disant "expérience", d'investiture pleine d'autorité ou d'évidences solennelles et bien-intentionnées, et puis se former un Discours sophistiqué qui impressionnera et convaincra.
Vous prétendez connaître, vous prétendez savoir, alors que c'est impossible, avouez-le, que vous soyez Croyant ou Athée, Agnostique ou Témoin de Jéhovah, ça ne change rien, dans toutes les croyances et les idéologies il y a quelque chose qui ne change pas: l'humain est petit, l'humain est idiot, manque toujours sa cible, et doit passer sa vie à souffrir. Alors cessons de prétendre, arrêtons d'essayer d'enterrer l'autre avec nos propos perspicaces (car finalement ce n'est toujours qu'une pathétique entreprise de solidification de nos fondations personnelles).
People just ain't no good, dit Nick Cave.
Mais à qui devraient incomber les reproches? À ceux qui mentent, délibérément ou pas, ou à ces idiots de mon espèce qui ont eu un jour la sottise de croire en qui que ce soit, quoi que ce soit?
Qui a tort? Le Menteur ou le Naïf?
Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est que je ne suis pas un menteur (et que je n'ai pas l'intention de le devenir), et que j'ai perdu une bonne partie de ma naïveté.
6 octobre 2004
Considérations Matérialistes (donc suicidaires)
Une anecdote qui indique bien dans quel état je suis, ces jours-ci.
Je n'ai plus assez de présence d'esprit pour fonctionner correctement. Au travail j'ai de la misère à avancer dans mon dossier; à la maison je manque de patience avec mes enfants, et je n'ai rien à offrir à ma Mélissa que j'aime; quand vient le temps de faire du ménage je suis fatigué et au ralenti; dans l'autobus, quand j'ai la chance d'écrire, je flotte au-dessus de moi-même, me sens vide, rien ne sort; j'arrive à lire, à suivre un film, mais les moments sont rares où je pénètre dans ces fictions (fusion avec l'art qui a toujours été si importante pour moi); je ne note pratiquement plus d'idées, parce que je les oublie mais aussi parce que j'en ai moins; je n'ai plus envie de rien, sauf de sortir de ma vie actuelle.
Autre anecdote: hier un jeune homme est venu cogner à ma porte, voulait me vendre un carnet de billets permettant de voir les parties de l'équipe de hockey locale et de manger à un restaurant le même soir. Voulant me vendre sa salade, il m'a demandé: "T'as des enfants, mais tu sors encore avec tes chums, non?". Je n'ai pas su répondre sauf en hochant la tête, cette question me révélait si drastiquement à quel point je suis déconnecté des jeunes hommes qui m'entourent. Je n'ai pas de "chums"; non, je ne sors pas avec eux; en fait, je n'ai jamais sorti avec eux; on pourrait même dire que je n'ai jamais eu de "chums", pas dans le sens que vous lui donnez en tout cas; je n'ai jamais aimé "sortir", alors je ne le ferais pas maintenant même si j'avais des "chums"; etc.
L'aliénation que je subis, que je m'impose, a finit par tuer presque complètement la capacité que j'avais à écrire. J'en ai encore l'envie, mais c'est presque tout. Par conséquent, privé de cette nourriture sacrée, la grisaille s'infiltre dans tous les aspects de ma vie. La confusion aussi, qui est accentuée par cette anxiété nerveuse, nervosité anxieuse.
Je ne sais plus quoi faire. Un autre de mes mantras.
28 septembre 2004
Faux Latin: De Prime Antes
en dehors tout est Tracas;
que peut-il rester
du "meilleur de moi-même"?
* * *
Des journées comme aujourd'hui, je me dis que je ne pourrai pas continuer comme ça pour longtemps. Ça fait déjà cinq ans que j'occupe cet emploi, cinq ans à ne pas aimer ce que je fais.
Aujourd'hui, donc, assis à mon bureau, j'ai eu en Tête un sentiment familier, que je me souviens avoir ressenti --- enfant --- alors que je marchais sur Ste-Catherine avec ma mère, près de l'UQAM (voyant un immeuble où il était écrit "DUPUIS" en grosses lettres, j'associais ce que je voyais à un décor d'album de Gaston Lagaffe, quand ce dernier roule dans une ville sale avec sa bagnole hyper-polluante). Un désespoir sans nom, gris et pluvieux, qui ne laisse aucune place à la Vie humaine. Seulement, enfant, je tombais dans ces poches de désespoir un peu par surprise, et puis ça passait. Mais aujourd'hui j'ai été dans cet état pratiquement toute la journée, ou en tout cas aussi longtemps que j'ai été dans mon bureau (soit d'environ 8h05 jusqu'à 11h35 --- à ce moment là je suis sorti pour aller manger mon lunch avec mon père --- et puis ensuite de 12h25 jusqu'à mon départ vers 16h25).
À la polyvalente j'ai enduré cinq ans et puis ensuite j'ai enduré environ trois ans de Cégep/Université, et puis un peu plus tard environ six mois de rattrapage en mathématiques pour 1 an et demi de cours intensifs en informatique. Et puis cet emploi, qui ne me promet de fuite que dans une trentaine d'années.
Je ne me rendrai pas, je le sens. Impossible, impensable, que je travaille ici (ou ailleurs dans le même domaine) jusqu'à l'âge de 55 ans. Et pourtant, je n'en ai pas le choix. Les obligations financières me gardent prisonnier (je pense à cette image du Christmas Carol de Dickens, où on voit le fantôme enchaîné de Jacob Marley). Dettes étudiantes (les miennes et celles de Mélissa), hypothèque, pesantes cartes de crédit, éternels comptes mensuels, deux enfants… tout ça dépend de mon unique salaire. Mon naufrage, ça serait le naufrage d'une famille complète.
Je ne peux pas flancher. Je ne peux pas continuer. Tout m'est impossible: le recul, l'immobilité, la progression. Ce qu'il me faut c'est une alternative, un univers parallèle, sans quoi l'issue sera imprévue, et ne viendra pas de moi.
23 septembre 2004
Éphémères tiges d’amertume
Être pourtant capable de se nourrir d'un rire, d'un instant d'après-midi parfait, d'une sieste chaleureuse dans le même lit qu'un être aimé, d'une petite idée notée en cachette, d'une grande idée qui transfuge la journée, d'une petite promenade où tu découvres un petit joyau géographique.
Je suis triste mais…
J'ai cette phrase dans la tête depuis des années. Je n'ai jamais réussi à la continuer. Est-ce que ça veut dire que je n'avance plus?
18 août 2004
Jérémiades
Ce midi j'ai regardé une photo aérienne des villes de McMasterville / Beloeil / St-Hilaire / Otterburn Park (prise par mon père lors de son récent tour d'avion), et j'ai repéré les différents lieux mémorables de mon ancienne existence (21 ans d'une vie qui en compte 29, ce n'est pas rien), entre autre mon ancienne maison ainsi que celle de mon ami H., et puis la pointe entre nos deux demeures où le pont des trains enjambe le Richelieu entre Beloeil et Otterburn Park, et où on allait souvent moi et lui… et les larmes ont remplies le bas de mes yeux.
Trop sensible, aujourd'hui.
6 août 2004
Poème conçu & mémorisé pendant une longue… réunion… plate.
saturée de sensations transfigurantes
où les lierres
de l'imaginaire
poussent
en terre
fertile.
Voilà ce qu'était mon enfance,
voilà ce qu'est mon idéal.
--- 9 juin 2004
Annonce Déclassée
Poèmes, récits courts ou longs, lettres, cartes, tout et n'importe quoi ayant été écrit avec Cœur et avec sensibilité artistique. Si la réponse est bonne, je projette de rassembler tous ces textes et d'essayer ensuite de les publier, prouvant ainsi qu'il est possible de Créer en dehors des cercles universitaires hermétiques et des réseaux serrés d'artistes déjà établis.
2 août 2004
The Ghost of Love Past
Et voilà que je me réveille. Il est trois ou quatre heures du matin, je suis couché près de ma Compagne et de mon Fils. Il fait chaud, je vais aux toilettes en écoutant la Nuit, pensant à Julie, aussi amoureux d'elle que je l'étais quand je l'ai vu la première fois, il y a de ça quelque chose comme 19 ans, aussi amoureux que la dernière fois que je l'ai vu, il y a de ça quelque chose comme 10 ans. Et je suis émerveillé par la ténacité de cet amour. Et je comprends simultanément que je l'aimerai toujours, elle et toutes les autres que j'ai aimées.
Perroquet
Appel à tous -- Un projet, de la projection, une question
J'aimerais sonder l'opinion des gens de ce Forum. Je songe depuis quelques temps à fonder une maison d'édition. C'est un projet qui ne me ressemble pas (ça exigerait de moi d'être terre-à-terre et perspicace, ce que je ne suis pas) mais que j'envisage néanmoins. À ce stade-ci je ne sais pas ce que ça sous-entend comme démarches bureaucratiques et administratives; je ne sais même pas si ça serait concrètement faisable pour moi. J'en suis encore à établir dans ma tête les balises et le créneau de cette Maison. Je ne veux pas rentrer dans les détails pour l'instant mais disons que ça serait une Maison qui s'adresserait à des écrivains qui n'ont peut-être pas leur place ailleurs. Moi par exemple. Ceci étant dit, voici ma question (et je m'adresse à tout le monde, même ceux qui n'écrivent pas ou qui ne connaissent rien au monde de l'édition): est-ce une bonne idée pour un écrivain d'utiliser sa Maison d'édition pour se publier lui-même? Y voyez-vous quelque chose de moralement incestueux?
Mumble-jumble
De retour au travail aujourd'hui. Et le réflexe de penser au suicide qui refait surface. "Tu parles d'une histoires," comme dirait Passe-Montagne.
The world is moving on...
H., mon cher H., celui qui il y a plus de dix ans m'a redonné goût à la vie, et bien il a d'autres chats à fouetter et il a besoin de gens qui sont "high", énergiques et pleins de vitalité (ce qui n'est pas mon cas, du moins pas de façon visible). Il habite maintenant Ottawa, n'a même plus envie d'échanger des messages avec moi. M., mon amie d'enfance, mon amie de toujours, est quelque part en France, avec son mari et son enfant, et ne me donne plus de nouvelles. Y., je ne sais pas quoi en dire… il ne va pas bien, il a déménagé, ne m'a pas appelé depuis le début de juillet, et je n'ai pas son nouveau numéro; je crains le pire, mais en même temps je me dis que je dramatise toujours trop. P., actuellement en train de planter des arbres dans l'Ouest du Canada, ne fait plus vraiment partie de ma vie depuis plusieurs années; c'est dommage, je l'aime comme un frère. Un jour, peut-être, on se retrouvera, et on en aura long à se dire. P., et bien il a lui aussi sa famille, et à part ça nous n'avons plus grand-chose en commun. Il ne doit rien comprendre à mon attitude et à mes ambitions. M., ma chère M., il ne me reste finalement qu'elle. Je suis son confident, et --- jusqu'à un certain point --- elle est ma confidente. Mais l'éloignement géographique nous a toujours séparé, et --- faisant présentement du bénévolat en Équateur --- c'est encore plus le cas ces temps-ci.
Il y a M., mon Épouse, ma Compagne, que j'adore mais avec qui je partage un quotidien qui nous sépare et nous éloigne souvent l'un de l'autre. Pas facile, la proximité, surtout pour un solitaire-sauvage-ermite comme moi. J'ai parfois l'impression que --- dans l'espoir de bâtir le futur qu'elle désir --- elle ignore mon passé et elle se désintéresse de ma passion (i.e. l'écriture), ne réalisant pas que sans ces deux choses je ne suis rien d'autre qu'une loque moderne.
Et puis mon X., mon fils, avec qui je suis souvent plus proche qu'avec n'importe qui d'autre (malgré les 27 ans qui nous séparent).
Ma famille, père mère et sœur, que j'aime et qui m'aiment, mais qui ne savent pas trop par quel bout me prendre, et qui prennent mes silences et mes absences pour du désintérêt, alors que c'est tout simplement la vie qui fait érosion sur mes temps libres et mes énergies.
Quelques autres amis d'occasion, collègues de travail avec qui j'ai des affinités, mais c'est tout. Je ne peux pas mieux l'exprimer que je l'ai fait dans ce passage de mon roman (passage écrit quelque part en 1995, je crois), venant de la bouche de mon personnage, Philippe:
On peut avoir de l'amitié pour moi, sans plus. On s'attriste souvent de mon sort, on a pitié de l'échec inévitable de mon existence, parce que je suis un hybride: il y a en moi le désespoir agaçant d'un adulte et les manies maniaques d'un enfant.
Les rebelles révolutionnaires ont en commun avec moi un refus radical. Mais moi je n’ai pas comme profonde ambition de "changer le monde". Je trouve que c'est le pire cliché possible. Je ne crois pas en mes possibilités et en mes capacités à ce point là. Mon dégoût et mon mépris sont dirigés contre tout, contre moi, contre le Monde lui-même. Je suis capable de ressentir un étrange bonheur ou un désespoir fiévreux, face à pas mal n'importe quoi. Ça dépend des jours. La vie est à la fois ma malédiction et ma bénédiction. Je suis con. Je suis un ontolo-mako.
Malgré tout certaines personnes aiment me parler. Même que certains me trouvent drôle. Ça peut être agréable de me raconter quelque chose ou de partager du vécu avec moi, parce que j'écoute bien j'imagine, ou (comme mon ami Antoine me l'a déjà dit) parce que je sais lire entre les lignes. Mais je suis rarement celui avec qui on agit, celui avec qui on fait des choses.
C'est que je suis réservé, retiré, solitaire. Les autres m'affectent beaucoup. Aussitôt que je parle devant plus qu'une personne, je me sens devenir ridicule et je bafouille, bégaye et barouette. Quand quelqu'un m'adresse la parole je suis aux aguets, en état de surprise perpétuel. Souvent, le seul fait d'entendre quelqu'un prononcer mon nom, me consterne et m'inquiète. Pourtant, sans personne avec qui coexister, sans amis, je ne suis qu'un microbe, une plante, un vivant. Et j'ai souvent peur que ça soit ça, vieillir: voir les choses de plus en plus organiquement, et vivre dans une continuelle amorphité déchirante… un stade d'existence où la moindre action, rencontre, ou idée devient aide-mémoire, te disant: "Penses-y, et tu verras que ça ne donne rien de bon."
On pourrait appeler ça de l’insécurité. On pourrait.
Je suis égocentrique (pas bein le choix), mais je crois pas être égoïste. Ou peut-être que c'est le contraire. Ou les deux. Je sais pas.
Par l'observation, j'ai pu voir que les gens qui me côtoient sont d'abord intrigués, ensuite se sentent confortables avec moi, puis mal à l'aise, et puis finalement ils se distancient et choisissent de rester loin de moi. Ça peut varier selon les individus mais en gros c'est ça. Moi, face à moi-même, je suis quelque part entre la troisième et la dernière étape, entre le malaise et la rupture.
Depuis que je sens mon isolement, depuis la Conscience quoi, c'est difficile pour moi de me faire des amis, de connaître ou de me faire connaître, de me faire valoir aux yeux d'un autre.
Alors j'ai décidé de partir des endroits qui m'étaient familiers, je me suis résigné à être seul, et faire ça c'est accepter d'être seulement et uniquement dans sa propre tête, en tout temps, en toute occasion, pour toujours peut-être.
(Du moins c'est ça pour moi. C'est ce qu'il faut garder en tête: tout ce que j'affirme c'est par rapport à moi. Je n'essaie pas de faire passer mes dires pour des vérités universelles.)
J'aimerais être pieux et serein mais je pressens que ça va toujours faire mal, n'est-ce pas? Et qu'il n'y aura pas de répit, et qu'il ne me reste qu'à m'y habituer.
29 juillet 2004
Écriture
Non, justement, des fois je ne le sais plus. Parce que, m'enfonçant dans la merdouille que tu sais, je n'y vois que du négatif... des résultats qui ne me font pas souvent plaisir, personne qui ne lit ce que ça donne, un isolement à tous les niveaux que PERSONNE n'arrive à comprendre complètement, et qui ne simplifie jamais ma relation avec les gens.
En fait, tu as raison, je sais pourquoi je le fais... pour la même raison que je ne me suicide pas: je n'ai qu'une seule vie à vivre. Cette résolution de vivre, est indissociable de la résolution d'écrire. Et vice-versa. C'est désespéré et désespérant, mais je préfère ça aux Mensonges et je préfère ça à l'Abandon. Fuck, je n'ai rien pour te remonter le moral, n'est-ce pas?
*Pour toi, je crois que l'écriture signifie beaucoup, qu'elle est ancrée au plus profond de toi. Je me trompe?
Non, tu as raison, même si je ne pourrais pas exactement t'expliquer pourquoi, pas de manière à ce que tu comprennes tout de suite. Mais je vais essayer...
J'écris parce que... parce que j'ai pendant des années cultivé mon imagination, et puis qu'un jour (en quelque part dans mes études Secondaires) on m'a fait comprendre que je devais arrêter. J'ai donc arrêté de l'extérioriser... j'ai continué d'avancer dans cette voix, mais en creusant un Tunnel au lieu de taper un Sentier. Tout est devenu secret, intériorisé, mais tout a continué. J'ai continué de lire mes livres, me disant que je me foutais d'être seul si je pouvais continuer à faire ce que je voulais dans ma chambre, chez moi. Et puis --- chose à laquelle on ne m'avait pas suffisamment préparé --- on m'a dit que je devais me choisir une carrière. Je n'avais pas le choix, je devais choisir, le plus vite possible, awèye dépêche le twit. J'étais alors en secondaire 5, tout ce que je savais c'est que j'aimais lire... et puis j'ai dû écrire une nouvelle pour mon cours de français, j'ai écrit mon histoire de vampire (Qui A Bu Boira), et puis il y a eu un genre de petit concours d'organisé par le prof, et la moitié de la classe a voté pour ma nouvelle. L'étonnement le plus complet. Sans le savoir, je portais en moi une certaine capacité de création. Voilà qui me laissait songeur. Devenir écrivain... wow, se pourrait-il qu'un rejet comme moi puisse se forger une place dans cette Vie? J'ai donc choisi d'aller en Lettres au Cégep, et puis --- le temps d'une session --- à l'Université en Études Littéraires, et j'ai écrit, profitant de la relative liberté dont je disposais. Et puis j'ai compris que je n'avais pas ce qu'il fallait pour me tailler une place dans ce "Marché", alors j'ai tout foutu ça là, ne gardant qu'une chose: le besoin et la pulsion d'écrire. Je n'allais plus à l'école, je ne travaillais pas, je n'avais pas de copine, je n'avais que mes livres, dans ma chambre. Des fois je sortais pour manger, pour aider ma mère avec quelque chose. J'ai profité de cette tranquillité, n'y voyant rien de mal mais sentant que ça inquiétait mes proches. Alors, voulant quitter ce contexte qui devenait étouffant à cause des attentes que les autres avaient de moi, je suis parti en voyage [en France]. Un voyage, un homme seul, une envie d'écrire, j'avais tout ce que je voulais mais j'avais une chose en plus: une lucidité implacable. Je voyais le luxe inhérent de ma situation, et je constatais ô combien clairement que je devrais éventuellement faire un choix. J'avais trouvé ma Voix Sacrée, mais --- parce que Sacrée --- elle était impossible à rentabiliser. Je devais donc me trouver un gagne-pain pour subvenir à mes besoins, ce qui me permettrait de m'embarquer dans cette grande aventure de l'Art. Quelques mois plus tard, je suis donc revenu. J'ai alors décidé de tirer profit de ma seule "habileté": cette bonne capacité à maîtriser les concepts informatiques (capacité découlant directement du fait que je suis un bon lecteur). Encore des études... et puis la rencontre de Mélissa [ma Compagne], rencontre complètement imprévue (et à laquelle je ne m'étais pas du tout préparé, puisque ne croyant pas à la possibilité pour moi de me trouver quelqu'un). Consolidation de cette relation. Et puis je me suis mis à travailler, ayant complètement sous-estimé le fardeau qu'un tel emploi pourrait représenter pour moi, et pour mon ambition d'écriture. Cinq ans plus tard, j'en suis là, ma "vie conventionnelle" avance à bon train, je gagne ma vie et je suis parent et j'ai une maison, mais ma "vie intérieure", elle, se meure. Je nourris le feu de temps en temps, et puis ça ne me réchauffe pas mais je me dis que tant qu'il brûle il n'est pas illégitime pour moi de continuer d'en parler. Et je contemple cette longue démarche avec ironie, avec un brin d'amertume. Parce que ce qui me fait vivre le plus (la Création et l'État d'Esprit dans lequel ça m'élève) doit être réprimé. Parce que je vois ce qu'ont pu accomplir certains artistes qui y ont consacré toute leur vie, et que moi --- ne pouvant pas le faire --- je vais donc demeurer un amateur dilettante et un peu grossier. Malgré toutes les bénédictions que ma vie contient (ma famille, mes enfants, ma prospérité d'occidental, etc.) je ne peux pas m'empêcher de trouver qu'elle est gâchée, et il n'y a rien que je peux y faire. Rien, sauf continuer d'écrire, aveuglément, avec névrose et obsession, dans le noir.
Prendre racine...
Mais pourquoi je m'y mets aujourd'hui? Pourquoi, alors que je tiens déjà un Journal quotidien depuis mars 1996, alors que je manque de temps, alors que je ferais mieux de travailler sur mes romans? Parce que... parce que j'aime ça, parce que je trouve ça important de partager. Et puis je me tiens depuis des mois sur le Forum du site de Christian Mistral, et j'ai l'impression soutenue d'énerver les gens là-bas (surtout que je n'ai plus aucune réponse ou réactions à mes interventions, alors ma paranoïa se fait aller). Alors voilà, je ne sais pas encore quelle forme tout ça va prendre, mais c'est comme ça que ça commence.
1 novembre 2001
(4 Novembre 2001)
pour qui se donne la peine
de prendre une lame
et de se trancher la peau.
De même avec l’écriture.