14 juin 2005

Égarements

Il y a longtemps, je me suis personnifié dans un poème en un personnage appelé Le Rêveur Rêvant. Rien de si glorieux; je n'étais, ne suis, et ne resterai, qu'un simple Perdu.

Perdu depuis si longtemps, mais maintenu en vie dans cette Forêt métaphorique, par de la nourriture, des jeux & jouets de toutes sortes, et l'attention diminuante d'êtres chers. Armé de ce strict minimum, le Perdu que je suis fini par se sentir chez soi dans l'inconfort, fini par cesser de chercher la sortie.

Jamais je n'aurais cru
que c'est en étant gentil
que je gâcherais ma vie.

Tout donner aux uns,
puis tout donner aux autres,
sans que jamais on ne me demande
"Toi, pauvre Perdu,
que veux-tu?"

À elle seule
la question
aurait de quoi
faire frémir mes yeux.

Et parce que je me méfie
de ce qui est trop
facilement intelligible,
on me croit niais,
on me juge muet.

Et puis parce que je me tais,
on en conclue une indépendance farouche,
et un coeur de pierre.

Ne comprenez-vous pas que je suis perdu, et l'ai toujours été? Que l'incertitude est ma seule certitude, et la confusion la seule paix d'esprit dont je dispose? Que j'ai le coeur brisé de constater que je peux survire à mes coeurs brisés? Que je ne vois de l'amour dans les yeux de personne, même pas dans ceux du Perdu qui se tient de l'autre côté du miroir? Que les pires prophéties toutes se réalisent, et que ça empoisonne la vie de tous ceux qui ne font même que les entrevoir? Que je souffre d'être un imposteur parmi les Étrangers, ayant adopté le costume mais non les stratagèmes psychiques de l'ouvrier responsable? Que je ne comprends rien aux Banques, aux Hypothèques, aux Piscines, aux Rapports d'Impôts, aux Assurances et aux traditionnels Devoirs Familiaux... je ne sais que survivre en étant Perdu, perdu toujours, et de plus en plus fatigué. Comme si à tous les jours un vampire venait se saucer les dents.

posté par Simon à 12:28 PM 7 commentaires



Lady Guy a dit…
Sur votre blogue règne le spleen de l'homme "correct", plutôt anachronique à notre époque délurée. C'est assez fascinant. Et une résignation d'une tristesse absolue qui me trouble profondément.Êtes-vous vraiment résigné? Vous le serez si vous attendez des autres le geste salvateur que seul VOUS pouvez poser. Vous n'avez pas gâché votre vie en étant gentil, si vous en retirez tant de peine; on n'est pas gentil lorsque ça nous rend malheureux. On est plutôt prudent ou obéissant. Ce n'est pas être méchant qu'être vous-même. Et ce n'est pas la faute des autres si vous n'avez pas encore choisi d'être. Vous devriez lire le journal de Kafka. Et aussi sa Lettre au père, qu'il n'a jamais osé lui remettre...Je ne vous reproche rien. Mais vous lire me cause souvent bien du chagrin.
15 juin, 2005 01:50

Lady Guy a dit…
Et puis, "A la recherche d'Ellivret Sam", ne serait-ce pas une sorte de "Délivrez Simon"?
15 juin, 2005 02:02

Simon a dit…
Chère Lady, avant tout je dois vous remercier de prendre le temps de brasser ma cage (car c'est ce dont il s'agit, n'est-ce pas?). Et pour que le ton de ce qui suivra soit sans équivoque: je ne suis ni fâché ni blessé, et nullement sur la défensive. Tout simplement pressé et même empressé d'éclaircir mes propos.Mais pour ce faire, je dois moi aussi vous poser des questions. Qu'est-ce qu'un homme "correct", et en quoi est-ce que j'en suis un? Pourquoi est-ce anachronique?Suis-je vraiment résigné? Oui, non, je ne sais pas. Ça dépend des jours. Il ne faut pas l'oublier: ma dernière entrée de blog est le reflet de ce que j'étais le jour où je l'ai écrite, à l'heure où je l'ai écrite. J'ai hésité avant de partager ce texte ici, me doutant bien qu'on le (et me) jugerait d'un pathétique profond. Mais mon soucis d'honnêteté (envers moi-même, avant tout) m'y a poussé. Je me retrouve souvent dans un État de Résignation, oui, mais je ne suis pas complètement résigné.Je n'attends pas de geste salvateur; en tout cas je n'en attends plus, et depuis un bon moment déjà. Ni de la part des autres, ni de la mienne. Je n'y crois pas. Je continu d'essayer, je fais tout ce que je peux pour ne pas me décourager, mais je n'y crois pas.Je vous trouve un peu hâtive de déclarer tout de suite que je n'ai pas vraiment été gentil si j'en suis si malheureux. Hormis ce que j'ai pu en raconter ici, vous ne connaissez pas mon histoire personnelle, ni ce qui se cache derrière ces mots. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Prudent, je le suis. Obéissant, pas vraiment, je ne sais pas, ça dépend de ce que vous voulez dire par là. En effet, ce n'est pas la faute des autres, vous avez raison, et je me désole si c'est les accusations qui ressortent le plus de ce texte, ou même de mon blog en général. Si vous saviez... je n'en veux pas à grand monde. J'ai de l'amertume, mais elle est avant tout dirigée envers moi. Ce dernier texte, par exemple, est beaucoup plus un constat qu'une charge.Délivrez Simon? Peut-être. Ça serait plutôt "Réveille toi Simon," une prière que je m'adresse.Désolé pour le trouble, le chagrin.
15 juin, 2005 13:03

Lady Guy a dit…
Simon, vous êtes trop sensible...Je ne trouve pas du tout que votre billet est pathétique et ne vous excusez surtout pas de m'avoir causé du chagrin - ça prouve que ce que vous écrivez me touche! Et je mentionne Kafka car vos thématiques m'y font penser...Je m'adresse au "sujet" du texte, pas à vous personnellement, car, effectivement, je ne vous connais pas. Ce n'est pas à vous que j'écris, mais à ce narrateur-blogueur nommé Simon. Malheureusement, les gens reçoivent souvent les commentaires en plein coeur, en oubliant ce détail: qu'ils sont avant tout des êtres fictifs dans l'écrit.Vous avez bien écrit: "Jamais je n'aurais cru que c'est en étant gentil que j'aurais gâché ma vie..." C'est à cela que je répondais et ce qui se cache derrière ces mots n'a aucune importance dans mon argumentation. Comment pourrais-je le savoir? Doit-on connaître la vraie vie d'un auteur pour discuter ses textes? J'ai trop lu Roland Barthes, probablement..J'ai bien compris que ce n'était pas une charge. C'est ce "constat" que je nomme résignation! C'est terrifiant, la résignation! Ça me fout les boules!!!Quand à l'homme "correct", je le vois comme l'homme qui ne fait que son devoir et honore ses responsabilités, sans jamais se rebiffer, comme Kafka... C'est anachronique en ce sens que de nos jours, tout tourne autour de l'épanouissement individuel et de la liberté personnelle. Vous êtes l'un des rares blogueurs à aborder la vie responsable, avec boulot, enfants, etc.C'est moi qui m'excuse d'avoir paru virulente. C'est le trouble, je vous dis...
15 juin, 2005 13:28

Lumi�res a dit…
Je me risquerai à ajouter un petit mot.Personnellement, la tristesse me parle du courage qui me manque, d'un choix que je n'ose faire et qui me ferait tant de bien, d'un geste que je me refuse à poser... Une série de tout petits gestes salvateurs qui me permettraient de mieux respirer et de vivre encore plus près de moi.Mais je ne sais pas...
15 juin, 2005 20:17

Simon a dit…
Lady Guy, je vais certainement retenir votre suggestion de lire la correspondance de Kafka. Je connais un peu ses écrits (j'ai lu certaines nouvelles dont La Métamorphose, et son roman Amerika), mais trop peu son œuvre globale.Je saisis mieux la nuance que vous faites entre le "sujet" du texte, et ma propre personne. Malheureusement pour moi, pour vous, ou peut-être pas, ce "narrateur-blogueur nommé Simon" n'est pas une entité distincte de ma propre personne. Mon blog n'est pas pour moi un lieu de fiction (pas consciemment du moins); je garde ça pour mes romans. Si, comme vous le dites, je deviens un être fictif dans mes écrits, c'est le résultat normal du processus d'appropriation du lecteur, et non une intention de ma part. Que les commentaires que les gens m'aillent droit au cœur, et bien c'est tant mieux ou tant pis, selon le cas, mais je ne voudrais pas que ça soit autrement. Je vais continuer de m'ouvrir à tous les coups --- bas comme hauts --- parce que la fermeture serait une mort. Hum... je deviens un peu trop cryptique. Non, évidemment, il ne faut pas connaître la vie d'un auteur pour discuter de ses textes, ce n'est pas ce que je voulais dire. Roland Barthes... je devrais lire quoi, de lui? Je n'ai lu que des bribes par ci par là.Le résignation ne me terrifie plus, sauf peut-être lors de ces cristallisations psychiques qui se produisent lors de grands moments de Lucidité (illusion s'il en est une). "J'ai des grands instants de lu-ci-di-di-di-di-di-té..."Je serais donc quelqu'un qui ne fait que mon devoir, et honore mes responsabilités, sans jamais me rebiffer. Ouais, d'accord. Mais ces mots, "devoir", "responsabilités", sont des abymes sémantiques qui peuvent vouloir dire n'importe quoi. Alors je vais vous croire sur parole, mais ne suis pas prêt à me déclarer un des rares à aborder la vie responsable. Je sais que je m'enfarge dans les fleurs du tapis, mais j'ai beaucoup de misère à accepter l'espèce de hiérarchie implicite de ces concepts. Mais dans le fond je n'ai pas à vous dire tout ça, je sais que vous le comprenez.Virulente, non, pas du tout, n'allez pas croire que c'est comment j'ai perçu vos propos. Je prends vos commentaires à cœur, oui, je l'ai déjà dit, mais --- comme vous me l'avez dit --- ça veut tout simplement dire que vos propos me touchent.
16 juin, 2005 11:28

Simon a dit…
Lumières, si je comprends bien la situation que vous décrivez, peut-être ne s'agit-il pas de manque de courage, mais d'une certaine prudence face à une incertitude. Il est difficile de voir clairement quels sont les gestes salvateurs --- petits comme grands --- qui réellement nous aideront à respirer. Donnez-vous du temps, vous y verrez plus clair, et éventuellement le geste viendra de lui-même.C'est du moins ce que je me dis.
16 juin, 2005 11:29

1 juin 2005

Cogner des clous

La Fatigue est un isoloir; emmitouflé dans cette solitude les mémoires s'estompent et les rêves se font criants.

La Fatigue est un isoloir que l'on combat non par le Sommeil mais par l'Enthousiasme.

14 mai 2005

TRUCS POUR RESTER FOUS

1. ne pas avoir honte d'être fou
1.1. ne pas hésiter à avouer sa folie
2. seul ou entre amis, effectuer périodiquement des séances où l'on se fait Shaman
3. se laisser aller à ses entrains spontanés, quitte à ne plus savoir retracer ses pas
4. à part égal, investir du temps dans l'observation de l'infiniment petit et de l'infiniment grand
5. se coucher par terre quand l'envie nous en prend
6. se mettre à courir quand l'envie nous en prend
7. au moins une fois par heure, rire, chanter, crier ou siffler
8. écrire l'éphémère pour ne pas l'oublier et retenir l'éternel pour arrêter d'y penser
9. fermer ses yeux quand on mange et quand on boit
10. observer ses névroses et en rire, pour être capable de les perfectionner
11. jouir de l'ordre autant que du désordre
12. ne pas tout essayer de comprendre
13. ne pas essayer d'aimer ce qui ne le mérite pas (ou, si l'on veut, détester ce qui est détestable)
13. amplifier l'importance du Jeu, et dé-dramatiser tout le reste
14. entretenir des conversations avec ceux qui ne sont pas là, et ce qui n'a pas de Voix
15. prendre les choses pour ce qu'elles nous font, non pour ce qu'elles sont
16. essayer de connaître la folie des autres, et la complimenter quand c'est possible
17. toujours essayer d'être dépaysé, même quand on connaît par cœur
18. avoir du respect pour ses personnalités multiples
19. identifier ses joies et puis les transporter avec soi, partout, dehors comme en dedans, le jour comme la nuit
20. vivre comme si on était éternel, et en même temps voir la vie comme si on était mort hier
21. ne pas hésiter à désobéir à ces trucs
------------------
Vidoc a dit...
J'ai noté..je te tiens au courrant si ca fonctionne:)
19 mai, 2005 18:07

Simon a dit…
He he, d'accord. Et toi, ça va, tu tiens le coup?Je comprends ça, les passes difficiles. Courage.
19 mai, 2005 20:19

alexie a dit…
C'est beau ça. J'en suis toute nostalgique. Enchantée de te découvrir.
20 mai, 2005 13:24

Simon a dit…
Alexie: Bonjour, enchanté de te découvrir aussi (je suis arrivé à ton blog pour la première fois ce midi).Mais je suis curieux... nostalgique de quoi, exactement?
20 mai, 2005 20:46

8 mai 2005

22:40

"Rien ne me semble important
mais tout me semble grave."

Voilà ce que je respire, ce que j'expire.

---------------------------------

Evlyn M a dit…
Hôla je viens de découvrir ton ici, je vais aller te lire un peu ;)
09 mai, 2005 23:47

nøkturA a dit...
Voilà une phrase à laquelle je peux m'attacher bien souvent. Très belle réflexion. :)
10 mai, 2005 11:03

Simon a dit…
Bienvenue à toi, Evlyn.Saluatations à toi, Noktura. Ouais, une drôle de bipolarité qui est parfois difficile à vivre (et surtout diffile à comprendre pour mes proches), mais j'y vois aussi des avantages (celui de la dédramatisation, entre autre). Mais me voilà reparti... Merci de votre visite!
10 mai, 2005 12:28

Lady Guy a dit…
Ça ressemble à du Pessoa...
10 mai, 2005 17:09

Simon a dit…
Pessoa? Je ne connais pas, merci de la référence, je m'en vais voir qui c'est tout de suite.
10 mai, 2005 21:24

25 avril 2005

l'esprit en broussailles

se perdre
une clairière que je ne reconnais pas
une petite panique
la crainte d'un danger
jusqu'ici tout était paisible
mon sourire cherchait une porte
dans cette végétation
sur le mur de la Montagne
sans trop y croire
mais voilà que les oiseaux se taisent
le vent s'élève
le ciel devient plafond gris
une drôle de couleur s'égare
jusqu'à mon Cœur infiltré;
je pourrais ignorer cette tension alarmante
mais par le fait même tout manquer
passer à côté d'une trappe s'ouvrant sur un souterrain...
mais si je ne pense qu'à la menace
je deviens la proie de mes propres angoisses...
que faire? et où?

9 avril 2005

sans titre

à quoi bon, à quoi bon se fâcher, je le regrette toujours, même quand j'ai raison (et comment savoir si j'ai raison?), et pis de toute façon on est tous tristes et ça serait mal d'en rajouter, me sacrifier, après tout, est-ce que c'est vraiment un sacrifice, et pis si on se l'avoue, si on est honnête avec ce que l'on est et ce que l'on sent et ce que l'on n'aime pas, si on est honnête tout court, toujours, la culpabilité finit par disparaître, on est moins plaisant, moins populaire, moins impressionnant, mais je pense que c'est le seul moyen que j'ai de pouvoir vivre avec moi-même sans souffrir, toujours souffrir, sans toujours avec le coeur comprimé comme une roche, sans toujours avoir les intestins remplis de sable et de vitre, sans toujours être en colère... je ne peux plus me permettre d'être Enragé, je ne peux plus, il faut que je tire mon élan d'un autre État, d'une autre Énergie, il faut que la frénésie, le désespoir, soit derrière --- et non devant --- mes yeux... à quoi bon se fâcher contre nos proches, à quoi bon agir comme tous ceux que je trouve ridicules et imbéciles?

24 mars 2005

L'Empilement du Quotidien

Invariablement, le quotidien fini par s'empiler sur notre Essence, le Cœur de notre personnalité si on veut. Il revient donc à nous de s'assurer que ce que l'on empile est le plus transparent possible, le plus pur possible, pour ne pas venir obscurcir (et éventuellement même étouffer) ce Cœur.

Si notre quotidien est parsemé --- à chaque jours --- de bassesses frustrées, de petites cruautés, d'insincérité chronique, de vains commérages, d'emportements agressifs, de vulgaires caprices, d'égoïsme crasse, d'égocentrisme éhonté, il vient un temps où ce sont ces choses là --- ces couches superficielles de détritus spirituels --- et non notre Cœur, qui nous définissent. Et alors nous ne méritons plus que du Mépris. Pas de la Pitié, pas de la Colère. Du Mépris.

14 janvier 2005

Déprime #24: 10 Ans Plus Tard

Je ne suis pas un homme désespéré, mais je suis sans espoirs.

Pas d'espoir de terminer mon roman, de le publier (et donc manque de motivation de l'écrire juste pour moi, comme jadis). Pas d'espoir de me sortir de mon emploi que je déteste, de la lutte quotidienne pour l'argent. Pas d'espoir d'harmonie familiale, ou même de chaleur familiale. Pas d'espoir que Mélissa et moi devenions plus proches l'un de l'autre. Pas d'espoir de retrouver l'amitié avec qui que ce soit. Pas d'espoir de voyager un jour comme je le veux (c'est-à-dire avec errance, avec introspection et observation calme, sur des longues périodes de temps). Pas d'espoir d'atteindre la sérénité. Pas d'espoir de nouvelles relations amoureuses (parce que je suis fidèle, que jamais je ne demanderai le divorce, mais --- surtout --- parce que je suis complètement incapable d'offrir quoi que ce soit à une femme… demandez à Mélissa… si elle est honnête avec vous elle vous le dira). Pas d'espoir d'habiter un jour la maison de mes rêves (une maison assez vieille, avec grenier et foyer, où je pourrais avoir une grande bibliothèque, sur un terrain presque forêt, où je ne vois aucuns voisins, avec un petit ruisseau). Pas d'espoir d'établir avec mes enfants une relation qui serait à la hauteur de mes attentes, de mes capacités (ne pouvant pas passer suffisamment de temps avec eux, tout simplement). Pas d'espoir d'accomplissement, d'épanouissement.

Une vie de travail, de consommation ponctuelle et répétitive, de remboursement de dettes diverses et variées et multiples (processus indiciblement lent), de fatigue constante et de plus en plus abrutissante, avec des passions (lecture, écriture, cinéma, musique) qui --- faute de pouvoir y consacrer mon Plein Cerveau --- ne sont finalement que des évasions divertissantes; et puis des enfants que je ne connaîtrai pas à l'âge où il est encore possible de le faire, et puis qui quitteront ma maison, et deviendront --- comme ça le fait avec tous ceux qui me côtoient --- des Étrangers; des bonnes volontés jadis irréductibles, lentement érodés par l'épuisement et le manque de reconnaissance; une vie de silence, d'abnégation involontaire, à me sacrifier pour ma famille, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus besoin de moi, et qu'alors je meurs; de la rage, à cause de ma propre impuissance, mais aussi (surtout) à cause de tous les Charlatans (Marchands & Prêtres & Ministres & Savants & Artistes) que je vois à l'œuvre autour de moi.

SUICIDE, quand vas-tu me laisser tranquille? Ça fait dix ans, peut-être même plus, que tu me harcèles; ne vas-tu pas un jour cesser de t'abattre sur moi quand je suis le plus vulnérable?

* * *

Ça fait des semaines que j'aurais dû aller me faire couper les cheveux. Ça fait longtemps que je ne les ai pas eu aussi longs.

Hier, en apercevant mon reflet dans la fenêtre de l'autobus, j'ai trouvé que j'avais des airs d'Amérindien. Il est vrai que j'ai des ancêtres Hurons en quelque part dans la moitié paternelle de mon arbre généalogiques (et il ne s'agit là que ce dont je suis au courant, j'ai probablement du sang amérindien du côté de ma mère aussi), mais c'est la première fois que j'en voyais des manifestations dans mon propre visage.

Ensuite, marchant vers chez moi, je pensais à ce que ça peut révéler sur moi, ce que ça peut expliquer ou renseigner… mon détachement (voire mon allergie) face aux Ambitions de la Civilisation où j'ai vu le jour, mon amour de la Nature et mon incompatibilité avec la Ville, mon attitude face à l'expérience de la drogue (un rituel de shaman qui ne doit pas devenir un geste routinier, qui doit rester sacré). Si tel était mon désir, je pourrais tout réexaminer ma vie par cette optique, et adopter pleinement mon "identité amérindienne". Mais ça serait de l'appropriation mensongère, de la récupération ancestrale, et --- ultimement, tout jugement moral ou éthique mis à part --- une perte de temps. Je suis un québécois, un canayien-frança, et par définition ça implique du métissage en quelque part chez mes ancêtres. Je ne suis pas différent ou distinct ou spécial pour autant.

Si seulement tout le monde comprenait cette réalité intrinsèque… on traiterait mieux nos autochtones, et on serait peut-être un peu moins moralement myope.

* * *

On commence à mourir quand on adopte de notre plein gré une existence qui ne nous ressemble pas.

* * *

En fin de semaine, mon petit carnet de poche est tombé derrière ma table de nuit, et je ne l'ai toujours pas récupéré. Cette situation aurait été impensable il y a deux ans, même un. Révélation par l'Absence.

Ce que ça veut dire? Que je laisse tomber dans l'oubli des dizaines de pensées, de bouts de poèmes, d'idées pour mes histoires. Par hasard, certaines de ces idées me reviennent par la suite, et alors je choisis de les noter (ou pas). La plupart sont cependant perdues à jamais. ET ÇA NE ME DÉRANGE PAS OUTRE MESURE. Ça me trouble et ça m'attriste, mais je laisse les choses aller quand même. Le début de la fin. Si je continue dans cette voie, je n'écrirai probablement plus d'ici quelques années. Comment survivre à ça?

13 décembre 2004

Frisson

À force de tout donner à tout le monde, autant que je le peux, j'ai peur d'être lentement en train de perdre mon identité. Éventuellement, j'en viendrais peut-être même à ne plus penser de façon à être encore capable d'écrite. Ça fait peur. On dirait que je me vide, et qu'un jour je le serai complètement, sans que ça me révolte.

7 décembre 2004

Neige

Je n'arrive pas à l'oublier. Ça tombe, ça gèle, tout disparaît dans le crachat de Décembre. Verglas, petite grêle qui pince les joues. Mes chats demandent la porte et puis voient quel temps il fait et font demi-tour.

Le matin, le soir, je fais à pieds le trajet entre l'arrêt d'autobus et ma maison, une marche d'environ quinze minutes. Vingt minutes ces jours-ci, avec la glace cachée et les bancs de neige. Je m'en réjouis, même quand le matin je suis tout endormi et que j'ai froid. La marche active mon coeur, et me réveille plus que le café. Le silence. Le vent. Les arbres. Parfois la lune, parfois les lueurs lointaines de l'aube fantasmatique. La noirceur, le matin comme le soir. Je ne vois que la noirceur, et j'en tire plaisir. Ça me met en tête la Noirceur de ce temps de l'année, et ça m'aide à comprendre la symbolique païenne (et donc sempiternelle) de cette période.

Ça tombe encore. J'espère que vous en profitez autant que moi, mes amis.

Je pense à vous, où que vous êtes. Marie, Martine, Hugues, Yan, Stéphane, Julien, Philippe, ma belle Julie, Cindy, Michel mon père, Mireille ma mère, Geneviève ma soeur. Sylvain. Christian. Je vous trimbale tous et toutes, et je n'ai pour vous que respect et amour. J'aimerais vous le dire en personne, mais pour l'instant je n'ai que cet espace à ma disposition.

'Soir.

Silences

Moins de mises à jour depuis quelques temps. Pendant mes heures de travail j'ai moins de moments d'évasion, et puis le soir je suis crevé, je me couche tôt (trop tôt).

Mais je suis étrangement contenté. Je ne suis pas habitué. Le froid me convient, mes pensées me nourrissent, mes enfants me comblent, mes lectures me remplissent, et mon existence... m'éblouit, dans tout ce qu'elle a d'horrible, de raté, de triste, de magique et de merveilleux.

Les futilités me sont bien évidentes... je ne perds pas ma salive, mes larmes, mes sourires. Je travaille à mon écriture, ai presque oublié les projets de publication. Je contemple mon roman en cours, ce qui est écrit et ce qui reste à écrire, et l'ampleur de la chose m'effraie. Quand on a peur de sa création, l'opinion des éditeurs est bien méprisable.

Allez donc marcher dans la neige. J'en fais de même.

1 novembre 2004

Conseil

Méfiez-vous de ces jeunes qui veulent changer le monde avant même de le connaître, et de ces vieux qui veulent le garder tel quel même quand ils ont constatés de son état lamentable.

15 octobre 2004

Défoulement sans queue ni tête

Ah, ce qu'on nous ment! À la maison, à l'école, à la télé, dans les livres, dans les journaux, partout, on nous ment dès notre naissance, dans la noble intention de faire de nous des Individus Responsables, Respectueux, et investis d'un sens Moral.

De quels mensonges je parle? Inutile de les énumérer en détails, ils reviennent tous au même: essayer de convaincre que l'on Sait, qu'on a la Réponse. Cacher son ignorance, la recouvrir de cynisme ou d'intellectualisme pompeux, d'expertise factuelle ou de soit disant "expérience", d'investiture pleine d'autorité ou d'évidences solennelles et bien-intentionnées, et puis se former un Discours sophistiqué qui impressionnera et convaincra.

Vous prétendez connaître, vous prétendez savoir, alors que c'est impossible, avouez-le, que vous soyez Croyant ou Athée, Agnostique ou Témoin de Jéhovah, ça ne change rien, dans toutes les croyances et les idéologies il y a quelque chose qui ne change pas: l'humain est petit, l'humain est idiot, manque toujours sa cible, et doit passer sa vie à souffrir. Alors cessons de prétendre, arrêtons d'essayer d'enterrer l'autre avec nos propos perspicaces (car finalement ce n'est toujours qu'une pathétique entreprise de solidification de nos fondations personnelles).

People just ain't no good, dit Nick Cave.

Mais à qui devraient incomber les reproches? À ceux qui mentent, délibérément ou pas, ou à ces idiots de mon espèce qui ont eu un jour la sottise de croire en qui que ce soit, quoi que ce soit?

Qui a tort? Le Menteur ou le Naïf?

Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est que je ne suis pas un menteur (et que je n'ai pas l'intention de le devenir), et que j'ai perdu une bonne partie de ma naïveté.

6 octobre 2004

Considérations Matérialistes (donc suicidaires)

L'autre jour, attendant le métro, je me suis demandé si mon suicide apporterait de l'argent d'assurance à Mélissa, l'aidant donc après ma mort à régler nos problèmes financiers. Ce n'était évidemment pas sérieux, mais la pensée m'occupait tout de même. Le soir, attendant encore le métro, fatigué de ma journée, distrait par la faim, j'y repensais vaguement, complètement dans la lune, et quand le métro est arrivé j'ai eu pendant une seconde le réflexe de me lancer devant, me disant: "Vite, j'étais en train d'oublier, j'ai presque manqué mon coup." J'ai su résister à cette pulsion destructrice, mais ça m'a fait peur. Si j'avais été un peu plus fatigué, déprimé, affamé, l'aurais-je fait?

Une anecdote qui indique bien dans quel état je suis, ces jours-ci.

Je n'ai plus assez de présence d'esprit pour fonctionner correctement. Au travail j'ai de la misère à avancer dans mon dossier; à la maison je manque de patience avec mes enfants, et je n'ai rien à offrir à ma Mélissa que j'aime; quand vient le temps de faire du ménage je suis fatigué et au ralenti; dans l'autobus, quand j'ai la chance d'écrire, je flotte au-dessus de moi-même, me sens vide, rien ne sort; j'arrive à lire, à suivre un film, mais les moments sont rares où je pénètre dans ces fictions (fusion avec l'art qui a toujours été si importante pour moi); je ne note pratiquement plus d'idées, parce que je les oublie mais aussi parce que j'en ai moins; je n'ai plus envie de rien, sauf de sortir de ma vie actuelle.

Autre anecdote: hier un jeune homme est venu cogner à ma porte, voulait me vendre un carnet de billets permettant de voir les parties de l'équipe de hockey locale et de manger à un restaurant le même soir. Voulant me vendre sa salade, il m'a demandé: "T'as des enfants, mais tu sors encore avec tes chums, non?". Je n'ai pas su répondre sauf en hochant la tête, cette question me révélait si drastiquement à quel point je suis déconnecté des jeunes hommes qui m'entourent. Je n'ai pas de "chums"; non, je ne sors pas avec eux; en fait, je n'ai jamais sorti avec eux; on pourrait même dire que je n'ai jamais eu de "chums", pas dans le sens que vous lui donnez en tout cas; je n'ai jamais aimé "sortir", alors je ne le ferais pas maintenant même si j'avais des "chums"; etc.

* * *

L'aliénation que je subis, que je m'impose, a finit par tuer presque complètement la capacité que j'avais à écrire. J'en ai encore l'envie, mais c'est presque tout. Par conséquent, privé de cette nourriture sacrée, la grisaille s'infiltre dans tous les aspects de ma vie. La confusion aussi, qui est accentuée par cette anxiété nerveuse, nervosité anxieuse.

Je ne sais plus quoi faire. Un autre de mes mantras.

28 septembre 2004

Faux Latin: De Prime Antes

En dedans tout est Fatigue;
en dehors tout est Tracas;
que peut-il rester
du "meilleur de moi-même"?

* * *

Des journées comme aujourd'hui, je me dis que je ne pourrai pas continuer comme ça pour longtemps. Ça fait déjà cinq ans que j'occupe cet emploi, cinq ans à ne pas aimer ce que je fais.

Aujourd'hui, donc, assis à mon bureau, j'ai eu en Tête un sentiment familier, que je me souviens avoir ressenti --- enfant --- alors que je marchais sur Ste-Catherine avec ma mère, près de l'UQAM (voyant un immeuble où il était écrit "DUPUIS" en grosses lettres, j'associais ce que je voyais à un décor d'album de Gaston Lagaffe, quand ce dernier roule dans une ville sale avec sa bagnole hyper-polluante). Un désespoir sans nom, gris et pluvieux, qui ne laisse aucune place à la Vie humaine. Seulement, enfant, je tombais dans ces poches de désespoir un peu par surprise, et puis ça passait. Mais aujourd'hui j'ai été dans cet état pratiquement toute la journée, ou en tout cas aussi longtemps que j'ai été dans mon bureau (soit d'environ 8h05 jusqu'à 11h35 --- à ce moment là je suis sorti pour aller manger mon lunch avec mon père --- et puis ensuite de 12h25 jusqu'à mon départ vers 16h25).

À la polyvalente j'ai enduré cinq ans et puis ensuite j'ai enduré environ trois ans de Cégep/Université, et puis un peu plus tard environ six mois de rattrapage en mathématiques pour 1 an et demi de cours intensifs en informatique. Et puis cet emploi, qui ne me promet de fuite que dans une trentaine d'années.

Je ne me rendrai pas, je le sens. Impossible, impensable, que je travaille ici (ou ailleurs dans le même domaine) jusqu'à l'âge de 55 ans. Et pourtant, je n'en ai pas le choix. Les obligations financières me gardent prisonnier (je pense à cette image du Christmas Carol de Dickens, où on voit le fantôme enchaîné de Jacob Marley). Dettes étudiantes (les miennes et celles de Mélissa), hypothèque, pesantes cartes de crédit, éternels comptes mensuels, deux enfants… tout ça dépend de mon unique salaire. Mon naufrage, ça serait le naufrage d'une famille complète.

Je ne peux pas flancher. Je ne peux pas continuer. Tout m'est impossible: le recul, l'immobilité, la progression. Ce qu'il me faut c'est une alternative, un univers parallèle, sans quoi l'issue sera imprévue, et ne viendra pas de moi.

23 septembre 2004

Éphémères tiges d’amertume

Je ne suis pas là. Je suis fait pour regarder le monde passer, pour saisir les subtilités du Temps qui passe et qui repasse. Je suis un fantôme silencieux. Je suis un fantôme, je suis un fantôme, c'est devenu mon mantra. J'aime m'infliger la folie, laisser les Visions grandir dans ma tête, me perdre dans des histoires. Des romans de 800 pages, de 8000 pages, emmenez-en, je sais apprécier la générosité des auteurs. J'ai moi-même des milliers de pages à écrire, je le sais; le délire est mon veston. Je crois en l'amitié même si je n'ai plus autour de moi de grands amis. Le vieillissement se déroule en moi, je change mais en même temps je deviens de plus en plus moi-même. Je ne suis pas là mais on m'y oblige. Comme tout le monde je suis un travailleur, un frère, un fils, un père, un amoureux, un citoyen… mais comme je l'ai fait dire à Philippe, mon personnage, c'est comme un caméléon qui change de couleur pour ne pas se faire manger. Condamné à l'anonymat, à la solitude, au statut de mouton noir confus, révolté muet, enragé souriant, riant de tout et de rien, pour toujours. Fils de hippies qui n'a pas plus de respect pour son époque que pour celle de ses parents que pour celle de ses grands-parents. Je ne suis pas fait pour gagner ma vie, mais pour la comprendre (c'est du moins ce que je me plais à penser). Rien à foutre de la vie que je mène actuellement, je rêve de vendre ma maison de lâcher ma job de me débarrasser de tout et de partir avec ma Belle et mes deux petits garçons, respirer l'air de notre monde pendant que c'est encore possible, fouler les Forêts du globe pendant qu'il en reste encore, me défaire de mon luxueux costume de nord-américain. Je ne sais pas ce que je dis mais je sais qu'en le disant j'avance et évolue. J'ai perdu espoir de réaliser mes rêves mais pourtant je continue de mieux me les définir. Mon fatalisme n'a jamais été aussi grand, je ne prends plus plaisir à rien (ou presque), mais je continue de me sacrifier pour maintenir ce mode d'existence. Je ne me comprends pas, ou plutôt je ne me comprends pas en relation avec ceux qui m'entourent. J'aime la solitude parce qu'on ne m'en laisse pas le choix, parce que j'ai trop à faire et pas assez de temps pour le faire, et que les banalités sociales ne me viennent pas naturellement et que la majorité de nos contacts sont des banalités sociales alors je préfère laisser faire. Se mettre à haïr parce qu'on est trop gentil, et que personne n'a d'égard pour la gentillesse. Sentir que sa fin est proche, que tout est peut-être une dernière fois. De moins en moins capable d'être autrement que moi-même. L’érosion se manifeste de plus en plus, et la seule défense que j’ai c’est de continuer, continuer jusqu’à --- et malgré --- l’épuisement (ce qui peut-être ne fait qu’exacerber l’érosion, et ainsi de suite, jusqu’au naufrage).

Être pourtant capable de se nourrir d'un rire, d'un instant d'après-midi parfait, d'une sieste chaleureuse dans le même lit qu'un être aimé, d'une petite idée notée en cachette, d'une grande idée qui transfuge la journée, d'une petite promenade où tu découvres un petit joyau géographique.

Je suis triste mais…

J'ai cette phrase dans la tête depuis des années. Je n'ai jamais réussi à la continuer. Est-ce que ça veut dire que je n'avance plus?

18 août 2004

Jérémiades

Frénésie, inexplicable frénésie; au mieux, je peux expliquer pourquoi elle persiste. Fatigué, affamé, caféiné, dans toutes les situations (sociales ou autres), toujours j'ai le cœur qui bat trop vite et l'Esprit qui fuit la Concentration. Je n'ai de répit que quand je dors ou écoute de la musique. A-t-on déjà vu aussi névrosé? Oui, on a vu bien pire. Néanmoins, c'est alarmant quand ça se présente chez un individu sur qui reposent tellement d'attentes et de responsabilités (époux, bientôt père de deux enfants, seul du foyer familial à gagner un salaire, ayant à payer pour l'hypothèque de la maison et les dettes d'études des deux adultes, occupant un emploi exigeant d'autant plus qu'il ne s'y sent pas à sa place, entretenant des ambitions d'écriture presque comme on s'engage dans l'adultère, ne pouvant pas accorder beaucoup de temps à sa famille et ses amis). Et puis dans tout ça, transporter avec soi cette Folie, ce Trouble, qui ne fait qu'exacerber une Solitude déjà bien établie.

Ce midi j'ai regardé une photo aérienne des villes de McMasterville / Beloeil / St-Hilaire / Otterburn Park (prise par mon père lors de son récent tour d'avion), et j'ai repéré les différents lieux mémorables de mon ancienne existence (21 ans d'une vie qui en compte 29, ce n'est pas rien), entre autre mon ancienne maison ainsi que celle de mon ami H., et puis la pointe entre nos deux demeures où le pont des trains enjambe le Richelieu entre Beloeil et Otterburn Park, et où on allait souvent moi et lui… et les larmes ont remplies le bas de mes yeux.

Trop sensible, aujourd'hui.

6 août 2004

Poème conçu & mémorisé pendant une longue… réunion… plate.

Une vie alchimique
saturée de sensations transfigurantes
où les lierres
de l'imaginaire
poussent
en terre
fertile.

Voilà ce qu'était mon enfance,
voilà ce qu'est mon idéal.

--- 9 juin 2004

Annonce Déclassée

Vous écrivez mais le faites dans l'ombre, ou avez en votre possession les écrits d'une personne disparue (parent ou conjoint) pour qui l'écriture occupait dans son existence une grande place? Je suis à la recherche de ces textes d'Écrivains Inconnus (qui ne sont pas moins écrivains parce qu'ils sont inconnus), textes d'autant plus sacrés qu'ils avaient comme but premier non pas la publication et la reconnaissance artistique, mais la création primordiale.

Poèmes, récits courts ou longs, lettres, cartes, tout et n'importe quoi ayant été écrit avec Cœur et avec sensibilité artistique. Si la réponse est bonne, je projette de rassembler tous ces textes et d'essayer ensuite de les publier, prouvant ainsi qu'il est possible de Créer en dehors des cercles universitaires hermétiques et des réseaux serrés d'artistes déjà établis.

2 août 2004

The Ghost of Love Past

Un rêve l'autre soir. Je suis un étudiant à la polyvalente. Un climat un peu sinistre, dans lequel je découvre un sombre complot de vampirisation globale de la population étudiante. Évidemment, je tente de contrer ces méchants vampires, tout en continuant d'aller à mes cours et de fouiller dans mon casier. Or, Julie, ma Julie, le premier grand amour de ma vie, et bien elle est d'une manière ou d'une autre impliquée dans ce complot, et je me promets de l'en tirer.

Et voilà que je me réveille. Il est trois ou quatre heures du matin, je suis couché près de ma Compagne et de mon Fils. Il fait chaud, je vais aux toilettes en écoutant la Nuit, pensant à Julie, aussi amoureux d'elle que je l'étais quand je l'ai vu la première fois, il y a de ça quelque chose comme 19 ans, aussi amoureux que la dernière fois que je l'ai vu, il y a de ça quelque chose comme 10 ans. Et je suis émerveillé par la ténacité de cet amour. Et je comprends simultanément que je l'aimerai toujours, elle et toutes les autres que j'ai aimées.

Perroquet

Voici quelque chose que j'ai posté il y a quelques temps sur le Forum de Christian Mistral. Personne ne m'a rien répondu à ce sujet (sauf LouiseL, sympathique et chaleureuse, qui m'a dit qu'elle y voyait du bon), alors je me permets de me répéter pour voir si ça va trouver ici un terrain plus fertile.

Appel à tous -- Un projet, de la projection, une question

J'aimerais sonder l'opinion des gens de ce Forum. Je songe depuis quelques temps à fonder une maison d'édition. C'est un projet qui ne me ressemble pas (ça exigerait de moi d'être terre-à-terre et perspicace, ce que je ne suis pas) mais que j'envisage néanmoins. À ce stade-ci je ne sais pas ce que ça sous-entend comme démarches bureaucratiques et administratives; je ne sais même pas si ça serait concrètement faisable pour moi. J'en suis encore à établir dans ma tête les balises et le créneau de cette Maison. Je ne veux pas rentrer dans les détails pour l'instant mais disons que ça serait une Maison qui s'adresserait à des écrivains qui n'ont peut-être pas leur place ailleurs. Moi par exemple. Ceci étant dit, voici ma question (et je m'adresse à tout le monde, même ceux qui n'écrivent pas ou qui ne connaissent rien au monde de l'édition): est-ce une bonne idée pour un écrivain d'utiliser sa Maison d'édition pour se publier lui-même? Y voyez-vous quelque chose de moralement incestueux?

Mumble-jumble

De retour au travail aujourd'hui. Inconcevable que je me relance tête la première dans cet univers fade et corrosif à la fois, ce milieu qui me tue à petit feu parce qu'il ne connaît que ce qui est Petit. Je travaille, écoute aujourd'hui les White Stripes (continuant de noter les chansons que je vais inclure dans cette grande compilation que je suis en train de constituer, et que j'appelle "Jukebox Universel d'un Mélomane Hybridé"), n'arrive pas à faire grand-chose. Trois semaines de vacances, c'est aussi cruel que masochiste de s'infliger ça. Ça a fait du bien à Mélissa qui est à 6 semaines de l'accouchement et qui a bien besoin d'un break, mais à moi, est-ce que ça a fait du bien? Pas vraiment. Je reviens ici, dans ce centre de la grande ville de Mourial, et je suis aussi en colère-révolté-écœuré-fronceur qu'avant mon départ. Il faut que je fasse quelque chose. Il faut vraiment que je regarde ailleurs. L'évasion que me fournissent mes divers projets… n'est plus suffisante pour me sauver du naufrage. Il faut que je fasse quelque chose. Je vais devenir facteur, voilà ce que je vais faire.

De retour au travail aujourd'hui. Et le réflexe de penser au suicide qui refait surface. "Tu parles d'une histoires," comme dirait Passe-Montagne.

The world is moving on...

Je ne sais pas comment ça s'est passé, au juste. J'ai toujours eu des amis, et puis un jour je n'en ai plus eu. À ce jour, il ne me reste que des amis lointains (sincères et d'une grande valeur, mais distants).

H., mon cher H., celui qui il y a plus de dix ans m'a redonné goût à la vie, et bien il a d'autres chats à fouetter et il a besoin de gens qui sont "high", énergiques et pleins de vitalité (ce qui n'est pas mon cas, du moins pas de façon visible). Il habite maintenant Ottawa, n'a même plus envie d'échanger des messages avec moi. M., mon amie d'enfance, mon amie de toujours, est quelque part en France, avec son mari et son enfant, et ne me donne plus de nouvelles. Y., je ne sais pas quoi en dire… il ne va pas bien, il a déménagé, ne m'a pas appelé depuis le début de juillet, et je n'ai pas son nouveau numéro; je crains le pire, mais en même temps je me dis que je dramatise toujours trop. P., actuellement en train de planter des arbres dans l'Ouest du Canada, ne fait plus vraiment partie de ma vie depuis plusieurs années; c'est dommage, je l'aime comme un frère. Un jour, peut-être, on se retrouvera, et on en aura long à se dire. P., et bien il a lui aussi sa famille, et à part ça nous n'avons plus grand-chose en commun. Il ne doit rien comprendre à mon attitude et à mes ambitions. M., ma chère M., il ne me reste finalement qu'elle. Je suis son confident, et --- jusqu'à un certain point --- elle est ma confidente. Mais l'éloignement géographique nous a toujours séparé, et --- faisant présentement du bénévolat en Équateur --- c'est encore plus le cas ces temps-ci.

Il y a M., mon Épouse, ma Compagne, que j'adore mais avec qui je partage un quotidien qui nous sépare et nous éloigne souvent l'un de l'autre. Pas facile, la proximité, surtout pour un solitaire-sauvage-ermite comme moi. J'ai parfois l'impression que --- dans l'espoir de bâtir le futur qu'elle désir --- elle ignore mon passé et elle se désintéresse de ma passion (i.e. l'écriture), ne réalisant pas que sans ces deux choses je ne suis rien d'autre qu'une loque moderne.

Et puis mon X., mon fils, avec qui je suis souvent plus proche qu'avec n'importe qui d'autre (malgré les 27 ans qui nous séparent).

Ma famille, père mère et sœur, que j'aime et qui m'aiment, mais qui ne savent pas trop par quel bout me prendre, et qui prennent mes silences et mes absences pour du désintérêt, alors que c'est tout simplement la vie qui fait érosion sur mes temps libres et mes énergies.

Quelques autres amis d'occasion, collègues de travail avec qui j'ai des affinités, mais c'est tout. Je ne peux pas mieux l'exprimer que je l'ai fait dans ce passage de mon roman (passage écrit quelque part en 1995, je crois), venant de la bouche de mon personnage, Philippe:

Le Discours de Philippe

Je crois pas être quelqu'un envers qui on peut avoir de l'affection ou de l'admiration. J'impressionne rarement par la force de mes convictions. Après tout, j'ai pas beaucoup d'assurance et --- c'est normal --- on s'intéresse pas longtemps aux faibles.

On peut avoir de l'amitié pour moi, sans plus. On s'attriste souvent de mon sort, on a pitié de l'échec inévitable de mon existence, parce que je suis un hybride: il y a en moi le désespoir agaçant d'un adulte et les manies maniaques d'un enfant.

Les rebelles révolutionnaires ont en commun avec moi un refus radical. Mais moi je n’ai pas comme profonde ambition de "changer le monde". Je trouve que c'est le pire cliché possible. Je ne crois pas en mes possibilités et en mes capacités à ce point là. Mon dégoût et mon mépris sont dirigés contre tout, contre moi, contre le Monde lui-même. Je suis capable de ressentir un étrange bonheur ou un désespoir fiévreux, face à pas mal n'importe quoi. Ça dépend des jours. La vie est à la fois ma malédiction et ma bénédiction. Je suis con. Je suis un ontolo-mako.

Malgré tout certaines personnes aiment me parler. Même que certains me trouvent drôle. Ça peut être agréable de me raconter quelque chose ou de partager du vécu avec moi, parce que j'écoute bien j'imagine, ou (comme mon ami Antoine me l'a déjà dit) parce que je sais lire entre les lignes. Mais je suis rarement celui avec qui on agit, celui avec qui on fait des choses.

C'est que je suis réservé, retiré, solitaire. Les autres m'affectent beaucoup. Aussitôt que je parle devant plus qu'une personne, je me sens devenir ridicule et je bafouille, bégaye et barouette. Quand quelqu'un m'adresse la parole je suis aux aguets, en état de surprise perpétuel. Souvent, le seul fait d'entendre quelqu'un prononcer mon nom, me consterne et m'inquiète. Pourtant, sans personne avec qui coexister, sans amis, je ne suis qu'un microbe, une plante, un vivant. Et j'ai souvent peur que ça soit ça, vieillir: voir les choses de plus en plus organiquement, et vivre dans une continuelle amorphité déchirante… un stade d'existence où la moindre action, rencontre, ou idée devient aide-mémoire, te disant: "Penses-y, et tu verras que ça ne donne rien de bon."

On pourrait appeler ça de l’insécurité. On pourrait.

Je suis égocentrique (pas bein le choix), mais je crois pas être égoïste. Ou peut-être que c'est le contraire. Ou les deux. Je sais pas.

Par l'observation, j'ai pu voir que les gens qui me côtoient sont d'abord intrigués, ensuite se sentent confortables avec moi, puis mal à l'aise, et puis finalement ils se distancient et choisissent de rester loin de moi. Ça peut varier selon les individus mais en gros c'est ça. Moi, face à moi-même, je suis quelque part entre la troisième et la dernière étape, entre le malaise et la rupture.

Depuis que je sens mon isolement, depuis la Conscience quoi, c'est difficile pour moi de me faire des amis, de connaître ou de me faire connaître, de me faire valoir aux yeux d'un autre.

Alors j'ai décidé de partir des endroits qui m'étaient familiers, je me suis résigné à être seul, et faire ça c'est accepter d'être seulement et uniquement dans sa propre tête, en tout temps, en toute occasion, pour toujours peut-être.

(Du moins c'est ça pour moi. C'est ce qu'il faut garder en tête: tout ce que j'affirme c'est par rapport à moi. Je n'essaie pas de faire passer mes dires pour des vérités universelles.)

J'aimerais être pieux et serein mais je pressens que ça va toujours faire mal, n'est-ce pas? Et qu'il n'y aura pas de répit, et qu'il ne me reste qu'à m'y habituer.

29 juillet 2004

Écriture

J'ai mentionné que j'écrivais. Voici un extrait d'un message à mon amie M. qui date du mois passé, où j'essayais de lui expliquer la place de l'écriture dans ma vie, et les origines de cette obsession chez moi.

* * * *

>Au fond, tu le sais pourquoi tu fais ça Simon. Ne le perd pas de vue.


Non, justement, des fois je ne le sais plus. Parce que, m'enfonçant dans la merdouille que tu sais, je n'y vois que du négatif... des résultats qui ne me font pas souvent plaisir, personne qui ne lit ce que ça donne, un isolement à tous les niveaux que PERSONNE n'arrive à comprendre complètement, et qui ne simplifie jamais ma relation avec les gens.

En fait, tu as raison, je sais pourquoi je le fais... pour la même raison que je ne me suicide pas: je n'ai qu'une seule vie à vivre. Cette résolution de vivre, est indissociable de la résolution d'écrire. Et vice-versa. C'est désespéré et désespérant, mais je préfère ça aux Mensonges et je préfère ça à l'Abandon. Fuck, je n'ai rien pour te remonter le moral, n'est-ce pas?


*Pour toi, je crois que l'écriture signifie beaucoup, qu'elle est ancrée au plus profond de toi. Je me trompe?


Non, tu as raison, même si je ne pourrais pas exactement t'expliquer pourquoi, pas de manière à ce que tu comprennes tout de suite. Mais je vais essayer...

J'écris parce que... parce que j'ai pendant des années cultivé mon imagination, et puis qu'un jour (en quelque part dans mes études Secondaires) on m'a fait comprendre que je devais arrêter. J'ai donc arrêté de l'extérioriser... j'ai continué d'avancer dans cette voix, mais en creusant un Tunnel au lieu de taper un Sentier. Tout est devenu secret, intériorisé, mais tout a continué. J'ai continué de lire mes livres, me disant que je me foutais d'être seul si je pouvais continuer à faire ce que je voulais dans ma chambre, chez moi. Et puis --- chose à laquelle on ne m'avait pas suffisamment préparé --- on m'a dit que je devais me choisir une carrière. Je n'avais pas le choix, je devais choisir, le plus vite possible, awèye dépêche le twit. J'étais alors en secondaire 5, tout ce que je savais c'est que j'aimais lire... et puis j'ai dû écrire une nouvelle pour mon cours de français, j'ai écrit mon histoire de vampire (Qui A Bu Boira), et puis il y a eu un genre de petit concours d'organisé par le prof, et la moitié de la classe a voté pour ma nouvelle. L'étonnement le plus complet. Sans le savoir, je portais en moi une certaine capacité de création. Voilà qui me laissait songeur. Devenir écrivain... wow, se pourrait-il qu'un rejet comme moi puisse se forger une place dans cette Vie? J'ai donc choisi d'aller en Lettres au Cégep, et puis --- le temps d'une session --- à l'Université en Études Littéraires, et j'ai écrit, profitant de la relative liberté dont je disposais. Et puis j'ai compris que je n'avais pas ce qu'il fallait pour me tailler une place dans ce "Marché", alors j'ai tout foutu ça là, ne gardant qu'une chose: le besoin et la pulsion d'écrire. Je n'allais plus à l'école, je ne travaillais pas, je n'avais pas de copine, je n'avais que mes livres, dans ma chambre. Des fois je sortais pour manger, pour aider ma mère avec quelque chose. J'ai profité de cette tranquillité, n'y voyant rien de mal mais sentant que ça inquiétait mes proches. Alors, voulant quitter ce contexte qui devenait étouffant à cause des attentes que les autres avaient de moi, je suis parti en voyage [en France]. Un voyage, un homme seul, une envie d'écrire, j'avais tout ce que je voulais mais j'avais une chose en plus: une lucidité implacable. Je voyais le luxe inhérent de ma situation, et je constatais ô combien clairement que je devrais éventuellement faire un choix. J'avais trouvé ma Voix Sacrée, mais --- parce que Sacrée --- elle était impossible à rentabiliser. Je devais donc me trouver un gagne-pain pour subvenir à mes besoins, ce qui me permettrait de m'embarquer dans cette grande aventure de l'Art. Quelques mois plus tard, je suis donc revenu. J'ai alors décidé de tirer profit de ma seule "habileté": cette bonne capacité à maîtriser les concepts informatiques (capacité découlant directement du fait que je suis un bon lecteur). Encore des études... et puis la rencontre de Mélissa [ma Compagne], rencontre complètement imprévue (et à laquelle je ne m'étais pas du tout préparé, puisque ne croyant pas à la possibilité pour moi de me trouver quelqu'un). Consolidation de cette relation. Et puis je me suis mis à travailler, ayant complètement sous-estimé le fardeau qu'un tel emploi pourrait représenter pour moi, et pour mon ambition d'écriture. Cinq ans plus tard, j'en suis là, ma "vie conventionnelle" avance à bon train, je gagne ma vie et je suis parent et j'ai une maison, mais ma "vie intérieure", elle, se meure. Je nourris le feu de temps en temps, et puis ça ne me réchauffe pas mais je me dis que tant qu'il brûle il n'est pas illégitime pour moi de continuer d'en parler. Et je contemple cette longue démarche avec ironie, avec un brin d'amertume. Parce que ce qui me fait vivre le plus (la Création et l'État d'Esprit dans lequel ça m'élève) doit être réprimé. Parce que je vois ce qu'ont pu accomplir certains artistes qui y ont consacré toute leur vie, et que moi --- ne pouvant pas le faire --- je vais donc demeurer un amateur dilettante et un peu grossier. Malgré toutes les bénédictions que ma vie contient (ma famille, mes enfants, ma prospérité d'occidental, etc.) je ne peux pas m'empêcher de trouver qu'elle est gâchée, et il n'y a rien que je peux y faire. Rien, sauf continuer d'écrire, aveuglément, avec névrose et obsession, dans le noir.

Prendre racine...

Bon, encore autre chose pour me sucer du temps. Mais bon, ce n'est pas surprenant, on pourrait dire que je suis un habitué de ce genre de choses: je faisais du BBS bien avant l'apparition de ces "blogs", bien avant même l'apparition dans nos vies de cet "Internet".

Mais pourquoi je m'y mets aujourd'hui? Pourquoi, alors que je tiens déjà un Journal quotidien depuis mars 1996, alors que je manque de temps, alors que je ferais mieux de travailler sur mes romans? Parce que... parce que j'aime ça, parce que je trouve ça important de partager. Et puis je me tiens depuis des mois sur le Forum du site de Christian Mistral, et j'ai l'impression soutenue d'énerver les gens là-bas (surtout que je n'ai plus aucune réponse ou réactions à mes interventions, alors ma paranoïa se fait aller). Alors voilà, je ne sais pas encore quelle forme tout ça va prendre, mais c'est comme ça que ça commence.

1 novembre 2001

(4 Novembre 2001)

Le sang coule toujours
pour qui se donne la peine
de prendre une lame
et de se trancher la peau.

De même avec l’écriture.

1 mars 2001

Notre environnement nous entoure comme une sphère d'émail; elle nous enferme, nous protège et nous contient.

Les années passent et notre va et vient poli cette surface; la Sphère s'amincit et lentement l'Occupant commence à voir au travers, à distinguer les délinéaments du Monde, et non plus seulement de sa Sphère.  Chaque fois que nous déménageons, chaque fois que nous changeons d'environnement, cette sphère se régénère et retrouve son épaisseur originelle.

À McMasterville j'avais poli ma Sphère, à un point tel qu'elle en était devenue quasi-translucide; je regardais autour de moi et je baignais dans la Lumière de l'Univers, dans ses Pénombres aussi.  Les odeurs, les sons, ainsi que les vibrations de l'Univers Spirituel me parvenaient.  Puis je suis déménagé.  Je me retrouve dans un nouvel environnement, dans une Grande Ville.  15 mois à Lasalle, je commence à prendre pied, et puis un autre départ, je me retrouve à Verdun, ville que je connais mais que je n'ai jamais apprivoisée.  J'y suis depuis 8 mois.  Je suis aveugle, et je me demande si j'ai réellement envie de voir de quoi est fait l'Univers Spirituel de cette Grande Ville.  Peut-être que la laideur de la chose me découragerait de la Vie pour de bon; peut-être que la vision pessimiste et apocalyptique qui me serait révélée me ternirait irrémédiablement.

25 janvier 2001

Je touche M., et je sens sa chaleur, et je me dis que la vie est une longue ébullition chimique, une longue réaction biologique, une excitation de molécule qui permet la chaleur, qui à son tour permet la "vie".  La pensée était claire en moi, c'est en la mettant en mots qu'elle se dilue.

"Je suis une réaction chimique," je me dis.  Et je regarde le monde avec ce goût dans la bouche.
Pourquoi la douleur nous est-elle désagréable?  Je comprends que c'est le corps qui, par le système nerveux, détecte que quelque chose est en train d'attaquer le corps, alors il nous envoie ces signaux de douleurs pour nous le faire savoir, nous avertir d'une blessure, d'une brûlure, d'un étirement musculaire… mais pourquoi est-ce que ces signaux nous sont désagréables?  Est-ce parce qu'ils sont trop intenses, qu'ils nous remplissent si complètement, que l'on s'en sent désemparé?

22 novembre 2000

Embrasser son individualité, c'est certes s'intéresser à soi, croire à ce que l'on est, ne pas avoir honte de ses idées, et aller dans l'extravagance ludique mais aussi visionnaire… mais c'est aussi une manière de ne pas trop se prendre au sérieux, étant conscient de toute la finitude d'un individu, de ses particularités, et de ses Vérités Individuelles.

Affirmer des Vérités, tout en sachant que rien n'est Universel, que ce qui est Vrai ne l'est pas pour tout le monde.

Comme le disait William Blake (je cite de mémoire): "One Law for the Crow and for the Owl / is Oppression".

13 novembre 2000

Confronté à la Fin du Monde plus ou moins imminente, c'est par pur instinct de survie que je veux tout de même avoir des enfants.  Pour m'assurer, par extension, d'être là jusqu'à la Fin.  Je vais lui dire, à mon enfant: "L'Humanité achève, cher enfant.  Rappelle-toi que ce n'est pas de ta faute.  Profite de ta Vie, à tout prix.  Et n'aie pas honte d'avoir à ton tour des enfants.  Tu ne les condamnes pas, en les faisant naître dans un monde mourant.  Au contraire, tu viens l'enrichir, pendant que c'est encore possible."  À toutes les époques les gens ont dû se dire "Est-ce une bonne chose de faire naître quelqu'un dans ce monde si cruel, corrompu et immoral?"  Nous n'avons pas à nous priver à cause de l'État du Monde.  Nous sommes aussi bons.  Bannissons la culpabilité.

Quelle idée d'avoir eu des enfants au Moyen Âge, il y a mille ans, deux mille ans, et ainsi de suite.  La Vie est inhospitalière, et l'a toujours été.

Et (c'est l'égocentrique en moi qui rêve de ceci), il serait bien qu'avec moi commence une lignée d'Observateurs, d'Écrivains, jusqu'à la fin.  Non pas les Premiers Écrivains, mes les Derniers… jusqu'à la Fin, mon petit-fils, ou mon petit-petit-fils, qui décrirait pour personne la Fin de la Race Humaine.

15 septembre 2000

[Regard porté sur moi-même par une longue après-midi de travail…]

                Mon Écriture c'est mon Secret.  C'est ça qui fait que les gens se trompent quand ils me perçoivent comme un jeune homme modéré, sans saveur et sans intérêt.  Je n'ai pas d'Intelligence, mais j'ai de la Perception.  Je ne suis pas Vite, mais j'ai du Discernement.  Je suis Confus, mais j'ai de la Compassion.  Ma Vie est Sacrée pour moi, d'où l'obsession que j'ai envers mes Souvenirs.  Chaque jour contient pour moi ses Révélations et ses Désespoirs, chaque jour; je ne sais pas si c'est la même chose pour tous et chacun, mais moi personnellement je n'ai pas l'intention de taire ces Bouleversements, je vais en faire quelque chose.  Je n'ai pas l'Intention de me taire.  Silencieux, oui peut-être, mais exprimant mes Idées & Pensées par l'Écriture.

5 mai 2000

Abaisse ta paupière
et vois le Rouge qui s'y dissimule.
Vois ce que le corps a à cacher.

Car la blessure
est une révélation qui t'es fait par l'accident,
au moment de la coupure le corps
n'arrive plus à retenir le sang et il gicle,
et la trahison absolue est mit à jour.

Et la douleur
est une confidence qui t'est faite par tes Nerfs,
quand l'Épine veut percer ta peau,
le corps a peur et il crie,
et tu comprends que tu n'es pas invulnérable.

Sous des kilomètres de chair,
sous des miles de nerfs,
il y a un Squelette
et c'est lui le Maître des Lieux.

1 avril 2000

À propos d'un personnage:

« Pour amollir la Réalité, il choisit de dormir moins, son cerveau épuisé n'ayant plus la force d'être totalement lucide.  Il a l'esprit plus vide, et le soir son corps sombre au plus profond de l'Oblivion, et le matin il revient de tellement loin qu'il a tout oublié de la veille.  C'est par conséquent impossible de poursuivre une pensée pour plus d'une journée, et de faire un lien entre ses jours, ses semaines, sa Vie.  Il n'arrive donc jamais à une conclusion.

C’est ce genre de somnambulisme quotidien qui en sauve plusieurs du Suicide. »

30 mars 2000

Je n'ai jamais cherché à remplacer Dieu, j'ai toujours su ce que j'aimais et ce dont j'avais besoin.  Je ne suis donc pas athée, je suis Simon.  Ce n'est pas que je ne crois pas en Dieu; c'est tout simplement que c'est une notion qui ne me rejoint pas, ni pour l'appuyer ni pour m'y opposer.  C'est comme une mythologie ancienne.  Est-ce qu'on se défini comme ne croyant pas en Dyonisos?  En Zeus?  Non?  C'est la même chose.

1 mars 2000

Si tu ne pavanes pas ton Savoir, alors on t'impose le notre.  Si tu ne prends pas ta place, si tu n'adoptes pas la virile exubérance, alors on s'imagine que tu es le jeune naïf faible et inexpérimenté, et on t'assomme de conseils, de discours et d'exposés théoriques.  Tous me prennent pour un enfant.

11 février 2000

Je ne lamente pas mon enfance; je ne crois pas même que j'aimerais y retourner (ce n'est de tout façon pas l'enfance qui est magique, c'est les conditions de vie que ça sous-entend).  Ce que je lamente c'est le rapprochement de la mort, l'écoulement de cette vie à chaque seconde si précieuse, et l'incapacité de ma mémoire de tout retenir, de tout conserver…

Chaque jour j'oublie un peu; chaque jour je meurs un peu.

17 décembre 1999

Dans tes douleurs, tes angoisses et tes désespoirs, tu dois garder en tête que le temps avance toujours à la même vitesse, et qu'une minute de détresse n'est pas plus longue qu'une minute de bien-être, et que la Noirceur se terminera aussi vite que la Lumière.

3 novembre 1999

Il n'y a pas de vérités, seulement des Interprétations.  Et le texte fictif, n'imposant pas de Vérité, mais se contentant de montrer, nous permet de percevoir la Réalité du coin de l'œil, en émotions et en sensations, non en phrases catégoriques ou en énoncés définitifs.  La recherche du définitif est un cul-de-sac.  La science exacte comme état suprême de compréhension du monde, est un mensonge (mensonge d'autant plus grave qu'il n'est pas complètement faux, et qu'il ne veut pas avouer que l'omniscience est impossible).

2 septembre 1999

[Origine de cette pensée: je m'imagine vieux, sur mon lit de mort, faisant la requête à un de mes enfants de me mettre les Partitas pour Violon de Bach… dans ce futur il est interdit de posséder des enregistrements personnels de musique.  On doit se connecter et payer pour l'écoute de telle ou telle œuvre.  Le Vieux Simon se désole de cette dépendance, de cette exploitation; son enfant trouve son vieux père grincheux et antique.]

Il y a deux Esprits Révolutionnaires.

Il y a celui qui appartient à la Jeunesse, qui s'indigne de voir la Médiocrité de la Réalité Existante, et qui conçoit Mieux.  Il voit tout ce qui pourrait être créé, tout ce qui n'existe pas mais qui le pourrait.  Il conçoit l'Utopie.

Puis il y a celui qui appartient à la Vieillesse, qui s'indigne de voir tout ce qui – depuis sa naissance – a disparu, tout ce qui était bon et qui s'est dégradé, tout cette richesse qui disparaît au nom de l'Innovation.

L'un voit le Mieux qui pourrait être; l'autre le Mieux qui a déjà été.  Les deux visions sont aussi puissantes.

13 août 1999

Lettre pour le Voir

Ce n'est pas la première fois que je pense à écrire à votre journal.  J'ai même à quelques reprises écris des lettres sans réelle intention de vous  les envoyer.  Pourquoi?  Parce que je ne voyais pas de raison valable d'envoyer un texte qui, fort probablement, ne serait pas intéressant pour personne d'autre que moi.  Cette fois pourtant je l'envoie cette lettre, et j'avoue que je ne sais pas trop pourquoi je le fais.  Je l'envoie sans trop réfléchir, me faisant momentanément confiance, et vous priant de tout mettre au recyclage si vous jugez que c'est sans intérêt.  Voici le témoignage ridicule (mais sincère) d'un montréalais désemparé.

Je travaille depuis quelques mois dans le département d'informatique d'une grosse boîte gouvernementale.  C'est ennuyeux, aride, mécanique, sans âme, mais il faut s'y attendre quand on est programmeur-analyste.  J'ai honte de ce que je fais; plus encore, c'est en train de me tuer.  Je meurs de ne pas pouvoir faire ce que j'aime: écrire.  Je ne crois pas être un écrivain talentueux, ni même prometteur.  J'écris parce que j'ai l'amour des livres et des histoires et de l'imagination.  Je me dis que c'est tout ce qu'il me faut pour avoir le droit d'écrire.

J'ai choisi ma branche (l'informatique) parce que je devais trouver un moyen de gagner ma vie, et que j'avais de la facilité là-dedans.  Je me disais que ça ne me demanderait pas trop d'effort même si je n'aimais pas ça, que ça me permettrait de gagner mon pain et qu'avec le reste de mon temps je pourrais poursuivre l'écriture de mes histoires.  C'était un sacrifice que je trouvais équitable.  Je me suis trompé.  Le sacrifice est là, mais sans son pendant positif.

Je travaille mais je suis toujours aussi pauvre qu'avant.  Mon chèque de paie est grugé avant même d'atteindre mes poches.  Je paie mon appartement, j'achète de la nourriture... je rembourse chaque mois mes prêts étudiants (un petit 15000$ de dettes envers le gouvernement, un détail! et tout ça pour quoi? pour pouvoir perdre 15 ans de salaire à les rembourser), et ensuite il ne me reste presque rien.  Les soucis d'argent me pèsent, l'emploi me vide le cerveau, si bien que le soir et les fins de semaines je lutte contre la fatigue et la déprime pour faire de ma vie autre chose que ce qu'elle est du lundi au vendredi, de 8h30 à 4h30.  Je passe du temps avec ma femme, j'écris un peu chaque soir, je vois des amis, et je taxe un peu plus mes énergies en fournissant des efforts sur les deux fronts: le travail et ma vie. 

Chaque fois que je relis les textes que j'ai écris avant cet emploi, je suis impressionné et chagriné de voir à quel point j'ai perdu de ma verve et du peu de talent que j'avais.  Ça affecte aussi la façon que j'ai de faire mon travail au bureau; je n'ai jamais aimé ça, mais maintenant ça me dégoûte.  Ça me demande tout ce que j'ai.  C'est de ma faute, vous me direz.  J'ai choisi ma branche, je dois vivre avec ou changer.  C'est vrai.  Mais, je ne vous l'apprends pas, beaucoup de gens font comme moi et se résignent à un emploi par nécessité.  Voici donc ma question: vous qui comme moi souffrez d'être prisonnier d'un emploi pour pouvoir survivre, et qui avez en vous un désir tout autre, que faites-vous?

Que faites-vous pour vous sortir de cet univers de bureaux et de néons?  D'air climatisé et impur; du café bu jusqu'à la nausée pour être capable de performer; des tâches idiotes qui ne servent à rien ni personne mais qui existent pour garder tel ou tel poste en vie; du gaspillage de 30 ans de vie, alors que l'âme rêve de voyage et de création et d'amitiés; de toute une carrière professionnelle qui n'a qu'un seul but: la retraite qui va métamorphoser la vie pour en faire un paradis sur terre, un jardin d'Eden aux apparences de terrain de golf, et une spiritualité aussi vaste qu'un Reader's Digest.  Je meurs, et je n'arrive pas à comprendre que mon patron, mon voisin de bureau, tout le monde, se contentent de ça.  Il y a quelque chose de profondément cancéreux dans ce mode de vie que l'on s'impose tous, où les plaisirs de l'expérience humaine sont devenus secondaires, tertiaires, quaternaires, sans importance.

Je suis certain que d'autres sont dans ma situation.  Je regarde par la fenêtre de mon bureau du centre-ville et je me dis que dans chacun des grands immeubles il y a au moins une personne qui ne se sent pas à sa place, et qui n'a rien à foutre des ambitions de l'Occident.  Je ne veux pas conquérir, subjuguer, vaincre, gouverner, terrasser, écraser, impressionner, me battre, m'enrichir, régner… je ne veux pas être Calife à la place du Calife.  Alors quoi faire?  Je ne veux pas me retrouver dans la rue.  Je veux pouvoir manger, et dormir sous un toit.  Je ne rechigne pas contre le travail.  Je le fais même si je n'y crois pas, même si ça ne reflète pas du tout qui je suis...  Mais je ne veux pas non plus accepter que mon travail devienne toute ma vie, je ne veux pas concentrer tous mes efforts vers une carrière que je n'adopte que parce qu'elle me permet de me subvenir.

Et des chansons qui m'apostrophent:

Les Colocs, dans "Pis si ô moin": Des exploiteurs endimanchés / Distributeurs de cochonneries / Et de bonheurs préfabriqués.  Ça c'est l'entreprise pour laquelle je travaille…

Jean Leloup, dans "La Chambre": Devrais-je partir ou bien rester? / Devrais-je enfin tout laisser tomber?.  Ça c'est ce que je me demande le soir quand je ne peux pas m'endormir…

J'avoue ma vulnérabilité: j'ai besoin de conseils.  Je suis malade mais c'est de l'aide de ceux qui sont dans la même situation que moi dont j'ai besoin, et non l'aide d'un psychologue qui va pointer ma maladie du doigt dans un gros livre obèse avant de me prescrire un lobotomisant sous forme de pilules.  Je veux améliorer ma situation, et non mieux l'endurer.  J'ai espoir; je suis tout simplement à bout de souffle.

Une idée: que tous ceux qui comme moi croupissent à la semaine longue dans le centre-ville se rencontre au Carré Philip le midi pour se serrer les coudes et donner de la saveur à leur journée.

Mon but donc avec cette lettre: entreprendre une discussion, aussi brève puisse-t-elle être (dans le cas où cette lettre ne serait pas publiée, ou dans le cas où – même publiée – personne ne s'y intéresserait).  Ne pas me laisser abattre, lutter par l'écriture, et ne pas laisser le résultat de cette écriture dans le fond d'un tiroir.  Voilà tout.  Aleas jactas.  Salut la compagnie.  (Et un respectueux bonjour à l'animateur de l'émission de radio "Les Lieux Obscurs", à CISM le mercredi après-midi de 15h à 16h, que j'aime beaucoup et qui d'une certaine façon est celui qui m'a poussé à me manifester, à envoyer une lettre, ses propos ayant fait surgir en moi un enthousiasme amical.)

(Une dernière précision: je n'accuse rien ni personne, et je ne veux pas faire de cette lettre une confrontation... le ton de cette lettre est celui que l'on prend lorsque l'on parle à des amis.)

Merci.
               
– Philippe Turgeon

28 avril 1999

"Danger" la ville a beau nous dire
le printemps lui n'aime pas souffrir;
par les couleurs il nous remplit
jusqu'à ce que nos lèvres sourient.

21 avril 1999

Dîner, et je lis et poursuis Visions of Cody.  Je termine la partie du tape, et j’embarque dans Imitation of the Tape, et je trouve que c’est un gigantesque ramassis de souvenirs, de réflexions, de divagations, de laisser-aller.  Probablement qu’il s’enregistrait et qu’ensuite se transcrivait.  Un bout brouillon de Town & City, je me demande si quelqu’un l’a remarqué… bien sûr que quelqu’un l’a remarqué, ce que je veux dire c’est "Je me demande si je pourrais e n parler avec quelqu’un?".  Il parle de ses souhaits, de vivre dans une petite maison en Louisiane et d'être sur le bord d’un feu, de regarder la lune, et est-ce surprenant que je l’aime tant, que j’aime tant ses livres, que j’imagine comme un enfant être sa réincarnation?  Je veux dire, son écriture comme de la télépathie la plupart du temps me rentre dans la tête et va toucher des choses qu’aucun autre écrivain va toucher.  C’est libérateur d’écrire comme ça, d’improviser sur ses erreurs, j’aime ça.  Il me met en tête la futilité d’écrire mais aussi son importance (pour moi).  Il me rappelle que je dois faire attention à ma vie, et que je ne dois pas passer ma vie à faire un travail que je n’aime pas, car MES JOURS SONT COMPTÉS ET JE N’AI QU’UNE SEULE VIE.  Je pleure dans ma tête quand je le lis, et je dis "Jack pourquoi tu n’as pas arrêté de boire et de te droguer?  Tu te serais rétabli… tu n’avais qu’à arrêter 1 an, puis à écrire lentement, à travailler, et peut-être que tu aurais vu du bon à écrire de la fiction, je veux dire la structure comporte des contraintes mais seulement s’y tu t’y consacres entièrement… écrire des romans et en même temps un journal te donne la liberté et la structure, si bien que je sais pas, ça s’équilibre.  Je ne peux pas accepter que tout est perdu, que l’amour est un mythe, et que l’amitié est un leurre.  Je ne veux pas me résigner, je veux vivre, je vais mourir alors pourquoi ne pas en profiter d’ici là?  Vivre avec ma femme et aimer mes enfants et écrire des histoires pour utiliser ma seule arme: l’imagination, ma seule arme contre le temps, la mort et la tristesse, ma seule arme contre l’ennui et l’incompréhensible, ma seule arme contre les conventions anciennes dont je ne veux rien savoir, ma seule arme, la seule arme d’un gars qui ne comprend pas pourquoi ceux qui l’entourent ont des multiples armes, l’imagination ma seule arme et mon seul confort, la seule chose qui m’a donné la force de continuer, qui a donné une motivation à ma vie et qui a donné  une optique à mes expériences et erreurs… oui car je suis finalement assez vide, je pense à mes histoires, et à mes amis, mais à bien peu en dehors de ça… et je fais des choses qu’on ne comprend pas et qui blessent… un mariage où tous ne sont pas invités, et ça blesse… un retrait de ma vie familiale et ça blesse… des attentes trop grande de mes amis et ça blesse… de m’être ouvert jeune, m’a nuie dans mon adolescence… le soir j’arrive chez moi et je veux jouer, mais pour être moi même je dois écrire, transcrire pour revenir à mon histoire… quand je note des idées je vois ça comme un jeu, mais c’est beaucoup plus que ça, c’est ma vie, c’est tout ce que je suis, c’est tout, c’est là que je comprends et règle des choses, c’est là que je prends de bonnes résolutions (comme maintenant), c’est là que je deviens un personne meilleure, c’est là que je me vide de ce qui m’empoisonne le sang (comme le fait que ma mère m’avait envoyer chier, et que j’avais oublié), je dois être un exemple, je dois poursuivre mes textes et mes lectures, et être brillant de mes efforts, être respectable (je ne suis présentement qu’un travailleur niaiseux ayant pour ses amis un potentiel d’intérêt).  Un souffle, tout d’un coup pourquoi ce souffle?  À cause de Jack évidement, et bien sûr que je suis sa réincarnation, je le suis devenu le jour où je l’ai lu et que je l’ai compris et que je me suis ouvert à ce qu’il a fait dit ou écrit, et que j’ai reconnu en sa vie la mienne, que j’ai vu au cœur de son existence la même observation que mon cerveau porte, le même aveuglement sélectif, le même amour égocentrique de ma vie, le même désir de plaisir, d’excitation et de jeu.

Mais je m’arrête car je dois travailler, car si je continue je vais exploser.

18 mars 1999

Nous sommes des parasites de la terre.  Il ne faut pas chercher notre "raison d'être"… ce qui s'en rapproche le plus est répugnant.

Voilà pourtant l'horreur, la merveille: nous choisissons d'être plus, nous avons la capacité de résister contre le chaos, de nous créer nous-même; notre cerveau, probablement une anomalie de la nature, transcende le monde primordiale et organique… il fait de nous autre chose qu'une boule de chair inanimée et dont la seule activité est la digestion.  C'est la source des pires atrocités, des plus immondes mensonges, supercheries, traîtrises.  Mais c'est aussi la source de nobles réussites, de braves actions, d'amitiés inimitables et éternelles, et d'une richesse qui, quoique relativement petite, ne peut faire autrement que d'apporter quelque chose à l'univers.

4 mars 1999

En haut d’une fausse montagne
un pincement dans ma caverne
un chapiteau chancelant que j’érige…
à m’en épuiser.

Nous nous séparons
et nous occupons tous
et obéissons au son du fouet…
mais ce n’est qu’un son.

Autour de moi des livres
lourds de pages mais
plumes de contenu…
repoussants tomes.

Aimerais mieux glisser
marcher et pelleter
lancer ou affronter…
cette neige obstacle qui agrémente mon Mois.

Passer sa journée
le corps en escalier
l’esprit en mauvaise herbe…
sentence que l’on convoite.

Mes ancêtres se sont nommés Pionniers de l’Esprit
ils ont tout essayé et ont ouverts les portes
mais maintenant sont des nains incapables…
(de vieux peureux qui ont mal guéris des étapes de leur vie)
sortis de l’eau ils se sont desséchés et meurtris.

De leurs fertilité commune est survenu le germe
le bocal où s’est accumulé l’ensemble
de leur trésors et malédictions…
mais ils ont oubliés et ne les reconnaissent plus.

La quête qu’ils se sont imposés à leur âge adulte,
moi je la poursuis inconsciemment depuis le début
malgré les blâmes, malgré les encouragements…
et ça fait de moi une anomalie.
                Quelque part des amants font l’amour, une jeune fille termine le brouillon de son premier roman, Sylvain Trudel flotte dans l’univers complexe de son histoire inachevée, un enfant naît, une vieille dame se meurt, un tzigane en France claque la porte et part pour l’Espagne, un amazone vient de tuer pour nourrir sa famille, une femme poignarde une brute qui voulait la violer, un jeune révolté trace dans sa chambre un pentacle pour tenter d’invoquer un démon, de jeunes bambins vont pour la première fois au cinéma, Anne Rice regarde par la fenêtre au travers le feuillage touffu pour polir sa prochaine phrase, un travailleur tchèque revient chez lui d’un pas las pour annoncer à sa femme qu’il a perdu son emploi, Tom Waits dort et rêve sa prochaine chanson, deux jeunes femmes partent en expéditions de camping, Martine se remplie le cerveau d’Afrique pour nous en ramener un peu, un groupe de jeunes vont dormir dans une maison abandonnée, une suédoise dans la soixantaine souffre d’insomnie et joue de son violon, Nick Cave revient d’un dîner avec son fils et termine un chapitre de son prochain roman, un jeune archéologue est assis dans une bibliothèque allemande et tente de déchiffrer un parchemin écrit dans un ancien dialecte, Mélissa se prépare pour l’école et a un rapide souvenir d’être aller se baigner avec Miguel, un mexicain ayant absorbé du peyotl scrute dans un exemplaire de National Geographic une photo de la Pyramide de Kheops et a l’idée d’aller se recueillir dans une des pyramides de son pays, une femme explore la maison dont elle vient d’hériter et découvre dans un coffre un manuscrit jusque là inconnu de St-Augustine, Marie sort de son cours et va faire des emplettes en pensant qu’elle va se marier dans quelques mois, un derviche tourneur atteint l’extase et entend une révélation qui le remplit de bonheur et lui donne une raison de vivre, Hugues fixe intensément la dernière peinture informatisé qu’il a réalisé et il s’y plonge avec abandon, un couple marche dans les couloirs sombres de Westminster Abbey et font des croquis de ce qu’ils voient, deux amis décident de fuguer pour se rendre à New York, un plongeur sous-marin remonte à la surface avec le trésor inestimable dans sa tête d’avoir vu une espèce extrêmement rare de baleine, un homme voit le dernier de ses amis soldats se faire tuer et riposte sauvagement de ses dernières munitions, Jim Jarmusch travaille sur Ghost Dog et décide d’improviser une scène…

                Un monde complet qui bouge et respire de moments incroyables, d’événements magiques par leur unicité, mais que je manque parce que je dois gagner de l’argent dans un bureau.  Je suis loin de ces spéculations que je me faisais à propos du TRAVAIL, où je m’imaginais astronaute, magicien, archéologue, paléontologue, égyptologue, où je voyais l’âge adulte comme un moment où enfin on avait les moyens de poursuivre nos passions, dans mon cas la recherche des mystères de mon Monde.

1 mars 1998

La sagesse, ce n’est pas de trouver sotte la conduite que l’on a déjà eue, mais de la comprendre.