2 août 2004

The world is moving on...

Je ne sais pas comment ça s'est passé, au juste. J'ai toujours eu des amis, et puis un jour je n'en ai plus eu. À ce jour, il ne me reste que des amis lointains (sincères et d'une grande valeur, mais distants).

H., mon cher H., celui qui il y a plus de dix ans m'a redonné goût à la vie, et bien il a d'autres chats à fouetter et il a besoin de gens qui sont "high", énergiques et pleins de vitalité (ce qui n'est pas mon cas, du moins pas de façon visible). Il habite maintenant Ottawa, n'a même plus envie d'échanger des messages avec moi. M., mon amie d'enfance, mon amie de toujours, est quelque part en France, avec son mari et son enfant, et ne me donne plus de nouvelles. Y., je ne sais pas quoi en dire… il ne va pas bien, il a déménagé, ne m'a pas appelé depuis le début de juillet, et je n'ai pas son nouveau numéro; je crains le pire, mais en même temps je me dis que je dramatise toujours trop. P., actuellement en train de planter des arbres dans l'Ouest du Canada, ne fait plus vraiment partie de ma vie depuis plusieurs années; c'est dommage, je l'aime comme un frère. Un jour, peut-être, on se retrouvera, et on en aura long à se dire. P., et bien il a lui aussi sa famille, et à part ça nous n'avons plus grand-chose en commun. Il ne doit rien comprendre à mon attitude et à mes ambitions. M., ma chère M., il ne me reste finalement qu'elle. Je suis son confident, et --- jusqu'à un certain point --- elle est ma confidente. Mais l'éloignement géographique nous a toujours séparé, et --- faisant présentement du bénévolat en Équateur --- c'est encore plus le cas ces temps-ci.

Il y a M., mon Épouse, ma Compagne, que j'adore mais avec qui je partage un quotidien qui nous sépare et nous éloigne souvent l'un de l'autre. Pas facile, la proximité, surtout pour un solitaire-sauvage-ermite comme moi. J'ai parfois l'impression que --- dans l'espoir de bâtir le futur qu'elle désir --- elle ignore mon passé et elle se désintéresse de ma passion (i.e. l'écriture), ne réalisant pas que sans ces deux choses je ne suis rien d'autre qu'une loque moderne.

Et puis mon X., mon fils, avec qui je suis souvent plus proche qu'avec n'importe qui d'autre (malgré les 27 ans qui nous séparent).

Ma famille, père mère et sœur, que j'aime et qui m'aiment, mais qui ne savent pas trop par quel bout me prendre, et qui prennent mes silences et mes absences pour du désintérêt, alors que c'est tout simplement la vie qui fait érosion sur mes temps libres et mes énergies.

Quelques autres amis d'occasion, collègues de travail avec qui j'ai des affinités, mais c'est tout. Je ne peux pas mieux l'exprimer que je l'ai fait dans ce passage de mon roman (passage écrit quelque part en 1995, je crois), venant de la bouche de mon personnage, Philippe:

Le Discours de Philippe

Je crois pas être quelqu'un envers qui on peut avoir de l'affection ou de l'admiration. J'impressionne rarement par la force de mes convictions. Après tout, j'ai pas beaucoup d'assurance et --- c'est normal --- on s'intéresse pas longtemps aux faibles.

On peut avoir de l'amitié pour moi, sans plus. On s'attriste souvent de mon sort, on a pitié de l'échec inévitable de mon existence, parce que je suis un hybride: il y a en moi le désespoir agaçant d'un adulte et les manies maniaques d'un enfant.

Les rebelles révolutionnaires ont en commun avec moi un refus radical. Mais moi je n’ai pas comme profonde ambition de "changer le monde". Je trouve que c'est le pire cliché possible. Je ne crois pas en mes possibilités et en mes capacités à ce point là. Mon dégoût et mon mépris sont dirigés contre tout, contre moi, contre le Monde lui-même. Je suis capable de ressentir un étrange bonheur ou un désespoir fiévreux, face à pas mal n'importe quoi. Ça dépend des jours. La vie est à la fois ma malédiction et ma bénédiction. Je suis con. Je suis un ontolo-mako.

Malgré tout certaines personnes aiment me parler. Même que certains me trouvent drôle. Ça peut être agréable de me raconter quelque chose ou de partager du vécu avec moi, parce que j'écoute bien j'imagine, ou (comme mon ami Antoine me l'a déjà dit) parce que je sais lire entre les lignes. Mais je suis rarement celui avec qui on agit, celui avec qui on fait des choses.

C'est que je suis réservé, retiré, solitaire. Les autres m'affectent beaucoup. Aussitôt que je parle devant plus qu'une personne, je me sens devenir ridicule et je bafouille, bégaye et barouette. Quand quelqu'un m'adresse la parole je suis aux aguets, en état de surprise perpétuel. Souvent, le seul fait d'entendre quelqu'un prononcer mon nom, me consterne et m'inquiète. Pourtant, sans personne avec qui coexister, sans amis, je ne suis qu'un microbe, une plante, un vivant. Et j'ai souvent peur que ça soit ça, vieillir: voir les choses de plus en plus organiquement, et vivre dans une continuelle amorphité déchirante… un stade d'existence où la moindre action, rencontre, ou idée devient aide-mémoire, te disant: "Penses-y, et tu verras que ça ne donne rien de bon."

On pourrait appeler ça de l’insécurité. On pourrait.

Je suis égocentrique (pas bein le choix), mais je crois pas être égoïste. Ou peut-être que c'est le contraire. Ou les deux. Je sais pas.

Par l'observation, j'ai pu voir que les gens qui me côtoient sont d'abord intrigués, ensuite se sentent confortables avec moi, puis mal à l'aise, et puis finalement ils se distancient et choisissent de rester loin de moi. Ça peut varier selon les individus mais en gros c'est ça. Moi, face à moi-même, je suis quelque part entre la troisième et la dernière étape, entre le malaise et la rupture.

Depuis que je sens mon isolement, depuis la Conscience quoi, c'est difficile pour moi de me faire des amis, de connaître ou de me faire connaître, de me faire valoir aux yeux d'un autre.

Alors j'ai décidé de partir des endroits qui m'étaient familiers, je me suis résigné à être seul, et faire ça c'est accepter d'être seulement et uniquement dans sa propre tête, en tout temps, en toute occasion, pour toujours peut-être.

(Du moins c'est ça pour moi. C'est ce qu'il faut garder en tête: tout ce que j'affirme c'est par rapport à moi. Je n'essaie pas de faire passer mes dires pour des vérités universelles.)

J'aimerais être pieux et serein mais je pressens que ça va toujours faire mal, n'est-ce pas? Et qu'il n'y aura pas de répit, et qu'il ne me reste qu'à m'y habituer.

29 juillet 2004

Écriture

J'ai mentionné que j'écrivais. Voici un extrait d'un message à mon amie M. qui date du mois passé, où j'essayais de lui expliquer la place de l'écriture dans ma vie, et les origines de cette obsession chez moi.

* * * *

>Au fond, tu le sais pourquoi tu fais ça Simon. Ne le perd pas de vue.


Non, justement, des fois je ne le sais plus. Parce que, m'enfonçant dans la merdouille que tu sais, je n'y vois que du négatif... des résultats qui ne me font pas souvent plaisir, personne qui ne lit ce que ça donne, un isolement à tous les niveaux que PERSONNE n'arrive à comprendre complètement, et qui ne simplifie jamais ma relation avec les gens.

En fait, tu as raison, je sais pourquoi je le fais... pour la même raison que je ne me suicide pas: je n'ai qu'une seule vie à vivre. Cette résolution de vivre, est indissociable de la résolution d'écrire. Et vice-versa. C'est désespéré et désespérant, mais je préfère ça aux Mensonges et je préfère ça à l'Abandon. Fuck, je n'ai rien pour te remonter le moral, n'est-ce pas?


*Pour toi, je crois que l'écriture signifie beaucoup, qu'elle est ancrée au plus profond de toi. Je me trompe?


Non, tu as raison, même si je ne pourrais pas exactement t'expliquer pourquoi, pas de manière à ce que tu comprennes tout de suite. Mais je vais essayer...

J'écris parce que... parce que j'ai pendant des années cultivé mon imagination, et puis qu'un jour (en quelque part dans mes études Secondaires) on m'a fait comprendre que je devais arrêter. J'ai donc arrêté de l'extérioriser... j'ai continué d'avancer dans cette voix, mais en creusant un Tunnel au lieu de taper un Sentier. Tout est devenu secret, intériorisé, mais tout a continué. J'ai continué de lire mes livres, me disant que je me foutais d'être seul si je pouvais continuer à faire ce que je voulais dans ma chambre, chez moi. Et puis --- chose à laquelle on ne m'avait pas suffisamment préparé --- on m'a dit que je devais me choisir une carrière. Je n'avais pas le choix, je devais choisir, le plus vite possible, awèye dépêche le twit. J'étais alors en secondaire 5, tout ce que je savais c'est que j'aimais lire... et puis j'ai dû écrire une nouvelle pour mon cours de français, j'ai écrit mon histoire de vampire (Qui A Bu Boira), et puis il y a eu un genre de petit concours d'organisé par le prof, et la moitié de la classe a voté pour ma nouvelle. L'étonnement le plus complet. Sans le savoir, je portais en moi une certaine capacité de création. Voilà qui me laissait songeur. Devenir écrivain... wow, se pourrait-il qu'un rejet comme moi puisse se forger une place dans cette Vie? J'ai donc choisi d'aller en Lettres au Cégep, et puis --- le temps d'une session --- à l'Université en Études Littéraires, et j'ai écrit, profitant de la relative liberté dont je disposais. Et puis j'ai compris que je n'avais pas ce qu'il fallait pour me tailler une place dans ce "Marché", alors j'ai tout foutu ça là, ne gardant qu'une chose: le besoin et la pulsion d'écrire. Je n'allais plus à l'école, je ne travaillais pas, je n'avais pas de copine, je n'avais que mes livres, dans ma chambre. Des fois je sortais pour manger, pour aider ma mère avec quelque chose. J'ai profité de cette tranquillité, n'y voyant rien de mal mais sentant que ça inquiétait mes proches. Alors, voulant quitter ce contexte qui devenait étouffant à cause des attentes que les autres avaient de moi, je suis parti en voyage [en France]. Un voyage, un homme seul, une envie d'écrire, j'avais tout ce que je voulais mais j'avais une chose en plus: une lucidité implacable. Je voyais le luxe inhérent de ma situation, et je constatais ô combien clairement que je devrais éventuellement faire un choix. J'avais trouvé ma Voix Sacrée, mais --- parce que Sacrée --- elle était impossible à rentabiliser. Je devais donc me trouver un gagne-pain pour subvenir à mes besoins, ce qui me permettrait de m'embarquer dans cette grande aventure de l'Art. Quelques mois plus tard, je suis donc revenu. J'ai alors décidé de tirer profit de ma seule "habileté": cette bonne capacité à maîtriser les concepts informatiques (capacité découlant directement du fait que je suis un bon lecteur). Encore des études... et puis la rencontre de Mélissa [ma Compagne], rencontre complètement imprévue (et à laquelle je ne m'étais pas du tout préparé, puisque ne croyant pas à la possibilité pour moi de me trouver quelqu'un). Consolidation de cette relation. Et puis je me suis mis à travailler, ayant complètement sous-estimé le fardeau qu'un tel emploi pourrait représenter pour moi, et pour mon ambition d'écriture. Cinq ans plus tard, j'en suis là, ma "vie conventionnelle" avance à bon train, je gagne ma vie et je suis parent et j'ai une maison, mais ma "vie intérieure", elle, se meure. Je nourris le feu de temps en temps, et puis ça ne me réchauffe pas mais je me dis que tant qu'il brûle il n'est pas illégitime pour moi de continuer d'en parler. Et je contemple cette longue démarche avec ironie, avec un brin d'amertume. Parce que ce qui me fait vivre le plus (la Création et l'État d'Esprit dans lequel ça m'élève) doit être réprimé. Parce que je vois ce qu'ont pu accomplir certains artistes qui y ont consacré toute leur vie, et que moi --- ne pouvant pas le faire --- je vais donc demeurer un amateur dilettante et un peu grossier. Malgré toutes les bénédictions que ma vie contient (ma famille, mes enfants, ma prospérité d'occidental, etc.) je ne peux pas m'empêcher de trouver qu'elle est gâchée, et il n'y a rien que je peux y faire. Rien, sauf continuer d'écrire, aveuglément, avec névrose et obsession, dans le noir.

Prendre racine...

Bon, encore autre chose pour me sucer du temps. Mais bon, ce n'est pas surprenant, on pourrait dire que je suis un habitué de ce genre de choses: je faisais du BBS bien avant l'apparition de ces "blogs", bien avant même l'apparition dans nos vies de cet "Internet".

Mais pourquoi je m'y mets aujourd'hui? Pourquoi, alors que je tiens déjà un Journal quotidien depuis mars 1996, alors que je manque de temps, alors que je ferais mieux de travailler sur mes romans? Parce que... parce que j'aime ça, parce que je trouve ça important de partager. Et puis je me tiens depuis des mois sur le Forum du site de Christian Mistral, et j'ai l'impression soutenue d'énerver les gens là-bas (surtout que je n'ai plus aucune réponse ou réactions à mes interventions, alors ma paranoïa se fait aller). Alors voilà, je ne sais pas encore quelle forme tout ça va prendre, mais c'est comme ça que ça commence.

1 novembre 2001

(4 Novembre 2001)

Le sang coule toujours
pour qui se donne la peine
de prendre une lame
et de se trancher la peau.

De même avec l’écriture.

1 mars 2001

Notre environnement nous entoure comme une sphère d'émail; elle nous enferme, nous protège et nous contient.

Les années passent et notre va et vient poli cette surface; la Sphère s'amincit et lentement l'Occupant commence à voir au travers, à distinguer les délinéaments du Monde, et non plus seulement de sa Sphère.  Chaque fois que nous déménageons, chaque fois que nous changeons d'environnement, cette sphère se régénère et retrouve son épaisseur originelle.

À McMasterville j'avais poli ma Sphère, à un point tel qu'elle en était devenue quasi-translucide; je regardais autour de moi et je baignais dans la Lumière de l'Univers, dans ses Pénombres aussi.  Les odeurs, les sons, ainsi que les vibrations de l'Univers Spirituel me parvenaient.  Puis je suis déménagé.  Je me retrouve dans un nouvel environnement, dans une Grande Ville.  15 mois à Lasalle, je commence à prendre pied, et puis un autre départ, je me retrouve à Verdun, ville que je connais mais que je n'ai jamais apprivoisée.  J'y suis depuis 8 mois.  Je suis aveugle, et je me demande si j'ai réellement envie de voir de quoi est fait l'Univers Spirituel de cette Grande Ville.  Peut-être que la laideur de la chose me découragerait de la Vie pour de bon; peut-être que la vision pessimiste et apocalyptique qui me serait révélée me ternirait irrémédiablement.

25 janvier 2001

Je touche M., et je sens sa chaleur, et je me dis que la vie est une longue ébullition chimique, une longue réaction biologique, une excitation de molécule qui permet la chaleur, qui à son tour permet la "vie".  La pensée était claire en moi, c'est en la mettant en mots qu'elle se dilue.

"Je suis une réaction chimique," je me dis.  Et je regarde le monde avec ce goût dans la bouche.
Pourquoi la douleur nous est-elle désagréable?  Je comprends que c'est le corps qui, par le système nerveux, détecte que quelque chose est en train d'attaquer le corps, alors il nous envoie ces signaux de douleurs pour nous le faire savoir, nous avertir d'une blessure, d'une brûlure, d'un étirement musculaire… mais pourquoi est-ce que ces signaux nous sont désagréables?  Est-ce parce qu'ils sont trop intenses, qu'ils nous remplissent si complètement, que l'on s'en sent désemparé?

22 novembre 2000

Embrasser son individualité, c'est certes s'intéresser à soi, croire à ce que l'on est, ne pas avoir honte de ses idées, et aller dans l'extravagance ludique mais aussi visionnaire… mais c'est aussi une manière de ne pas trop se prendre au sérieux, étant conscient de toute la finitude d'un individu, de ses particularités, et de ses Vérités Individuelles.

Affirmer des Vérités, tout en sachant que rien n'est Universel, que ce qui est Vrai ne l'est pas pour tout le monde.

Comme le disait William Blake (je cite de mémoire): "One Law for the Crow and for the Owl / is Oppression".

13 novembre 2000

Confronté à la Fin du Monde plus ou moins imminente, c'est par pur instinct de survie que je veux tout de même avoir des enfants.  Pour m'assurer, par extension, d'être là jusqu'à la Fin.  Je vais lui dire, à mon enfant: "L'Humanité achève, cher enfant.  Rappelle-toi que ce n'est pas de ta faute.  Profite de ta Vie, à tout prix.  Et n'aie pas honte d'avoir à ton tour des enfants.  Tu ne les condamnes pas, en les faisant naître dans un monde mourant.  Au contraire, tu viens l'enrichir, pendant que c'est encore possible."  À toutes les époques les gens ont dû se dire "Est-ce une bonne chose de faire naître quelqu'un dans ce monde si cruel, corrompu et immoral?"  Nous n'avons pas à nous priver à cause de l'État du Monde.  Nous sommes aussi bons.  Bannissons la culpabilité.

Quelle idée d'avoir eu des enfants au Moyen Âge, il y a mille ans, deux mille ans, et ainsi de suite.  La Vie est inhospitalière, et l'a toujours été.

Et (c'est l'égocentrique en moi qui rêve de ceci), il serait bien qu'avec moi commence une lignée d'Observateurs, d'Écrivains, jusqu'à la fin.  Non pas les Premiers Écrivains, mes les Derniers… jusqu'à la Fin, mon petit-fils, ou mon petit-petit-fils, qui décrirait pour personne la Fin de la Race Humaine.

15 septembre 2000

[Regard porté sur moi-même par une longue après-midi de travail…]

                Mon Écriture c'est mon Secret.  C'est ça qui fait que les gens se trompent quand ils me perçoivent comme un jeune homme modéré, sans saveur et sans intérêt.  Je n'ai pas d'Intelligence, mais j'ai de la Perception.  Je ne suis pas Vite, mais j'ai du Discernement.  Je suis Confus, mais j'ai de la Compassion.  Ma Vie est Sacrée pour moi, d'où l'obsession que j'ai envers mes Souvenirs.  Chaque jour contient pour moi ses Révélations et ses Désespoirs, chaque jour; je ne sais pas si c'est la même chose pour tous et chacun, mais moi personnellement je n'ai pas l'intention de taire ces Bouleversements, je vais en faire quelque chose.  Je n'ai pas l'Intention de me taire.  Silencieux, oui peut-être, mais exprimant mes Idées & Pensées par l'Écriture.

5 mai 2000

Abaisse ta paupière
et vois le Rouge qui s'y dissimule.
Vois ce que le corps a à cacher.

Car la blessure
est une révélation qui t'es fait par l'accident,
au moment de la coupure le corps
n'arrive plus à retenir le sang et il gicle,
et la trahison absolue est mit à jour.

Et la douleur
est une confidence qui t'est faite par tes Nerfs,
quand l'Épine veut percer ta peau,
le corps a peur et il crie,
et tu comprends que tu n'es pas invulnérable.

Sous des kilomètres de chair,
sous des miles de nerfs,
il y a un Squelette
et c'est lui le Maître des Lieux.

1 avril 2000

À propos d'un personnage:

« Pour amollir la Réalité, il choisit de dormir moins, son cerveau épuisé n'ayant plus la force d'être totalement lucide.  Il a l'esprit plus vide, et le soir son corps sombre au plus profond de l'Oblivion, et le matin il revient de tellement loin qu'il a tout oublié de la veille.  C'est par conséquent impossible de poursuivre une pensée pour plus d'une journée, et de faire un lien entre ses jours, ses semaines, sa Vie.  Il n'arrive donc jamais à une conclusion.

C’est ce genre de somnambulisme quotidien qui en sauve plusieurs du Suicide. »

30 mars 2000

Je n'ai jamais cherché à remplacer Dieu, j'ai toujours su ce que j'aimais et ce dont j'avais besoin.  Je ne suis donc pas athée, je suis Simon.  Ce n'est pas que je ne crois pas en Dieu; c'est tout simplement que c'est une notion qui ne me rejoint pas, ni pour l'appuyer ni pour m'y opposer.  C'est comme une mythologie ancienne.  Est-ce qu'on se défini comme ne croyant pas en Dyonisos?  En Zeus?  Non?  C'est la même chose.

1 mars 2000

Si tu ne pavanes pas ton Savoir, alors on t'impose le notre.  Si tu ne prends pas ta place, si tu n'adoptes pas la virile exubérance, alors on s'imagine que tu es le jeune naïf faible et inexpérimenté, et on t'assomme de conseils, de discours et d'exposés théoriques.  Tous me prennent pour un enfant.

11 février 2000

Je ne lamente pas mon enfance; je ne crois pas même que j'aimerais y retourner (ce n'est de tout façon pas l'enfance qui est magique, c'est les conditions de vie que ça sous-entend).  Ce que je lamente c'est le rapprochement de la mort, l'écoulement de cette vie à chaque seconde si précieuse, et l'incapacité de ma mémoire de tout retenir, de tout conserver…

Chaque jour j'oublie un peu; chaque jour je meurs un peu.

17 décembre 1999

Dans tes douleurs, tes angoisses et tes désespoirs, tu dois garder en tête que le temps avance toujours à la même vitesse, et qu'une minute de détresse n'est pas plus longue qu'une minute de bien-être, et que la Noirceur se terminera aussi vite que la Lumière.

3 novembre 1999

Il n'y a pas de vérités, seulement des Interprétations.  Et le texte fictif, n'imposant pas de Vérité, mais se contentant de montrer, nous permet de percevoir la Réalité du coin de l'œil, en émotions et en sensations, non en phrases catégoriques ou en énoncés définitifs.  La recherche du définitif est un cul-de-sac.  La science exacte comme état suprême de compréhension du monde, est un mensonge (mensonge d'autant plus grave qu'il n'est pas complètement faux, et qu'il ne veut pas avouer que l'omniscience est impossible).

2 septembre 1999

[Origine de cette pensée: je m'imagine vieux, sur mon lit de mort, faisant la requête à un de mes enfants de me mettre les Partitas pour Violon de Bach… dans ce futur il est interdit de posséder des enregistrements personnels de musique.  On doit se connecter et payer pour l'écoute de telle ou telle œuvre.  Le Vieux Simon se désole de cette dépendance, de cette exploitation; son enfant trouve son vieux père grincheux et antique.]

Il y a deux Esprits Révolutionnaires.

Il y a celui qui appartient à la Jeunesse, qui s'indigne de voir la Médiocrité de la Réalité Existante, et qui conçoit Mieux.  Il voit tout ce qui pourrait être créé, tout ce qui n'existe pas mais qui le pourrait.  Il conçoit l'Utopie.

Puis il y a celui qui appartient à la Vieillesse, qui s'indigne de voir tout ce qui – depuis sa naissance – a disparu, tout ce qui était bon et qui s'est dégradé, tout cette richesse qui disparaît au nom de l'Innovation.

L'un voit le Mieux qui pourrait être; l'autre le Mieux qui a déjà été.  Les deux visions sont aussi puissantes.

13 août 1999

Lettre pour le Voir

Ce n'est pas la première fois que je pense à écrire à votre journal.  J'ai même à quelques reprises écris des lettres sans réelle intention de vous  les envoyer.  Pourquoi?  Parce que je ne voyais pas de raison valable d'envoyer un texte qui, fort probablement, ne serait pas intéressant pour personne d'autre que moi.  Cette fois pourtant je l'envoie cette lettre, et j'avoue que je ne sais pas trop pourquoi je le fais.  Je l'envoie sans trop réfléchir, me faisant momentanément confiance, et vous priant de tout mettre au recyclage si vous jugez que c'est sans intérêt.  Voici le témoignage ridicule (mais sincère) d'un montréalais désemparé.

Je travaille depuis quelques mois dans le département d'informatique d'une grosse boîte gouvernementale.  C'est ennuyeux, aride, mécanique, sans âme, mais il faut s'y attendre quand on est programmeur-analyste.  J'ai honte de ce que je fais; plus encore, c'est en train de me tuer.  Je meurs de ne pas pouvoir faire ce que j'aime: écrire.  Je ne crois pas être un écrivain talentueux, ni même prometteur.  J'écris parce que j'ai l'amour des livres et des histoires et de l'imagination.  Je me dis que c'est tout ce qu'il me faut pour avoir le droit d'écrire.

J'ai choisi ma branche (l'informatique) parce que je devais trouver un moyen de gagner ma vie, et que j'avais de la facilité là-dedans.  Je me disais que ça ne me demanderait pas trop d'effort même si je n'aimais pas ça, que ça me permettrait de gagner mon pain et qu'avec le reste de mon temps je pourrais poursuivre l'écriture de mes histoires.  C'était un sacrifice que je trouvais équitable.  Je me suis trompé.  Le sacrifice est là, mais sans son pendant positif.

Je travaille mais je suis toujours aussi pauvre qu'avant.  Mon chèque de paie est grugé avant même d'atteindre mes poches.  Je paie mon appartement, j'achète de la nourriture... je rembourse chaque mois mes prêts étudiants (un petit 15000$ de dettes envers le gouvernement, un détail! et tout ça pour quoi? pour pouvoir perdre 15 ans de salaire à les rembourser), et ensuite il ne me reste presque rien.  Les soucis d'argent me pèsent, l'emploi me vide le cerveau, si bien que le soir et les fins de semaines je lutte contre la fatigue et la déprime pour faire de ma vie autre chose que ce qu'elle est du lundi au vendredi, de 8h30 à 4h30.  Je passe du temps avec ma femme, j'écris un peu chaque soir, je vois des amis, et je taxe un peu plus mes énergies en fournissant des efforts sur les deux fronts: le travail et ma vie. 

Chaque fois que je relis les textes que j'ai écris avant cet emploi, je suis impressionné et chagriné de voir à quel point j'ai perdu de ma verve et du peu de talent que j'avais.  Ça affecte aussi la façon que j'ai de faire mon travail au bureau; je n'ai jamais aimé ça, mais maintenant ça me dégoûte.  Ça me demande tout ce que j'ai.  C'est de ma faute, vous me direz.  J'ai choisi ma branche, je dois vivre avec ou changer.  C'est vrai.  Mais, je ne vous l'apprends pas, beaucoup de gens font comme moi et se résignent à un emploi par nécessité.  Voici donc ma question: vous qui comme moi souffrez d'être prisonnier d'un emploi pour pouvoir survivre, et qui avez en vous un désir tout autre, que faites-vous?

Que faites-vous pour vous sortir de cet univers de bureaux et de néons?  D'air climatisé et impur; du café bu jusqu'à la nausée pour être capable de performer; des tâches idiotes qui ne servent à rien ni personne mais qui existent pour garder tel ou tel poste en vie; du gaspillage de 30 ans de vie, alors que l'âme rêve de voyage et de création et d'amitiés; de toute une carrière professionnelle qui n'a qu'un seul but: la retraite qui va métamorphoser la vie pour en faire un paradis sur terre, un jardin d'Eden aux apparences de terrain de golf, et une spiritualité aussi vaste qu'un Reader's Digest.  Je meurs, et je n'arrive pas à comprendre que mon patron, mon voisin de bureau, tout le monde, se contentent de ça.  Il y a quelque chose de profondément cancéreux dans ce mode de vie que l'on s'impose tous, où les plaisirs de l'expérience humaine sont devenus secondaires, tertiaires, quaternaires, sans importance.

Je suis certain que d'autres sont dans ma situation.  Je regarde par la fenêtre de mon bureau du centre-ville et je me dis que dans chacun des grands immeubles il y a au moins une personne qui ne se sent pas à sa place, et qui n'a rien à foutre des ambitions de l'Occident.  Je ne veux pas conquérir, subjuguer, vaincre, gouverner, terrasser, écraser, impressionner, me battre, m'enrichir, régner… je ne veux pas être Calife à la place du Calife.  Alors quoi faire?  Je ne veux pas me retrouver dans la rue.  Je veux pouvoir manger, et dormir sous un toit.  Je ne rechigne pas contre le travail.  Je le fais même si je n'y crois pas, même si ça ne reflète pas du tout qui je suis...  Mais je ne veux pas non plus accepter que mon travail devienne toute ma vie, je ne veux pas concentrer tous mes efforts vers une carrière que je n'adopte que parce qu'elle me permet de me subvenir.

Et des chansons qui m'apostrophent:

Les Colocs, dans "Pis si ô moin": Des exploiteurs endimanchés / Distributeurs de cochonneries / Et de bonheurs préfabriqués.  Ça c'est l'entreprise pour laquelle je travaille…

Jean Leloup, dans "La Chambre": Devrais-je partir ou bien rester? / Devrais-je enfin tout laisser tomber?.  Ça c'est ce que je me demande le soir quand je ne peux pas m'endormir…

J'avoue ma vulnérabilité: j'ai besoin de conseils.  Je suis malade mais c'est de l'aide de ceux qui sont dans la même situation que moi dont j'ai besoin, et non l'aide d'un psychologue qui va pointer ma maladie du doigt dans un gros livre obèse avant de me prescrire un lobotomisant sous forme de pilules.  Je veux améliorer ma situation, et non mieux l'endurer.  J'ai espoir; je suis tout simplement à bout de souffle.

Une idée: que tous ceux qui comme moi croupissent à la semaine longue dans le centre-ville se rencontre au Carré Philip le midi pour se serrer les coudes et donner de la saveur à leur journée.

Mon but donc avec cette lettre: entreprendre une discussion, aussi brève puisse-t-elle être (dans le cas où cette lettre ne serait pas publiée, ou dans le cas où – même publiée – personne ne s'y intéresserait).  Ne pas me laisser abattre, lutter par l'écriture, et ne pas laisser le résultat de cette écriture dans le fond d'un tiroir.  Voilà tout.  Aleas jactas.  Salut la compagnie.  (Et un respectueux bonjour à l'animateur de l'émission de radio "Les Lieux Obscurs", à CISM le mercredi après-midi de 15h à 16h, que j'aime beaucoup et qui d'une certaine façon est celui qui m'a poussé à me manifester, à envoyer une lettre, ses propos ayant fait surgir en moi un enthousiasme amical.)

(Une dernière précision: je n'accuse rien ni personne, et je ne veux pas faire de cette lettre une confrontation... le ton de cette lettre est celui que l'on prend lorsque l'on parle à des amis.)

Merci.
               
– Philippe Turgeon

28 avril 1999

"Danger" la ville a beau nous dire
le printemps lui n'aime pas souffrir;
par les couleurs il nous remplit
jusqu'à ce que nos lèvres sourient.

21 avril 1999

Dîner, et je lis et poursuis Visions of Cody.  Je termine la partie du tape, et j’embarque dans Imitation of the Tape, et je trouve que c’est un gigantesque ramassis de souvenirs, de réflexions, de divagations, de laisser-aller.  Probablement qu’il s’enregistrait et qu’ensuite se transcrivait.  Un bout brouillon de Town & City, je me demande si quelqu’un l’a remarqué… bien sûr que quelqu’un l’a remarqué, ce que je veux dire c’est "Je me demande si je pourrais e n parler avec quelqu’un?".  Il parle de ses souhaits, de vivre dans une petite maison en Louisiane et d'être sur le bord d’un feu, de regarder la lune, et est-ce surprenant que je l’aime tant, que j’aime tant ses livres, que j’imagine comme un enfant être sa réincarnation?  Je veux dire, son écriture comme de la télépathie la plupart du temps me rentre dans la tête et va toucher des choses qu’aucun autre écrivain va toucher.  C’est libérateur d’écrire comme ça, d’improviser sur ses erreurs, j’aime ça.  Il me met en tête la futilité d’écrire mais aussi son importance (pour moi).  Il me rappelle que je dois faire attention à ma vie, et que je ne dois pas passer ma vie à faire un travail que je n’aime pas, car MES JOURS SONT COMPTÉS ET JE N’AI QU’UNE SEULE VIE.  Je pleure dans ma tête quand je le lis, et je dis "Jack pourquoi tu n’as pas arrêté de boire et de te droguer?  Tu te serais rétabli… tu n’avais qu’à arrêter 1 an, puis à écrire lentement, à travailler, et peut-être que tu aurais vu du bon à écrire de la fiction, je veux dire la structure comporte des contraintes mais seulement s’y tu t’y consacres entièrement… écrire des romans et en même temps un journal te donne la liberté et la structure, si bien que je sais pas, ça s’équilibre.  Je ne peux pas accepter que tout est perdu, que l’amour est un mythe, et que l’amitié est un leurre.  Je ne veux pas me résigner, je veux vivre, je vais mourir alors pourquoi ne pas en profiter d’ici là?  Vivre avec ma femme et aimer mes enfants et écrire des histoires pour utiliser ma seule arme: l’imagination, ma seule arme contre le temps, la mort et la tristesse, ma seule arme contre l’ennui et l’incompréhensible, ma seule arme contre les conventions anciennes dont je ne veux rien savoir, ma seule arme, la seule arme d’un gars qui ne comprend pas pourquoi ceux qui l’entourent ont des multiples armes, l’imagination ma seule arme et mon seul confort, la seule chose qui m’a donné la force de continuer, qui a donné une motivation à ma vie et qui a donné  une optique à mes expériences et erreurs… oui car je suis finalement assez vide, je pense à mes histoires, et à mes amis, mais à bien peu en dehors de ça… et je fais des choses qu’on ne comprend pas et qui blessent… un mariage où tous ne sont pas invités, et ça blesse… un retrait de ma vie familiale et ça blesse… des attentes trop grande de mes amis et ça blesse… de m’être ouvert jeune, m’a nuie dans mon adolescence… le soir j’arrive chez moi et je veux jouer, mais pour être moi même je dois écrire, transcrire pour revenir à mon histoire… quand je note des idées je vois ça comme un jeu, mais c’est beaucoup plus que ça, c’est ma vie, c’est tout ce que je suis, c’est tout, c’est là que je comprends et règle des choses, c’est là que je prends de bonnes résolutions (comme maintenant), c’est là que je deviens un personne meilleure, c’est là que je me vide de ce qui m’empoisonne le sang (comme le fait que ma mère m’avait envoyer chier, et que j’avais oublié), je dois être un exemple, je dois poursuivre mes textes et mes lectures, et être brillant de mes efforts, être respectable (je ne suis présentement qu’un travailleur niaiseux ayant pour ses amis un potentiel d’intérêt).  Un souffle, tout d’un coup pourquoi ce souffle?  À cause de Jack évidement, et bien sûr que je suis sa réincarnation, je le suis devenu le jour où je l’ai lu et que je l’ai compris et que je me suis ouvert à ce qu’il a fait dit ou écrit, et que j’ai reconnu en sa vie la mienne, que j’ai vu au cœur de son existence la même observation que mon cerveau porte, le même aveuglement sélectif, le même amour égocentrique de ma vie, le même désir de plaisir, d’excitation et de jeu.

Mais je m’arrête car je dois travailler, car si je continue je vais exploser.

18 mars 1999

Nous sommes des parasites de la terre.  Il ne faut pas chercher notre "raison d'être"… ce qui s'en rapproche le plus est répugnant.

Voilà pourtant l'horreur, la merveille: nous choisissons d'être plus, nous avons la capacité de résister contre le chaos, de nous créer nous-même; notre cerveau, probablement une anomalie de la nature, transcende le monde primordiale et organique… il fait de nous autre chose qu'une boule de chair inanimée et dont la seule activité est la digestion.  C'est la source des pires atrocités, des plus immondes mensonges, supercheries, traîtrises.  Mais c'est aussi la source de nobles réussites, de braves actions, d'amitiés inimitables et éternelles, et d'une richesse qui, quoique relativement petite, ne peut faire autrement que d'apporter quelque chose à l'univers.

4 mars 1999

En haut d’une fausse montagne
un pincement dans ma caverne
un chapiteau chancelant que j’érige…
à m’en épuiser.

Nous nous séparons
et nous occupons tous
et obéissons au son du fouet…
mais ce n’est qu’un son.

Autour de moi des livres
lourds de pages mais
plumes de contenu…
repoussants tomes.

Aimerais mieux glisser
marcher et pelleter
lancer ou affronter…
cette neige obstacle qui agrémente mon Mois.

Passer sa journée
le corps en escalier
l’esprit en mauvaise herbe…
sentence que l’on convoite.

Mes ancêtres se sont nommés Pionniers de l’Esprit
ils ont tout essayé et ont ouverts les portes
mais maintenant sont des nains incapables…
(de vieux peureux qui ont mal guéris des étapes de leur vie)
sortis de l’eau ils se sont desséchés et meurtris.

De leurs fertilité commune est survenu le germe
le bocal où s’est accumulé l’ensemble
de leur trésors et malédictions…
mais ils ont oubliés et ne les reconnaissent plus.

La quête qu’ils se sont imposés à leur âge adulte,
moi je la poursuis inconsciemment depuis le début
malgré les blâmes, malgré les encouragements…
et ça fait de moi une anomalie.
                Quelque part des amants font l’amour, une jeune fille termine le brouillon de son premier roman, Sylvain Trudel flotte dans l’univers complexe de son histoire inachevée, un enfant naît, une vieille dame se meurt, un tzigane en France claque la porte et part pour l’Espagne, un amazone vient de tuer pour nourrir sa famille, une femme poignarde une brute qui voulait la violer, un jeune révolté trace dans sa chambre un pentacle pour tenter d’invoquer un démon, de jeunes bambins vont pour la première fois au cinéma, Anne Rice regarde par la fenêtre au travers le feuillage touffu pour polir sa prochaine phrase, un travailleur tchèque revient chez lui d’un pas las pour annoncer à sa femme qu’il a perdu son emploi, Tom Waits dort et rêve sa prochaine chanson, deux jeunes femmes partent en expéditions de camping, Martine se remplie le cerveau d’Afrique pour nous en ramener un peu, un groupe de jeunes vont dormir dans une maison abandonnée, une suédoise dans la soixantaine souffre d’insomnie et joue de son violon, Nick Cave revient d’un dîner avec son fils et termine un chapitre de son prochain roman, un jeune archéologue est assis dans une bibliothèque allemande et tente de déchiffrer un parchemin écrit dans un ancien dialecte, Mélissa se prépare pour l’école et a un rapide souvenir d’être aller se baigner avec Miguel, un mexicain ayant absorbé du peyotl scrute dans un exemplaire de National Geographic une photo de la Pyramide de Kheops et a l’idée d’aller se recueillir dans une des pyramides de son pays, une femme explore la maison dont elle vient d’hériter et découvre dans un coffre un manuscrit jusque là inconnu de St-Augustine, Marie sort de son cours et va faire des emplettes en pensant qu’elle va se marier dans quelques mois, un derviche tourneur atteint l’extase et entend une révélation qui le remplit de bonheur et lui donne une raison de vivre, Hugues fixe intensément la dernière peinture informatisé qu’il a réalisé et il s’y plonge avec abandon, un couple marche dans les couloirs sombres de Westminster Abbey et font des croquis de ce qu’ils voient, deux amis décident de fuguer pour se rendre à New York, un plongeur sous-marin remonte à la surface avec le trésor inestimable dans sa tête d’avoir vu une espèce extrêmement rare de baleine, un homme voit le dernier de ses amis soldats se faire tuer et riposte sauvagement de ses dernières munitions, Jim Jarmusch travaille sur Ghost Dog et décide d’improviser une scène…

                Un monde complet qui bouge et respire de moments incroyables, d’événements magiques par leur unicité, mais que je manque parce que je dois gagner de l’argent dans un bureau.  Je suis loin de ces spéculations que je me faisais à propos du TRAVAIL, où je m’imaginais astronaute, magicien, archéologue, paléontologue, égyptologue, où je voyais l’âge adulte comme un moment où enfin on avait les moyens de poursuivre nos passions, dans mon cas la recherche des mystères de mon Monde.

1 mars 1998

La sagesse, ce n’est pas de trouver sotte la conduite que l’on a déjà eue, mais de la comprendre.

9 décembre 1997

C'est dans l'organe de mes pensées que se trouve mon Palais Souverain, celui qui goûte toute ma vie.

17 septembre 1997

Violence faite aux autres c'est Violence fait à soi.

25 août 1997

Pourquoi s'intéresser aux rayons du Soleil
quand l'Astre lui-même est à explorer?
Le Cœur non son Rayonnement;
la Réalité est un Leurre.

3 août 1997

Deux pensées

  • Je me regarde dans le miroir, je me recule assez loin contre le mur et je regarde mon visage.  Le voyant dans son ensemble d'un seul coup d'œil il m'apparaît mystérieux comme tous ceux que j'examine.  Je le connais ce visage.  J'y reconnais les traces de l'enfant que j'ai été, et j'y discerne aussi les marques de ce que ce visage sera dans la vieillesse.  Mes yeux sont étonnamment éloquents de souffrance.  Que doit-on penser en me regardant?  Que doit-on penser en me parlant?  J'ai l'air vieux avant mon temps, résigné avant de l'être.
  • Choisir quelqu'un en ne rêvant pas de la Disparition de la Solitude, mais en croyant en la capacité de cette personne de nous offrir un réconfort et une lumière quand cette solitude se fait trop menaçante.

19 juillet 1997

Les heures de notre vie
de tout peuvent être remplies.

* * *

Il est malsain d'imiter et d'adopter
les habitudes et modes de vie
de l'Entité qu'est la Population;
cette Entité est reflet de tous
mais de personne.

Se sculpter à cette image
et on meurt;
s'efforcer de la comprendre,
et on s'amenuise.

De ce qui est Immatériel et Intérieur
ne rien acheter ne rien louer;
il faut créer sa vie,
la découvrir non la voler.

* * *

Longtemps,
ayant été transporté
d'un milieu à l'autre —

de la ferme à l'appartement
du rang à la ruelle
de l'exposition à la foire
du sentier à la ruelle
du gratte-ciel à la boutique
de la montagne à l'océan
de la gare jusqu'au pont
de l'usine à la caverne
du verger au musée
du ciné-parc à l'église
de l'échafaud au garage —

je me suis peu à peu
fait une idée de ce que
la vie à ces endroits
doit être.

Malléable,
je me suis laissé pétrir par les impression & détails
des Gens et des Endroits.

Expansif,
projetant mon image dans les racoins et les situations
de ces différents États.

Connaître tous les États
pour n'être pris par aucun
pour ne pas être pris
par les restreintes d'un État Unique.

J'ai toujours détesté les Identités.

20 juin 1997

On pardonne beaucoup aux gens que l'on sent triste.  Les faire peiner nous donne une moindre satisfaction.

Une brève averse se manifeste, la courte respiration de l'humidité.  Mon chat s'éveille et va en repérer les particularités, assis dans le poste d'observation qu'est ma fenêtre ouverte.

Le Solstice d'été, mais les nuages quémandent notre attention, "Écoutez, voyez et comprenez" semblent-ils dire avec cet égoïsme enfantin qui nous prive de la lune.

Ce n'est pas un mal; même la nuit, ils [les nuages] recèlent nombre tourments et maintes révélations.  Simplement par la Couleur et la Texture.

Mais l'Individu Angoissé s'interroge.  Doit-il par la fatigue retirer couche après couche d'inutiles réticences?  Ou craindre les excès ravageurs de l'épuisement?


14 avril 1997

Trois pensées

-          Par opposition au rêve, la caractéristique la plus claire de la réalité, c’est l’irrémédiabilité des choses.

-          C’est pour ceux qui parlent le moins que la parole est la plus importante.

-          Cause de désarroi: le monde qui nous entoure qui ne subit pas la même progression que nous.

22 juin 1996

Je pense à ceux qui acceptent et s’intègrent au monde, d’une façon ou d’une autre.  Il y a ceux qui s’en accommodent, qui acceptent et disent oui.  Ils aiment le confort.  De l’autre côté il y a ceux qui le rejettent, et qui disent non.  Mais qui y agissent.  Qui voient des défauts, et pensent pouvoir les corriger. 

Moi, je ne suis, ni avec les premiers ni avec les derniers.  Moi, je n’accepte ni ne rejette.  Les uns veulent que ça demeure, les autres veulent que ça change.  Moi je veux que ça disparaisse, cette civilisation.

5 juin 1996

Écrire le réel et imaginer les imaginaires.  Souffrir jusqu’à la Vision, être heureux jusqu’à la Vision.

[...]

Quand j’ai des idées (ici, c’est celle de Marla et de sa Traversée de la ville), je ne doute pas de mon écriture.  Quand ai-je raison?  Probablement jamais, et toujours.  Je le dis depuis longtemps, et apparemment je dois me le répéter:

IL N’Y À PAS DE VÉRITÉ UNIQUE.

Je dois donc m’efforcer à ce que la vérité que j’entrevois soit la moins destructive possible, la plus fructueuse possible.  Tout en n’oubliant rien, en ne se sachant rien.  Bonheur ponctué de Tristesse ponctuée de Bonheur ponctué de Tristesse.  Toujours avoir en tête le meilleur et le pire.  Ça va être difficile.  C’est ambitieux.  Faut bien mettre son ambition en quelque part, non?

Mais je ne veux pas renoncer.  Me suicider?  Non.  Je sais pas ce que c’est.  La (ma) vie m’intéresse trop.  La vie est Joie et Douleur.  Alors ne vous inquiétez pas si vous devinez la Douleur en moi.  Inquiétez-vous plutôt de n’y voir aucune Joie.

22 janvier 1995

Dans un souterrain,
qui est presque une cave.
C'est sombre et c'est brun.

Il marche et avance,
mais voit parfois qu'il ne progresse pas vraiment.

Avec sa langue arrachée,
il arrive parfois à toute manger sa soupe.

Ce qu'il voit au fond de ce bol d'argile blanche,
c'est un bout de céleri qui
(on le voit bien parce qu'il est coupé)
ne sert à rien sans
une soupe, ou d'autres légumes,
pour l'accompagner.

Puis il regarde les meubles,
et en se fermant les poings
il arrive à les voir hybrides et doubles,
géants construits des arbres qu'ils ont déjà été.

Alors son cœur devient sable mouvant par sa texture,
piège ou chaque regard y pousse un Attrapé.

Incertaine et paralysée devient la respiration.
Tremblant ou méfiant, il se fâche.

Il se souvient qu'il a déjà crû à l'immobilité des choses.
Et il se met à haïr sa propre rapidité.

Puis il devient mou et se dit qu'au premier jour
où il s'est sentit malheureux,
il aurait dû se coucher et ne plus bouger.

Il regarde les escaliers et se dit de faire attention,
car on ne déboule que vers le bas.

21 janvier 1995

À regarder cet éparpillement d'arbres,
je sens assez bien
l'ombrageuse et incertaine qualité
de ce qui pour certain
doit sûrement cacher
ce qui fait peur,
et ce qui fait oublier les recours pénibles
de ceux qui nous mènent.

24 novembre 1994

24 novembre. 11h27. Dans mon lit.

"Ils ne m'ont rien dit! Ils le savaient, ressentaient le vide, mais ne m'ont rien dit! Ce qu'ils m'ont fait accroire, c'est le conte de fée sans vérité. Au moins, dans "Barbe-Bleu", y'a de la vérité..."

Voilà ce qu'il dit, le sentiment que je ressens en ce moment.

D'une façon ou d'une autre, je reproche quelque chose à mes parents, à tout le monde.

- S'ils sont "conscients", je leur reproche de m'avoir mis au monde.
- S'ils sont "inconscients", je leur reproche de prétendre être "conscients", et de m'imposer cette prétention.

Quel ingrat je suis.

Avec tout ce que j'ai écrit, quand je vais mourir, ça va être facile de tout mettre sur le dos de la folie, du problème mental, du défaut de mon intellect, du déchu de mon psychique.

En un crisse de fatiguant de Nelligan de plus pour alourdir la conscience de tout ces bons québécois qui mangent de la dinde à Noël, qui jouent au badminton l'été, qui vont en Floride l'hiver, qui écoutent "Chambres en ville" et "Watatatow", qui aiment bien la bière au bistro du coin, qui baignent dans la graisse d'oreilles-de-christ pis dans le vomit de cabanes à sucre.

6 novembre 1994

Lire, pour moi, c'est se promener dans un couloir, dans lequel il y a des cellules remplis de monstres, et de farfadets.
                Une fois, tu ne fais que regarder à travers les barreaux, en te demandant ce qu'il y a à l'intérieur de la cellule (du livre).
                Une autre fois, tu ouvres la porte, tu entres, tu parles avec l'occupant.
                D'autres fois, la porte est barrée.  Le monstre ne fait que tenter de t'attraper à travers les barreaux.
                D'autres fois, tu explores la cellule, puis tu laisses la porte ouverte une fois que tu as fini, laissant le champs libre au monstre ou au farfadet, lui permettant de te suivre et de te surprendre quand tu n'y penses plus.
                Les variantes sont interminables.

27 septembre 1994

Pas Dodo 3

12h29 am. 27 septembre.

Pointant d'un doigt pointu de son ongle, "Te souviens-tu?"
Voix grinceuse de vent rocheux.

Comme une poignée de porte qui
se frappe sur une brique d'un mur.
Et que ça en casse une rondelle rouge,
frottant d'un même mouvement
les dents de celui qui en témoigne de son oreille.

La rondelle sur une planche peinturée, entourée de ses miettes.

Ligne blanche et rapide passant
sur d'agitées branches.
Les emmenant un peu par de l'air.

20 septembre 1994

12h15. À la café.

Je suis coupable d'être comme un étang.
Je ne bouge pas, sauf quand le vent m'agite.
Ou quand une roche perce la surface.
Alors, ces remous par ces remous, j'agis.
Mais je ne peux empêcher ou provoquer ces remous.
Je ne peux que réduire ou augmenter l'éclaboussement de ces impacts. Un peu.

J'agis sur mes eaux pour que telle algue survive, et que telle autre meurt.
Quelque fois des poissons m'habitent, mais quand je suis trop froid ou que mes eaux sont trop stagnantes, ils vont ailleurs.

Quelques fois il pleut beaucoup et je déborde sur des feuilles, ou sur des êtres-amis.

L'hiver, quand je gèle, on ne me voit pas beaucoup sous cette couche de glace, mais une branche d'arbre tombée peut venir me casser, et alors le moindre vent agite l'eau qui ne veut pas se re-solidifier.

Je supporte mal l'ajout d'étangs voisins. Un rien et je déborde. Sans jamais renvoyer l'eau-envahissante à l'étang d'où elle vient, bien sûr.

1 septembre 1994

Une maison ancienne,
remplie de sons qui te prennent sous la langue,

Une lumière qui vient de ta droite,
sortant par des fenêtres de bois irrégulières.

Des pensées de groupes,
dans des lieus de seuls.

Des visions de ridicules,
venant d'un peu partout.

Oh oui, l'hiver est déjà là.

Non, c'est trop de ré-intorité.
Je dois sortir.

*  *  *

C'est ici que l'on se sent recroquevillé,
de constater toutes ces renaissances.

Tout a l'air ensoleillé, malgré ces nuages
et ce bruit d'eau.

Hé, insecte, dis moi donc que ce n'est pas toi qui fait ce son…

Ce fantôme de gamin qui me regarde de sa balançoire…
qu'est-ce qu'il me veut ?

Ça aussi c'était trop.
Je suis revenu en-dedans.

Et je suis revenu à mes pensées de groupe.
Plus ça va, et plus les choses me deviennent graves.
C'est ça la différence ne pas mettre la même importance qu'avant aux mêmes choses.

De trop s'habituer à ces choses de la maison.