20 juin 1997

On pardonne beaucoup aux gens que l'on sent triste.  Les faire peiner nous donne une moindre satisfaction.

Une brève averse se manifeste, la courte respiration de l'humidité.  Mon chat s'éveille et va en repérer les particularités, assis dans le poste d'observation qu'est ma fenêtre ouverte.

Le Solstice d'été, mais les nuages quémandent notre attention, "Écoutez, voyez et comprenez" semblent-ils dire avec cet égoïsme enfantin qui nous prive de la lune.

Ce n'est pas un mal; même la nuit, ils [les nuages] recèlent nombre tourments et maintes révélations.  Simplement par la Couleur et la Texture.

Mais l'Individu Angoissé s'interroge.  Doit-il par la fatigue retirer couche après couche d'inutiles réticences?  Ou craindre les excès ravageurs de l'épuisement?


14 avril 1997

Trois pensées

-          Par opposition au rêve, la caractéristique la plus claire de la réalité, c’est l’irrémédiabilité des choses.

-          C’est pour ceux qui parlent le moins que la parole est la plus importante.

-          Cause de désarroi: le monde qui nous entoure qui ne subit pas la même progression que nous.

22 juin 1996

Je pense à ceux qui acceptent et s’intègrent au monde, d’une façon ou d’une autre.  Il y a ceux qui s’en accommodent, qui acceptent et disent oui.  Ils aiment le confort.  De l’autre côté il y a ceux qui le rejettent, et qui disent non.  Mais qui y agissent.  Qui voient des défauts, et pensent pouvoir les corriger. 

Moi, je ne suis, ni avec les premiers ni avec les derniers.  Moi, je n’accepte ni ne rejette.  Les uns veulent que ça demeure, les autres veulent que ça change.  Moi je veux que ça disparaisse, cette civilisation.

5 juin 1996

Écrire le réel et imaginer les imaginaires.  Souffrir jusqu’à la Vision, être heureux jusqu’à la Vision.

[...]

Quand j’ai des idées (ici, c’est celle de Marla et de sa Traversée de la ville), je ne doute pas de mon écriture.  Quand ai-je raison?  Probablement jamais, et toujours.  Je le dis depuis longtemps, et apparemment je dois me le répéter:

IL N’Y À PAS DE VÉRITÉ UNIQUE.

Je dois donc m’efforcer à ce que la vérité que j’entrevois soit la moins destructive possible, la plus fructueuse possible.  Tout en n’oubliant rien, en ne se sachant rien.  Bonheur ponctué de Tristesse ponctuée de Bonheur ponctué de Tristesse.  Toujours avoir en tête le meilleur et le pire.  Ça va être difficile.  C’est ambitieux.  Faut bien mettre son ambition en quelque part, non?

Mais je ne veux pas renoncer.  Me suicider?  Non.  Je sais pas ce que c’est.  La (ma) vie m’intéresse trop.  La vie est Joie et Douleur.  Alors ne vous inquiétez pas si vous devinez la Douleur en moi.  Inquiétez-vous plutôt de n’y voir aucune Joie.

22 janvier 1995

Dans un souterrain,
qui est presque une cave.
C'est sombre et c'est brun.

Il marche et avance,
mais voit parfois qu'il ne progresse pas vraiment.

Avec sa langue arrachée,
il arrive parfois à toute manger sa soupe.

Ce qu'il voit au fond de ce bol d'argile blanche,
c'est un bout de céleri qui
(on le voit bien parce qu'il est coupé)
ne sert à rien sans
une soupe, ou d'autres légumes,
pour l'accompagner.

Puis il regarde les meubles,
et en se fermant les poings
il arrive à les voir hybrides et doubles,
géants construits des arbres qu'ils ont déjà été.

Alors son cœur devient sable mouvant par sa texture,
piège ou chaque regard y pousse un Attrapé.

Incertaine et paralysée devient la respiration.
Tremblant ou méfiant, il se fâche.

Il se souvient qu'il a déjà crû à l'immobilité des choses.
Et il se met à haïr sa propre rapidité.

Puis il devient mou et se dit qu'au premier jour
où il s'est sentit malheureux,
il aurait dû se coucher et ne plus bouger.

Il regarde les escaliers et se dit de faire attention,
car on ne déboule que vers le bas.

21 janvier 1995

À regarder cet éparpillement d'arbres,
je sens assez bien
l'ombrageuse et incertaine qualité
de ce qui pour certain
doit sûrement cacher
ce qui fait peur,
et ce qui fait oublier les recours pénibles
de ceux qui nous mènent.

24 novembre 1994

24 novembre. 11h27. Dans mon lit.

"Ils ne m'ont rien dit! Ils le savaient, ressentaient le vide, mais ne m'ont rien dit! Ce qu'ils m'ont fait accroire, c'est le conte de fée sans vérité. Au moins, dans "Barbe-Bleu", y'a de la vérité..."

Voilà ce qu'il dit, le sentiment que je ressens en ce moment.

D'une façon ou d'une autre, je reproche quelque chose à mes parents, à tout le monde.

- S'ils sont "conscients", je leur reproche de m'avoir mis au monde.
- S'ils sont "inconscients", je leur reproche de prétendre être "conscients", et de m'imposer cette prétention.

Quel ingrat je suis.

Avec tout ce que j'ai écrit, quand je vais mourir, ça va être facile de tout mettre sur le dos de la folie, du problème mental, du défaut de mon intellect, du déchu de mon psychique.

En un crisse de fatiguant de Nelligan de plus pour alourdir la conscience de tout ces bons québécois qui mangent de la dinde à Noël, qui jouent au badminton l'été, qui vont en Floride l'hiver, qui écoutent "Chambres en ville" et "Watatatow", qui aiment bien la bière au bistro du coin, qui baignent dans la graisse d'oreilles-de-christ pis dans le vomit de cabanes à sucre.

6 novembre 1994

Lire, pour moi, c'est se promener dans un couloir, dans lequel il y a des cellules remplis de monstres, et de farfadets.
                Une fois, tu ne fais que regarder à travers les barreaux, en te demandant ce qu'il y a à l'intérieur de la cellule (du livre).
                Une autre fois, tu ouvres la porte, tu entres, tu parles avec l'occupant.
                D'autres fois, la porte est barrée.  Le monstre ne fait que tenter de t'attraper à travers les barreaux.
                D'autres fois, tu explores la cellule, puis tu laisses la porte ouverte une fois que tu as fini, laissant le champs libre au monstre ou au farfadet, lui permettant de te suivre et de te surprendre quand tu n'y penses plus.
                Les variantes sont interminables.

27 septembre 1994

Pas Dodo 3

12h29 am. 27 septembre.

Pointant d'un doigt pointu de son ongle, "Te souviens-tu?"
Voix grinceuse de vent rocheux.

Comme une poignée de porte qui
se frappe sur une brique d'un mur.
Et que ça en casse une rondelle rouge,
frottant d'un même mouvement
les dents de celui qui en témoigne de son oreille.

La rondelle sur une planche peinturée, entourée de ses miettes.

Ligne blanche et rapide passant
sur d'agitées branches.
Les emmenant un peu par de l'air.

20 septembre 1994

12h15. À la café.

Je suis coupable d'être comme un étang.
Je ne bouge pas, sauf quand le vent m'agite.
Ou quand une roche perce la surface.
Alors, ces remous par ces remous, j'agis.
Mais je ne peux empêcher ou provoquer ces remous.
Je ne peux que réduire ou augmenter l'éclaboussement de ces impacts. Un peu.

J'agis sur mes eaux pour que telle algue survive, et que telle autre meurt.
Quelque fois des poissons m'habitent, mais quand je suis trop froid ou que mes eaux sont trop stagnantes, ils vont ailleurs.

Quelques fois il pleut beaucoup et je déborde sur des feuilles, ou sur des êtres-amis.

L'hiver, quand je gèle, on ne me voit pas beaucoup sous cette couche de glace, mais une branche d'arbre tombée peut venir me casser, et alors le moindre vent agite l'eau qui ne veut pas se re-solidifier.

Je supporte mal l'ajout d'étangs voisins. Un rien et je déborde. Sans jamais renvoyer l'eau-envahissante à l'étang d'où elle vient, bien sûr.

1 septembre 1994

Une maison ancienne,
remplie de sons qui te prennent sous la langue,

Une lumière qui vient de ta droite,
sortant par des fenêtres de bois irrégulières.

Des pensées de groupes,
dans des lieus de seuls.

Des visions de ridicules,
venant d'un peu partout.

Oh oui, l'hiver est déjà là.

Non, c'est trop de ré-intorité.
Je dois sortir.

*  *  *

C'est ici que l'on se sent recroquevillé,
de constater toutes ces renaissances.

Tout a l'air ensoleillé, malgré ces nuages
et ce bruit d'eau.

Hé, insecte, dis moi donc que ce n'est pas toi qui fait ce son…

Ce fantôme de gamin qui me regarde de sa balançoire…
qu'est-ce qu'il me veut ?

Ça aussi c'était trop.
Je suis revenu en-dedans.

Et je suis revenu à mes pensées de groupe.
Plus ça va, et plus les choses me deviennent graves.
C'est ça la différence ne pas mettre la même importance qu'avant aux mêmes choses.

De trop s'habituer à ces choses de la maison.

13 août 1994

"Je ne peux être vrai que quand je suis seul, mais cette vérité ne sert à quelque chose que quand je ne le suis pas."

Une autre pensée qui sort de moi.  Comme un rot, un soupir, de la pisse ou de la salive.

3 août 1994

Je ne suis qu'un faible observateur qui se laisse accrocher par tout ce qui est imposant.

19 avril 1994

19 avril. 12h16. Cafétéria.

En ce moment, et pour longtemps (j'espère) je veux une révolution. Qu'elle soit englobante ou personnelle. Individuelle ou collective. Seulement, comment un faible peut-il se révolter, de façon à ce que ça aie des conséquences réelles? Je ne crois pas à l'essence prédéterminée, mais je crois,  crois à l'essence constituée. Et faisant partie de mon essence constituée, il y a la gêne, et la faiblesse. Ça fait pas un grand révolutionnaire, ça. Pis j'ai aucune expérience. J'ai lu, écrit, mais rien fait. Parce que ça ne m'était, et ne m'est peut-être pas encore, important. C'est peut-être là que se trouve ma faille, mon erreur. Et pis là, je sais que "je suis fou". Que j'ai des problèmes (?), des anormalités de pensées? Comment est-ce que je peux le savoir, ne connaissant pas la pensée des autres? Parce qu'en déduisant, je vois que c'est le genre de choses qui fait des impacts, et les gens que je vois ne les ont pas, ces impacts. Ils ne voient pas des visages se transformer quand ils se détendent dans leur cour de Taï-Chi. Ils ne s'imaginent pas des cibles qui tirent sur les gens qu'ils n'aiment pas. Ils ne se laissent pas infliger des détournements de pensées par des mouches mortes sur un tapis. Ils ne se mettent pas à trembler quand ils parlent de ce qui les touchent. Ils ne dépérissent pas à mesure que l'obscurité approche. Ils ne s'imaginent pas des situations idéales impossibles. Ils ne leur arrivent pas d'oublier pendant quelques instants l'âge qu'ils ont. Ils ne passent pas des minutes multiples à se regarder dans le miroir, essayant de reconnaître leur visage. Ils n'ont pas à se convaincre qu'ils ne vivront pas deux fois. Ils ne perdent pas leurs amis par inactions, mais par actions. Ils ne jouent pas à faire des introspections quand ils sont avec des amis, avec lesquels ils devraient vivre un peu. Ils n'ont pas de difficulté à connecter leurs souvenirs avec ce qu'ils sont. Ils ne se laissent pas malmener par ceux qui leur font un futur ne laissant que la fuite comme issue. Ils ne quittent pas les projets desquels ils ont participés à la création alors que ce projet arrive à son exécution. Ils ne pensent pas, en regardant la lune, qu'ils ont déjà vécu quelque chose qu'ils ont connectés avec la lune, mais qu'ils ont oubliés. Ils ne souhaitent pas la mort de leurs proches pour être "libérés". Ils ne gardent pas de jouets dans leurs chambres, laissant la poussière s'accumuler sur eux. Ils ne voient pas l'hypocrisie dans chaque geste, dans chaque rongement d'ongle. Ils ne donnent pas de noms désignateurs aux gens qu'ils aimeraient connaître. Ils ne relisent pas constamment les mêmes choses, tout en augmentant obligatoirement leur répertoire de choses à lire. Ils ne sont pas hypocrites à ce point (à mon point). Ils n'essayent pas de faire revivre ce qui est mort, de ramener les souvenirs. Ils ne trouvent pas la grand-mère malade plus supportable que la grand-mère en santé. Quand ils sont chauds à un party d'un ami, ils ne vont pas s'asseoir dans un garde-robe, se faisant apporter de la bière par quelqu'un, sans participer. Ils s'imaginent pas qu'ils ont un pouvoir qui fait éclater la tête des gens.

Malgré tout, la question reste: Pis après?[1]


[1] Cette phrase rajoutée plus tard.

1 avril 1994

Lendemain d'un suicide quotidien

Dans un autobus qui imite l'été,
le soleil me réchauffe
pour me familiariser au sommeil.

Je me rends compte qu'il est devenu difficile,
dans un excès de public,
d'oublier les figures d'hommes.

Les bosses de la route distortionnent mon écriture,
la ramène au stade d'enfant.
Ça ne prend que quelques bosses sur de l'asphalte…

J'écoute les manifestations
des envies de quelques personnes devenues fétiches.
Et je vois que pour "l'humanité",
le 20ème siècle,
c'est l'aboutissement de l'ennui.

Le mal ancestral, c'est ça.
C'est de ça dont parlaient les religieux.
L'ennui qui "corromps",
qui tue l'enthousiasme,
et qui finit par s'inculquer à d'autres.

On ne veut, et ne voulait pas, enlever l'espoir de la race.

Alors, l'étant, je suis méchant.
Une infection dans la plaie,
un aide-mémoire constant qui pointe l'échec.

"L'individu" est une invention pour s'ériger,
mais qui,
on le voit bien,
est en train de faire moisir tout le reste.

On ne peut pas changer le "destin"
inévitable du lapin.

Pâques, c'est juste une fois pas année.

1 novembre 1993

Je m'ennuie.
Je décide qu'il est temps de me noircir.
L'ivresse d'un ancêtre tente de me retenir,
essaie de me poignarder de culpabilité.

Je résiste, et sors.

Enfin, je suis libre de pensée,
enfin, la nuit m'offre une appartenance.

Je ne suis bien que seul, ou ailleurs.
Car je suis le rêveur rêvant,
car je suis condamné.

La seule statue que l'on érigera en mon honneur,
c'est celle que tous on en commun.

Je la veux ainsi:

25 octobre 1993

Carte de fête à un Ami

H.  Le prétexte, c'est bien sûr ta fête, mais j'aurais pu te dire ça n'importe quand.  N'importe quand… mais finalement peut-être jamais, puisque je parle de moins en moins.  J'veux pas être déprimant

(ça va avec moi de toute façon, le déprimant)

mais de la façon dont je me sens, ça me surprendrait pas que ça soit la dernière fête que je passe avec toi.

(Ta gueule Simon)

En tout cas, j'voulais te donner quelque chose que tu aimerais, mais qui serait propre à notre lien, à la nature de notre lien.

Tu m'avais dit une fois que tu aimais mieux te faire lire une histoire que de la lire.  C'est mon cadeau.  Ce livre, je te le donne, mais l'important du cadeau, je te l'ai pas encore donné.  C'est le "racontage".  J'espère que ça te fait plaisir, parce que, comme tu m'as dis dans ta carte de fête, t'es un chic type.  Et d'autant plus parce que tu m'endure, m'écoute sans t'endormir (ça doit être dur) et que tu continues à rechercher ma présence.  Merci… je m'excuse.

                                                               Simon

1 octobre 1993

Quand chaque jours viennent s'ajouter
au poids qui pèse sur vos épaules;

Quand, dans un brouillard flou,
chaque visage semble vous dévisager de sa laideur;

Quand vous pouvez sentir,
mais non voir;

Ou bien tout simplement quand vous ne sentez plus du tout,
quand tout est loin.

Quand le fil de votre vie est coupé
par un gouffre séparant réalité et souvenirs;
vie et non-vie;
lumière et noirceur;
plaine et béton;
espace et sang;
étoile et rêve (rêve vécu et rêve qui fait vivre);

Quand le futur s'impose à votre conscience,
mais que seul le présent est réel (seule la mort);

Quand vous ne voulez personne,
sauf les habitants fantomatiques du passé;

Quand personne ne vous veut,
sauf les rêveurs de demain (ceux qui survivront);

Quand ce que vous savez, ce que vous réalisez,
ne vous laisse qu'une issue… la plus ancienne des issues;

Quand votre support n'entre que dans l'irréalité,
dans la contemplation,
dans le rêve,
et dans l'émerveillement (aussi rare soit-il);

Quand ces abstractions intouchables
sont (seront) devenues vos réalités,
alors,
vous êtes (serez) comme moi.
"Écris n'importe quoi," elle dit.

J'écris.

Fatigué, je lui demande "Est-ce que je peux respirer?"

"Non," en riant.

* * *

Elle est partie.
Moi aussi.
"Vos gueules!".  Comme il est téméraire ce petit diable!
J'aimerais bien avoir la paix.  C'est simple, mais tant pis.
Après tout, ne dit-on pas que le cœur est dans la simplicité?
Je ne sais plus.  C'est bien ça le problème.  La faille.  Le trou.
Oui… le trou.
Je n'y pense pas souvent, mais je devrais.
Pas m'y accrocher, mais comprendre.
Je devrais…
Je devrais…
"Je devrais" beaucoup de choses.
J'ai de vilaines

(ah ah ah, tu as, oui tu as de bien vilaines, tu tu as de bien vilaines vilaines vilaines pensées.  Vilaines, oui tu as, oh oui.  Vilaiaiaiaiaines!  Oooh ouuuui!  Vilaines vilaines, vilaines, vilAINES!)

intentions.

13 juillet 1993

Les cavernes sont vides…
Le ciel, tout est loin.
La découverte de couteau nous effraie,
mais, pendant un court moment,
elle nous fait espérer.

Ce fourneau ne s'éteindra jamais.

Le vide ne sera jamais plein.
Il ne sera que distrait.
Ou, pour certains, oublié.

On le remplie,
ou il nous engouffre.

Et ce trou nous…
Non, me suit…
J'ai beau voler, il est toujours sous moi.
Prêt.  Maigre.  Douloureux.  Assoiffé.  Dangereux.  Final.

N'est[-ce] pas assez d'être aux aguets?
Doit-on en plus être fort?
On doit remplir?
Je n'en ai plus
(n'ai jamais eu)
la force.

Je suis triste.  Je suis mort.  Je me meurs.  J'agonise.  J'ai mal.  J'ai besoin.  On m'ignore.  Je ne veux pas donner d'explications.  Je veux seulement pleurer.  Avec quelqu'un.  Mais on ne peut tirer de moi.  Je suis vide.  Je suis le fourneau.  Vaste.  Les étrangers prennent des allures de fétiches.  Les familliers aussi.  Significations différentes.  Même destin.  On m'observe pour ma familiarité, non pour ma particularité.

Je m'ennuie.  Je m'endors.
Je m'ennuie.  Ça me manque.
Je suis vide.
Pas de personnalité.
Y'a rien qui me rejoint.
Ça fait seulement me réconforter, me distraire, me changer les idées.

L'école, ça fait juste couvrir le vide.  Couvre le trou.
Je peux pas passer ma vie avec le trou seulement couvert.
Je dois le remplir.  Ou tomber dedans.

J'aimerais danser sous les étoiles, l'esprit ailleurs.

Je voudrais être convoqué.

Avec l'ennui vient le sentiment de "déjà vu".
La familiarité.

Quand on perd l'esprit un peu, on ne veut plus le faire.
Mais plus tard, on veut.  Même si on sait.
Dans la nuit sereine et magique,
Nous courons, nous, les invités de la lune.
Les arbres nous accueillent, dans notre stupeur.
Les étoiles nous supportent,
Et la solidité nous reçoit.
J'aimerais t'aimer,
Mais tu m'es inconnue.
L'étoile est plus facile à aimer.
Mais toi, tu es près de moi.
Tu peux être approchée.
Tu pourrais…
Je n'en suis pas CAPABLE.
PAS CAPABLE.

Je cours.
Nous ne courons plus, car on tente de me retenir.
Sans succès, heureusement.

Je suis malade de saleté.
Je me laisse aller aux allers rapides d'un cheval.
Un cheval moderne.
Je suis ivre.
Ivre.
Ivre.
Ivre.
IVRE!

UN JOUR, J'AIMERAIS BIEN ÊTRE L'INVITÉ DU SOLEIL.
J'AIMERAIS BIEN…

1 juillet 1993

Le Bloc

Hier, j'ai vu le bloc de pierre
qui est poussé depuis longtemps
et qui n'est jamais au même endroit.
C'est le seul à ne pas s'ennuyer.

Lâchant le bloc pour quelques moments,
trêve nécessaire mais douloureuse par ses contrastes,
j'ai tenté de m'élever.
Comme je faisais souvent avant.

Avec les nouveaux habitants de ce terrain vert,
j'ai poussé jusqu'à la branche.

Les chaînes étaient sèches,
et le ciel blanc.

Et entre deux feuilles,
j'ai entrevu la densité
de cette autre condition.

Cette condition où des invités remplissaient,
et rendaient le bloc moins lisse.

Maintenant, la trêve est finie,
et je reviens à ce qui me remplit et
me pousse sur la pierre.

Le jour, je monte sur ce bloc
pour mieux voir autour,
et le soir,
je tâte et touche et scrute
cette pierre en bloc,
pour me convaincre qu'elle n'est pas complètement
pas complètement lisse.

Je n'y sens pas souvent de bosses.

Je me suis coincé la cheville.

Je sens ma tête et mon corps
tourner vers l'avant au même rythme qu'un pupitre.

Mon estomac s'émoustille de brefs sursauts.

Ma vision se décompose en images pointillées,
et ça je n'aime pas en parler.

Ces petits pics me grattent la poitrine,
et m'enlève l'envie de ne rien faire contre ça.

Une masse d'eau me frappe le visage,
me coupant le souffle,
par choc et par surplus,
et seule la continuité d'un vivant devenu habitude
m'empêche de m'asperger la noirceur que j'ai sur le visage.

Alors je me retourne m'envoyer dans
une tiédeur envahissante et traditionnelle.

Une branche d'arbre contre un ciel particulier,
ramenant des bouts de passé, de pensées,
rendant impossibles les interactions communes.

De l'humidité sur une voie,
est beaucoup plus captivante
que des jeux inventés nouveaux obligatoires rapetissants.

Une comparaison sucrée
me rattache à ce qui est dur et durable,
m'enlevant l'envie et le moyen
de m'étendre ainsi sur du vert sans vers.

1 juin 1993

Pas Dodo 2

Au moment d'une aptitude accumulée,
l'incessant demande de recommencer,

Avant de s'endormir, des images.

Une voiture qui passe sur une route idolée, le soir,
les phares allumés.  Par une fenêtre, à la gauche.

Sur le noir de l'intérieur de ses yeux, des taches
rouges et des armes rudimentaires de pierre qui
sans bouger sont pointées sur son dedans de
tête.

Ces taches rouges… comme cette fois où les nuages
avaient l'air d'une flèche de Monopoly.

Et toujours dans le coin  bas-droit de son œil
cette tache de plus clair que noir, qui le nargue
de sa présence.

"Moi je reste et toi tu ne subsistes pas."

Cette fenêtre!  Pourquoi elle pousse et tire,
m'agite du bout des membres de ces blancs-formes
hurlant et grinçant.
La bouche très ouverte.

La défiance par le secret me semble beaucoup
moins infantile qu'une hypocrite proclamation
d'auto-dépendance.


"Viens que je te vois et te mange…
tu vas voir comme je fais ça
vite.  Ça sera pas long."

1 mai 1993

Pas Dodo 1

Le sable me coule
entre dans mes oreilles.

Des agissements de mes ongles
raniment des creux
enfoncent
éloignent le sommeil.

Je ne bouge pas mais
je ne bouge pas et
rien ne bouge et
tout se fixe
sans qu'il n'y ait rien pour changer.

Non, il faut vite regarder ailleur
et tenter de brasser ces dunes
aiguës et sans motifs.

Ces proies faciles qui me montrent
comment raciner ces parties sans liens.

Je décide de marcher sans agripper de
pensées de mouvements de tenues de conditions.

Regarder dans cette flaque
et se forcer à ne pas être rapide.

Rues surplombées d'arbres surplombées de lumières
et vides.

Assis je rencontre le nouveau et
je me sens coupable
ou du moins malaisé
de prendre ça
sans que l'on sache que je l'ai
et que je le suis sur ce qu'ils
n'ont pas profités,
n'ont pas mordus.

Non, je suis mieux de partir.
Ces remplissages remplis de replis
ne font qu'aider le filage à s'installer
dans ses parméables englueuses.

Douleur de pâtes — suis encore là-las? — particulières.

Comme l'observation emmène la perplexité!
Comme on l'a souvent répété…

J'arrive à talonner les arrivés et venues
de ces oubliettes sans voix.
Ces languines tirent sur les câbles et
n'arrêtent de lancer leurs fixables pirouettes.

Non.
Mes yeux ne voient que pas que plein de
ces choses.

Décidément, cette bouche ne dit que des
arpenteries traîtres et entraînantes.

1 mars 1993

1993 -- Bribes variées

                J'viens d'avoir un flash, une illumination sur ma vie.  Ma vie, ça n'a été qu'une longue existence remplie de conclusions (par conclusions, je veux dire des aboutissements de pensées) qui eux emmenaient des résignations face à la vie.
                J'arriverai à rien.  Là, j'en suis sûr.  À moins d'un gros facteur extérieur… mais y'en a presque jamais, de ça… Non, j'arriverai à rien, parce que je ne suis rien…  Je me lamente, je me fais des pensées qui expliquent mon triste sort (sniff, sniff), mais j'peux pas aboutir.  J'ai pas assez de qualités requises dans ce monde.  J'ai pas assez de qualités point.  Ça vaut même plus la peine de continuer.  Là, j'en suis sûr.  C'est plus qu'une question de temps parce que… j'arriverai pas à vivre ici…  Imaginez vous… Simon, à 35 ans.
                Dans une vie, tout a son impact.  Tout.  Et moi, je suis sensible à ces choses là.  Et ça m'a beaucoup "modelé".  Et je ne suis pas modelé pour passer l'âge de… 22 ans?  J'pourrai pas vivre en "adulte responsable".  Déjà, à 17 ans, la corde de ma nature est très tendue…  J'aurais dû mourir à 13 ans.
                Je n'aurais jamais dû naître.

* * *

                J'suis anti-social, trop rêveur, irresponsable, égoïste, exigeant de la vie, et trop désintéressé "for my own good".  De plus, tout ce que j'fais c'est amener des soucis à mes proches.  J'embête.

* * *

                Pour supporter la thèse qui dit que je deviens fou, je me rends compte que j'emmerde même H.  Je lui dis toujours des choses qui reviennent au même.  Lui, il va relativement bien et il veut partager ça avec moi, et je suis intéressé, mais mes changements font que j'agis de façon qu'on dirait que je m'en fouts.  J't'écoeuré.  Pour la première fois depuis que j'envisage le suicide, j'ai des flashs où je sais que je dois le faire.  J'y vois du bon, je réalise tout ce que [ça] implique et je l'accepte.  Ça fait peur.  Je sais que je vais le faire, ce n'est qu'une question de temps.

                À un moment dans ma vie, j'ai manqué une affaire qui faut à une personne pour vivre.  Je subsiste juste sur de l'amitié et mes propres réserves d'imaginaires.  Je voudrais être dans [la] lune pour l'éternité.
                J'veux pas vivre.  Je continue, mais je vie hypocritement parce que je prends la place d'un autre.  Ça m'arrive de voir l'étendue de ma tristesse.  Ça me remplit tellement dans ces moments, et j'ai tellement besoin de l'exprimer, que je tremble.  (Le seul moyen serait de crier.  Je l'ai jamais fait.  Je voudrais être seul au monde pour le faire.)
                Pour le moment, et jusqu'au moment où il y aura un changement, je ne veux plus écrire.  Plus jamais si je le peux.  Je fini de transcrire mes choses puis vlan.  C'est trop… exécrable.  Ce n'est que de la remodulation de l'existant.  C'est pas de la création ça.  Et encore moins de l'art.
                J'veux cesser d'exister.  Pourquoi j'le fais pas alors?  Parce que j'ai pas le courage.  J'ai juste à attendre d'être assez dérangé pour avoir le cran de le faire.  D'ici là, à la prochaine.  Après cela, bon débarras (pour vous).

20 janvier 1993

Je marche,
Dans les rues sépulcrales (?)
dans les couloirs de la formation…
Et je sens que j'y suis rejeté,
autant que je les rejette.

Je les observe,
ces gens.
Ces personnes qui,
par une évolution qui m'est inconnue,
Ont réussis à vivre.
Je les observe.
Quelques fois, tous me semblent beau.
Indifférent.
Mais souvent,
ils me semblent si horribles.
Si autres.
Si différents.

Et quand je me résignerai,
de quoi sera fait mon héritage?
Y aura-t-il héritage?
De phrases, de papier, de confusion…
de folie.
Un héritage vaut une existence.

Ces endroits qui me sont si attirants…
le soir venu,
avec ses lumières menteuses,
et ses quêtes pour sortir de l'ennui,
je les oublie.
Je n'ai plus la force d'y aller.
On me la suce, cette force.

C'est moi qui devrais sucer.
C'est moi qui devrais tuer.
C'est moi qui devrais rejeter.
C'est moi…
C'est moi qui devrais envoyer chier.
C'est moi…
C'est moi qui devrais vivre.

Je ne suis pas d'ailleurs
(sinon j'y serais).
Je ne suis pas.

8 janvier 1993

Présentement, je me sens devenir fou.  Je me sens super mal.  Je tremble.  Je me sens faible comme quand on a pas mangé depuis longtemps, mais c'est pas ça parce que j'viens d'manger.  Pis de toute façon, j'le sens que c'est pas physique.  Espérant que ça passe.

* * *

                Développement: Au cour de la soirée, le côté physique de la chose s'est dissipé.  Je ne tremble presque plus, je n'ai plus mal au cœur.  Je ne me sens plus faible.  Par contre, c'est le chaos mentalement.  Ma tête ne va pas dans ce monde.  Tout ce distorsionne (sons, pensées, sensations).  Je me sens devenir fou… (?)